Quand j’ai cru, naïvement, que la pire année de ma vie allait s’arrêter


Après l'accident de son ami, et des violences pendant une soirée, cette madmoiZelle continue à te raconter la pire année de sa vie.

Quand j’ai cru, naïvement, que la pire année de ma vie allait s’arrêter

Journal de la pire année de ma vie

Bienvenue dans le Journal de la pire année de ma vie, le récit d’une madmoiZelle qui se replonge dans les mois cauchemardesques qu’elle a vécus.

Drames, violences, ruptures et harcèlement, des évènements qui se sont enchaînés jusqu’à l’attirer au fond du gouffre… avant qu’elle ne s’en relève, encore plus forte et épanouie qu’avant.

C’est une histoire douloureuse, mais elle finit bien, puisque cette jeune femme est encore là pour la raconter. En voici le troisième épisode ; la suite sera publiée chaque semaine sur madmoiZelle.

Ma colère envers Thomas

Plusieurs jours se sont passés depuis la fameuse soirée. Je refuse d’adresser la parole à Thomas, je suis trop énervée contre lui.

J’ai appris que s’il s’était fait tabasser, c’est en partie parce qu’il a joué le jeu des provocations.

Il a beau m’expliquer que c’était pour « défendre mon honneur » qu’il s’est battu, je ne veux rien entendre. Je trouve son comportement inexcusable. Il n’avait pas le droit de se battre.

Il n’avait pas le droit vis-à-vis de ses parents : ceux-ci, très stricts et inquiets, allaient forcément lui interdire de sortir de chez lui après avoir eu vent de cette histoire.

Il n’avait pas le droit vis-à-vis de mon asso, qu’il a mise en danger en sachant pertinemment à quelles conséquences ses actes allaient donner suite.

Il n’avait pas le droit vis-à-vis de son corps et de sa santé.

Mais si tous ces éléments n’étaient pas assez suffisants, si sa santé ne le préoccupait pas tant que ça, il aurait pu au moins penser à moi…

À moi qui n’arrivais toujours à me remettre de sa chute. À moi qui avais déjà vécu l’enfer à cause de lui et de son foutu accident.

Que se serait-il passé si Léna et d’autres n’étaient pas intervenus ? Qu’est-ce que j’aurais fait si un des coups portés par ces neuf mecs avaient été irréversibles ?

Sa première danse avec la mort n’avait-elle pas été suffisante ?

Le stress post-traumatique me grignote le cerveau

Les histoires avec Thomas mises à part, je commence à perdre pied au niveau scolaire.

Mon classement a toujours été ma priorité en cours, mais depuis l’accident je n’arrive plus à me concentrer.

Je n’écoute plus mes profs, je me perds dans mes pensées, je n’arrive plus à étudier correctement. Je ne sors plus, j’essaye de rattraper mon retard.

Je sais que je ne suis pas aussi impliquée dans les travaux de groupe que d’habitude et je crains que les autres m’en veuillent à cause de ça.

Ça déprime, je me dis que si je perds mon classement, je perds la dernière chose qui va bien dans ma vie.

Mais mes notes sont en chute libre malgré mes efforts. Ma mémoire me fait défaut.

Les périodes de cours mis à part, j’ai l’impression de perdre la tête dans la vie en général. Je ne suis plus concentrée sur rien, j’oublie tout.

Je n’arrive plus à lire ni même à regarder des séries. J’oublie de descendre à mon arrêt de métro, je ne m’en rends compte qu’une fois au bout de la ligne.

Je saute des repas sans m’en rendre compte, il m’arrive de prendre trois douches dans la même journée car j’oublie que je l’ai déjà fait.

Je me fais peur mais je n’ose pas trop en parler. Je suis lassée d’enchaîner les jours. Je ne trouve plus de joie nulle part.

Tous les « petits problèmes » qui me pourrissent la vie

Les petites choses embêtantes s’accumulent, je n’ai même pas l’énergie de m’en plaindre.

Je me fais voler ma carte bleue, pirater mon compte Snapchat, je perds toutes les photos de mon téléphone à cause d’une mise à jour foireuse, je rate un examen de conduite

Mes meilleurs amis d’enfance ne prennent pas de mes nouvelles ; les seuls qui le font me reprochent d’avoir appris ma rupture avec Félix par quelqu’un d’autre que moi.

Tout ça me paraît futile, finalement. Je n’arrive même pas à y accorder de l’importance.

Seul un problème retient mon attention : j’ai trois semaines de retard sur mes règles. Mais même là, mon cerveau refuse d’assimiler l’information, c’est trop difficile.

Le premier message à Félix, mon ex

Un jour, je prends mon courage à deux mains et j’écris un message à Félix. Je lui dis tout. Mes pensées se déversent sur le document Word, mes propos s’enchaînent sur des dizaines et des dizaines de lignes.

Je lui écris que je suis en train de sombrer, que je n’y arrive pas sans lui. Je comprends s’il me déteste, je comprends s’il ne veut pas de mes nouvelles, mais j’aimerais terriblement le voir pour lui expliquer ce que je vis.

Je lui confie que j’ai des pensées très sombres et que je commence à me faire sérieusement flipper. Je le supplie de me laisser une chance, de me laisser le voir au moins une fois.

C’est un appel à l’aide. Je n’en peux plus.

Il ouvre le message, ne me répond que plusieurs jours plus tard. Il me dit que notre rupture l’a trop fait souffrir et qu’il ne se sent pas capable de me voir. Il termine son bref message en m’écrivant qu’il est désolé et qu’il espère que je saurai prendre soin de moi.

Je relis le message des dizaines de fois dans la journée. J’ai l’impression que c’est la goutte d’eau.

C’est la première fois que je le pense pour de vrai : j’ai envie de mourir. Il ne me reste plus rien.

Le moment où je bascule

Le soir se tient un événement organisé par mon association, avec tous les profs de mon université. C’est un cap important, avec beaucoup d’invités.

Les membres de mon asso et moi sommes chargés de tenir les vestiaires et le buffet.

Trop flippée de rester seule chez moi et de faire une connerie, je me force à y aller. Je n’ai pas mangé, ni dormi depuis plusieurs jours.

Je n’entends qu’à moitié les instructions des profs qui me placent au vestiaire.

Mon amie Agatha me fait remarquer que j’ai une mine épouvantable et me force à manger quelque chose. Je vais vomir quelques minutes plus tard.

Je me fais violence pour occuper mon poste du mieux que je peux. Je lutte, je lutte. Je suis tellement mal.

Et alors que je me concentre sur les dires d’un de mes professeurs venu poser sa veste au vestiaire, je me sens partir. C’est le trou noir.

Le début de la dépression

Quand je retrouve mes esprits, je reconnais la voix de ma directrice d’étude et celle d’une amie, complètement affolées.

Je sens qu’on me manipule les jambes. Les pompiers sont là apparemment.

Je ne comprends rien à ce qu’on me raconte. Je n’arrive pas à répondre aux questions qu’on me pose, je ne parviens pas même à ouvrir les yeux.

J’ai mal à la tête, il semblerait que je me sois cognée en tombant. J’ai envie de me rendormir, qu’on me laisse tranquille.

Puis je reconnais la voix de ma mère. Qu’est-ce qu’elle fout là ? Est-ce que je rêve ? Il semblerait que non.

Des personnes me portent, je perds de nouveau connaissance.

J’entends des voix comme si j’étais sous l’eau. Je devine des lumières faibles, floues, fugaces. Je sens les larmes glisser le long de mes joues.

Le souvenir d’après, je suis dans mon lit. Ma mère est assise à côté de moi, elle pleure.

Elle me caresse les cheveux et me dit doucement :

— Il faut que tu me parles mon cœur, ça ne peut plus continuer comme ça.

Je me mets à pleurer également.

— Ça ne va pas très bien maman en ce moment, tu sais.
— Je sais.
Je crois que je suis enceinte.

Elle me prend contre elle, me dit que je ne retournerai pas en cours cette semaine, qu’elle ira acheter un test de grossesse demain et que tout ira bien.

Je m’endors dans ses bras.

J’ai fait le test de grossesse le lendemain et à mon plus grand soulagement, celui-ci était négatif.

Nous en venons à la conclusion que le stress et l’angoisse dont je suis victime ces derniers temps ont sûrement perturbé mon cycle et qu’il ne s’agissait que d’une fausse alerte.

Les explications de Laura Berlingo, gynéco

Il faut différencier 2 choses : le simple retard de règles de quelques jours ou semaines, et ce qu’on appelle une aménorrhée secondaire, c’est à dire une absence de règles de plus de 3 mois.

Les causes d’un retard de règles peuvent être multiples :

  • Changement de contraception, arrêt d’une pilule
  • Stress, voyage, fatigue intense, activité physique inhabituelle, choc émotionnel
  • Prise ou perte de poids importante
  • Ovulation plus tardive que d’habitude ou pas d’ovulation (sans raison particulière)

En cas d’aménorrhée secondaire il faut consulter un médecin pour faire un bilan clinique et biologique. Il est possible que ce soit sans gravité, mais il est aussi possible que ça révèle une maladie sous-jacente.

Une situation stressante peut perturber le cycle menstruel : règles plus rapprochées ou au contraire plus éloignées voire absence totale de règles pendant un petit moment.

Le cycle peut être perturbé après un choc émotionnel ; dans la très grande majorité des cas ce n’est pas grave.

Mais s’il y a un retard, des saignements inhabituels ou des douleurs au moment où les règles devaient arriver, il faut impérativement faire un test de grossesse urinaire !

S’il est positif, il faut consulter les urgences gynéco qui restent ouvertes 7j/7 24h/24 !

La dépression et mon besoin de voir Félix

Pendant une semaine, je reste dans mon lit. Les volets fermés. Je ne vais plus en cours, j’ai dit à mon école que j’étais malade, mon médecin traitant m’a arrêtée pour deux semaines.

Ma mère ne sait plus quoi faire. Mon père me répète qu’il faut que je me secoue un peu et que ce n’est pas en me laissant aller que je vais me sortir de cette déprime.

Au fond de moi, je sens que la seule chose qui me ferait du bien serait de voir Félix mais je sais qu’il ne veut pas, et moi je ne veux pas l’embêter davantage.

Alors je crée une boîte mail, à son nom. Et je l’inonde de tout ce que je voudrais dire à Félix.

J’écris comme si je lui écrivais à lui. J’écris ce que je pense, ce que je ressens, j’envoie des musiques, des photos… et d’un côté, ça m’aide. Je me sens un tout petit peu moins seule.

Mais je sais que ce n’est qu’une illusion, car je sais que Félix ne lit pas mes messages.

Mes sombres lettres de suicide

Mes partiels de fin de semestre approchent à grands pas, je ne sais pas si je vais réussir à les passer.

Un soir, je me mets à écrire. J’écris une longue lettre à mon meilleur ami, des dizaines et des dizaines de pages.

C’est la première fois que j’écris sur ce qu’il s’est passé. Je raconte tout dans les moindres détails pour lui dépeindre la situation, mon ami de toujours n’ayant pas été présent ces derniers mois.

Il n’a pas pris de mes nouvelles, ne m’a presque jamais appelée — comme il ne vit pas dans la même ville, il ne sait rien de ce que j’ai vécu mis à part l’accident.

Thomas, soucieux de mon état, lui a envoyé un message sur Facebook il y a une semaine pour lui dire de m’appeler. Il ne l’a pas fait.

Alors je couche tout sur papier. Je lui raconte tout et je lui explique que je lui en veux de ne pas être là.

Je lui confie que je me sens toute seule et que même si je repousse constamment mes proches ces derniers temps, c’est seulement parce que je ne vais pas bien. J’ai besoin de me sentir épaulée.

Je n’enverrai finalement jamais ce que j’ai écrit. Personne ne le lira jamais.

J’écris beaucoup cette semaine-là.

Un soir, j’écris un message aux gens les plus importants de ma vie pour leur dire à quel point je les aime, j’écris un paragraphe pour chacun d’eux et je leur fais des « recommandations pour une vie sans moi,  si jamais je venais à partir un jour ».

Personne ne lira jamais ce message non plus.

Je ne sais pas si je me rends vraiment compte que j’ai écrit ce qui ressemble à une lettre de suicide. J’y pense de plus en plus souvent. Mais je n’ose pas trop me l’avouer.

Face au suicide, que faire ?

Si tu as, ou que l’un de tes proches a des pensées suicidaires, tournez-toi vers les numéros d’écoute comme :

Tu peux avoir accès à des professionnels dans des centres médico-psychologiques, trouvez le plus proche de chez toi sur Internet.

Je vois ma mère malheureuse de me voir dans cet état et je me dis que si je cède aux pulsions de plus en plus fréquentes qui me hantent, je détruirai sa vie.

Ma tristesse, je ne supporte pas l’idée de la voir logée en elle. Elle n’en mérite pas la moindre miette. Je culpabilise tellement d’être aussi mal.

La soirée avec Thomas

Après être restée alitée une grosse semaine, j’arrive à me sortir de ma chambre pour me mettre à réviser.

Je n’arrête pas de me répéter que si je réussis mes partiels, j’aurai encore quelque chose auquel me raccrocher.

Un soir, Thomas me propose de venir dîner chez lui.

On s’est un peu éloignés depuis l’histoire du week-end mais on continue à se parler tous les jours. Il n’y a plus rien d’ambigu entre nous, du moins le crois-je.

Je sens qu’il m’écoute et qu’il est là pour s’assurer que je ne fasse pas de connerie. Il a compris que ma santé mentale n’est vraiment pas au top dernièrement.

J’accepte sa proposition avec soulagement. Ma mère n’est pas là ce soir et je n’aime pas trop rester toute seule en ce moment, par peur de perdre le contrôle.

On passe une bonne soirée, mange une pizza, regarde un film. J’oublie mon mal-être le temps d’une soirée, ou du moins je le mets en sourdine.

On parle de comment je vais, mais peu : je n’ose pas trop lui dire la vérité. J’ai peur qu’il me prenne pour une folle, qu’il me dise de me prendre sur moi, comme mon père et mes potes.

Je lui parle de Félix, du message que j’ai envoyé, de sa réponse.

Thomas me conseille de persister. Selon lui, si je sens que c’est Félix qu’il me faut pour aller bien, il ne faut pas baisser les bras. Ça me fait du bien de parler de ça avec lui.

Le dérapage avec Thomas

Il se fait tard, Thomas me propose de rester dormir. J’habite loin, je n’ai pas envie de rentrer.

Je sais que rester signifie dormir dans son lit avec lui, mais nous l’avons déjà fait plusieurs fois sans ambiguïté : je n’ai aucune arrière-pensées et je crois que lui non plus.

Je me sens en sécurité avec lui, alors je décide d’accepter sa proposition.

Nous dormons chacun de notre côté mais dès que les lumières du matin se glissent dans la chambre de Thomas, je sens son corps se rapprocher du mien.

Il m’enlace par derrière. Je ne bronche pas, je feins d’être encore endormie, même si je pense qu’il a compris que ce n’était plus le cas.

Ses doigts glissent alors sur mon ventre et effleurent mon sein. Il me retourne et m’embrasse. Sa main glisse sous mes vêtements. Je me laisse faire un instant, mon corps trouve ça agréable, mes mains se posent même une seconde sur ses joues.

Mais à l’instant où mon cerveau sort de sa torpeur, je bondis en arrière.

— Je peux pas, il faut pas, on peut pas. Je suis désolée.

De nouveau, je me hais. Je me dis que j’ai probablement dû envoyer des signaux erronés à Thomas pour qu’il tente quelque chose. Je me sens mal. Je me dis que je n’aurais jamais dû rester.

Thomas me rassure, me dit que ce n’est pas grave, qu’il comprend. Je rentre chez moi sans que nous ne reparlions ce qu’il s’est passé.

Il m’envoie un message dans la journée pour m’encourager de relancer Félix. Je suis rassurée, il n’est pas bizarre. Il ne semble pas m’en vouloir, je n’aurai pas pu supporter de le perdre aussi.

L’espoir : est-ce que ça va vraiment aller mieux ?

Les jours suivants, je me replonge dans mes partiels et ne repense plus à ce qu’il s’est passé chez Thomas, me convainquant que ça n’a jamais existé.

J’ai préparé un plan d’attaque pour voir Félix. J’ai décidé de passer à l’action pour aller mieux. La situation ne peut plus durer.

Je me promets que si je réussis mes examens, j’irai devant chez lui pour lui dire de vive voix tout ce que j’ai besoin qu’il sache.

Ça me motive, je passe toutes les épreuves sans trop me foirer. Au moment où je sors de mon dernier partiel, j’envoie à Félix le message que j’ai écrit il y a plusieurs jours déjà.

— Je passe chez toi en fin de journée, j’espère que tu y seras.

Il me répond immédiatement. J’ai l’impression que ma tête va exploser tandis que je déverrouille mon portable.

Il ne m’envoie pas chier, au contraire. Il me propose plutôt un rendez-vous le lendemain en ville pour le déjeuner !

Mon cœur se desserre un peu. Une larme de soulagement roule le long de ma joue tandis que je lui réponds que ça me va parfaitement.

J’ai l’impression d’apercevoir enfin la lumière au bout de ce tunnel, mais l’éclaircie sera de courte durée…

La suite du journal de la pire année de ma vie

Pour lire la suite, c’est par ici :

À lire aussi : Ma semaine en plein cauchemar (La pire année de ma vie, épisode 2)

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Commentaires

LutinDesbois

Pareil que MissMachine @MorganeGirly @missaaj : j'avais pas envisagé les choses sous cet angle (my bad). Je l'avais vraiment analysé comme une série d'événements difficiles à encaisser et donc, pour moi, l'entourage le voit et t'apporte du soutien. Mais j'avais oublié que ça se passait sur plusieurs semaines/mois, qu'effectivement les gens autour ont peut-être pas la vision globale de la chose, ne savent pas comment ou ne se sentent pas d'aider.
Et puis juste j'y étais pas quoi.
(Merci de me faire réfléchir ! :fleur: )
 

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