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On vous a trouvé des mangas avec une belle représentation LGBTI+

Les représentations LGBTI+ se multiplient, et surtout évoluent, dans tous les domaines culturels — mangas y compris ! Petit tour d’horizon des créations japonaises qui sortent du classique héros cisgenre et hétéro.

N’en doutez plus, le manga est un art progressiste ! En France, le robinet est suffisamment ouvert pour que de nombreuses œuvres touchantes ou pédago paraissent et atterrissent dans des mains curieuses et fassent rayonner les représentations LGBTI+.

Le manga LGBTI+ avance et personne ne l’arrêtera

Quelques affreux exemples résistent (on repère très vite les histoires qui fétichisent leur sujet au lieu de s’y intéresser) mais ils sont, heureusement, noyés dans la masse. Les œuvres remarquables — qu’elles évoquent directement des thématiques queer ou qu’elles représentent des personnages LGBTI+ sans en faire un fromage — sont nombreuses et variées. Et toutes témoignent d’une grande modernité.

Certaines maisons d’éditions françaises se sont même spécialisées en publication de mangas progressistes. C’est le cas d’Akata, qui a publié Celle que je suis, l’un des rares mangas parlant de transidentité, et sort en ce mois de juin 2021 Le Secret de Madoka, qui s’intéresse frontalement aux normes de genre chez l’enfant.

Parfois, la motivation derrière ces publications est un peu difficile à analyser. Certains récits sont-ils réellement progressistes, ou liés à de basses intentions éditoriales ? Par exemple, Blue Flag, édité chez Kurokawa, raconte les tourments intérieurs d’un groupe d’ados qui constituent un étonnant carré amoureux. Un rare exemple de bisexualité dans le manga… dont la toute fin est un peu maladroite, car elle verse dans le cliché de l’homosexualité féminine comme d’une passade de lycée.

Bruno Pham, directeur de collection d’Akata, analyse pour Madmoizelle :

« L’apparition/la représentation d’un personnage LGBTQI+ est-elle liée à une envie authentique d’un auteur, d’une autrice, ou est-ce une demande de l’éditeur, qui souhaite effectivement faire du “queerbaiting” ? Probablement un peu des deux. Mais de plus en plus de mangaka sont “out”, et ce n’est pas un hasard. »

L’artiste Yuhki Katamani a, par exemple, révélé son asexualité et sa transidentité, et s’attache à représenter un large éventail d’orientations sexuelles dans Éclat(S) d’âme.

L’imaginaire comme épée, la métaphore comme bouclier

Dans les mangas mainstream, les personnages LGBTI+ ne courent pas les rues, mais cela ne veut pas dire que le sujet n’est jamais abordé : il suffit de se tourner vers des livres un peu plus alternatifs !

Sengo, chez Casterman, est un récit d’après-guerre par Sansuke Yamada, un auteur connu pour ses œuvres bara (manga gay, donc yaoi, mais entre bonhommes imposants) et ça se voit. Quel plaisir d’enfin parcourir des récits queer japonais avec des personnages plus âgés que des lycéens !

Rassurez-vous cependant si c’est votre truc : les bons volumes boy’s love, exclusivement dédiés à la romance entre hommes, existent. Certains, et c’est rarissime, représentent même un peu de sexe…

Impossible de ne pas vous recommander les histoires de Kanna Kii, qui adore dessiner de jeunes adultes gringalets. L’Étranger du Zéphyr, manga très proustien, a déjà reçu son adaptation en film animé et son quatrième tome devrait sortir en juillet chez Hana. Les personnages n’y sont pas des objets à la merci d’un fandom ou d’un cahier des charges : ils ont une personnalité forte, des aspirations, des tourments intérieurs, et cette écriture est au service d’un trait délicieux et rempli de détails.

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© Haruzake No Etoranze, Kii Kanna, Shodensha Inc.

Mais depuis quelques années, le manga gay se dote d’une dimension pamphlétaire. Des récits très didactiques apparaissent : Asana n’est pas hétéro par Sakuma Asana, ou Je crois que mon fils est gay d’Okura, viennent à l’esprit.

Ce sont des histoires à la première et troisième personne qui, avec beaucoup d’empathie, démontrent ce qu’est découvrir une attirance dans le même sexe, et comment la société japonaise le reçoit ; pas systématiquement avec de l’hostilité, mais plutôt avec de nombreux non-dits. On ne parle pas ouvertement de ces choses-là, mais c’est inclus dans un pays où le collectif prime, où exprimer sa pensée, sa souffrance est déjà subversif.

Ces récits simples, parfois répétitifs ou un peu binaires, prouvent qu’expliquer ce que ressent une jeune âme LGBTI+ est encore nécessaire tout autour du monde.

Dessinez ce que vous savez

Les mangas autobiographiques ne sont-ils pas la meilleure façon d’éviter les biais de représentation ? C’est la théorie du mouvement #ownvoice, qui revendique qu’une intrigue concernant une population minorisée devrait être conçue par une personne concernée. On voit donc paraître un nombre croissant d’auteurs et autrices abordant la question du désir et de la sexualité, notamment des femmes, en partant de leur propre expérience.

Au centre, Kabi Nagata, qui a ému avec Solitude d’un autre genre. Elle y raconte sa dépression, les affres de la famille nucléaire japonaise, mais aussi sa première fois tarifée avec une travailleuse du sexe. Un récit fort susceptible de résonner avec un grand nombre de gens.

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Kabi Nagata rassemble son courage pour demander un câlin à une escort girl. © Hitori Kokkan Nikki, 2016 Kabi Nagata, SOGAKUKAN

Ce manga, qui dit énormément de choses sur le Japon moderne, a lancé une vague de romans graphiques sur des sujets similaires. Tous ont le même cri de ralliement : du rose dominant en couverture. Avec leurs manières de dessiner qui sortent du lot, les récits qui s’inspirent de Kabi Nagata fleurissent et la parole se libère — sur l’homosexualité, mais aussi sur l’alcoolisme, sur l’injonction au mariage, sur la maladie…

L’utilisation de plateformes de prépublication comme Pixiv permet de se trouver un public plus facilement sans devenir une mégastar du manga : « Au Japon ces jours-ci, il n’est maintenant pas rare de recevoir une offre de la part d’éditeurs dès qu’on fait le buzz sur les réseaux sociaux », rappelle Bruno Pham… et une autrice qui expose de nombreux non-dits dans son propre pays, oui, ça fait le buzz !

Mais le médium représente-t-il tout le monde, et vraiment tout le monde ? Selon Bruno Pham, c’est en bonne voie, même si quelques efforts restent à faire.

« On va clairement vers une plus grande représentation, et de plus en plus variée. J’ai l’impression qu’il n’y a pas encore de représentation intersexe — pourtant, les personnes intersexes existent au Japon… Mais on peut trouver des héros et héroïnes gays, bis, lesbiennes, trans, non-binaires, agenres, asexuelles, aromantiques : c’est un bon début. Du reste, il y a tout de même la question des représentations “croisées”, avec par exemple des personnages racisés, de tout âge, handicapés… »

C’est vrai. Ces personnages-là sont dans Blue (Casterman), L’Ère des cristaux (Glénat), Autour d’elles (Akata), Dead Dead Demon Dededede Destruction (Kana), Aromantic (Love) Story (Akata), The Wize Wize Beasts (Komikku) et des dizaines d’autres. C’est la bonne nouvelle : même la variété fait preuve d’une grande variété !

À lire aussi : Sélection de yaoi qui changent des classiques du genre

Les Commentaires
5

Avatar de zaza1218
17 juin 2021 à 06h20
zaza1218
C'est bizarre mon précédent message a été complètement modifié lors de l'envoie...

Je sais plus trop exactement ce que je disais mais en gros je trouve que même dans certains mangas à succès il y a plus de représentation LGBTI+.
Dans Attaque des titans par exemple l'une des premieres histoires d'amour est lesbienne, du moins Ymir l'est ouvertement et on peut penser qu'Historia est bi.

Contenu spoiler caché.
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