On a déménagé avec un enfant et personne n’a été traumatisé, voici notre secret


Déménager quand on a un enfant peut s'avérer un peu plus sportif que lorsqu'on est seule ou entre adultes. On vous donne quelques astuces pour que la transition se passe au mieux pour votre petit lardon.

On a déménagé avec un enfant et personne n’a été traumatisé, voici notre secret @cottonbro / Pexels

Il y a quelques semaines, j’ai changé d’appartement. J’ai eu la chance de tomber sur une occasion en or, de celles qui ne se ratent pas, surtout quand on connait un peu le marché de la location parisienne.

Dans notre cas, tout s’est fait très rapidement : entre la recherche d’un bien, l’organisation du déménagement et le jour J, il ne s’est écoulé que trois semaines.

C’est peu, mais gérable quand on n’est qu’entre adultes. Mais avec une petite fille de quatre ans au milieu, il fallait faire très attention à ce que la transition se passe au mieux pour elle, pour lui éviter des angoisses, du stress, et autres joyeusetés.

Étant d’humeur altruiste aujourd’hui, je vais vous filer quelques astuces pour que votre déménagement avec un enfant se passe au mieux, tout en étant appuyée et conseillée par la formidable Marie Touati-Pellegrin, pédopsychiatre à Paris.

Faire participer son enfant au déménagement doucement

Lorsque nous avons eu la confirmation de notre déménagement, nous avons presque immédiatement commencé à enchaîner les cartons, à faire du tri dans nos affaires et à nous projeter dans le nouvel appartement.

Notre fille, qui avait fait la visite du futur logement avec nous, savait dès le début ce qui allait se passer. Elle avait d’ailleurs décidé quelle pièce serait sa chambre avant même qu’on signe le bail, elle n’était clairement pas là pour perdre son temps.

Nous avons fait le choix de l’impliquer dès le départ, pour faciliter la transition. Une décision approuvée par Marie Touati-Pellegrin, car les plus petits n’ont pas du tout la même capacité de projection que les adultes :

« Dès trois ans, un enfant peut se projeter et imaginer l’endroit où il va vivre. On peut l’impliquer dans ce futur déménagement dès le moment où les parents réfléchissent à changer de logement, en le prévenant des visites, et, si possible, en lui faisant voir le lieu qu’ils auront choisi.

Pour la partie technique du déménagement, il faut s’adapter en fonction de l’âge de l’enfant. Mais il peut aider à faire les cartons de sa propre chambre, en choisissant par exemple de ranger ce qui est très précieux pour lui.

S’il y a des travaux à prévoir dans le futur logement, il est également conseillé de l’impliquer dans le choix de la couleur des murs de sa future chambre par exemple, toujours dans un souci d’aide à la projection. »

Même si nous avions l’impression d’avoir suffisamment impliqué notre fille, j’ai fait l’erreur de lui laisser son ancienne chambre en état le plus longtemps possible, pour qu’elle puisse profiter de ses affaires jusqu’au bout.

Après avoir essuyé plusieurs crises de colère de sa part dont je ne comprenais pas l’origine pendant les trois semaines de transition (et quand je dis « crises », je parle de hurlements, de jets d’objets et claquement de portes tous les jours), elle nous a expliqué avec ses mots qu’elle avait eu peur qu’on l’abandonne parce que ses cartons à elles n’étaient pas prêts, que sa chambre restait à l’identique, contrairement au reste de l’appartement.

Une erreur que je ne referai pas à l’avenir si nous devions encore déménager. En effet, dès lors qu’elle a pu ranger quelques-unes de ses affaires, celles dont elle se servait le moins et qui allaient le moins lui manquer pendant les derniers jours, tout est rentré dans l’ordre. Elle était rassurée, et moins stressée.

Alors oui, elle a fait quelques-uns de ses cartons et les a redéfaits en moins de 10 minutes, mais au moins, elle ne pensait plus qu’on allait l’abandonner et partir juste avec le chat.

Déménager avec un enfant et guetter les signes de stress

Pour les adultes, le stress engendré par un déménagement peut être très intense. Marie Touati-Pellegrin explique ainsi que sur l’échelle de l’angoisse, un déménagement peut se placer au même niveau que la perte d’un emploi par exemple.

Or, on le sait, les enfants peuvent être des sacrées éponges et ressentir les angoisses de toute la famille ! Alors, quels sont les signes qui peuvent nous alerter en tant que parents pour capter que notre enfant n’est pas au mieux de sa forme ? La pédopsychiatre nous donne des pistes :

« Pour un enfant, un déménagement est comme une grande séparation, et ça peut faire peur. Si l’enfant a du mal à manger, à dormir, qu’il se plaint de douleurs inexpliquées comme des maux de ventre, que ses pleurs sont inexplicables ou qu’il refuse certaines habitudes comme vouloir aller à l’école par exemple, cela peut signifier un bouleversement important. »

Des signes qui se sont manifestés d’ailleurs chez notre fille. Elle qui a d’habitude un appétit d’ogre boudait souvent son assiette. Oui, même les coquillettes au jambon et au fromage ne trouvaient plus grâce à ses yeux, c’est pour dire. De plus, elle nous rappelait une bonne dizaine de fois dans sa chambre une fois qu’elle était couchée, pour un câlin, un bisou, une envie de boire, d’aller aux toilettes ou toute autre excuse. On n’en pouvait plus de ces allers-retours nocturnes.

Comme on était déjà bien fatigués, stressés et énervés par le déménagement, notre patience a été mise à rude épreuve. Avec des répercussions sur notre couple. Marie Touati-Pellegrin m’explique que les disputes de couples ne passent d’ailleurs pas inaperçues pour les plus petits, et qu’il faut redoubler de paroles rassurantes :

« Voir les parents se disputer et sentir les tensions entre les adultes peuvent angoisser l’enfant, et il ne faut pas hésiter à le rassurer en lui expliquant que des changements arrivent et qu’ils sont pour le mieux, pour toute la famille.

Il est important dans ces cas-là de passer rapidement à la suite en continuant de l’aider à se projeter dans l’avenir.

Une nouvelle chambre qu’il aménagera, de nouveaux copains d’école s’il doit en changer… Il y a des choses chouettes qui se préparent, il doit lui être demandé de faire confiance à ses parents.

Il faut impliquer un peu l’enfant dans ce changement et anticiper autant que possible, mais surtout beaucoup l’écouter, et le rassurer.

Le stress est contagieux, et l’ampleur qu’il peut prendre n’est pas forcément toujours perçue par les parents. C’est un moment difficile à partager qu’il ne faut pas minimiser, mais dont l’issue sera géniale pour toute la famille. »

Et le jour J du déménagement, on fait aussi participer son enfant ?

Quiconque a déjà déménagé sait que ce n’est pas une partie de plaisir. Entre les allées et venues des déménageurs (ou des copains, dans notre cas, en échange de pizzas et de bières tièdes, tmtc), des cartons à porter, du camion à conduire et à garer, avoir un enfant dans les pattes à ce moment-là n’est pas le meilleur des choix.

Notre pédopsychiatre nous conseille d’ailleurs, si possible, d’éloigner l’enfant pour la journée du déménagement, en le plaçant chez la famille ou des amis, le temps que tout soit terminé. Mais pas deux semaines non plus !

Elle nous suggère de limiter l’exclusion de l’enfant à la journée, et d’essayer de recréer l’univers de son ancienne chambre dans la nouvelle avant qu’il ne revienne :

« Le premier soir dans le nouveau logement, il faut essayer de recréer au maximum le cocon de sa chambre, en ressortant rapidement ses affaires et les jouets qui le rassurent. Mais il est aussi important de marquer le changement, en ne recréant pas tout son univers à l’identique, car c’est aussi pour lui l’occasion de passer un cap et de grandir. »

Tout est une question d’équilibre. Qu’il se sente bien et sécurisé dans son nouveau lieu, mais sans avoir non plus l’impression que rien n’a changé et évolué.

Marie Touati-Pellegrin nous précise d’ailleurs qu’un déménagement n’est pas du tout le moment de lui faire changer de lit par exemple, en passant d’un couchage de petit à celui d’un grand. Ces choses-là peuvent attendre, il ne faut pas le brusquer et trop le perturber avec un amoncellement de changements, ça serait bien trop d’un coup.

Et pour sa nouvelle école, comment l’aider à s’habituer ?

Dans notre cas, puisque nous changions vraiment de quartier, nous avons dû inscrire notre fille dans une nouvelle école, en plein milieu de l’année scolaire. Et même si j’anticipais peut-être un peu trop ses éventuelles angoisses, pour l’instant tout se passe bien.

Comme me l’expliquait la pédopsychiatre, ma fille étant en maternelle, il y avait peu d’enjeux éducatifs pour elle, seulement sociaux. Si elle avait été en CP par exemple, ça aurait pu être plus compliqué. Marie Touati-Pellegrin explique :

« Quand l’enfant est plus grand, les enjeux le sont aussi. Il ne faut pas lui mentir et lui avouer que oui, ça risque d’être difficile, mais que ce changement sera aussi l’occasion pour lui de rencontrer de nouvelles personnes sympas. L’enfant pourra être en colère et c’est légitime, et il ne faudra pas nier la difficulté de ce qu’il va vivre. »

Effectivement, un changement en plein milieu de l’année scolaire n’est vraiment pas simple. Si c’est possible, il est préférable de déménager pendant l’été pour que votre enfant commence sa nouvelle année scolaire en même temps que les autres. D’ailleurs, Marie Touati-Pellegrin donne une astuce intéressante pour ce cas-là :

« S’il y a un déménagement pendant l’été, peut-être est-il possible de rencontrer des voisins de l’immeuble ou du quartier qui iront aussi dans cette école à la rentrée, pour commencer à créer des liens avant le début des cours.

Il existe aussi des centres aérés de quartiers qui acceptent les nouveaux élèves pendant les vacances, ça peut être une bonne occasion pour sociabiliser en douceur. »

Dans tous les cas, déménagement pendant l’été ou en cours d’année, il est très important de faire visiter la nouvelle école avant le début des cours. C’est ce que nous avions fait avec notre fille, et c’est vrai qu’elle s’est sentie moins perdue le jour où elle a repris officiellement le chemin de l’école.

Un changement de maison et des signes de régression

Enfin, la dernière chose qu’il faut garder à l’œil sans s’inquiéter plus que ça (sauf si c’est trop important), c’est une éventuelle régression de l’enfant suite au déménagement. Ma fille, qui n’avait plus peur du noir et qui était propre la nuit depuis deux ans, nous demande maintenant de dormir avec une veilleuse et a eu quelques accidents de pipi au lit.

Rien d’inquiétant pour Marie Touati-Pellegrin :

« La peur du noir peut revenir avec un déménagement, tout comme d’autres petites angoisses nocturnes. Il ne faut pas spécialement essayer de contrôler et laisser faire la régression. C’est assez commun ! Sans compter que la peur du noir est commune à beaucoup d’enfants et peut durer jusqu’à tard. »

C’est vrai que ça doit être assez angoissant pour elle de se retrouver dans une chambre qu’elle ne connait pas trop encore, avec des bruits de maison qu’elle n’est pas encore capable d’identifier.

Tout rentrera bientôt dans l’ordre, il faut lui laisser du temps. Même nous, adultes, ne sommes pas hyper à l’aise quand on entend un bruit qu’on ne connait pas au beau milieu de la nuit (non j’ai pas peur, c’est toi qui as peur !).

Aujourd’hui, même si nos cartons sont défaits et que nous prenons bien nos habitudes dans notre nouveau logement, ma fille me demande encore de regarder des photos de l’ancien appartement. Marie Touati-Pellegrin m’a expliqué que c’était normal et qu’il fallait laisser faire.

Elle continuera à avoir des souvenirs du premier endroit où elle a vécu, et j’espère qu’elle en construira d’aussi beaux dans le nouveau.

Si vous déménagez, ou projetez de le faire, et que vous voulez un coup de main pour aider émotionnellement votre enfant, Marie Touati-Pellegrin vous recommande ces trois ouvrages :

Commentaires

blobette

Merci pour cet article intéressant. C’est vrai qu’à cet âge là les enfants détestent le changement !
 

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