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American Crime Story: Impeachment, une relecture féministe de l’affaire Monica Lewinsky

La troisième saison d’American Crime Story s’intéresse au scandale impliquant Bill Clinton et Monica Lewinsky. Elle témoigne du sexisme glaçant d’une époque pas si lointaine.

Une jeune femme brune au bord des larmes, tombée plutôt qu’assise sur la moquette d’une chambre d’hôtel, entourée d’hommes qui portent tous le même costume sévère. Leurs silhouettes floues passent et repassent devant elle, l’encerclent puis l’isolent dans le cadre.

S’il fallait résumer l’intention de la troisième saison d’American Crime Story, diffusée depuis le jeudi 21 octobre sur Canal+ et dont vous pouvez déjà retrouver les 8 premiers épisodes sur la plateforme MyCanal, sûrement suffirait-il de montrer ces images-là, issues de l’épisode 6. 

Monica Lewinsky affalée au sol, entourée d'hommes en costumes.

Car cette jeune femme, c’est Monica Lewinsky, propulsée devant les caméras de toutes les télévisions du monde en 1998 comme la-stagiaire-qui-a fait-une-fellation-à-Bill-Clinton. Et ces hommes, ce sont les enquêteurs chargés de faire toute la lumière sur cette relation extra-conjugale qui a entraîné une procédure de destitution (impeachment) contre le président américain de l’époque.

L’intention de la série, créée par l’infatigable Ryan Murphy – Glee, Pose, Ratched ou encore Hollywood, c’est lui – et co-produite par Monica Lewinsky elle-même, est bien de montrer comment ce scandale, au-delà de ses enjeux politiques, a d’abord été le miroir d’une société américaine prompt à broyer les femmes.

Comme pour les deux saisons précédentes d’ACS, qui s’intéressaient respectivement au procès pour meurtre d’O.J. Simpson et à l’assassinat du couturier Gianni Versace, Ryan Murphy et la scénariste Sarah Burgess ont voulu opérer une reconstruction des faits la plus précise possible. 

Linda Tripp, rouage indispensable de l’affaire Lewinsky

Et tout commence avec un personnage que le public français a peu de chances de connaître : Linda Tripp (Sarah Paulson), fonctionnaire à la Maison-Blanche transférée à son grand désarroi au Pentagone lors d’une restructuration de service. Là-bas, elle rencontre Monica Lewinsky, autre exilée contre son gré, quoique pour des raisons bien différentes. 

Linda Tripp, interprétée par Sarah Paulson, se tient dans un couloir de la Maison Blanche.

Lorsque Monica Lewinsky lui confie entretenir une relation intime avec Bill Clinton, Linda Tripp y voit l’occasion de se venger d’une administration qui l’a humiliée — et d’un gouvernement démocrate qu’elle, en bonne républicaine, déteste cordialement.

Elle enregistre alors ses conversations avec la jeune femme, puis la convainc de conserver sans la nettoyer la fameuse robe bleue sur laquelle on retrouvera une trace de sperme qui servira de preuve. Avant de tout balancer à la presse et au FBI, très intéressé par le sujet puisqu’il enquête sur une autre affaire : une certaine Paula Jones, fonctionnaire, accuse Bill Clinton de harcèlement sexuel.

L’affaire Lewinsky, une histoire de femmes et de domination

Le plus frappant, dans la série, est la façon dont les deux femmes, victimes chacune à leur manière du président américain, ne sont que des pions.

Pendant sept épisodes, Monica Lewinsky — interprétée par l’excellente Beanie Feldstein — sera présentée comme une jeune naïve piégée par son entourage. Par l’homme le plus puissant du monde d’abord, qui lui fait miroiter son affection et un poste durable à la Maison-Blanche, puis par Linda Tripp, qui gagne sa confiance avant de la trahir, et enfin par les enquêteurs eux-mêmes, qui ne respectent absolument pas les droits les plus élémentaires d’une justiciable. 

Monica Lewinsky et Bill Clinton s'enlacent lors d'un meeting.

De son côté, Paula Jones (Annaleigh Ashford, dont la subtile prestation est malheureusement éclipsée par une prothèse nasale encombrante) n’en vient à porter plainte contre Bill Clinton (Clive Owen, qui a lui aussi droit à son faux nez) que parce que d’autres l’y obligent : son mari d’abord, furieux qu’on puisse penser qu’il est cocu, puis son avocate, plus intéressée par l’opportunité de faire tomber un président que par le bien-être et le besoin de justice de sa cliente. 

Sans surprise, la tornade médiatique qui s’abat sur Monica Lewinsky et Paula Jones une fois l’affaire révélée au grand jour, faite de questions graveleuses, d’interviews d’anciens petits amis revanchards et d’imitations dégradantes dans les late shows, n’est pas plus clémente.

Paula Jones se prépare avec inquiétude à une interview.

Linda Tripp, la vraie réussite d’American Crime Story: Impeachment

Tout ceci aurait pu rester artificiel si Ryan Murphy et Sarah Burgess n’avaient pas accordé autant d’importance et de profondeur au personnage de Linda Tripp, qui endosse l’austère tailleur du « grand méchant » de cette histoire.

Incarnée à l’écran par une Sarah Paulson méconnaissable, Linda Tripp est elle aussi le pur produit d’une société qui ne laisse qu’une toute petite marge de manœuvre aux femmes pour correspondre exactement à ce qu’on attend d’elles. 

La fonctionnaire vétérante carbure aux milk-shake amaigrissant pour le petit-déjeuner (sa première conversation avec Monica Lewinsky porte sur les bienfaits des programmes Weight Watchers), traîne derrière elle des décennies d’insultes sur son physique et entretient avec la jeune femme une relation plus complexe qu’il y paraît.

Loin de se contenter d’abuser de l’ancienne stagiaire et de son innocence pour nourrir sa croisade vengeresse, Linda Tripp est également la seule qui reconnaît qu’elle puisse être manipulée par un homme qui, en plus d’occuper le Bureau ovale, a le double de son âge. Enfin, elle aussi subira le sexisme des médias, avec une fausse résignation poignante.

Linda Tripp et Monica Lewinsky papotent dans leur open-space du Pentagone.

C’est sûrement dans les turpitudes de ce personnage, détestable mais créé de toute pièce par le monde qui l’entoure, et dans cette description d’une impossible sororité qu’Impeachment trouve sa plus grande réussite.

American Crime Story: Impeachment dissèque les violences faites aux femmes

Avec le procès d’O.J. Simpson comme avec l’assassinat de Gianni Versace, Ryan Murphy et Sarah Burgess revenaient sur deux grandes affaires pour raconter, au-delà de la question raciale et de la perception de l’homosexualité aux États-Unis dans les années 1990, comment cette époque a pu être annonciatrice de la nôtre.

Impeachment creuse le même sillon en s’attaquant aux violences sexistes et sexuelles.

Si les amateurs et amatrices d’histoires criminelles regretteront peut-être l’absence de cadavre, c’est bien autour de plusieurs corps que tourne toute la réflexion de cette troisième saison d’American Crime Story : ceux des femmes invisibilisées, forcées, jugées, montées les unes contre les autres et condamnées pendant longtemps dans l’indifférence générale.

American Crime Story: Impeachment est sur myCANAL

À lire aussi : Monica Lewinsky, largement harcelée sur Internet, s’engage contre le harcèlement en ligne


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