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Les États-Unis bannissent l'import de coton ouïghour, mais c’est plus facile à dire qu’à faire
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Les États-Unis bannissent l’importation de coton ouïghour, mais c’est plus facile à dire qu’à faire

Cette politique des États-Unis entre officiellement en vigueur : elle évite formellement l’importation de coton provenant du Xinjiang, largement issu du travail forcé de Ouïghours, d’après plusieurs ONG.

Plusieurs gouvernements réfléchissent à comment agir contre la concentration et l’exploitation forcée de personnes ouïghoures à Xinjiang en Chine. Pour tenter d’agir à ce niveau, les États-Unis ont voté une loi, « The Uyghur Forced Labor Prevention Act » (UFLPA), entrée en vigueur le 21 juin 2022.

Comme son nom l’indique, cette loi oblige les États-Unis à se passer de coton issu de cette région chinoise où seraient exploitées, contre leur gré, des populations ouïghoures.

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Deux personnes cherchant à savoir si leur t-shirt en coton provient de l’exploitation des Ouïghours. © pexels-artem-podrez-6787007

L’industrie de la mode, particulièrement concernée par cette loi anti-coton ouïghour

Depuis 2017, les autorités chinoises ont détenu jusqu’à un million de Ouïghours pour les soumettre à du travail forcé. D’après un rapport de l’ONG Australian Strategic Policy Institute par exemple, on les exploite massivement pour la confection de vêtements et de chaussures, fabriqués en totalité ou en partie par des Ouïghours. Sayragul Sauytbay dans son livre Condamnée à l’exil, témoignage d’une rescapée de l’enfer des camps chinois va également dans ce sens.

L’industrie de la mode est donc particulièrement concernée par cette nouvelle loi étatsunienne. Environ 20% du coton mondial provient de Chine, dont 84% de la région Xinjiang en question, d’après le Guardian.

Outre la matière première brute, même les produits finis doivent montrer patte blanche concernant la provenance du coton qui les composerait. À défaut de fournir une certification adéquate et des détails sur sa chaîne d’approvisionnement, une amende pouvant s’élever à 250 000 $ (soit environ 237,440 €) peut tomber.

De la difficulté d’assurer la traçabilité du coton, de la graine au vêtement

Or les marques de mode internationales se sont longtemps peu souciées de la provenance de leurs matières premières (notamment parce que leur clientèle ne s’en préoccupe pas non plus). Comme l’illustre les récents éclairages autour du coton bio produit en Inde, il arrive souvent que des mélanges de fibres de différentes origines soient faits, en plus de falsification de documents pour gonfler des chiffres, ou faire passer du conventionnel pour du bio.

On peut imaginer des difficultés semblables, voire pire, en Chine, en particulier autour du coton venant du Xinjiang, qui représente un enjeu économique majeur, comme je vous l’expliquais dans le podcast mode de Madmoizelle, Matières Premières, dans l’épisode dédié au coton.

Avec cette nouvelle loi en vigueur aux États-Unis, les marques de mode vont sûrement s’empresser de tenter d’améliorer leur traçabilité pour éviter de voir leurs stocks confisqués par les forces frontalières et d’être sanctionnées par des amendes.

Dans « Matières Premières, Cotons », on parle d’esclavage, Ouïghours, pesticides et greenwashing du bio
Dans « Matières Premières, Cotons », on parle esclavage, Ouïghours, pesticides et greenwashing du bio.

Un sujet coton entre les lois du marché et des gouvernements

Outre la menace de la loi, elles pourraient également tirer des bénéfices d’une meilleure connaissance de leur chaîne d’approvisionnement. C’est ce que résumait un récent rapport du groupe de réflexion financier Planet Tracker, cité par le Guardian : une meilleure traçabilité « peut améliorer le bénéfice net en moyenne de 3% à 7% pour les entreprises de vêtements ».

La mode cristallise donc énormément d’enjeux géopolitiques. Et puisque beaucoup d’argent est en jeu, des start-ups telles que TrusTrace se positionnent actuellement pour aider les marques à mieux tracer leurs vêtements, de la graine de coton au produit fini. Et pour des questions de protection des données, seule la marque serait informée (pas même la start-up qui met à disposition sa technologie numérique de traçabilité) au cas où du coton du Xinjiang serait impliqué. Mais ces entreprises privées se montreront-elles honnêtes face à ce genre d’information, quand les pressions du marché et de gouvernements pèsent sur leurs survie profits ?

En d’autres termes, ce n’est pas parce que les marques affirmeront faire des efforts pour davantage de transparence qu’elles deviendront aussitôt plus responsables.

À lire aussi : En difficulté financière, Asos va-t-elle rendre ses retours payants comme le font déjà Zara et H&M ?

Crédit photo de Une : Quang Nguyen Vinh via Pexels.


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Les Commentaires

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Avatar de jorda
24 juin 2022 à 20h06
jorda
je pense surtout que les US n'en ont rien à faire des ouigours, tant que c'est pour faire pression sur la chine. Les US eux-mêmes exploitent bien des pays (quasi toute l'amérique latine), et font la guerre un peu partout dès que leurs intérets sont menacés.
Pour moi c'est une loi supplémentaire pour faire plier la Chine.
Après, effectivement, plus difficile à dire qu'à faire, et je vais pas cracher sur cette loi non plus, bien au contraire.
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Voir les 3 commentaires

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