J’ai été serveuse dans un lodge, pour côtoyer l’Everest

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À l'automne 2016, Ava a travaillé dans un lodge, juste à côté du mont Everest dans l'Himalaya. Fille d'un papa voyageur, elle raconte ce séjour mémorable dans les sommets et décrit sa vie au sein de ce refuge.

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Il y a vingt ans, juste avant la naissance de mes petits frères, mon père entreprenait un dernier grand voyage avant de devenir homme au foyer à plein temps.

J’étais âgée d’à peine quatre ans et je n’ai gardé aucun souvenir de son absence.

Il partait pour l’ascension du mont Gokyo Ri situé dans la région de l’Everest au Népal. Mais à cause des intempéries, il dû rebrousser chemin et interrompre son périple.

Ne voulant pas quitter le Népal pour autant, il décida de se retrancher dans un lodge (un lieu d’hébergement typiquement népalais, nldr) à Kyangjuma, situé dans le district de Solukhumbu. 

Durant une dizaine de jours, il aida la propriétaire du refuge, Tashi Sherpa, pendant que son mari Lhakpa Dorje, grimpeur émérite de la région, était parti en expédition.

À l’époque, elle gérait ce petit bâtiment tout en s’occupant de ses trois jeunes garçons.

Retour sur les traces de mon père

Et vingt ans plus tard, c’est dans ce même endroit que je suis allée passer deux semaines. Comme si c’était écrit, je me suis retrouvée à mon tour à mettre la main à la pâte dans ce lodge, où mon père est passé, deux décennies auparavant.

Je suis devenue l’unique serveuse occidentale de la région. Malgré un nombre incalculable de personnes rencontrées au cours de ces vingt années, Tashi se souvient très bien de mon père.

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Elle me raconte comment il faisait des allées et venues vers le village pour emmener les enfants à l’école et chercher de l’eau pour le lodge en 1997.

L’eau courante n’était pas encore arrivée dans le royaume des Sherpas. (les sherpas sont un groupe ethnique originaire du Tibet, aujourd’hui le terme désigne les alpinistes népalais, les porteurs et les guides dans les montagnes Himalayennes, ndlr.)

Lhakpa Dorje et Tashi Sherpa, devant les montagnes de l’Himalaya.

Aujourd’hui baptisé l’Amadablam Lodge, ce refuge est l’un des plus importants de la région. Tashi et Lhakpa Dorje font partie des Sherpas les plus aisés.

La bicoque a été agrandie à plusieurs reprises et compte aujourd’hui deux salles à manger, deux magasins, un espace boulangerie, une immense terrasse, un temple, un restaurant pour les locaux et un charmant moulin à prières.

Tashi parle un anglais impeccable grâce à de nombreux séjours aux États-Unis, où vit un de ses fils. Lhakpa a arrêté de tutoyer les sommets mais il emmène de temps en temps des ami·es au Camp de Base et, accessoirement, il a guidé le Prince Charles venu visiter les montagnes himalayennes.

En vingt ans, seul le point de vue n’a pas changé.

Le lodge dans les montagnes

Depuis la terrasse du lodge, le panorama côtoie les limites du réel. De gauche à droite : Lhotse, Kantera, Khantserko, Amadablam. Tous enveloppés dans leur manteau de neiges éternelles.

En plein service, je me perds parfois à admirer ces immenses rochers. En deux semaines, j’ai pourtant eu le temps de m’habituer à ces majestueux voisins de pallier.

Je me sens comme une voyeuse qui les observe du coin de l’œil pour savoir comment ils occupent leurs journées.

Parfois, une traînée de poudre s’échappe du sommet. C’est le signe qu’une tempête fait rage là-haut. Le soir, ils tirent leurs rideaux de brume afin de profiter d’un peu d’intimité.

L’instant le plus magique de la journée est lorsque la nuit tombe sur la région. Dans le royaume d’en bas, nous autres sommes plongés dans l’obscurité alors que les mythiques sommets s’accaparent les derniers rayons du soleil.

La grisaille nous encercle alors qu’ils sont encore parés d’or comme pour célébrer la fin d’une journée de plus ; Eux qui semblaient si proches quelques heures auparavant sont dorénavant inaccessibles. Encore une preuve, s’il en fallait une, que nous appartenons à deux mondes bien distincts.

Le quotidien du lodge aux côtés de l’Everest

Chaque matin, je me lève aux alentours de 6 heures. J’aime me réveiller avec l’odeur de genévrier qui brûle dans l’encensoir et la voix de Tashi qui récite ses prières quotidiennes en parcourant le bâtiment.

Il nous faut d’abord servir le petit déjeuner, s’enquérir de l’état des clients qui montent et leur donner quelques derniers conseils pour l’altitude.

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Les journées sont rythmées par le flot de marcheurs. Il y a ceux qui progressent à pas lents, reprenant leur souffle à chaque foulée, qui prennent le temps de boire un thé au gingembre et de manger une soupe à l’ail.

Il y a les jeunes sportifs pressés d’accomplir leur exploit. Nous ne revoyons pas la plupart d’entre eux car souvent, ils effectueront un retour express en hélicoptère de secours pour avoir un peu trop provoqué les sommets.

On est pas bien là ?

On rencontre aussi ceux pour qui c’est la première fois et ceux pour qui revenir chaque année est devenu un besoin quasi vital.

Puis il y a ceux qui sont sur le retour, épuisés mais des étoiles pleins les yeux. Ils sont ravis de redescendre à « seulement » 3 600m d’altitude où l’on retrouve un peu d’oxygène et où il fait relativement plus chaud.

Ces troupeaux estampillés par les grandes marques de l’aventure arrivaient par vague. Une fois les clients du petit déjeuner partis, nous avons le temps de manger avant que les premiers en provenance de Namche Bazar débarquent aux alentours de dix heures.

Pour le petit déjeuner, c’est soupe de nouilles, porridge ou tsampa — de la farine d’orge, nourriture principale des peuples de l’Himalaya.

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Nous nous affairons à servir du thé, le repas de midi et quelques délicieuses pâtisseries sous un soleil de plomb jusqu’en milieu d’après-midi. La vue est si claire qu’elle paraît retouchée.

C’est cette vue hors du commun qui ameute autant de visiteurs à s’arrêter sur notre terrasse. Impossible de rater sa photo.

Le lodge, le lieu des rencontres improbables

Les groupes de marcheurs venus des quatre coins du monde succèdent aux caravanes de yaks qui eux, n’ont jamais connus que les montagnes escarpées. Nous entendons approcher leurs lourdes cloches.

Maya, la chienne du lodge aboyait avant que les animaux n’entrent dans notre champ de vision.

Les bêtes et les hommes transportent sur leur dos tout un pan de la mondialisation : des bouteilles de sodas, des cigarettes, du lait et du café en poudre, des barres chocolatées, des sacs et parfois même des valises à roulette.

Pour une fois, l’homme et l’animal sont presque sur le même pied d’égalité. Un pied ferme et sûr. De temps à autre, un autre son de clochettes nous parvenait.

C’est celui des cavaliers qui passent en hâte. Les chevaux sont beaucoup utilisés au royaume des Sherpas pour se déplacer rapidement en cas d’urgence ou pour traîner les trekkers à bout de force jusqu’à leur destination finale.

Le cheval est l’unique moyen de transport avec la marche sur les terres de la région de Miyo Langsangma.

Coucou toi.

Les premiers arrivants débarquent aux alentour de quinze heures, posent leurs affaires dans leur chambre et se détendaient jusqu’au soir.

Lorsque certains groupes organisés viennent passer la nuit, les porteurs et les yaks arrivent en avance pour récupérer les clefs et répartir les bagages dans les chambres.

Octobre étant la pleine saison touristique, l’Amadablam Lodge affiche complet quasiment chaque soir. Lorsque nous accueillons des clients francophones, un accord tacite stipule que je m’occupais d’eux.

J’ai ainsi pu faire de très belles rencontres.

Parmi lesquelles, Roland, la superstar du glacier Khumbu. Un fou de montagne qui a réussi à récolter les fonds nécessaires pour faire arriver l’eau courante à Kyangjuma et aux villages alentours.

Il vient chaque année depuis vingt-cinq ans et ce malgré un infarctus. Il a aujourd’hui presque quatre vingt ans et une myriade d’anecdotes à raconter.

Il fait bon vivre au lodge

Les jours de calme, nous en profitons pour tout nettoyer en profondeur et nous gaver des pâtisseries que nous n’avions pas vendues.

Le soir, Pemba, qui tient le restaurant, cuisine pour tout le monde et nous festoyons tous ensembles. La salle à manger principale est toute de bois vernis. Au centre, trône le poêle que nous allumons chaque soir. Tout autour sont disposées des petites tables en bois de style tibétain.

Aucune chaise mais des canapés recouverts de tapis eux aussi à la mode tibétaine.

Sur le mur du fond, juste à côté de la porte de ma petite chambre, est accroché un énorme écran plasma sur lequel nous passons des films pour les groupes.

En deux semaines j’ai dû visionner Sept ans au Tibet plus de quatre fois, Into thin Air deux fois et Himalaya l’enfance d’un chef peut-être trois.

Je me suis promis de rapporter l’année prochaine des copies DVD de Kundun et d’Everest pour varier les plaisirs.

Nous allumons les chaînes népalaises avant d’aller nous coucher. Quelques minutes sont consacrées aux nouvelles puis l’un d’entre nous zappait sur les vidéoclips.

Tashi en profite pour aligner quelques prières de plus munie de son moulin. Ses récitations sont entrecoupées de coups de fil à ses nombreux amis népalais et étrangers.

Parfois la voisine Mingma et son jeune garçon de douze ans restent pour la nuit. Dans ces cas-là, nous sortons des couvertures de plus car il y a toujours de la place pour les gens de passage, les amis, la famille qui veulent rester dormir.

L’agenda organisé du lodge

Le vendredi est un jour à part : c’est jour de marché à Namche. Vendredi et samedi sont les seuls jours où les lodges de l’ensemble de la région peuvent se ravitailler en légumes, fruits et autres produits consommables.

Les plus éloignés et les plus fortunés envoient des porteurs pour faire l’aller retour en une journée alors que d’autres parcourent la distance en personne.

Lors de ma venue, le trajet m’a pris environ 2 heures et demie avec mon sac de 12kg et quelques sur le dos.

Je peux dorénavant faire l’aller retour en moins de deux heures, en portant un poids équivalent. Je m’amuse des regards étonnés des touristes et des guides alors que je marche d’un bon pas aux côtés de mes acolytes, qui portent le triple de ma charge.

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Je me sentais l’âme d’un porteur Sherpa. À Namche, j’en profite pour me poser une petite heure dans l’une des nombreuses pâtisseries pour m’offrir une petite douceur et une vraie connexion Internet pour appeler mes proches que mes aventures tiennent en haleine tout au long des semaines.

Mon voisin l’Everest et mon défi

Je leur raconte avoir vu l’Everest, mon ascension du mont Gokyo Ri et ma vie parmi les Sherpas. J’ai vécu de belles expériences, mais il me reste une dernière chose à faire avant de quitter cette région mythique.

Je me suis mise en tête d’aller voir ce que donne le paysage du côté de Tengboche. Tengboche est la première étape sur le sentier du camp de base de l’Everest.

Le lieu est célèbre pour son monastère qui bénit les alpinistes avant leur ascension et pour sa vue à couper le souffle. Je me dois donc d’atteindre cet endroit avant de repartir pour les chaudes plaines. Je pars une fois le service terminé, nous avons été plutôt occupés la veille.

Les gros groupes de guides sont sur le retour et les guides locaux me saluent dorénavant par de fortes accolades empreintes de sympathie.

Je m’élance d’un pas sûr et acclimaté pour ma promenade du dimanche.

Au programme une descente ardue jusqu’au lit de la rivière puis une ascension tout aussi difficile jusqu’au village de Tengboche. Entre les deux, un passage pittoresque sur un pont suspendu traversant le torrent. La vue depuis Tengboche était tout aussi incroyable que celle du lodge.

L’heure du départ

Le lendemain, je dois quitter le lodge de Tashi, en hâte car un hélicoptère de marchandises a été confirmé la vieille. Levée aux aurores, escortée par mon amie Sita, nous marchons une heure pour rejoindre Chiangboche d’où je décolle.

Je traverse une dernière fois ce paysage devenu familier.

Le sol gelé craque sous nous pas, rythmant le silence du matin. Le givre n’a épargné personne durant la nuit. Les champs, les étals de bijoux, les stupas, les murs de manis mais aussi les chiens, les corbeaux et les chevaux.

Je me retourne pour saluer une dernière fois le mont Amadablam et l’Everest pour leur faire mes adieux. Je reste immobile et je profite de ses quelques secondes d’éternité alors que le soleil entame son ascension quotidienne.

Lui seul détient le record du plus grand nombre d’expéditions sur le toit du monde.

Je presse le pas pour rejoindre un petit village. Après plus de trois heures d’attente, l’hélicoptère atterrit enfin. Une fois la centaine de planches de contreplaqué, les câbles et les sacs de ciment déchargés, je prendre place dans le ventre du monstre. A l’intérieur, aucun siège.

Un dernier coup d’œil à sa majesté Sagarmatha au travers d’un hublot crasseux avant de m’en retourner avec la plèbe. Je reviendrai, c’est sûr.

Puis enfin, le retour inévitable à la chaleur moite, aux routes goudronnées et à l’abondance d’oxygène.

Je suffoque déjà.

Retrouve les aventure d’Ava sur son blog juste ici.

À lire aussi : Le parc national de Bardia — Carte postale du Népal

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JulietteGee


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Commentaires
  • Dame Verveine
    Dame Verveine, Le 3 mai 2018 à 18h51

    "au sommet de l'Everest" le titre est très très absurde vu que c'était même pas sur l'Everest, le raccourci de fou quoi ^^

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