Les madmoiZelles répondent au harcèlement de rue — Témoignages

Pour la semaine internationale de lutte contre le harcèlement de rue, des madmoiZelles nous ont raconté comment elles se sont dressées face au harcèlement de rue, et comment elles le combattent au quotidien — en tant que victimes comme témoins.

Les madmoiZelles répondent au harcèlement de rue — Témoignages

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*Certains prénoms ont été modifiés.

À l’occasion de la semaine internationale de lutte contre le harcèlement de rue, des madmoiZelles nous ont raconté ces fois où elles se sont dressées contre un ou plusieurs harceleur(s) dans l’espace public, leurs méthodes… et leurs résultats.

Répliquer et confronter le harceleur

D’abord, se dresser contre un harceleur de rue, c’est pour beaucoup surmonter une forme de culpabilité.

Cette impression que se faire harceler pourrait en partie être notre faute, par notre tenue, notre comportement, l’heure à laquelle nous osons battre le pavé… ce qui augmente la peur : cela en viendrait à sembler « logique » de récolter du harcèlement.

Et puis il y a la peur de l’inconnu, et de ce qu’il pourrait faire.

Les madmoiZelles qui ont témoigné ont ainsi souvent évoqué le déclic qu’elles ont eu — le premier pas vers la réplique : ce n’est pas normal de se faire ainsi parler et embêter.

F. raconte :

« Parce que j’étais souvent seule, j’avais pris l’habitude de baisser les yeux, ne pas répondre, faire semblant de ne pas entendre, bref, ignorer le harcèlement. Je me disais que ne pas donner suite à la violence verbale était la meilleure solution pour éviter une éventuelle violence physique. Car oui, je me sens en insécurité face aux harceleurs.

Puis un jour, j’ai eu une sorte de déclic qui m’a fait réaliser que je n’avais pas à me taire, que si une personne venait me déranger il n’y avait aucune raison que je ne réplique pas. »

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La plus « douce » de ces répliques décrites par les madmoiZelles ? La pédagogie, une façon de désamorcer la situation avec calme, en espérant que la personne harcelante s’en souviendra.

Morgane a ainsi appliqué cette méthode lue sur le Projet Crocodiles :

« Je me suis fait embêter l’année dernière alors que je rentrais chez moi vers minuit, seule, dans mon quartier très calme — trop calme le soir (il n’y pas de bars ni de restos, les rues sont vides).

Un mec était planté à côté de la porte de mon immeuble, et quand je me suis approchée pour taper le code il s’est mis juste à côté de moi. Il n’avait pas l’air très clair dans sa tête mais je ne sais pas si c’était l’alcool ou un état « naturel ».

En tout cas, il a commencé à me parler pour me demander de venir avec lui, etc. J’étais seule dans la rue et je ne voulais surtout pas ouvrir ma porte par peur qu’il s’engouffre dans l’immeuble, ce qu’il a bien compris puisqu’il m’a dit : « De toute façon je connais ton code » (baratin à mon avis, mais bon).

J’ai pensé à ce que j’avais lu dans le Projet Crocodiles et j’ai commencé à lui parler, calmement et fermement (enfin, je crois !) en lui disant que non, je ne voulais pas venir avec lui, j’étais fatiguée et je voulais rentrer mais que tant qu’il serait là je n’ouvrirais pas ma porte car sa présence m’inquiétait.

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Alors il fallait qu’il s’en aille pour que je puisse rentrer chez moi ; tant qu’il n’aurait pas tourné au coin de la rue, je resterais là.

Il a dû être aussi surpris que moi.

Il a continué à baragouiner et a fait mine de vouloir m’attraper le bras. J’ai alors fait le truc le plus absurde : lui choper la main en plein vol et la lui serrer poliment en disant « Oui oui au revoir, et bonne soirée monsieur ! »

Il a dû être aussi surpris que moi parce qu’il n’a plus rien tenté, et à force que je lui répète que je n’ouvrirais pas tant qu’il n’aurait pas tourné à l’angle, il a fini par reculer doucement. Et moi je lui parlais comme à un gamin de cinq ans : « Oui c’est bien, allez encore cinq mètres et c’est bon ».

Dès qu’il a tourné au coin de la rue, je me suis ruée dans l’immeuble en poussant derrière moi la porte de toute mes forces jusqu’à ce qu’elle claque, et j’ai couru comme une dingue jusqu’à mon appart que j’ai fermé à double tour !

Je ne sais pas si ce genre de technique aurait marché avec un gars plus vindicatif, comme celui-ci était quand même plutôt mou, mais pour moi ça a fonctionné, donc un grand merci au Projet Crocodiles ! Je crois que sinon j’aurais jamais pensé à la « pédagogie » et j’aurais juste paniqué en balbutiant des trucs. »

Les madmoiZelles qui ont témoigné ont été très nombreuses à évoquer l’aide incommensurable apportée par le Projet Crocodiles.

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Pour elles, il faut d’abord sortir de la position de victime dans laquelle le harceleur nous met. Valentine raconte sa réaction épidermique spontanée :

« La première fois que j’ai été confrontée au fléau du harcèlement de rue, c’était en rentrant de soirée à deux heures du matin accompagnée d’une autre fille. Peu après être arrivées sur une avenue, on a entendu qu’on était suivies. Moi je ne pensais pas que cela pouvait être dangereux, mais ma pote s’est retournée et m’a glissé tout bas de traverser tout de suite : le mec était en train de se masturber en nous suivant.

Le rythme des baskets derrière nous s’est intensifié et nous a suivies alors qu’on traversait l’avenue. À ce moment-là, tout s’est enchaîné dans ma tête. Je me suis retournée pour lui faire face et lui dire très fort « NON ! » comme quand on gronde un enfant ou un animal.

Ce n’était pas un cri. C’était un non de protestation, un « Non tu n’auras pas le pouvoir sur moi/nous, non tu ne peux pas nous nier de cette manière selon ton fantasme tordu parce que je m’y oppose et que j’ai plus de pouvoir que toi ».

Juste à ce moment, une voiture est arrivée sur l’avenue et la conductrice s’est arrêtée : elle avait vu la scène, on l’a rejointe avant de rentrer chez nous tout près. »

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Louise a quant à elle eu une réaction aussi originale qu’efficace dans le feu du moment :

« Un jour après les cours, je suis passée faire quelques courses avant de rentrer. On était en fin d’après-midi, il faisait beau, et je venais d’acheter quelques trucs dont une boîte d’œufs (ça a son importance). Sur le chemin, je me suis arrêtée pour traverser un grand boulevard.

Le feu est passé au rouge pour les voitures devant moi ; une s’est arrêtée juste devant le passage piéton, et le conducteur a baissé sa vitre. Il m’a regardée avec insistance et m’a sifflée. J’ai levé les yeux au ciel et l’ai ignoré…

Le feu piéton est passé au vert, et je me suis avancée. Quand je suis passée devant sa voiture, le mec a lâché très fort un « C’est ça ouais, SALOPE ! ».

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Mon sang n’a fait qu’un tour, mais je pense être restée très calme extérieurement. J’ai posé mon sac de courses au sol, toujours en plein milieu du passage piéton. Et là, touuuuut doucement, j’ai ouvert mon sac, puis la boîte d’œufs, et j’en ai pris un. Je me suis redressée, et ai fait un grand sourire au relou dans sa voiture qui continuait de me narguer.

Il a perdu son sourire lorsqu’il a compris ce que je comptais faire avec cet œuf : je le lui ai balancé en plein dans le pare-brise. L’œuf a explosé et a bien dégouliné partout. Le mec a déclenché les essuies-glace par réflexe, ce qui a étalé l’œuf partout.

J’ai rapidement remballé mes affaires et j’ai regagné le trottoir. Le mec a commencé à sortir de sa voiture, complètement énervé. Mais entre-temps le feu voiture était repassé au vert, et il se faisait klaxonner. Il est donc remonté dans sa voiture et est reparti tout penaud.

Je n’ai pas l’impression que beaucoup de gens aient remarqué la scène, seuls quelques passants qui avaient traversé en même temps que moi me regardaient avec un air un peu étonné et quelques lycéennes rigolaient franchement en me félicitant.

Après ça, je suis rapidement rentrée chez moi, pas très rassurée (je pensais que le mec pouvait revenir dans le quartier et essayer de me chercher)…

Le harcèlement de rue peut se retourner contre le harceleur. Réagir peut être très bénéfique.

Ce que je conclus de ma petite histoire, c’est que réagir peut être bénéfique : j’ai réagi sans réfléchir, et je me suis dit en quelque sorte « Toi mon coco tu vas payer pour tous ceux qui m’ont fait chier avant toi ».

Et ça m’a rassurée sur le fait que le harcèlement de rue peut se retourner contre le harceleur, qui est ici passé pour un con devant tout le monde… Ça m’a donné confiance, et je pense que je réagirai systématiquement maintenant (même si je n’ai pas toujours des œufs sous la main) ! »

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À lire aussi : « Hey Connard ! », une chanson caustique de La Castor sur le harcèlement de rue

De l’efficacité de l’élément de surprise

Et quand la situation n’est pas dangereuse, les filles répliquent et remettent le harceleur à sa juste place. Rien que la surprise de voir la personne harcelée riposter peut suffire. Pauline se souvient :

« Ça s’est passé dans l’escalier d’une grande médiathèque où je révisais souvent pour mes exams. C’était un dimanche, il y avait pas mal de monde, et je sortais prendre une pause. En descendant, j’ai vu deux hommes, la trentaine, qui me fixaient de loin, et quand je suis passée à leur niveau l’un d’eux m’a sifflée très ouvertement.

J’avais mal à la tête, j’étais stressée, et c’était vraiment pas la journée parce que ça m’était déjà arrivé plus tôt dans l’après-midi et je n’avais rien dit, baissant la tête en serrant les dents comme d’habitude. Alors je me suis retournée, et je lui ai hurlé dessus.

Je lui ai demandé s’il aimerait qu’on fasse ça à sa sœur ou à sa mère, ce que c’était son problème, s’il s’était demandé si j’avais envie d’entendre toute la journée des sifflements de gros dégueulasses.

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Il a pris pour tous les précédents à qui j’avais rien dit.

Rapidement, il s’est fait tout petit et m’a dit : « No hablo frances, no hablo frances… ! » Pour le coup c’était balot, parce que je parle espagnol.

Alors j’ai tout recommencé en espagnol et je me suis lâchée, il a pris pour tous les précédents à qui j’avais rien dit. Il est devenu rouge comme pas possible et son copain s’est moqué de lui. J’ai fini par lui dire de s’en aller et ils sont partis comme des petits garçons, tous penauds… ! Tout le monde nous regardait.

Je me suis sentie tellement puissante ! Aujourd’hui dans mes moments de faiblesse je pense à ça et je me sens mieux ! Je suis vraiment pas une fille avec une grande gueule, mais là c’est sorti tout seul.

Avoir des gens autour m’a rassurée, je savais qu’il ne pouvait pas s’énerver et je me suis sentie vraiment dans mon droit de l’engueuler publiquement — chose que je n’avais jamais faite. Et la morale de l’histoire, c’est que ça fait du bien ! »

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Le simple fait de répondre avec assurance au harceleur, de lui dire d’arrêter peut ainsi mettre un terme au harcèlement.

Joséphine en a fait l’expérience dans une situation pourtant très délicate :

« J’avais dix-huit ans et je rentrais d’une soirée loin de chez moi. J’avais pris l’un des premiers train (vers quatre ou cinq heure du mat’). Je portais une robe et je m’étais emmitouflée dans une couverture car je n’avais pas pensé qu’un manteau serait une bonne idée. J’avais froid, je n’avais pas dormi de la nuit, bref j’étais dans les choux !

Je devais changer de train à Juvisy, donc j’attendais gentiment mon train sur le quai pratiquement désert.

Un mec s’est pointé et m’a gentiment expliqué que je me trouvais sur le mauvais quai. Il était poli, ne ressemblait pas du tout au cliché du harceleur que l’on peut avoir.

Après l’avoir remercié je me suis dirigée vers le bon quai, et j’ai senti qu’il me suivait. Je ne me suis pas inquiétée, pensant qu’il allait prendre le même train que moi.

Je montais les escaliers quand tout d’un coup, j’ai senti une main froide et tremblante remonter le long de ma cuisse. J’étais pétrifiée.

J’ai réussi à me retourner avant qu’il n’atteigne mon entrejambe. Je l’ai d’abord fixé avec un regard froid, avant de lâcher un « Dégage ! ». Je n’ai pas crié, j’ai juste parlé le plus sèchement et durement possible.

J’ai tout de suite vu un mélange d’incompréhension et de peur sur son visage, comme s’il ne comprenait vraiment pas que ça ne me plaise pas, comme si le fait que je l’aie suivi pour qu’il me montre le bon quai lui avait donné mon accord.

Je suis toujours étonnée que mon simple « Dégage ! » l’ait fait fuir.

J’ai lâché un deuxième « Dégage ! », encore un peu plus sec et fort.

L’incompréhension a laissé place à un regard complètement apeuré et il s’est barré en courant. Quand j’y repense, je suis toujours étonnée que mon simple « Dégage ! » l’ait fait fuir.

Je ne me souviens même plus de son visage, juste de ce regard d’incompréhension qui donnait l’impression que c’était de ma faute, que j’avais envoyé des signaux contradictoires en mettant une robe.

Ce n’est clairement pas le premier ni le dernier harcèlement de rue que j’ai connu, entre les mecs qui te suivent, les sifflements, les mecs qui se caressent l’entrejambe en te regardant dans les transports, mais c’est celui où j’ai eu le plus peur.

Ce n’est jamais de notre faute ou dans notre imagination (comme j’ai souvent entendu certains hommes le dire).

Ce n’est pas normal de se demander si c’est judicieux ou non de mettre une robe pour aller en soirée car on pourrait rentrer seule…

J’ai aujourd’hui vingt-et-un ans et j’espère fortement que les choses changent. »

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Par ailleurs, dans les situations de harcèlement informulé ou verbal, en plus de mettre un terme à la situation de harcèlement, réagir permet de rejeter l’humiliation suscitée par les agissements du harceleur.

Florie raconte qu’après avoir remis un homme à sa place, elle aussi s’est sentie forte et libérée :

« Ça m’a vraiment marquée parce que je me suis dit que vraiment, ce n’était pas à moi de me sentir humiliée, de me sentir salie. J’ai vraiment voulu lui coller la honte. C’est peut-être méchant mais je me suis sentie vraiment bien, forte après avoir exprimée ma colère. J’étais libérée, délivréééeee ! »

Et se dresser contre le harcèlement de rue consiste également à dénoncer le harceleur dès que c’est possible — une façon efficace de faire changer les choses.

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Mathilde a été agréablement surprise :

« Un beau matin de ma dernière semaine de stage, je suis montée dans le bus comme d’habitude, avec le même chauffeur que les autres matins. Comme d’habitude Jean-Claude m’a saluée, sauf que la formule était différente :

« Mathilde, quand je te vois monter dans mon bus habillée comme ça, je me demande si je dois enlever mon pantalon maintenant ou plus tard. »

Personne ne semblait avoir entendu, et le bus était à moitié vide. J’ai beau me considérer comme grande gueule et affirmée, je me suis dépêchée d’aller m’asseoir sans rien dire.

Cette réflexion m’a travaillée toute la journée, je n’ai pas cessé de tirer sur ma jupe le peu de temps où je l’ai portée. Le soir, exceptionnellement, je ne prenais pas le même bus. J’ai donc mis le problème de côté même si j’étais totalement troublée.

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J’avais un peu honte : même si je sais que rien ne l’excuse, je n’arrêtais pas de me dire que j’exagérais, que c’était juste une remarque comme ça… Ce n’est que lorsque j’en ai parlé à mon (formidable, patient, à l’écoute) petit ami et que j’ai vu sa réaction que je me suis rendu compte que c’était totalement inexcusable.

Parce que Jean-Claude savait que je terminais mon stage à la fin de la semaine et que je ne dirais rien.

Le lendemain matin à 7h, vêtue de la même robe, je suis donc montée dans le bus et ai passé un savon à Jean-Claude, qui s’est recroquevillé derrière son volant. Et pour moi, l’incident était clos ! »

C’était sans compter le soutien et l’aide de ses collègues, qui ont permis de sanctionner le harcèlement.

« Dans la journée, en discutant avec mon tuteur de stage avec qui je m’entendais extrêmement bien, j’ai mentionné l’incident et ma réaction sur le ton de la conversation : j’avais réglé le problème, je n’étais plus choquée ni rien.

Mon tuteur a immédiatement considéré que c’était très grave, et m’a encouragée à faire remonter l’incident. De fil en aiguille j’ai été expliquer l’incident à l’un de mes collègues et Jean-Claude a écopé d’un blâme pour son comportement.

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Tous mes collègues ont été mis au courant de cette histoire, et bien qu’il s’agisse tous d’hommes, la plupart de plus de quarante ans, travaillant dans un milieu extrêmement masculin, pas un seul n’a dit un mot au sujet de ma robe.

Si je n’avais pas souhaité le mentionner à mes supérieurs, c’était par crainte d’une réflexion comme « Oui mais une jeunette comme toi dans une jolie robe, il faut comprendre… » Or, personne n’a ne serait-ce qu’eu le quart du début du commencement de cette remarque à mon encontre.

Je me suis sentie très fière d’avoir fait remonter son comportement et d’avoir fait le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus.

Naturellement, lorsque j’ai raconté l’incident à d’autres stagiaires, la réaction des filles a été de me demander le numéro de mon bus afin de pouvoir éviter Jean-Claude… Je me suis alors sentie très fière d’avoir fait remonter son comportement et d’avoir fait le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus.

Car s’il est extrêmement positif que les choses se soient terminées comme elles se sont terminées, je ne suis pas convaincue qu’il en aurait été autrement avec une stagiaire venant d’un autre milieu : moins sensible aux questions féministes, moins informée, ou tout simplement moins grande gueule.

Enfin bref, s’il y a une chose à retenir, c’est que ces questions sont prises très au sérieux même dans des milieux über-masculins, et qu’il « suffit » de faire remonter les incidents ! »

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Quand le harcèlement devient violent

Dans certaines situations, se dresser contre le harcèlement de rue n’est cependant pas sans danger, tant le harceleur peut vite devenir violent.

Marie raconte :

« C’était en plein centre de Lyon, vers trois heures du matin. J’étais avec des amis et on en attendait d’autres.

Un mec est passé et m’a susurré un « Salut ma jolie ». Je me suis retournée et lui ai dit de se casser. C’était pas exceptionnel parce que je réponds toujours, c’est un principe.

Sauf qu’il s’est retourné et m’a mis une tarte. Mes potes ont réagi tout de suite, et je lui ai également mis un pain. Malgré le fait qu’un de mes amis retenait le gars, j’ai eu le temps de me reprendre deux ou trois claques, et je ne parle pas des insultes.

Au final, il est parti. Moi, je tremblais comme une feuille, une copine m’a raccompagnée au bus de nuit et j’ai sangloté pendant tout le trajet.

Je n’ai pas été traumatisée. Je me suis réveillée le lendemain avec une grosse bosse, des écorchures sur les mains et mal aux paumes parce que je m’étais enfoncé les ongles dedans — bref, pas grand chose. Si j’avais été toute seule j’aurais répondu pareil, mais je me serais peut-être fait tabasser. Le harcèlement de rue, c’est sexiste et inadmissible et il faut réagir. Sauf que parfois il faut aussi faire attention à soi.

Quand j’ai raconté mon aventure à ma mère, elle m’a dit : « Tu as le droit d’être en colère mais ne vas pas te mettre en danger non plus. »

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Répondre et/ou s’énerver peut malheureusement aggraver la situation, comme Laura en témoigne :

« Nous étions deux dans un bar avec une amie, et nous devions nous rendre dans un autre bar, à cinq cents mètres de là où nous étions. Mais j’ai préféré prendre un axe plus fréquenté que les petites rues qui s’offraient à nous.

Un homme de trente-cinq ans environ nous a interpellées : « Eh les filles, venez boire des bières avec nous ! » Il était avec deux autres hommes sur un banc. J’ai fait signe de la main qu’il laisse tomber et nous avons continué notre route.

Sauf que ça ne lui a pas plu et il a commencé à m’insulter :

« Salope ! De toute façon je te baise cinq fois par semaine ! »

Et là je ne sais pas pourquoi, sûrement un trop plein de situations pareilles, une volonté d’agir et aussi l’effet des quatre shooters que je venais de boire, je lui ai répondu en lui demandant si c’était moi qu’il insultait. Fièrement il m’a répondu que oui.

Du coup je me suis avancée vers lui. On s’est tous les deux mis à hurler. Lui me reprochait de l’avoir snobé et moi je lui expliquais qu’il n’avait pas à traiter les filles comme ça. Un de ses potes est arrivé et m’a pris le sein à pleine main. Je l’ai giflé.

Le premier harceleur l’a retenu mais l’agresseur (parce qu’il avait commis un délit) s’est libéré et nous a jeté son vélo dessus. Oui oui, un vélo. Heureusement, c’était facilement évitable comme projectile.

Cinq hommes de vingt-cinq ans environ étaient à côté de nous et n’ont pas bougé. Quand ils ont commencé à rigoler, je leur ai demandé pourquoi ils ne faisaient rien. Réponse : « Ce n’est pas notre histoire ». Un homme de trente ou trente-cinq ans est venu voir la « scène », mais il en a juste profité pour me voler mon portable.

On est allées porter plainte au commissariat. Tout s’est très bien passé, il n’y a eu aucun jugement de la part des policiers et beaucoup de soutien. Il faut savoir qu’ils m’ont fait rechercher mon agresseur et non pas le voleur puisque l’objet principal de ma plainte était une agression sexuelle. »

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Car le harcèlement de rue peut aller jusqu’à l’agression sexuelle voire le viol…

Giselle raconte :

« J’avais dix-huit ans. J’étais en voyage à Paris avec ma petite amie de l’époque, et on prenait le métro pour rejoindre un musée. On se tenait la main, on était mignonnes comme tout. Il faisait beau, il faisait chaud, elle avait mis une jolie robe bleue et nous étions dans un métro bondé en pleine journée.

Bien sûr, je savais que Paris pouvait être dangereux et tout ça, je veux dire, je ne vivais pas dans une très grande ville alors on m’avait bien rencardée sur les croyances locales avant que je parte, mais j’étais nettement plus tête brûlée qu’avant, plus grande gueule aussi, et j’ai décidé que ce n’étaient que des bêtises paranoïaques.

Ma petite amie, appelons-la Marie, était en train de me parler, tranquillement accrochée à une barre du wagon alors que j’étais appuyée contre l’une des parois, et d’un coup, elle s’est arrêtée de parler et a blanchi. Sur le moment je me suis dit qu’elle avait le mal des transports, donc je lui ai demandé si tout allait bien.

Je me rappelle qu’elle s’est penchée en essayant de se décaler et qu’elle m’a soufflé, comme si elle allait fondre en larmes, que quelqu’un avait sa main sous sa jupe.

Je m’en rappelle, parce que sur le moment, j’ai pas atterri. Je n’ai même pas répondu, j’étais sidérée.

Personne n’a bougé.

Des gens sont descendus à l’arrêt, et un mec a fait mine d’être bousculé pour se coller à elle. Pour le coup, c’était flagrant qu’il en profitait. Et de derrière Marie, tout le monde pouvait voir sa main. Mais personne n’a bougé.

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Je reconnais que j’étais morte de trouille à l’idée de taper un scandale. Dans ma ville, je connais des flics, je connais des pompiers, je connais des gens. Ici, j’étais loin de chez moi, j’avais presque l’impression d’être dans un autre pays. Je n’étais pas du tout sûre de comment me comporter. Mais le mec se décalait pas, et penser que quelqu’un était en train de violer ma copine devant moi, ça m’a fait bouger.

Je me suis redressée, et je l’ai bousculé, assez fort maintenant que j’y pense, en lui disant, pas trop fort pour ne pas faire d’esclandre (avec le recul je trouve ça fou d’ailleurs : il la viole et c’est moi qui ai peur de faire un esclandre !), de retirer sa main de ma copine.

Je m’attendais vraiment à ce qu’il parte en fait, mais il m’a regardée, sans sourciller alors que Marie venait se coller à moi, et dit que les petites provinciales étaient toutes des menteuses. Pire, j’ai entendu quelqu’un rigoler. J’aurais pu pleurer.

Je m’en rappelle bien parce que je bouillais. J’ai eu l’impression d’encourager le mec dans son infamie en ne poussant pas ma gueulante. Parce que je l’ai laissé partir, là-dessus. On est allées s’asseoir avec Marie, et j’ai pas poussé le truc.

J’ai eu l’impression de ne pas la protéger, parce que je me sentais illégitime. Parce que les gens rigolaient et ne réagissaient pas, et c’est très dur d’être la seule à le faire. On se serait crues dans un cauchemar. Mais j’avais réagi quand même. Ça m’empêchait pas de culpabiliser, mais maintenant, je me vois avec plus d’indulgence. »

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Ces madmoiZelles avaient bien besoin de l’aide des témoins autour d’elles… qui ne sont pas intervenus.

Des lectrices qui ont été dans cette position de témoin se sont heureusement dressées contre les situations de harcèlement de rue auxquelles elles ont pu assister, et elles nous ont raconté les méthodes qu’elles ont utilisées.

De la position de témoin à l’action

Face à un harceleur agressif, la supériorité numérique semble encore la meilleure solution.

Camouille la Grenouille est ainsi venue en aide à une autre voyageuse, mettant à contribution les témoins du harcèlement :

« C’était en milieu d’après-midi sur une ligne de transilien parisien, que j’avais pris pour rentrer tranquillement jusqu’au terminus tout en lisant dans le train. Le wagon était assez aéré en population à cette heure et j’étais assise dans un carré en face d’une autre fille.

Un jeune homme est soudainement venu s’assoir à côté d’elle et a commencé à lui poser plein de questions : « Tu sais que tu es jolie ? », « On se connaît non ? », « Comment tu t’appelles, d’où tu viens ? » Il la collait vraiment, commençant à la toucher.

Je remercie les nombreux témoignages que j’ai pu lire, les exemples de réparties ou encore les strips du Projet Crocodiles qui m’ont permis de trouver le courage d’interpeler le harceleur dans un temps relativement rapide après son arrivée.

J’ai regardé autour de moi pour ne pas réagir seule : dans le carré d’à côté se trouvait un groupe d’hommes d’à peu près mon âge, qui observaient aussi la scène d’un air entendu pour voir jusqu’où ça allait.

Les autres personnes que je pouvais voir depuis mon siège ont eu le réflexe typique du « Je n’ai rien vu je regarde mon journal de très très près/joue à Candy Crush ».

Je remercie les nombreux témoignages que j’ai pu lire, les exemples de réparties ou encore les strips du Projet Crocodiles qui m’ont permis de trouver le courage d’interpeler le harceleur dans un temps relativement rapide après son arrivée :

« Eh, tu vois bien qu’elle ne te connaît pas et que tu la déranges non ? »

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Cela a laissé le temps à la victime de changer de place pendant que le harceleur m’insultait : « C’est pas à toi que je parle, toi t’es moche sale thon, baisse les yeux ou je te fais bouffer ton bouquin sale p*te » (charmant).

Il est ensuite parti retrouver la fille pour la toucher avec plus d’insistance, toujours sous le prétexte qu’il la connaissait. C’est seulement quand ils se sont levés que j’ai vu les autres personnes faire plus attention à la scène.

Je me suis levée et j’ai demandé à mes voisins (le groupe d’étudiants) s’ils pouvaient m’accompagner. Ils sont allés voir la victime en faisant semblant de la connaître, ils lui ont fait la bise et lui ont inventé un prénom : « Ah salut Lucie, je ne t’avais pas vue dans le train ça faisait longtemps ! Il y a Machin au bout du wagon, viens ça lui fera plaisir de te voir ! ».

Sauf que le harceleur ne s’est pas démonté et a commencé à se battre avec l’un des jeunes hommes en hurlant « Dégage, cette fille est à MOI ! »

Les témoins ont formé un mur entre elle et le harceleur.

Tout le monde s’est alors levé pour les écarter, j’ai récupéré la victime et tous les témoins ont formé un mur entre elle et le harceleur qui s’énervait tout seul de l’autre côté.

Je lui ai maladroitement demandé comment elle allait (pas bien évidemment), comment elle rentrait chez elle une fois sortie de la gare. Après avoir entendu le numéro de son bus une dame qui faisait le même trajet a proposé de l’accompagner.

Arrivés au terminus, tout le monde est sorti tout en surveillant du coin de l’œil le harceleur pour qu’il ne cherche pas à rejoindre la victime une nouvelle fois, et je suis restée discuter un peu avec le groupe d’étudiants pour les remercier, merci qu’ils ont honnêtement refusé parce que « c’était normal ».

J’ai fortement regretté ce jour-là que personne, y compris moi, n’ait cherché à dénoncer le harceleur, que ça soit dans le train avec un numéro d’urgence ou en contactant la sécurité ou la police à la sortie de la gare. Pareil pour le groupe d’étudiants, qui ont fait réagir le reste du train alors que j’avais lancé le « signal » quelques minutes avant (je ne sais pas si c’est seulement parce qu’ils étaient en groupe ou si c’est parce que c’étaient des hommes…). »

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Faire semblant de connaître la personne harcelée peut être une bonne façon d’extraire la victime dans le calme.

Claire l’a testée :

« C’était un samedi soir, vers minuit, à la station de train de la Défense. Mon compagnon et moi revenions de Disneyland, et nous attendions le dernier tramway pour rentrer chez nous à St Cloud, quand j’ai vu cette fille sur le quai, toute seule. Un type aviné (et pas que) s’est approché d’elle, a commencé à lui parler.

La jeune fille s’est alors approchée de nous en tentant tant bien que mal d’ignorer l’homme. Sur le quai autour de nous, il n’y avait que des gens relativement alcoolisés, un ou deux SDF, et quasiment que des hommes. Personne ne réagissait.

Mon copain, un bisounours de 1m90, n’avait rien remarqué, mais moi j’ai tout de suite vu ce qu’il se passait. J’avais eu la chance de lire l’un des posts du blog Projet Crocodiles, qui donnait quelques conseils pour les témoins de harcèlement de rue. Je me suis approchée du gars, et je lui ai dit : « Vous pourriez la laisser tranquille s’il vous plaît ? »

Le type m’a répondu : « Pourquoi, tu la connais ? » Et là, technique apprise dans le blog, je lui ai répondu : « Ouais, c’est ma copine, on est là ensemble et on aimerait être tranquilles ». Le gars, visiblement complètement à l’ouest, a baragouiné un truc du style « Vous vous ressemblez, vous êtes sœurs ? »

Fort heureusement, c’est le moment que mon Bisounours a choisi pour prendre son courage à deux mains et demander au gars de nous laisser tranquilles. Son gabarit a fait le reste, le type s’est éloigné et nous avons pris le tram avec la jeune fille, qui nous a remerciés plusieurs fois avant de descendre. »

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Comment faire face au harcèlement de rue

Se basant sur leurs expériences, les madmoiZelles ont réfléchi aux façons d’arrêter une situation de harcèlement dans l’espace public. La priorité pour elles ? Évaluer le danger. On l’a vu, le harcèlement de rue peut aller très loin, et n’a pas toujours la même « gravité ».

Alice remarque :

« Je suis plus vieille maintenant et on m’emmerde moins. Alors j’essayerai toujours d’aider les gens, comme j’aurais parfois voulu qu’on m’aide quand j’étais plus jeune et moins sûre de moi. Tentez quelque chose, même si vous vous sentez ridicule et que la technique imparable vue sur le net se dégonfle comme un ballon de baudruche : le ridicule n’a jamais tué personne, le harcèlement et les violences si.

En revanche, essayez de mieux analyser la situation que je ne l’ai fait et de ne pas vous mettre en danger inutilement. Si vous sentez que la situation est risquée ou peut dégénérer, demandez de l’aide autour de vous ou appelez la police. »

Natacha insiste sur l’importance de désamorcer la situation :

« Dans le harcèlement dont j’ai été témoin, je n’ai pas du tout pris le harceleur en faute, je ne lui ai pas dit que ce qu’il faisait n’était pas normal. J’ai simplement tenté de mettre fin à la situation en éloignant la victime.

Je pense que parfois, c’est tout ce que l’on peut faire : désamorcer. Si l’on risque de se mettre soi ou la victime en danger, je pense qu’il est inutile de jouer les héros : ce n’est pas une baffe prise en pleine tête par un mec saoul (ou non d’ailleurs) qui fera avancer les choses.

Par contre, clairement, si je suis face à une situation de harcèlement et que je sais pouvoir plus intervenir sans mettre qui que ce soit en danger, je le fais sans aucune gêne. Ça a notamment été le cas à différentes reprises en boîte, pour des amies. »

Quand on est dans la position de témoin, Alma conseille d’aller parler à la victime :

« J’ai trouvé plus facile de m’adresser à la personne visée plutôt qu’à la personne harceleuse. De cette manière, déjà, on peut « vérifier » qu’il s’agit bien d’une situation problématique, et en même temps on lui donne une importance, on lui permet de récupérer la parole dans une situation où elle peut en être privée, et on évite une confrontation directe avec quelqu’un d’énervé voire dangereux.

Et puis, surtout, je dirais que c’est finalement plus simple une fois qu’on est dedans : on a l’esprit clair, contrairement aux protagonistes, et on est calme soi-même. Quand on a vécu des situations de harcèlement, on peut voir les harceleurs comme « puissants », mais si on intervient, on s’aperçoit que leur agressivité est généralement très rapidement désamorcée, et cela aide aussi dans les situations où on vit le harcèlement. »

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La plupart des filles ont souligné qu’il est par contre de notre devoir à tou•te•s d’aider une personne en situation de harcèlement de rue. En mesurant le danger autant que possible, mais en mesurant également sa propre responsabilité et son devoir envers la victime.

SwissWolfqueen explique :

« Depuis peu j’ai décidé de réagir à chaque fois, que ça m’arrive à moi ou à une autre fille, soit en partant tout simplement, soit en disant que ça me dérange, soit en faisant intervenir un•e pote, un inconnu, un barman, un mec de la sécu, soit en menaçant d’appeler directement la police. En général ils insultent en retour, mais ne font rien. Ça me fatigue mais je pense que c’est important de montrer qu’on ne se laisse pas faire et qu’on a des droits. »

C’est également ce que Gisèle préconise :

« Aux personnes qui assistent à du harcèlement, je leur dirais de ne pas foncer tête baissée, mais de foncer quand même. Parce que faire un esclandre, c’est pas grave, vous aurez peut-être l’air ridicule mais c’est tout ce qui peut arriver de pire.

Le harcèlement par contre, quand ça dégénère, c’est pas que votre égo qui en prend un coup. Et à celles qui en sont victimes, je dirais de ne pas avoir honte. Ce n’est pas de votre faute, alors n’ayez pas honte de demander de l’aide. Ou de gueuler. Les deux sont légitimes. La liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence. »

C’est ce que pense Zoé, qui reste calme mais se dresse toujours contre les actes de harcèlement dans l’espace public :

« Aujourd’hui j’essaye de réagir à chaque fois, sans insultes, en dialoguant ou en faisant comprendre que ce n’est pas acceptable. J’essaye de ne pas baisser les yeux, de demander bien fort « Il y a un problème monsieur ? » quand un homme me regarde de haut en bas avec ce regard libidineux que je pense qu’on connaît toutes, de montrer que je ne me soumets pas.

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Je me force à ne pas me sentir comme une proie.

J’essaye de me montrer à l’aise, et aussi légitime que les hommes dans des lieux ou des situations où pourtant ce n’est pas ce que je ressens.

Je me force à ne pas me sentir comme une proie, à ne pas me soumettre (en me montrant indifférente) à des attitudes qui ne sont pas acceptables et c’est le conseil que je donnerais à toutes les filles et femmes. Je pense qu’on a toutes d’une certaine manière plus ou moins intégré ce statut de « proie » et que çela transparaît inconsciemment et légitime le sentiment de toute puissance de certains hommes. »

F. a mis tout une technique au point :

« Maintenant, j’ai l’impression d’avoir trouvé la bonne « parade », une sorte de réaction automatique aux harcèlements qui sont la plupart du temps des remarques sur mon physique du style « T’es bonne », « Joli petit cul », des sifflements, des réflexions sur le choix de mes vêtements et la manière dont ils mettent en valeur telle ou telle partie de mon corps, jusqu’à l’incongru « Hé c’est toi Miss France ? Parce que t’es trop belle » :

  • Je parle fort, assez pour me faire entendre des passants et des personnes à proximité pour essayer de les faire réagir ou tout du moins leur faire prendre conscience de ce qu’il se passe juste à côté d’eux. Parce que justement, ayant rarement eu des cas de harcèlement de rue devant mes amis masculins, ils ont l’impression que ce sont des cas isolés ou que c’est une situation plus rare que ce que je laisse entendre. J’essaye donc « d’impliquer » au maximum les passants (notamment les hommes) afin de leur faire réaliser que le harcèlement de rue est un problème qui touche toutes les femmes, et ce quotidiennement. Car jamais personne n’est intervenu lorsque quelqu’un m’a harcelée.
  • Je vouvoie toujours la personne afin de recréer une distance du genre « Hey je suis pas ta pote ».
  • Je dis donc presque toujours (à une ou deux variantes près) « Votre avis sur mon physique ne m’intéresse pas » parce que clairement, c’est juste ça. Je m’en fous, je m’en bats les steaks, je m’en contrecarre, bref ça ne m’intéresse pas. Et ça me dérange.

J’essaye donc « d’impliquer » au maximum les passants (notamment les hommes) afin de leur faire réaliser que le harcèlement de rue est un problème qui touche toutes les femmes, et ce quotidiennement.

Depuis que je donne cette réponse, (quelques mois tout au plus), aucun harceleur ne m’a ré-agressée verbalement : j’ai eu le droit à des silences de mecs qui ne s’attendaient pas à ce qu’on leur réponde et à un « Je voulais être gentil ».

Je pense que ma « solution » est plutôt pas mal, en tout cas elle me convient. Elle me permet de répondre, d’essayer d’impliquer les personnes à proximité, de dire ce que je pense et de rétablir une distance et un formalisme. J’en ai déjà parlé à mes copines et leur ai conseillé de faire pareil. Je vais essayer de faire encore mieux mais pour l’instant je m’en sors avec ça ! »

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Camouille la Grenouille conclut :

« Ce que je conseillerais à tou•te•s, victimes comme témoins, c’est de ne pas avoir peur ou du moins de ne pas le montrer, parce que c’est une des premières réactions attendues par les harceleurs pour ce qu’ils aimeraient faire ensuite. Avoir un regard déterminé sur une personne s’approchant de moi après un « Eh jolie mademoiselle viens m’embrasser » a ainsi suffi pour l’arrêter.

Je pense qu’il faut également retenir quelques exemples de réparties (du Projet Crocodiles ou de la page Facebook « Répondons » par exemple).

Mais le plus important, c’est d’OSER. Oser répondre sans parler plus fort ou insulter, oser demander de l’aide directe (comme avec un feu il ne faut pas crier « Au secours » mais répartir les actions entre plusieurs personnes : « Toi, appelle les pompiers », « Toi, viens m’aider ») pour contrer l’effet de foule où tout le monde attend que quelqu’un réagisse. Il suffit qu’un seul témoin se lève pour que tous les autres le suivent !

Enfin, c’est important d’en parler après, même si on a « juste » été témoin ! »

À lire aussi : Le Projet Crocodiles sort des « conseils aux harceleurs » (et plein de nouvelles notes)

– Un grand merci à toutes les madmoiZelles qui ont témoigné !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mélimélo76
    Mélimélo76, Le 22 avril 2016 à 22h11

    Le projet crocodile est très riche en solutions dans les situations de harcèlements ce serait bien que ce soit diffusé au collège et au lycée. J'ai déjà utilisé des réponses du projet sans le savoir, par 2 fois. La première fois, c'était lors d'un corso fleuri un 15 août, il faisait un temps magnifique et j'écoutais de la musique sur mon mp4 en marchant à vive allure. Inopinément un mec, genre 1m85 et large d'épaules assez costaud avec une barbe rousse et le regard pénétrant s'est placé devant moi. J'ai été interloquée et je l'ai regardé aussi. Il m'a poussé fortement et personne n'a bougé ou n'est venu me défendre, du coup j'ai crié "NON" avec assurance et un air mauvais qui signifiait "attention à toi garçon, je n'ai pas l'intention de me laisser faire et ce quoiqu'il en coûte" et le gars s'est désintéressée de ma personne et à continué sa route, la deuxième fois j'avais mon bébé dans la poussette, au même moment un mec jeune avec sa bande de potes est passé à côté de moi. Le temps que j'ouvre la porte et je me suis retournée en entendant "oh il est mignon le bébé" et j'ai vu qu'il avait sa main dans la poussette, loin de me retenir je lui ai répondu" je m'en fous de ce que vous en pensez, enlevez votre main" j'étais tellement énervée que j'ai même pas entendu ce qu'il m'a répondu j'ai poursuivi " je ne vous connais donc vous n'avez pas à faire ca c'est tout" le gars est parti penaud.

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