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Psychologie

Les suicides sont en baisse depuis le début de la pandémie. Mais pourquoi ?

2020, c’était pas la joie. À cause de la pandémie, certains et certaines ont perdu leur job, se sont retrouvés bloqués avec un conjoint violent, ont été isolés ou rongés par l’anxiété… Pourtant, paradoxalement, les suicides sont en baisse.

2020 a été l’année où tout a basculé. Dès le mois de mars, le quotidien du monde entier a été marqué par les décès liés au Covid, les restrictions sanitaires et l’anxiété qu’elles engendrent, les pertes d’emploi à la pelle, l’insécurité économique, le tout après de vastes mouvements sociaux comme des manifestations contre les violences policières…

Bref, le cocktail parfait pour sombrer dans la déprime, voire même la dépression.

Pourtant, contre toute attente, une étude publié il y a quelques jours par le Centre national des statistiques de santé (CDC) montre que « malgré l’augmentation de certains facteurs de risque associés au comportement suicidaire au cours de l’année 2020, le nombre de suicides aux États-Unis semble avoir diminué en 2020 de 3% par rapport à 2019. »

Une tendance similaire avait été enregistrée en France lors du premier confinement, avec une baisse significative des tentatives de suicides au cours de la première vague du Covid.

Incompréhensible ? Pas vraiment.

Une baisse inattendue des suicides pendant la pandémie

« On craignait que les suicides augmentent […] Je pense que certaines personnes seront surprises par ces résultats », a déclaré Sally Curtin, statisticienne et autrice principale de l’étude. C’est le moins qu’on puisse dire…

Aux États-Unis, depuis plusieurs décennies, les taux de suicide augmentaient chaque année, avec notamment un pic de 35% entre 2000 et 2018, selon Sally Curtin. Si les chiffres ont légèrement baissé en 2019 avec une micro chute de 2%, 2020 enregistre une énorme baisse — près de 15%. Le rapport analyse :

« Le nombre provisoire de suicides en 2020 (45 855) était inférieur de 3% à celui de 2019 (47 511). Le nombre mensuel de suicides a été plus faible en 2020 qu’en 2019 en mars, octobre et décembre.

La plus grande différence de pourcentage entre les nombres mensuels pour 2019 et 2020 s’est produite en avril, où le nombre provisoire en 2020 (3 468) était inférieur de 14% à celui de 2019 (4 029). »

Du côté de l’Hexagone, une étude menée par le CHRU de Montpellier et de la Fondation Fondamental montre quant à elle que « les hospitalisations pour tentative de suicide ont baissé lors du premier confinement » avec 2864 hospitalisations de moins entre mars et mai 2020 qu’en 2019 à la même période.

Femme qui pleure

Pourquoi passe-t-on moins à l’acte ?

Le suicide et les tentatives de suicide sont des actes très difficiles à évaluer et mesurer, puisqu’ils dépendent d’un multitude de facteurs impalpables par les chiffres. Pour Deb Stone, spécialiste des sciences du comportement au Centre national de prévention et de contrôle des blessures du CDC, le phénomène est complexe, mais une telle baisse n’est pas étonnante :

« Bien qu’il puisse sembler contre-intuitif de voir une réduction du nombre de suicides pendant la pandémie, étant donné l’augmentation des facteurs de risque, cette tendance n’est pas sans précédent. D’après les catastrophes précédentes, les taux de suicide baissent parfois pour repartir à la hausse une fois la crise immédiate passée. »

Depuis le début de la pandémie et malgré l’isolement, proximité oblige pour celles et ceux qui partagent le même espace, certains liens se sont renforcés. Pour les anxieux et anxieuses sociales, le fait de rester chez soi a réduit les facteurs de stress. Et surtout, le fait de se sentir dans le même bateau que tout le monde, collectivement isolés et dans la même galère, a pu en soulager plus d’un.

C’est aussi ce qu’ont conclu les chercheurs et chercheuses du CHU de Montpellier. Pour Emilie Olié, professeure de psychiatrie, le passage au télétravail, les aides financières de l’État et le « sentiment collectif d’entraide observé pendant les périodes de crise nationale » ont pu être salutaires. Elle ajoute :

« On sait que sur une période de guerre par exemple, il y a une plus grande cohésion sociale et une réduction de la mortalité par suicide, avec un sentiment d’appartenance qui est plus fort. »

Le docteur Pierre Thomas, responsable du pôle psychiatrie du CHU de Lille, complète cette analyse :

« Après des crises majeures, comme les attentats du Bataclan, en 2015, l’effet de sidération est tel que les troubles des conduites, y compris suicidaires, ont tendance à diminuer. Durant le confinement, les personnes qui étaient habituellement déprimées ont eu l’impression de l’être moins que les autres. Ceux qui sortaient peu, en temps normal, se sentaient moins “en décalage” puisque tout le monde était logé à la même enseigne. »

Mais cette baisse est peut-être artificielle car elle peut aussi s’expliquer par le fait que pendant la pandémie, et surtout pendant les confinements, les personnes consultaient tout simplement beaucoup moins et atterrissaient moins aux urgences pour de tels passages à l’acte…

Une baisse, certes, mais pas pour tout le monde, pas partout et pas pour longtemps

Tous ces chiffres sont à prendre avec du recul. Si l’étude menée aux États-Unis prend en compte les suicides ayant abouti, celle de Montpellier n’enregistre que les tentatives, mettant de côté les cas les plus graves et celles ayant résulté à un décès.

De plus, aucune des études ne détermine si les décès par overdose sont accidentels ou intentionnels… Un sacré biais, donc.

Cette baisse ne concerne pas non plus tout le monde. Aux États-Unis, la chute des taux de suicide ne touche que les personnes blanches, les femmes et les adultes d’âge moyen et plus âgés. Les taux de suicide sont restés stables ou ont augmenté chez les jeunes adultes, les hommes noirs, latino-américains et amérindiens — des données impossibles à récolter en France, pays où « on ne voit pas la couleur ».

Le rapport ne prend pas en compte les taux de suicide chez les personnes en fonction de leur identité sexuelle, alors que les communautés LGBTQIA+ sont bien souvent les plus à risque…

Et puis, l’effet du début de la pandémie passé, les chiffres font de nouveau un bond… chez les jeunes. Selon les chiffres de l’Inserm et Santé publique France rapportés par Le Monde :

« Si les tentatives de suicide avaient diminué pendant la première vague de la pandémie, plusieurs données font apparaître une hausse récente chez les enfants et les jeunes adultes. »

Besoin d’aide ?

Si vous avez ou si quelqu’un que vous connaissez a des idées suicidaires, vous pouvez :

  • Appelez le 15 ou le 112 en cas de risque imminent
  • Consulter un ou une psychologue, psychiatre, ou Centre Médico-Psychologique (CMP)
  • Contacter la plateforme d’écoute SOS Amitié ou Suicide Écoute

À lire aussi : Les tentatives de suicide ont augmenté chez les jeunes, et la crise sanitaire en est bien responsable

Crédits photos : Kat Smith et Dids (Pexels)

Les Commentaires
1

Avatar de Esturgeon
16 novembre 2021 à 09h42
Esturgeon
Je suis très dubitative sur le parallèle fait entre une étude menée aux USA sur le nombre de suicides (aboutis du coup) et une étude menée en France sur les hospitalisations pour tentatives de suicides en France. Le contexte des deux pays n'est pas le même, on ne peut pas prendre ces deux études et faire des généralités sur les deux. Et si l'article porte sur le nombre de suicides dans le monde, deux pays ne sont pas représentatifs.
Surtout, le lien vers le résumé de l'étude menée en France dit que ce sont les hospitalisations pour tentatives de suicides non sévères (ne requérant pas de soins intensifs) qui ont diminué.
Sur le même lien, il est de plus dit que "le nombre de tentatives de suicide sévères, ainsi que les décès liés pendant l’hospitalisation, sont restés relativement stables. Par conséquent, la proportion des passages à l’acte sévères était plus importante lors du confinement". Pas du tout que le nombre de suicides (aboutis) a baissé en France !
Il peut en outre y avoir plein de raisons pour la baisse des hospitalisations pour tentatives de suicides non sévères, notamment que les hôpitaux étaient surchargés et les lits réquisitionnés en priorité pour les malades du Covid. Du coup une baisse du nombre d'hospitalisations pour tentatives de suicides non sévères ne signifie pas forcément qu'il y a eu une baisse du nombre de tentatives de suicides non sévères, mais peut signifier que le secteur hospitalier n'était à ce moment là plus en mesure de les prendre en charge.
Cette interprétation est mentionnée un peu plus loin dans l'article ainsi que le champ d'étude différents des deux études, mais j'ai du mal à comprendre le parallèle qui est établi entre les deux études au début de l'article, les titres sur le nombre de suicides qui baisserait sans préciser sur quel territoire, et l'omission de la partie sur les tentatives de suicides sévères et les décès liés pendant l'hospitalisation pourtant mentionnés dans l'étude en France.
Surtout, le titre de l'article et les sous-titres en énorme et en gras ne reflètent pas le contenu des études ni le contenu de l'article, or c'est que le lectorat retiendra le plus - et surtout on sait que beaucoup de personnes ne lisent pas les articles complets et s'arrêtent aux titres et sous-titres.
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