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Parentalité

Help, mon enfant va-t-il être idiot si je ne l’allaite pas ? 

Nourrir son enfant au lait maternel présenterait de nombreux avantages pour un bébé et sa mère, selon de multiples études scientifiques. Faut-il pour autant privilégier l’allaitement coûte que coûte ? On fait le point. 

Sein ou biberon ? Quelle question ! Parmi les nombreuses injonctions qui gravitent autour de la maternité, celle de l’allaitement occupe une place de choix. Nourrir son enfant au sein serait la meilleure manière d’assurer le bien-être de sa progéniture et, cerise sur le gâteau, offrirait à la mère une expérience épanouissante.

L’Organisation mondiale de la santé préconise l’allaitement exclusif les six premiers mois puis de manière partielle au moins jusqu’à deux ans. Pourtant, un tiers des femmes françaises n’allaitent pas leurs enfants à la naissance et plus de 80% d’entre elles arrêtent avant les six mois, selon une étude de la Drees sortie en 2016. La santé de leur bébé est-elle à risque pour autant ?  On a épluché les études scientifiques sur le sujet pour faire le point. 

Les avantages du lait maternel en matière de santé

Contenant essentiellement de l’eau, des protéines, des lipides, des glucides et des minéraux, le lait maternel possède toutes les qualités nutritionnelles pour répondre aux besoins d’un nouveau-né. « C’est un liquide assez extraordinaire dont la composition évolue et s’adapte en fonction des circonstances. Par exemple, mes patientes ont un lait plus riche en eau en ce moment, car il fait très chaud », commente Anna Roy, sage-femme contactée par Madmoizelle.

La composition du lait industriel est aujourd’hui très contrôlée et son utilisation dans les pays occidentaux où l’accès à l’eau n’est pas un enjeu ne pose aucun problème en termes de santé. Toutefois, le lait maternel possède un avantage : il s’agit d’un aliment vivant qui contient des anticorps qui favorisent le système immunitaire du bébé et le protègent de maladies courantes comme la diarrhée. Une étude récente a d’ailleurs recommandé aux mères atteintes de la Covid-19 de poursuivre l’allaitement pour transmettre leurs anticorps à leurs enfants. Par ailleurs, les bébés nourris au sein seraient aussi moins sujets aux rhumes, anémies et allergies, selon des données du Programme national nutrition santé

Lorsqu’un enfant naît prématurément, il a d’autant plus besoin de lait maternel (pas forcément celui de sa mère). Celui-ci est mieux adapté à son système digestif, plus immature qu’un bébé né à terme et donc plus vulnérable aux infections. Les très grands prématurés allaités seraient également moins touchés par une complication très grave appelée entérocolite nécrosante (ECN). Enfin, l’allaitement réduirait le risque de mort subite, à condition d’être pratiqué au moins deux mois, mais pas forcément de manière exclusive, selon une méta-analyse internationale parue en 2017

Donner le sein présente aussi des aspects bénéfiques pour celles qui le font (ah, quand même). L’allaitement permettrait à l’utérus de retrouver sa forme normale plus rapidement (via la sécrétion d’une hormone, l’ocytocine), de réduire les risques de diabète et il retarderait le retour des règles. Attention toutefois, allaiter ne se substitue pas à une méthode de contraception en cas de reprise d’activité sexuelle.

Selon une vaste étude publiée dans la revue médicale The Lancet en 2016, l’allaitement maternel permettrait par ailleurs d’éviter près de 20 000 décès annuels par cancer du sein et de protéger les mères contre le cancer de l’ovaire.  

Le lait maternel, un élixir miracle qui rend intelligent ?

En plus d’être bon pour la santé, certains scientifiques affirment que l’allaitement rendrait intelligent. Une méta-analyse parue en 2015 dans Acta Paediatrica a ainsi montré l’existence de liens positifs entre l’allaitement maternel et le développement du QI (Quotient Intellectuel) des enfants. Cette publication recoupait les résultats de plusieurs études qui rapportaient toutes cet effet. En moyenne, il était question d’une augmentation de deux points de QI. Pas vraiment de quoi garantir un 20/20 à toutes les épreuves du bac, on en convient. 

En 2016, l’UNICEF affirmait dans une campagne polémique que l’allaitement « stimule le QI, les performances scolaires et le revenu à l’âge adulte » d’un enfant.

Comme si le lait maternel était le nouvel ascenseur social… Raté ! De nombreuses personnes avaient alors dénoncé l’occultation d’autres variables pouvant expliquer ces résultats et l’aspect culpabilisant de ces propos, face à ce qui reste un choix complexe et intime pour les mères. La journaliste Béatrice Kammerer appuyait cette évidence dans un article pour Slate : « Choisir l’allaitement maternel pour une mère, ce n’est pas qu’une question rationnelle d’optimisation cognitive. Car en dehors du cas particulier des enfants prématurés, il est bien rare que l’allaitement maternel soit une question vitale ».

Allaiter ou pas ? L’essentiel reste de s’écouter

Soyez en paix, votre enfant ne sera pas idiot si vous ne lui donnez pas le sein et les arguments pro-allaitement ne sauraient faire oublier les contraintes liées à cette pratique. Comment allaiter deux ans si le congé maternité dure trois mois ? Vivre au rythme de la tireuse à lait, ça ne fait rêver personne. Et si on galère à faire prendre suffisamment de lait à son enfant ? Et si l’allaitement nous épuise ? Et si donner le sein devient un moment désagréable et crée de la souffrance ?

Comme le rappelle la sage-femme Anna Roy, allaiter n’a rien d’inné : « Les mères ont besoin de soutien et de transmission pour mener à bien cette pratique. Je les invite à avoir recours aux visites remboursées de sages-femmes ou à l’aide des associations ». D’autant que les expériences sont propres à chacune : « J’accompagne et je soutiens des femmes qui allaitent pendant trois ans et à l’inverse, j’accompagne aussi les décisions d’arrêt en leur permettant de ne pas se sentir coupables. Ce serait dommage de se flinguer la santé et de compromettre les premiers liens avec son bébé », abonde la sage-femme et autrice de La vie rêvée du Post-partum

Aussi naturel soit-il selon ses défenseurs, l’allaitement n’est pas possible ou souhaitable pour toutes les femmes. Et ce n’est pas grave. « L’essentiel est de se faire confiance, s’écouter, sans se laisser juger », rapporte Anna Roy. En 2016, plusieurs féministes dont Lauren Bastide et Titiou Lecoq avaient dénoncé l’injonction à l’allaitement faite aux femmes dans une tribune publiée dans Libération : « L’allaitement au sein ou au biberon doit rester un choix personnel. Chaque femme mérite un respect égal dans ses choix. Nous demandons de conserver notre droit à décider sans devoir affronter une culpabilisation permanente », écrivaient ses autrices. Lait en poudre ou pas, on en a assez d’être biberonnées au patriarcat.

À lire aussi : J’ai testé l’allaitement, et j’ai détesté ça

Les Commentaires
23

Avatar de Hoshizora
3 juillet 2021 à 16h58
Hoshizora
Hello !
Après lecture de l'article, je trouve ça assez fou qu'il ne soit pas fait + mention des personnes qui ne PEUVENT PAS allaiter (pathologie, prise d'un traitement incompatible avec l'allaitement, etc.). Nan parce que là encore, l'article insiste vachement sur les bienfaits de l'allaitement, mais est-ce qu'on pourrait pas un peu rassurer les parents/mères qui de toutes façons ne pourront pas allaiter ? Et sortir enfin de "vous n'avez pas à culpabiliser" ? ça permettrait justement d'arrêter de les culpabiliser involontairement, ces personnes qui ne peuvent/pourront pas allaiter...
J'aimerai rebondir sur ce que tu as écrit. Je n'ai aucune expérience en tant que maman (et c'est pas dans mes projets proches donc j'y connais rien) mais je me souviens avoir vu un vlog de Samantha Maria, une youtubeuse britannique qui parlait justement de son impossibilité d'allaiter. Son témoignage m'avait marqué car je ne savais même pas que ça pouvait arriver.
Elle expliquait qu'elle avait eu une augmentation mammaire quelques années avant sa grossesse et que l'un de ses seins était devenu plus sensible depuis l'opération. A la naissance de sa fille elle a choisi de l'allaiter. Malheureusement très vite elle remarquait que sa fille pleurait beaucoup car elle n'était pas repue. Son sein qui était le plus sensible était celui qui produisait le plus de lait alors que l'autre n'en produisait/sortait que très peu (ce qui peut être une conséquence de l'opération si j'ai bien compris). Pour le bien de son bébé et pour le sien elle avait donc décidé de passer au biberon.

Je n'avais aucun avis par rapport à l'allaitement auparavant mais depuis que j'ai vu cette vidéo j'ai tellement de compassion pour les mamans qui font juste de leur mieux pour leurs bébés. Prendre soin de son enfant c'est aussi prendre soin de sa santé physique et mentale donc choisissez ce qui vous convient le mieux.

Si vous voulez voir la vidéo voila le lien, elle commence à en parler vers 5:48 :

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