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Parentalité

Faut-il interdire les écrans aux enfants ? On s’attaque au sujet qui fâche

Va t-on casser son enfant si on le laisse regarder la télé ? Entre diabolisation et naïveté vis-à-vis du grand méchant écran, nos cœurs de parents balancent. On a donc demandé leur avis à des spécialistes pour éclairer nos lanternes.

Dans notre toute nouvelle rubriqueDébats de parc, on fait le point sur les grands débats de la petite enfance, si clivants !

Beaucoup d’adultes aujourd’hui disent avoir été élevés en partie par la télévision. Et ils ne sont maintenant pas totalement décérébrés… J’ai personnellement vu tout dans leur intégralité beaucoup de série des années 1990 en étant enfant, comme Docteur Quinnfemme médecin et La Petite Maison dans la prairie à la pause déjeuner ou Les Dessous de Palm Beach et Berverly Hills en sortant de l’école (que de la qualité, qui plus est !). Et je ne suis pas accro à la télévision aujourd’hui. Enfin, si peu…

Maintenant mère, je suis, par contre, tout à fait effrayée par les dangers que peuvent causer les écrans sur les cerveaux frais et malléables de mes jeunes enfants — et je suis loin d’être la seule !

Alors que certains argueront que les enfants savent ce qui est bon pour eux et qu’ils sont capables de s’auto-réguler, d’autres expliqueront que les écrans quels qu’ils soient ne constituent pas un loisir comme les autres et qu’il fondamental d’en réguler la consommation.

De plus en plus de spécialistes de l’enfance tirent la sonnette d’alarme ; la surexposition des enfants a été décrite dans une récente tribune de députés et de personnalités publiée sur Le Monde comme le mal du siècle. Les chiffres sont en effet inquiétants. Par exemple, un tiers des enfants de 0 à 3 ans prend ses repas devant un écran. Entre 3 et 10 ans, un enfant sur quatre passe chaque jour plus de 3 heures sur un écran.

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(© Unsplash/Alexander Dummer)

Laisser ses enfants regarder la télévision ou des programmes sur un iPad, est-ce vraiment dangereux ? On fait le point !

On a invoqué deux spécialistes de l’éducation pour nous aider à y voir un peu plus clair, à savoir Marie Chetrit, docteure en sciences qui vient de publier Éducation positive : une question d’équilibre ? Démêler le vrai du faux de la parentalité bienveillante et Héloïse Junier, psychologue spécialiste du jeune enfant, qui a publié Pour ou contre ?, Les grands débats de la petite enfance à la lumière des connaissances scientifiques.

Une surexposition dangereuse

Une trop grande exposition aux écrans dès le plus jeune pose des problèmes. L’enfant aurait du mal à conserver son attention sur d’autres objets.

S’il est surexposé, il aura tendance à avoir des difficultés à s’intéresser à des activités qui le stimulent moins, comme l’explique Héloïse Junier à Madmoizelle :

« Ce qu’on voit dans la recherche scientifique, c’est que les écrans surstimulent l’enfant et peuvent freiner le système attentionnel focalisé, c’est-à-dire la capacité d’attention de l’enfant.

Plus l’enfant est exposé à un écran, moins il a la possibilité de muscler son attention volontaire, le fait de se concentrer sur un stimulus qui ne brille pas, qui ne pétille pas, qui ne scintille pas. Ça freine la capacité d’attention. »

La surexposition freine aussi les interactions avec les autres êtres humains, or l’on sait que ce sont ses interactions qui permettent le développement du langage. Héloïse Junier poursuit :

« La qualité du langage de l’enfant s’évalue à la lumière de son environnement humain. Plus il parle à ses parents, plus il parlera bien. Les écrans peuvent être du temps volé à des interactions qui sont précieuses. »

Marie Chetrit abonde dans ce sens. En effet le visionnage d’écran se fait bien souvent au détriment d’autres activités — « de jeux vraiment éducatifs, de la manipulation d’objets, de l’imagination. »

Ce n’est donc pas un loisir comme un autre ! Comment éviter la surexposition et adapter la consommation à l’âge et au moment ?

Une régulation selon l’âge et le moment

À chaque âge, ses utilisations

Pour Marie Chetrit, c’est clair : « Il faut absolument réguler les écrans ! » Les enfants ne vont pas le faire eux-mêmes et cela n’est pas une violence que de les limiter à un épisode ou à une partie de dessin animé.

Héloïse Junier l’affirme également, la surexposition constitue un vrai danger. Il faut donc adapter les règles, le cadre que l’on établit :

« C’est la surexposition le souci. À partir de 6 ans, si on a un environnement stimulant, des activités variées et adaptées, pourquoi ne pas autoriser les écrans une fois par semaine ? Ça ne fera rien du tout. »

Ce qui est dangereux est aussi l’exposition pour les touts-petits, comme la psychologue l’affirme :

« De 0 à 2 ans, l’enfant pose les jalons de son développement cognitif. C’est un âge ultra plastique et vulnérable où il faut les préserver au maximum des écrans.

Après, faire des selfies avec son enfant d’un an et demi, pourquoi pas ! Ce qui est dangereux, c’est l’écran animé où l’enfant est seul devant, ou une appli mobile de laquelle l’enfant a du mal à décrocher. »

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(Compte Instagram maman.memes)

Pour Marie Chetrit, il faut également prendre en compte la personnalité de l’enfant :

« Tous les enfants n’ont pas la même attirance pour les écrans. Tous ne sont pas égaux, certains peuvent se détacher alors que c’est beaucoup plus difficile pour d’autres. »

Il faut donc prendre en compte la capacité de l’enfant à se réguler lui-même. Pour ceux qui n’y parviennent pas, des règles sont nécessaires.

Serge Tisseron, psychiatre, dans son livre Apprendre les écrans et grandir, explique la règle 3-6-9-12, qu’il a mise au point : pas de télévision avant 3 ans, pas de console de jeux avant 6 ans, accès à Internet à partir de 9 ans, pas de réseaux sociaux avant 12 ans. Ces étapes nécessitent bien sûr un accompagnement.

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(© Serge Tisseron, édition Eres)

Des moments de la journée à proscrire

Il faut aussi prendre en compte les moments de la journée. Le soir n’est pas un moment recommandé pour le visionnage d’écran, comme nous l’explique Héloïse Junier :

« Si l’exposition aux écrans se fait avant de dormir, on sait que cela va venir freiner la production de mélatonine — l’hormone qui favorise l’endormissement. »

Le matin, avant d’aller à l’école, non plus :

« Et le matin, si l’enfant regarde un écran avant d’aller à l’école, il va vider sa batterie d’attention, de concentration donc il a plus de risque d’être agité. À l’école, il faut se concentrer sur l’apprentissage, sinon on patine. »

Les repas ne sont pas du tout des moments adaptés non plus. Marie Chetrit nous l’explique :

« Quand le visionnage des écrans se fait pendant les repas, ça prend la place de la conversation avec les parents. Du coup, ça a un impact sur le langage des enfants. »

Il y a donc pas mal de moments où les écrans sont déconseillés pour les enfants et l’on comprend maintenant pourquoi. Il nous reste tout de même le week-end !

Si cela est possible, le visionnage doit toujours être accompagné par un adulte. Marie Chetrit le confirme :

« Regarder un film en famille, ce n’est pas du tout la même chose que mettre son enfant devant une série. On est ensemble, on peut échanger ! »

Ce sont de plus des moments agréables pour tout le monde.

Quels types de contenus favoriser ?

En fonction du contenu, les effets ne sont pas les mêmes sur les enfants. Marie Chetrit nous le dit :

« Il y a beaucoup de contenus médiocres. Il y a une évolution dans les dessins animés. Dans Blanche-Neige par exemple, il y a cinq plans. Quand on compare avec les dessins animés actuels, c’est un enchaînement de séquences hyper rapides, très rythmées.

Il n’y a plus de contemplation. C’est assez rare. Même si c’est moins ennuyeux pour les enfants, ça pose des questions sur le fait d’alimenter toujours le cerveau avec des péripéties, des rebondissements, des changements. C’est en général saccadé mais il n’y a pas vraiment de scénario. Ça ne raconte pas d’histoire. La qualité du contenu compte beaucoup. »

Et ça ne date pas d’hier : le pourtant pas si récent Télétubbies et ses chansons épileptiques semblent assez bof pour les plus jeunes.

Télétubbies
(© Gulli)

Beaucoup de créations actuelles sont en effet très rythmées, comme le dernier Disney, Encanto, où on voit des explosions de couleurs toutes les cinq minutes — mais il y a au moins une histoire, des personnages variés et de belles valeurs… ce qui n’était pas toujours le cas des Disney d’autant et de leurs histoires de princes charmants sauveurs de princesses !

Bon. C’est bien beau tout ça. Toute cette théorie. Sauf que je vous vois venir, et je vous rejoins : quand on est parents, on a parfois besoin d’un peu de répit. Alors comment faire ?

Les bonnes pratiques pour éloigner les enfants des écrans, et souffler

On comprend bien que laisser ses enfants regarder des dessins animés de temps en temps est assez tentant, car ça laisse aussi aux parents un petit moment de tranquillité, souvent pour faire des choses qu’ils ont du mal à faire avec eux, comme la cuisine ou le ménage. Ou juste éclater un jeu vidéo au calme.

Mais Héloïse Junier nous explique que cela peut être un cercle vertueux. Moins l’enfant regarde d’écran, plus il peut s’habituer aussi à jouer seul. À nous les petits déjeuners ou les apéros tranquilles !

« Plus on va muscler l’attention de l’enfant, sa capacité d’attention et de concentration, plus il va pouvoir jouer seul longtemps. Idéalement, il faudrait que les parents puissent laisser jouer leur enfant seul, c’est super important pour lui aussi, dans le silence, sans musique de fond. Le laisser muscler son attention volontaire à ce moment-là. Après, il y aura des plages horaires de plus en plus longues où il pourra jouer seul. »

C’est un argument fort pertinent ! D’autant qu’il est de plus en plus fréquent que des parents télétravaillent en devant garder leurs enfants, lorsque l’école est fermée, quand les enfants ont le Covid ou sont en isolement… C’est plus que compliqué de les occuper dans ces situations où il faut être à la fois au four et au moulin.

Par ailleurs, les parents peuvent aussi montrer l’exemple. Si l’on est toujours accroché à son smartphone, il est compliqué de demander à ses petits de réguler leur consommation d’écran. Les enfants ont une faculté d’imitation très forte : c’est ainsi que se font la plupart des apprentissages. Alors autant montrer le chemin à suivre !

Pour résumer : les écrans et les enfants…

Plus l’enfant est jeune, plus il faut le tenir éloigné des écrans. Le plus grand danger est la surexposition. Il est possible de regarder des œuvres à partir de 5-6 ans, le mieux étant de regarder à plusieurs et de commenter ce que l’on voit, d’interagir.

Si cela est possible, il faut éviter que les enfants regardent des écrans avant d’aller à l’école, le soir avant de dormir et pendant les repas. Plus on apprend à un enfant à jouer seul, plus longtemps il pourra le faire, et meilleure sera son attention de façon globale.

Alors oui, vous n’allez pas casser votre enfant si vous lui permettez de regarder la télévision, ça peut même être des moments de gros kif ensemble, mais comme toutes les bonnes choses malheureusement, les écrans sont à consommer avec modération !

À lire aussi : Faut-il punir les enfants ? On s’attaque au sujet du siècle dans Débats de parc

Image en une : © Pexels/Ksenia Chernaya

Les Commentaires
5

Avatar de Guerriere-75
7 février 2022 à 00h01
Guerriere-75
Quand mes enfants était petit ils regardé les dessins animés le matin avant d aller à l'école , et le soir avant de manger aussi ils regardé les dessins animés , tout les soirs avant de dormir je leur lisez une histoire ils adoré ça , mais ce qu'ils aimée le plus c est quand j inventé mes propres histoire
Quand c était le mercredi et le weekend en sortez se promener dans un parc ou ailleurs , ils regardé quasiment jamais la télévision , et quand en resté chez nous pour se reposer en joué à des jeux de société en faisait des dessins , des crêpes , des gâteaux et beaucoup d'autres choses
Maintenant ils ont 15 ans , bien sûr ils regarde la télé , et Netflix , ils sont sur leur portable , et ils joue a la console de jeux , mais ce qu'ils me soulage le plus , c est que ils ont toujours des conversations , ya quelques semaines de ça , je les entendrez parler au début je pensais que ils était au téléphone avec leurs amis
Mais non , ils parlé tout les deux j était contente que malgré toutes les technologies , ils continue d avoir des conversations
1
Voir les 5 commentaires

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