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Cinéma

Donc Quentin Tarantino nous a vraiment fait aimer un auteur de féminicide…

30 juin 2021 7
Quentin Tarantino semble penser que les féminicides sont un gimmick scénaristique comme un autre. Face aux 57 femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint rien qu’en 2021 et en France, permettez-nous d’en douter.
Alerte spoilers

Cet article révèle des éléments de Once Upon a Time in… Hollywood.

« Vous savez ce qui manque à mon film ? Un bon vieux féminicide des familles totalement passé sous silence. »

On n’avait pas forcément prévu de taper cette phrase un jour, tout comme on n’avait pas prévu de passer autant de temps à regarder les pieds de Margot Robbie, mais écoutez, c’est aussi ça, l’œuvre de Quentin Tarantino.

Le réalisateur vient de faire le point sur un aspect non résolu de son long-métrage le plus récent, Once Upon a Time in… Hollywood : le personnage de Cliff Booth, joué par Brad Pitt, a-t-il tué sa femme ? Eh bien. Écoutez.

Oui.

Cliff Booth (Brad Pitt) a bien tué sa femme dans Once Upon a Time in… Hollywood

Comme le relaie Pajiba, c’est dans le roman Once Upon a Time in… Hollywood, écrit par le réalisateur lui-même et paru le 29 juin 2021, que le mystère est levé. Dans le film, on sait que Cliff Booth est soupçonné d’avoir tué sa femme lors d’une sortie en bateau, et que ça lui a coûté sa carrière, mais on ne sait pas s’il est réellement coupable. Le livre est bien plus clair, comme le montre cet extrait (traduit par nos soins) publié par Slashfilm :

« Était-ce un accident ou un meurtre ? Bien que Tarantino insiste sur le fait que Cliff regrette ce qu’il s’est passé, il affirme également que ce n’était pas un accident — Cliff Booth a assassiné sa femme. Dans le livre, Tarantino écrit : “À la minute où Cliff a tiré sur sa femme, il a su que c’était une mauvaise idée”.

Le livre poursuit : l’impact “l’a touchée juste en dessous du nombril, la découpant en deux, les deux moitiés d’elle atterrissant sur le pont du bateau en l’éclaboussant”. Tarantino explique ensuite que Cliff “méprisait cette femme depuis des années, semble-t-il”, mais que “dès l’instant où il l’a vue coupée en deux… des années de colère et de ruminations se sont évaporées en un instant”. »

Ah ! Mais écoutez. Super. La solution aux problèmes de couple est donc de littéralement couper son épouse désagréable en deux. Ça va aider plein de monde.

Sympathiser avec un auteur de féminicide ? In this economy ?

En tant que spectatrice féministe, je me suis déjà retrouvée totalement déboussolée par cet élément du personnage dans Once Upon a Time in… Hollywood : ça a rendu mon attachement à Cliff Booth vacillant, car ne pas savoir s’il a ou non assassiné sa femme de sang-froid, sans en payer le prix, eh bien… c’est loin d’être anodin !

On ne se demande pas s’il préfère le beurre doux ou salé, là. On parle d’un crime qui, potentiellement, chamboulerait totalement la caractérisation du cascadeur, présenté comme plutôt sympathique, terre-à-terre et loyal.

Pajiba dévoile quelques éléments supplémentaires : Cliff Booth aurait tenu sa femme agonisante pendant des heures, se réconciliant avec elle avant qu’elle ne trépasse, aurait tué deux gangsters italiens « car il sait qu’il peut le faire sans conséquences » et, inexplicablement, « verrait dans le meurtre de sa femme un retour de karma lié au fait qu’il a tué beaucoup de soldats japonais pendant la guerre ».

Alors, écoutez. Quand on tue sa femme, on ne prend pas « un retour de karma », hein : on tue sa femme. Comme cinquante-sept hommes l’ont fait subir à leur conjointe ou ex-conjointe depuis le 1er janvier 2021 en France.

Le cinéma — et la fiction en général — abuse déjà du fridging, ce cliché scénaristique consistant à faire mourir un personnage féminin uniquement pour motiver un héros à avancer dans l’intrigue ; est-ce qu’on en arrive à un point où, pour rendre un personnage masculin plus intéressant, on le rend tranquillement coupable de violences conjugales sans jamais adresser cet aspect de lui (puisque le film ne tranche pas sur la culpabilité ou non de Cliff, ni sur ce que son meilleur ami Rick Dalton ressent par rapport aux soupçons d’assassinat) ?

Est-ce qu’on va se retrouver à entrer en empathie avec des personnages masculins pour découvrir un an plus tard que oups, ils ont tué, cogné, violé, maltraité, torturé des femmes ? C’est comme ça qu’on rend un film subversif, maintenant ? Qu’est-ce qu’on est censées penser de la scène où Cliff Booth éclate joyeusement une jeune femme de la « Manson family » contre un mur, et où le film nous présente cette déferlante de violence comme positive, voire justifiée ? Que nous dit cette séquence maintenant qu’on sait, deux ans plus tard, que ce même homme a littéralement découpé sa femme en deux ?

On vit dans un monde où les féminicides se produisent en permanence, où nos sœurs, mères, amies, cousines, amantes sont assassinées par des hommes ne supportant pas l’idée qu’elles vivent sans eux, où ces mêmes hommes, trop souvent, ne paient jamais le prix de leurs actes. Alors qu’est-ce que tu veux dire, Quentin, avec cette histoire ? À quoi ça sert, qu’est-ce que ça provoque, d’intégrer ça dans ton œuvre sans jamais t’appesantir dessus ?

Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas un simple tournevis dans la boîte à outils du scénariste. Elles sont une réalité douloureuse qui doit être abordée comme telle, avec prudence, avec un message, avec respect. Les traiter comme un simple gimmick, c’est un crachat au visage de toutes celles qui ne sont plus là, et de toutes celles qui luttent pour leur mémoire.

À lire aussi : Un mémorial pour les victimes de féminicides c’est bien, agir pour empêcher les violences c’est mieux

Violences conjugales : les ressources

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez est victime de violences conjugales, ou si vous voulez tout simplement vous informer davantage sur le sujet :

Les Commentaires
7

Avatar de Nancy Drew
1 juillet 2021 à 15h56
Nancy Drew
Ben j'avais pas aimé Kill Bill non plus.
0
Voir les 7 commentaires

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