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Parentalité

Le gouvernement veut accompagner les parents pendant les « 1000 premiers jours ». Est-ce suffisant ?

Adrien Taquet, ministre de la Santé, a précisé le plan d’accompagnement à destination des parents et futurs parents, dit des « 1000 premiers jours ». Suffira-t-il face à l’urgence ?

Santé publique France et le ministère des Solidarités et de la Santé lancent une campagne média pour mettre en lumière leurs actions visant à accompagner au mieux les 1000 premiers jours de l’enfant — ce concept, initialement inventé par l’Unicef, correspond à peu près aux neuf mois de grossesse et aux deux ans de l’enfant.

Ce dispositif fait suite à une commission présidée par Boris Cyrulnik ; cette période, considérée comme déterminante pour l’enfant et très importante en ce qui concerne la santé mentale et le bien-être des parents, doit être mieux prise en charge. BFM TV relaie les propos d’Adrien Taquet lors de cette conférence :

« C’est une période fondamentale dans la vie des enfants, là où tout commence. On a trop peu investi jusqu’à présent. Il faut lutter contre les inégalités de destin, créer les conditions les plus favorables au développement cognitif et social des enfants. »

Un site et une appli pour les 1000 premiers jours de l’enfant… et de ses parents

Ce plan se décline en plusieurs volets, en commençant par le site les 1000 premiers jours contenant beaucoup d’informations – pourquoi mon bébé pleure, comment le coucher, que puis-je manger sans risque en étant enceinte…. Il est en ligne depuis septembre.

Un homme dort près de son bébé.
Un post Instagram par @1000premiersjours.

Citons ensuite une appli mobile incluant entre autres un annuaire géolocalisé pour de trouver pédiatres, centres de PMI, sages-femmes, bibliothèques, CAF et autres autour de soi. Elle contient également un autoquestionnaire permettant « d’évaluer son état d’esprit », comme le rapporte Le Figaro.

Face aux dépressions post-partum, l’État en fait-il assez ?

Le gouvernement avait déjà annoncé des mesures pour dépister les dépressions post-partum, à savoir un entretien systématique autour de la cinquième semaine après l’accouchement, ainsi qu’un deuxième autour de la douzième semaine pour les femmes à risques.

Une avancée, mais pas forcément suffisante lorsque l’on sait que cette dépression peut se déclarer plusieurs mois après l’accouchement, qu’elle touche 10 à 15% des femmes et que le suicide est la première cause de décès chez les jeunes mères…

Une lecture féministe du dispositif 1000 premiers jours

Ces dispositifs d’aide et d’accompagnement sont les bienvenus, l’information étant une des clés pour envisager plus sereinement pour les parents cette période de grands bouleversements. Mais les mouvements féministes réclament depuis plusieurs années d’autres mesures de grande ampleur, considérées comme plus que nécessaires.

L’annonce récente de la bébé box et notamment la mention d’une crème hydratante a été grandement critiquée et avait été l’occasion de rappeler des demandes concernant l’égalité femmes-hommes dans le domaine de la parentalité.

Chantal Birman, sage-femme féministe, protagoniste du nécessaire et bouleversant documentaire À la vie d’Aude Pépin, contactée par Madmoizelle, déplore la présence d’une seule sage-femme cadre dans la commission des 1000 premiers jours regroupant pourtant 18 expertes et experts (médecins, chercheurs…). Ce sont en effet surtout les sages-femmes qui s’occupent des suites de couches.

Dans cette commission, il s’agit, nous dit-elle, de gens qui ne sont pas sur le terrain : ils s’occupent de personnes qui sont déjà identifiées comme ayant un problème alors qu’ils sont censés créer un dispositif de prévention.

« C’est en amont qu’il faut agir. C’est toujours mieux que rien, et il faut rendre hommage à ce gouvernement qui a essayé… mais pas avec les bonnes personnes. »

Chantal Birman, une sage-femme âgée, s'occupe d'un bébé dont elle change la couche.
Chantal Birman dans À la vie, d’Aude pépin

Concernant le dépistage de la dépression post-partum et la mise en place des deux rendez-vous, Chantal Birman déclare :

« Je n’ai rien contre ça, mais je suis contre les consultations au cabinet parce que quand quelqu’un est dans la dépression, il est sous la couette, il ne peut pas bouger, c’est à domicile qu’il faut aller. »

Pour une vision politique et féministe de la maternité

Illana Weizman, sociologue féministe, milite pour un congé coparental obligatoire et de même durée que le congé maternité, comme elle l’exposait notamment dans son livre Ceci est notre post-partum :

« Pendant les premiers mois de la vie de l’enfant, des habitudes de parentalité et de charge mentale qui leur sont rapportées se mettent en place et finissent par s’inscrire dans le temps. Les mères se retrouvent aussi souvent seules face aux tâches éducationnelles et de maternage.

Le congé coparental – obligatoire et de même longueur que le congé maternité – pourrait redresser cette injustice. »

D’autres réclament le financement de moyens de garde accessibles pour les familles. Nombre de parents souhaiteraient faire garder leur enfant en crèche mais n’obtiennent pas de place. Pour Ilana Weizman toujours, il faut « débloquer l’argent pour des politiques d’accompagnement sur le long terme par des professionnels de santé formés aux problématiques du post-partum ».

Le gouvernement annonce vouloir réinvestir 100 millions d’euros pour, notamment, la création de 100 postes médico-psycho-sociaux. Espérons que cela suffise et que ces annonces soient suivies d’actes.

Les Commentaires
4

Avatar de KrissdeValnor
28 octobre 2021 à 08h33
KrissdeValnor
Et si on proposait de vraiment rémunérer le congé parental, parce que bon à 400€/mois, oui c’est moins que le RSA, je sais vraiment pas qui peut se le permettre, à moins d’avoir un conjoint qui gagne très bien.
Et puis l’accompagnement des parents post naissance il n’y a juste rien en fait, des visites médicales pour le bébé tout les 2 jours, ou jamais on demande aux parents comment ils vont, tout est focalisé uniquement sur le petit.
Et encore faut-il que les personnels soient formés, et compatissants, la seule et unique fois où j’ai mis les pieds à la PMI je suis sortie de là en pleurant (et pourtant j’avais galéré à avoir un rdv, autant que pour rien au monde j’y remettrais un orteil).
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