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Je ne savais pas ce qu’étaient les « œufs clairs » jusqu’à ma fausse couche

30 août 2021 2
Quand le corps affiche tous les signes d’une grossesse, mais qu’aucun embryon n’apparaît à l’échographie, on parle d’œuf clair. Delphine a traversé ça deux fois, et a décidé d’en parler.

En 2019, à 27 ans, j’ai accouché de ma fille. Première grossesse oblige, je me suis beaucoup documentée ! J’ai lu des livres, des articles, des témoignages… Mais jamais je n’avais entendu parler des œufs clairs.

J’étais étudiante, et mon conjoint et moi avions pour projet de faire un deuxième enfant assez rapidement après le premier. Nous avions vraiment envie qu’ils soient d’âges assez rapprochés, pour qu’ils puissent partager un maximum d’expérience ensemble, et que nous puissions tout faire en famille, sans décalage d’âge entre leurs activités. Mais malgré notre motivation, la nature a quelque peu contrecarré nos plans.

Après mon accouchement, une première fausse joie

Après la naissance de ma fille, malgré la fatigue, nous étions à fond : mon compagnon et moi avions très envie de ce deuxième enfant. Et puis, cinq mois après avoir accouché, le premier test de grossesse est revenu positif.

Cette nouvelle a été extrêmement heureuse pour nous. Nous nous projetions complètement, faisions des projets pour cette naissance … Avec mes études et le travail de mon conjoint, nous savions que les choses ne seraient pas simples, mais nous étions sur un nuage, à déjà tout organiser. Bien sûr, je savais qu’une fausse couche était possible, mais on n’imagine jamais le pire.

Sauf que voilà, les choses ne se passent pas toujours comme on l’aimerait. Après avoir confirmé ma grossesse par une prise de sang, je me rends chez ma gynécologue.

« Ça s’appelle un œuf clair. Je suis sidérée. »

Et là, moi qui suis pourtant bien renseignée sur la grossesse et l’accouchement, je tombe des nues. Elle m’apprend que je suis enceinte de neuf semaines, MAIS qu’il n’y a pas d’embryon à l’échographie. Tout se met en place dans mon corps, la poche, les hormones, le futur placenta… Mais c’est vide.  Cela s’appelle un « œuf clair », en somme, un gros fuck de la nature.

Quand elle me dit « Par contre, il n’y a pas d’embryon », je ne comprends pas ce qu’elle veut dire. Sidérée, seule avec le médecin, je n’arrive pas à concevoir ce qui se passe.

Elle commence à  me parler d’avortement médicamenteux et de curetage, et je m’effondre. Pour me consoler, elle me parle de  « graines de carottes que l’on plante mais qui ne poussent pas toutes ». Il n’y a pas trop d’explication scientifique.

Je suis sortie, et j’ai appelé mon conjoint en pleurs.

La procédure médicale qui a suivi

Ma gynécologue m’a renvoyée vers l’hôpital le plus proche, pour qu’on puisse y confirmer son diagnostic et me prendre en charge. Moi, je ne savais toujours pas ce qui allait m’arriver. J’ignorais ce qu’était un curetage, mon conjoint non plus, et nous imaginions le pire…

Une semaine plus tard, je me rends aux urgences du CHU de ma ville. J’attends trois heures, on me fait une échographie pour confirmer l’œuf clair, et on me prescrit un médicament : le même que pour les interruptions volontaires de grossesse médicamenteuses.

En discutant avec les médecins, nous réalisons que ce n’est pas si grave, et que je ne suis pas en danger.

Je rentre chez moi avec le médicament, attends le « bon moment », avale les cachets, et puis… rien. Quelques contractions, mais pas d’expulsion. Je retourne à l’hôpital.

Je demande quels sont les risques si l’expulsion tarde. On m’explique que si cette « grossesse » dure trop, elle peut s’infecter. Je  prends donc rendez-vous pour un curetage qui aura lieu, au plus tôt, dans 10 jours. Finalement, 48h avant le curetage programmé, à treize semaines d’aménorrhée, j’expulse naturellement. Je saigne énormément, incapable de me lever des toilettes pendant deux heures tellement le sang coule. 

Une nouvelle grossesse, que nous n’avons pas fêtée tout de suite…

Un peu moins de deux mois plus tard, la chance nous sourit, et je retombe enceinte.

Moi, j’ai peur ou du moins je suis très anxieuse après ce premier œuf clair. Ma généraliste, qui avait voulu me rassurer, m’avait prévenue que faire deux œufs clairs d’affilée était très rare et qu’il il n’y avait que très peu de chances pour que cela m’arrive. Pourtant, je restais inquiète. 

Cette fois-ci, nous n’avons pas fêté ma grossesse tout de suite. On s’est dit « On ne s’emballe pas, on attend », et sommes restés très prudents : tant que le premier trimestre ne serait pas terminé, nous avions décidé de faire comme si elle n’existait pas.

… et un deuxième œuf clair

À sept semaines d’aménorrhée, je retourne donc chez ma gynécologue. Et là, à l’échographie, le diagnostic tant redouté tombe de nouveau.

C’est un deuxième œuf clair, ou du moins ça y ressemble. Elle m’explique qu’il faut attendre deux semaines : il est possible qu’on ne voie pas grand chose à l’imagerie, car ma grossesse en est à ses débuts, mais qu’un embryon soit bien présent.

Moi, je me dis « C’est foutu ». Je n’ai pas envie d’attendre deux semaines : j’ai l’impression de perdre du temps. J’ai envie que les choses fonctionnent, tout de suite, et la situation me frustre autant qu’elle m’angoisse. D’autant plus que ma gynéco m’a prévenue, il y a peu de chances qu’elle m’annonce une bonne nouvelle après l’attente.

Je repars dévastée, avec l’idée que mon corps me trahit et m’abandonne, sans que je ne comprenne pourquoi. Deux semaines passent, et le diagnostic reste le même.

Cette fois-ci, le médicament fonctionne et je vis ma seconde fausse couche, à onze semaines d’aménorrhée, quelques mois après la première.

Une inquiétude qui s’aggrave

Après cet évènement, mon conjoint et moi avons commencé à nous inquiéter encore plus. Cette fois-ci, des questions plus profondes ont commencé à nous travailler : est-ce que notre premier bébé était un coup de chance ? Si ma grossesse suivante n’aboutissait pas, qu’est-ce que cela voudrait dire ? Que pourrait-on faire ? Nous avons commencé à penser aux FIV, à l’adoption…

Cela peut sembler ridicule ou bien trop précoce, mais nous n’étions pas certains que je puisse tomber enceinte à nouveau. Frustrés par les deux fausses couches d’affilées, nous étions désemparés…

De mon côté, je ne pouvais pas en parler, à part à quelques amies proches. Je ne voulais pas que les gens me jugent, parce que j’essayais d’avoir un deuxième enfant peu de temps après le premier. Je ne voulais pas qu’ils soient dans l’attente non plus, ou qu’ils nous posent des questions…

Quelques mois plus tard, une nouvelle grossesse

Comme si l’année 2020 n’avait pas été assez difficile, je me suis blessée au genou et me suis faite opérer. Nous avons stoppé les tentatives quelques temps.

Un an et demi après la naissance de ma fille, je suis retombée enceinte. Et cette fois-ci, l’embryon était bien présent !

Il m’a fallu un moment pour me détendre et pour dépasser mes appréhensions. Nous avons attendu bien plus longtemps que la première fois avant d’annoncer ma grossesse, mais quand le premier trimestre s’est terminé, j’ai fini par relativiser ce qui nous était arrivé auparavant. Peut-être qu’à ce moment-là, j’étais encore trop fatiguée, que c’était trop tôt après mon accouchement… parfois, la nature prend son temps. Mais cette fois-ci, c’était la bonne !

Aujourd’hui, mon deuxième enfant à deux mois, et nous sommes heureux tous les quatre. Mais je n’ai pas oublié mon besoin de parler de ce phénomène que sont les œufs clairs : j’ai voulu partager cette expérience. En premier lieu, parce que je n’en avais jamais entendu parler de ma vie, et que je crois qu’il est important de savoir que ça existe. Et puis, parce que je veux faire passer un message positif : tout n’est pas perdu d’avance !

Credit photo : Cottonbro / Pexels

À lire aussi : « J’aurais aimé qu’on m’en parle avant » : Emy Ltr confie sa fausse couche et lève le tabou

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Les Commentaires
2

Avatar de Sophie L
21 juin 2022 à 15h16
Sophie L
Heureuse que ce couple ait eu un deuxième enfant.
Je reviens sur la phrase "mon conjoint et moi avions peur que je ne puisse pas retomber enceinte"; alors, c'est peut-être lié à la formulation en elle-même, mais les arrêts naturels de grossesse à répétition peuvent également être du fait de la qualité des spermatozoïdes.
Les causes ne sont pas toujours féminines.
Cessons de penser que les problèmes de fertilité sont par défaut féminins.
4
Voir les 2 commentaires

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