Hoshi, « effrayante » ? Derrière l’insulte, le poids du sexisme


Jugée trop « effrayante » pour pouvoir chanter sur scène, la chanteuse Hoshi ne s'est pas laissée faire face aux propos sexistes d'un chroniqueur musical.

Hoshi, « effrayante » ? Derrière l’insulte, le poids du sexismeHoshi dans Amour censure (YouTube)

« Quand est-ce qu’on va nous sortir des beaux mecs ? Ou des filles sublimes ? Quand vous regardez Hoshi par exemple, qui a un talent incroyable, indiscutable… M’enfin, vous mettez un poster de Hoshi dans votre chambre, vous ? Elle est effrayante ! »

Non, vous ne rêvez pas. Il y a bien des gens sur cette planète qui prononcent ces mots sans ciller, en toute décontraction.

Hoshi, « effrayante » selon Fabien Lecœuvre

En l’occurrence, c’est Fabien Lecœuvre, chroniqueur et spécialiste de la chanson française qui a lâché ces phrases lors d’une émission sur la web-radio Arts-Mada ce mercredi 7 avril. Ses propos seraient passés complètement inaperçus si la chanteuse n’avait pas choisi de les dénoncer :

Car non seulement Fabien Lecœuvre s’en est pris à Hoshi sur son apparence, mais il a aussi ajouté cette petite phrase qui donne encore plus à voir le fond de la pensée du personnage : « Mais qu’elle donne ses chansons à des filles sublimes ! », a-t-il ajouté. En substance, ce monsieur nous dit qu’Hoshi est certes très talentueuse, mais qu’avec son physique elle ferait mieux de s’en tenir à l’écriture et à la composition.

Et s’il se plaint de ne plus voir de chanteuses (et de chanteurs — mais n’allez pas croire que le sexisme est absent de sa démonstration) au physique avantageux, il se demande surtout où sont passées les Vanessa Paradis et autres Sylvie Vartan…

Une autre époque ?

Face au tollé, le chroniqueur a présenté des excuses :

« Je relatais simplement une différence d’époque où les maisons de disques et les publics faisaient beaucoup plus attention aux physiques des artistes qu’aujourd’hui. », a précisé Fabien Lecœuvre en présentant ses excuses sur Twitter.

C’est justement ça, le problème.

On est très heureuses, soulagées même, de vivre à une époque où il y a de la place pour des artistes qui ne collent pas à des normes de beauté lisses et standardisées.

On est ravies qu’il y ait enfin de la place pour des chanteuses comme Hoshi, comme Yseult, comme Suzane, comme Pomme, comme Aya Nakamura, comme Aloïse Sauvage. On est ravies qu’elles aient pu se faire une place, être reconnue par la profession et par le grand public, qu’on parle davantage de leurs chansons, de leurs performances scéniques, alors qu’elles sortent du schéma auquel on nous a habitué des décennies : des femmes souvent blanches, souvent minces, hétérosexuelles, répondant aux critères de beauté édictés par la société pour plaire au regard masculin.

Alors que ces dernières années nous ont offert des chanteuses qui osent ne pas être lisses, certains veulent revenir en arrière.

Un fond de sexisme et de lesbophobie dans l’attaque contre Hoshi

Finalement, on serait tentées de répondre : et toi Fabien Lecoeuvre, as-tu vu ta tronche ? Mais là n’est pas le sujet.

Dénigrer le physique de quelqu’un, c’est aussi vouloir faire naître chez lui un sentiment d’insécurité. C’est s’en prendre à quelque chose qu’on ne peut pas changer. Et c’est justement ce que font les hommes quand ils sentent que les femmes leur échappent, qu’elles n’en ont plus rien à foutre de leur plaire ou non.

C’est ce qu’Alice Coffin a subi durant toute la promotion du Génie Lesbien ; c’est ce que subissent tant de lesbiennes qui ne rentrent pas dans les normes de beauté hétéronormatives.

Alors s’attaquer à Hoshi de cette façon alors qu’encore récemment, elle faisait face à des vagues de harcèlement lesbophobe pour avoir échangé un baiser avec une fille sur la scène des Victoires de la Musique est d’autant plus révoltant.

Ce triste personnage ne nous montre finalement que deux choses : que certains se cramponnent encore avec nostalgie à une époque révolue où les chanteuses devaient être jolies et attirantes, avant de montrer qu’elles étaient aussi talentueuses, et surtout que le sexisme est encore bien présent, prêt à se nicher dans la moindre petite phrase anodine pour contrer nos avancées.

Maëlle Le Corre

Maëlle Le Corre


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Commentaires

Griffith

@Melancia Oui je me suis fait la réflexion aussi quand il a dit "Que Hoshi donne ses chansons." alors que ce qui fait la particularité d'Hoshi je trouve c'est sa voix.
 

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