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Psychologie

Faut-il s’inquiéter pour les enfants qui ont des amis imaginaires ?

Depuis plusieurs jours, votre enfant vous parle d’un ami qui n’existe que dans sa tête. Bizarre ? En réalité, près de deux enfants sur trois ont déjà eu un ami imaginaire. Loin d’être inquiétant, ce phénomène est signe de créativité !

Est-ce que vous aussi, quand vous étiez enfant, vous parliez à votre doudou comme s’il s’agissait d’une véritable personne ? Moi oui.

Jusqu’à mes douze ans, mon plus proche confident était un chien en peluche nommé Patouf. Je pouvais passer des heures à jouer avec lui, lui raconter des secrets ou encore lui demander conseil. C’était mon premier ami et il était imaginaire

De nombreux enfants s’entourent de compagnons tous droits sortis de leur imagination qui peuvent être visibles, comme un doudou, ou totalement invisibles pour le commun des mortels. Alicia*, 19 ans, se souvient :

« De la maternelle au CP, j’ai eu un ami qui s’appelait Pierrot. Il était humain mais il n’existait que dans ma tête. Ça me paraît bizarre maintenant mais à l’époque, j’aimais juste passer du temps avec lui. »

Ce curieux phénomène fascine et a d’ailleurs inspiré de nombreuses fictions. Dans le dessin animé Vice Versa des studios Pixar, Riley a pour meilleur ami Bing Bong, un éléphant rose fait de barbapapa. Danny, le garçon du roman Shining de Stephen King adapté au cinéma par Stanley Kubrick, dialogue quant à lui avec un mystérieux Tony, beaucoup moins fun que Bing Bong. 

Le jeune Danny, dans Shining, parle à son ami imaginaire Tony : son index, auquel il s'adresse dans le miroir.
RED-RUM-RED-RUM

Apprendre que son enfant a un copain invisible peut être déroutant, voire carrément flippant, mais faut-il s’alarmer pour autant ? On vous dit tout ce que vous devez savoir sur les compagnons fictifs de vos marmots — ou de ceux de votre entourage.

La plupart des enfants ont un ami imaginaire

Les premières études sur les « compagnons imaginaires » des enfants remontent au 19e siècle. À l’époque, les psychologues pensaient qu’ils étaient le symptôme de problèmes psychologiques mais leurs positions ont depuis évolué, comme l’explique à Madmoizelle Brune de Bérail, psychologue clinicienne et docteure en psychopathologie :

« En France, les psychologues ont encore un peu tendance à y voir un aspect pathologique mais nos collègues anglo-saxons pensent plutôt qu’ils sont un signe d’intelligence et de créativité chez l’enfant. La vérité se trouve sûrement entre les deux. »

Les compagnons fictifs peuvent apparaître dès l’âge de deux ans et ce, bien plus souvent qu’on ne le pense : « c’est un phénomène répandu et plutôt normal ; entre deux et six ans, près d’un enfant sur deux est concerné », explique la psychologue. Selon une étude américaine, 65% des enfants auraient connu un ami imaginaire à un moment de leur vie.

Nadège, 26 ans, en a même eu plusieurs jusqu’au collège :

« Ils venaient puis s’en allaient et étaient inspirés des personnages de mes séries préférées, selon mes obsessions du moment : Ondine de Pokémon, Chris de Charmed, Dawn de Buffy contre les vampires… »

Faut-il s’inquiéter pour les enfants qui ont des amis imaginaires ?

Chaque ami fictif est unique et doté d’une personnalité stable, façonnée par l’enfant.

Des amis imaginaires, mais pas si bizarres 

Mais pourquoi nos enfants s’inventent-ils des camarades fictifs ? Selon la psychologue Brune de Bérail, l’ami imaginaire serait un objet transitionnel qui répondrait à un certain besoin :

« C’est comme un doudou, en mieux. C’est une sorte d’avatar que se crée l’enfant pour l’aider à surmonter des périodes difficiles, des questionnements ou des moments de solitude. »

Manon, 21 ans, se souvient :

« Jusqu’à mes 14 ans, je discutais avec une certaine Canine. C’était une confidente et elle m’aidait à prendre des décisions importantes, je lui racontais mes journées, mes colères. »

Une enfant au téléphone, l'air préoccupé.
KoolShooters / Pexels

Ces copains inventés peuvent aussi revêtir une dimension thérapeutique. Brune de Bérail commente : 

« Le fait de se raconter ou de raconter son traumatisme aide à guérir, c’est ce qu’on appelle la fonction narrative. En se posant comm interlocuteur, l’ami imaginaire permet d’étayer cette fonction, c’est une étape vers le dialogue intérieur qui aide l’enfant à intégrer puis dépasser sa difficulté. »

Nadège le reconnaît :

« C’est comme si je me parlais à moi-même. En discutant avec mes amis imaginaires, j’arrivais à me calmer ou à avoir plus confiance en moi. »

Comment réagir en tant que parent ? 

Votre bambin a un meilleur pote qui n’existe pas ? Pourtant, il fait partie de son identité. Brune de Bérail prévient :

« Il est important que les parents prennent au sérieux cette relation, puisqu’elle compte pour l’enfant, mais ils doivent leur rappeler que cet ami n’est pas réel. Les parents imaginatifs peuvent jouer le jeu s’ils le souhaitent mais il ne faut pas prétendre pouvoir dialoguer avec cet ami, ni le voir, car cela brouillerait la frontière entre l’imaginaire et la réalité dans la tête de l’enfant. »

Notez bien que l’enfant reste également responsable de son camarade fictif et ne peut l’utiliser pour se dédouaner de ses propres agissements ou bêtises !

Une petite fille jouant avec des peluches.
Kha Ruxury / Pexels

Un compagnon imaginaire est surtout un indicateur qui doit inviter les parents à s’interroger sur les difficultés traversées par l’enfant : « Il faut rester à l’écoute pour comprendre la fonction de cet ami — on peut par exemple lui demander ce que fait son ami, ce qu’il lui dit ou s’il a aussi des amis à l’école », commente la psychologue. Si besoin, une consultation chez un psychologue peut aider les parents à évaluer la situation. 

Certains cas appellent tout de même à une plus grande vigilance, prévient Brune de Bérail :

« On doit s’alerter si le compagnon imaginaire est un double identique à l’enfant ou s’il est malveillant avec lui, ou avec les autres. Enfin, si l’enfant a plusieurs amis fictifs en même temps, cela signifie qu’il décroche ou qu’il éprouve un grand sentiment d’abandon. »

Les amis imaginaires, c’est pour la vie ?

La plupart des enfants se séparent de leurs compagnons fictifs vers l’âge de sept ans. Brune de Bérail soutient :

« L’ami imaginaire part de lui-même lorsque le besoin de l’enfant est dépassé. Parfois, ils reviennent à l’adolescence, qui est une période riche en questionnements identitaires. »

Certains adultes sont aussi concernés, à l’instar de Kurt Cobain, chanteur du groupe Nirvana, qui a adressé sa dernière lettre à son ami imaginaire Boddah. Brune de Bérail explique :

« Beaucoup de gens en ont, en réalité. Ce n’est pas forcément inquiétant et signifie qu’une difficulté persiste. Encore une fois, il faut rester attentif au type de relation engagée avec cet ami et à sa fonction.

C’est aussi le signe d’une imagination débordante. Pour un écrivain, le lecteur est une sorte d’ami imaginaire »

Vous savez tout ! Et vous pourrez raconter tout ça à votre ami imaginaire lors de votre prochain tête-à-tête…

À lire aussi : Nos chats voient-ils vraiment des fantômes quand ils fixent le vide ?

*Le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat de la personne

Crédit photo : Jordan Rowland / Unsplash

Les Commentaires
14

Avatar de BloodOfHell
14 novembre 2021 à 13h01
BloodOfHell
J'avoue ne plus me souvenir si c'était clairement dit dans le film, mais dans le livre, ça l'était ! Il y avait une sorte de plot twist qui nous révélait ça.
Dans le film pas du tout, d'où ma surprise ! Mais c'est un bon plot twist, merci de l'avoir partagé
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