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Parentalité

Famille recomposée : la place du père encore insuffisamment pensée (par eux-mêmes)

Aujourd’hui encore, la bonne entente d’une famille recomposée semble reposer essentiellement sur les épaules de la belle-mère. Pourtant, le père est bien le maillon central entre sa compagne et ses enfants. Comment (re)penser son rôle dans cette nouvelle construction familiale ?

NDLR Dans cet article, nous évoquons uniquement les familles recomposées hétérosexuelles avec une nouvelle compagne dont le conjoint a un ou des enfant(s).

« Je crois qu’il faut penser ça comme une équipe. Se dire qu’on peut mutuellement s’aider là-dessus et se donner nos limites. Il faut penser tout ça de manière moins spontanée, le réfléchir comme une organisation, car ça demande beaucoup d’anticipation. » Adeline analyse la situation d’une famille recomposée avec un certain recul. À 38 ans, elle dit elle-même avoir vécu « deux échecs de belle-maternité », avec des profils d’hommes très différents. Le premier avait déjà une petite fille de 7 ans lorsqu’elle le rencontre. Coup de chance assez rare dans ce type de recomposition (ou intelligence sororale, dirions-nous plutôt), Adeline s’entend très bien avec la mère de la fillette. « Quant à lui, il m’a d’emblée donné une place de ‘maman’ pour sa fille. Il m’a fait confiance. Quitte à tout me déléguer : achats de vêtements, activités… »

À lire aussi : Help, comment ne pas devenir une marâtre avec mon beau-fils ?

Sauf que lorsqu’elle tombe enceinte, son compagnon commence à lui reprocher de « rejeter » sa belle-fille. « Ensuite, j’étais seule la semaine avec le bébé, j’étais juste épuisée. Je ne pouvais plus m’occuper de sa fille comme avant. »  Ce que comprend parfaitement la mère de cette dernière, avec laquelle il est aisé de parler du rôle de belle-mère d’Adeline. « Mais avec lui, c’était sujet de tensions. Quand j’évoquais ma place, il rétorquait : ‘ Tu insinues que je m’occupe mal de ma fille ?’ »

Plus tard, Adeline rencontre un autre homme, qui a un garçon de l’âge de son fils. « Il s’occupait énormément de son fils, je trouvais ça très chouette. Je me suis alors dit que tout allait être plus simple. » La trentenaire déchante rapidement. Si son compagnon s’occupe avec plaisir des deux garçons, il ne lui laisse en revanche aucune place auprès de son fils. « Si le petit tombait, il ne venait jamais vers moi. Il a fallu attendre 1 an 1/2 pour qu’il me le confie, et encore, pour une obligation familiale. »

La place (molle) du père

La belle-mère n’a pas le droit de questionner, de donner des conseils ou d’exprimer un ressenti qui serait perçu comme « négatif » envers l’enfant. « J’entendais souvent : ‘C’est pas ton enfant !’ » Or, comme le rappelle la journaliste et autrice Fiona Schmidt dans son ouvrage Comment ne pas devenir une marâtre — publié aux éditions Hachette — « beaucoup plus que de vos désirs et bonne volonté, votre place dans la famille et vos liens affectifs avec ses enfants dépendent de la légitimité que [le père] vous accorde ». 

Si Adeline n’a pas réitéré l’expérience depuis, et si elle est consciente des postures problématiques de ses ex-compagnons, elle a pu également constater que la place du père après une séparation est un impensé sociétal.

« Il faut aussi continuer à lui reconnaître son statut de père même s’il n’a plus les enfants à temps plein, expose Adeline. Et mettre en avant qu’il a un rôle indéniable à jouer dans la recomposition familiale. » 

Le rôle du père dans la belle-parentalité

Rôle oublié ou consciemment négligé par de nombreux hommes, doués pour ignorer, minimiser, faire semblant de ne pas voir ou exprimant au contraire ostensiblement le désir de ne pas se mêler de la relation entre ses enfants et sa nouvelle compagne, est « comme si le succès de la recomposition familiale ne dépendait que de la bonne volonté des marâtres et de sa validation par les enfants », indique Fiona Schmidt. Qui, dans la pop culture, peut se vanter d’avoir vu un role model de père présent et facilitant le lien entre sa progéniture et la belle-mère ? La femme, cible de choix pour expliquer la bonne – ou mauvaise – entente d’une famille donc.

Pour (tenter de) remédier à la complexité de ce rôle et réussir à créer du lien dès le début, mieux vaut discuter de manière frontale des limites et désirs de chacun. Julien, 39 ans, est arrivé avec sa fille de 10 mois dans sa poussette à son 1ʳᵉ date avec Marine. Celle-ci s’est montrée hésitante, oscillant entre son peu d’affinités avec les enfants et la détestation de sa propre belle-mère. Mais d’emblée, elle a posé ses jalons. « Je ne voulais qu’il m’oblige en rien. Je ne changeais pas de couches au début, et s’il sort, il prend une baby-sitter. Je participe si j’en ai envie. » Pour autant, la jeune femme s’implique tout de même dans l’éducation de l’enfant. Pour ça, pas de remède miracle, mais la plus basique des solutions : la discussion, l’échange, le compromis. Pour Anaïs Richardin, belle-mère et créatrice de la newsletter « Belle-doche », « c’est un couple moins léger qu’un autre, il faut être très honnête là-dessus dès le début. Le dénominateur commun étant le père, c’est à lui de fournir un travail, de créer des ponts entre les deux ». Dans son livre, Fiona Schmidt cite l’anthropologue Wednesday Martin, qui résume très bien la situation : « Le père est, tout simplement, la personne dont dépend très largement votre bonheur – ou votre malheur – en tant que belle-mère ».

À lire aussi : Je suis la belle-mère d’une petite fille de 7 ans et même si je l’aime, ce n’est pas toujours facile

Julien, lui, semble au clair avec l’affirmation, et en recherche d’une dynamique positive pouvant convenir à chacune. « J’essaye de faire en sorte que Marine et ma fille passent de bons moments. Je ne veux pas qu’elle ait les trucs chiants ou qu’elle ressente une charge. Elle n’a pas fait le choix d’avoir cette enfant. » Tout est à penser. Et de préférence, ensemble.

La belle-parentalité est, dans la plupart des cas, affaire de processus long et non de spontanéité aisée. « L’amour se crée, il n’est pas instantané pour nous, il faut lui donner des leviers », résume Marine, qui a demandé à être parent d’élève pour la première année scolaire de sa belle-fille. « Il y a des soirs où Julien fait tout, tout seul, car je n’ai ni le courage ni l’envie, et jamais, il ne me le reproche. » 

Les questionnements de la belle-parentalité

Pour Anaïs Richardin, dont le compagnon a tout de suite joué ce rôle de « liant » entre elle et l’enfant, le père doit être dans une démarche d’interrogations et de recherches sur la famille recomposée. Ce que (très) peu d’entre eux font, habitués et confortés par la société patriarcale à laisser la charge mentale, dont l’entente, le fonctionnement et la logistique familiale, à leur femme. « Il y a un encore un prérequis de compétences de notre côté. En gros, c’est une femme, elle saura gérer. Mais nous, on se pose plein de questions qu’eux ne se sont aucunement posées avant de nous faire rentrer dans leur vie ! » Les nouvelles belles-mères vont donc fouiller et se renseigner, à coups d’essais et de podcast. Comment cette famille peut-elle fonctionner ? Que faut-il faire pour que ce soit le cas ? Quelle posture adopter ? Et pour celles qui ne veulent pas faire d’enfant, elles vont s’interroger sur leur légitimité de co-parent. « Ce qui manque à beaucoup d’hommes, c’est l’empathie. Se mettre à la place de leur compagne. Plutôt que de faire ça, ils vont calquer sur ce qu’ils ont vécu dans leur couple précédent, en s’attendant à ce qu’on reprenne cette même place », analyse Anaïs Richardin. 

Mais ne pas se questionner ni s’impliquer n’est pas qu’une forme de lâcheté. Certains hommes vivent mal de ne plus voir autant leur enfant, et choisissent de se consacrer entièrement à ce dernier sur les temps dédiés, au détriment de la construction du lien avec la belle-mère. Ce qui est quasi impossible à rattraper par la suite. D’autres, à l’origine de la séparation, expriment souvent de la culpabilité à avoir « séparer » la famille et vivent cette rupture comme un échec (souvent social plus qu’amoureux d’ailleurs). Laisser sur les épaules de leur nouvelle compagne la responsabilité du succès ou du ratage de la famille recomposée les dédouane ainsi (croient-ils) de ce qui peut arriver. « Leur rappeler qu’ils sont responsables du succès de cette nouvelle famille vient réactiver quelque chose », indique Anaïs Richardin. Oui les gars, mais une nouvelle histoire, c’est toujours un risque. Que les nouvelles belles-mères n’ont pas à prendre seules.


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Les Commentaires

1
Avatar de luciole-chan
4 août 2023 à 15h08
luciole-chan
Merci pour ce nouvel article (après le témoignage de début de semaine) sur ce thème ! Devenue belle-mère il y a maintenant plus d'un an, ce sont des sujets qui me manquaient !
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