Le réchauffement climatique, un problème de riches, vraiment ?

Le réchauffement climatique, c’est vraiment un problème de riches... Sauf que ce sont bien les pauvres qui en font les frais.

Le réchauffement climatique, un problème de riches, vraiment ?

— Publié initialement le 10 juillet 2015

Le climat ? On s’en fout.

Non mais c’est vrai, faut être honnête. Ça ne nous concerne pas. Les conséquences du « réchauffement climatique », c’est pour dans cinquante, cent ans. On sera déjà mort, et nos enfants aussi, sûrement.

Et puis, « le réchauffement climatique », en quoi c’est grave, sérieux ? Quelques degrés de plus au thermomètre, qui s’en plaint ? Les végétaux ont besoin de soleil pour croître, ça favorise les récoltes, et puis les plantes vertes l’utilisent pour réaliser la photosynthèse, la production d’oxygène. (Vague souvenir de mes cours de bio du collège.)

Je ne vois pas le problème, dans l’immédiat.

C’est un problème de riches

Je ne suis pas égoïste, je ne suis pas de mauvaise foi, je suis simplement lucide : des problèmes, on en a déjà plein, et maintenant. Pas des conséquences hypothétiques dans un futur fantasmé. De la galère, là, maintenant. Du chômage, de la crise économique, des maladies, de la malbouffe, de la pollution de l’air et de l’eau. C’est déjà la merde dans le présent, c’est pas la peine de se faire flipper avec l’avenir.

J’ai rien contre les optimistes, les idéalistes, les visionnaires. Je respecte, sérieux. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que « le réchauffement climatique », c’est un problème de riches.

Ça pleurniche parce qu’on ne pourra bientôt plus aller skier, rendez-vous compte ma bonne dame. L’augmentation sensible de la température raccourcit progressivement la saison des sports d’hiver. La fonte des glaciers réduit la surface froide permanente, la neige tient moins bien, moins longtemps. Elle se fait attendre tard dans la saison, et elle repart très vite au retour du printemps.

Et alors ? Personnellement, c’est pas le niveau d’enneigement qui m’empêche de partir au ski, c’est plutôt celui du solde de mon compte en banque. Les sports d’hiver, c’est pas écolo, de base. Si on arrêtait de se ruer par milliers de bagnoles dans les stations d’altitude, la neige fondrait moins vite, aussi.

Ça peste pendant les canicules et les sécheresses, parce que les restrictions sur l’utilisation de l’eau empêchent de remplir les piscines privées en été, dans le Sud de l’Europe, en Californie. D’ici à ce que j’aie une piscine privée, moi, on est large.

Un sacré problème de riches, je vous dis. Et d’enfants gâtés, même.

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Dans A Cinderella Story, la sécheresse oblige les habitants à économiser l’eau. Sauf pour la méchante belle-mère, qui fait quand même arroser sa pelouse et remplir sa piscine.

« La galère » se conjugue au présent

Ça râle parce que le prix du carburant et des énergies ne cesse d’augmenter, mais vous savez quoi ? À 24 ans, un solide CDI en poche, je suis allée à la banque, faire des simulations d’emprunt. Plutôt que de lâcher 800 balles de loyer à Paris, je m’étais dit qu’il était plus rentable de rembourser un prêt immobilier. C’est tout juste si on ne m’a pas ri au nez. Trente ans d’endettement pour un studio de 18 mètres carrés ! Ben voyons. Alors vos considérations sur le cours du baril et le prix du mazout, comment vous dire…

J’ai pas de voiture, j’ai pas d’appart’, et au vu des cours de l’immobilier, je suis pas près d’en avoir. Et maintenant que je ne suis plus salariée-en-CDI, je ne peux plus non plus en louer.

Les cours de l’énergie sont vraiment le cadet de mes soucis. Et si le nucléaire pouvait me permettre de payer moins cher la facture d’électricité de la passoire énergétique du taudis qui me sert de chambre, je ne m’en plaindrais pas.

Désolée pour les générations futures, qui auront à gérer les déchets permanents de nos centrales. Chacun ses galères. Les nôtres, encore une fois, sont dans le présent. Et nous aussi, on a hérité ces galères de nos ancêtres. Ils ne se sont pas posé de questions avant de se lancer pleine bille sur l’autoroute de la révolution industrielle.

Et bah nous, on fait notre révolution nucléaire. Et comme eux, on laissera les générations futures se démerder avec les conséquences. C’est le jeu. Non ?

De toute façon, prévoir et vivre pour l’avenir, c’est bien un truc de riches. Les gens qui galèrent à boucler leurs fins de mois, et plus directement, à mettre à manger devant leurs gamins chaque soir de la semaine, tous ces gens ne se posent pas la question de savoir quel futur auront leurs enfants. Ils se saignent déjà pour qu’ils aient un futur, tout court.

La qualité de vie, c’est un vrai problème de riches. Les pauvres se préoccupent de vivre, point.

2050, c’est le monde d’aujourd’hui, mais en pire

Quand je vois que le taux de chômage ne cesse d’augmenter, quand je vois les ravages des crises économiques successives sur l’emploi, les jeunes, nos perspectives d’avenir, je me dis que 2050, c’est à une éternité de mes préoccupations.

Et pourtant, 2050, c’est déjà aujourd’hui.

Faut pas se dire que le réchauffement climatique nous entraînera dans un monde post-apocalyptique, où des robots aux yeux laser feront la police dans les rues des villes en ruines, ensevelies par les immondices.

Faut se dire que 2050, ce sera le même monde de merde qu’aujourd’hui : ceux qui ont les moyens de prendre soin d’eux, de se payer la meilleure bouffe, l’eau potable en bouteilles aseptisées, les vacances loin de la misère, les résidences secondaires pour rester au chaud l’hiver et au frais l’été, ces gens-là, ne vous inquiétez pas pour eux. Ça va bien se passer. Ils vont être de moins en moins nombreux dans ce cas, mais ceux qui ont les moyens de bien vivre continueront à vivre bien.

Ils ne pourront pas forcément éviter les cancers, mais contrairement à nous, ils pourront toujours se soigner.

Nous, on sera de plus en plus nombreux dans la galère. Les énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) seront de plus en plus rares, donc de plus en plus chères. Le coût de la vie sera de plus en plus élevé. On fabriquera et commercialisera des produits de moins bonne qualité, un peu comme les contrefaçons chinoises. Quand le plastique « safe » sera devenu aussi cher que le cristal, tu verras, toi aussi tu achèteras des biberons en plastoc de merde, bourrés de produits chimiques toxiques, comme le bisphénol A !

Quand tu ne pourras plus te payer un vrai morceau de viande ni des fruits et légumes frais, toi aussi t’iras bouffer des burgers à réchauffer au micro-ondes, ou dans les fast food qui les vendent à 2$.

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2050, c’est juste le même monde qu’aujourd’hui, mais en pire. Encore plus de chômage, car il y aura encore moins de travail dans ces secteurs économiques déjà asphyxiés par la crise, écrasés par le coût des énergies.

Il y aura encore plus de maladies et de problèmes de santé, la qualité de l’air et de l’eau sera encore plus dégueulasse, il sera encore plus difficile de trouver à se nourrir sans bouffer que des pâtes à 75 centimes et des sauces en boîte. Il sera encore plus difficile de trouver à se loger.

Trouver à se loger, c’est déjà une galère. Même avec les bons conseils de Sophie Riche, ça reste chaud.

Un problème de riches, que les pauvres subissent

Le réchauffement climatique, c’est bien un problème de riches. Sauf que ce sont les pauvres qui en paient les conséquences au prix fort. On ne le voit pas trop, aujourd’hui, parce qu’on a tendance à oublier qu’en-dehors de nos frontières, il y a plus pauvre que nous…

Vous savez, ces pauvres des « pays du Sud », ces « pays en voie de développement »… Ces pauvres qui « pour se développer », auraient besoin d’avoir accès à une énergie pas chère, ce qui n’est pas possible, aussi parce qu’on se dit que si entre les États-Unis et l’Europe, on a réussi à foutre la planète dans cet état, on n’a pas vraiment envie de voir ce que ça donnerait si l’Inde, l’Amérique du Sud et toute l’Afrique s’y mettaient aussi. Déjà qu’on n’arrive pas trop à raisonner la Chine…

Wall-E

2050, ce ne sera pas ça, mais ça ne sera pas beaucoup mieux

Ces pauvres, premiers « réfugiés climatiques »

Ces pauvres qui font déjà les frais des changements climatiques, ce sont ceux qu’on peut voir dans les reportages à la télévision, ceux qui « ont tout perdu », alors qu’ils n’avaient déjà pas grand-chose, à chaque nouvelle inondation, glissement de terrain, coulée de boue, déluge, incendie, typhon. Toutes ces catastrophes naturelles, qui sont en fait en partie provoquées par la hausse des températures, elle-même en partie provoquée… par l’activité humaine.

Ces pauvres qui sont déjà les premiers « réfugiés climatiques », contraints à se déraciner, et fuir leurs villes et villages d’origines, parce que la montée des eaux menace de les engloutir. Parce qu’il n’y a plus d’eau dans leur sous-sol, parce qu’il n’y a plus de récoltes sur leurs terres. Parce qu’ils n’ont plus de terres à cultiver. Parce que des puissances locales se disputent leur territoire, sous lequel il y a peut-être un accès à une nappe phréatique, à un gisement de gaz…

Ces réfugiés climatiques, ce sont en partie ceux qui viennent mourir sur les frontières de l’Europe. Mais il ne faut pas se mentir : ceux qui tentent de venir pour des raisons économiques sont aussi des victimes du réchauffement et des dérèglements. Aujourd’hui, c’est eux, mais demain, ce sera nous. On sera tous pris à la gorge. Certains le sont déjà.

Pour d’autres, pour l’instant, ça va.

À lire aussi : L’immigration, parlons-en ! — Le coup de gueule de Fatou Diome

Les décideurs, ces « riches » qui nous gouvernent

C’est vraiment un problème de riches. Mais justement : ces riches, ils ont la solution, ils ont les moyens d’agir. Nous, on subit, mais on est aussi plus nombreux. À nous d’utiliser notre influence, à eux de mettre leurs moyens à contribution.

« Les riches », ce sont aussi et surtout ceux qui nous gouvernent : ceux qui ont le luxe de laisser filer le temps, parce qu’ils n’ont pas à subir les conséquences du réchauffement climatique. En plus, ils ne seront plus là pour le monde de demain, celui d’aujourd’hui en pire.

La grande victoire des riches, c’est d’avoir réussi à nous faire croire qu’on était responsable de l’état du monde, et qu’on avait le pouvoir d’y changer quoi que ce soit. Qu’on n’avait qu’à éteindre la télévision pour sauver les ours polaires, alors que ça fait deux lustres que j’ai plus de télé, et qu’en parallèle, c’est pas moi qui pollue l’Antarctique.

L’écologie, c’est notre problème à tous, mais on n’est pas égaux dans la solution. Je vais arrêter de les appeler « les riches », ceux qui ont le pouvoir d’agir. Eux, ce sont « les décideurs ». Et « les décideurs », ils vont se réunir, en décembre 2015, pour une grande conférence sur le climat, la « Conference Of Parties », COP 21. Pourquoi « 21 » ? Parce que c’est la vingt-et-unième. Oui. Déjà. Ça fait vingt ans que les décideurs palabrent, et vingt ans que nous, on trinque.

C’est ce monde qu’il faut changer, en commençant maintenant

Et cette année, cette COP21, c’est notre dernière chance d’enrayer cette évolution inéluctable vers ce monde que nous essayons pourtant de changer, que nous voulons changer, non pas tant parce que l’avenir nous fait peur, mais parce que le présent nous écrase.

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Pénélope Bagieu a réalisé une BD explicative sur la COP21 et le changement climatique pour le compte de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Île-de-France (L’IAU d’IDF). Cliquez sur l’image pour y accéder !

C’est ce monde actuel, là, aujourd’hui, tout de suite, qu’il faut changer. C’est aujourd’hui qu’il faut agir, même s’il faudrait du temps pour que les conséquences des décisions qui seront prises en décembre fassent effet.

Le climat ? On va en parler, parce qu’il le faut, parce que tout est lié. Parce que nos galères ici, en France, au présent, ne vont qu’empirer à l’avenir, et parce que la situation va se dégrader si rapidement pour nous qu’on n’aura même pas le temps de s’habituer au pire. T’as déjà l’impression d’être dans la merde, là, maintenant ? C’est bien parce que c’est maintenant qu’il faut agir.

À lire aussi : Sauvons la planète ! (En toute humilité) — Le dessin de Cy. pour la COP21

Et ceux qui peuvent agir, c’est eux : François Hollande, Laurent Fabius et tous les dirigeants européens, qui sont bien en train de se prendre la tête avec la Grèce, et qui vont continuer sur le sujet pendant encore un bon moment si on ne lève pas la voix (et le poing) pour leur faire entendre notre coup de gueule.

À lire aussi : Plus de 500 000 soutiens à l’appel de Nicolas Hulot et des stars de YouTube pour la COP21

L’urgence, c’est le niveau des eaux, pas celui du dollar. L’urgence, c’est l’évolution de la courbe de températures, pas celle de la bourse. C’est lié, bien sûr que c’est lié. C’est un problème de riches, on vous dit… Le climat, ils s’en foutent.

Et ça va être à nous d’utiliser notre nombre pour les faire changer d’avis.

À lire aussi : We Are Ready Now, la jeunesse se mobilise pour le climat

« T’exagères un peu, non ? »

Non. Voici une liste non exhaustive des articles relayant les conséquences actuelles du réchauffement climatique, mais aussi de nos modes de production et de consommation (qui contribuent à aggraver la pollution), et qui est susceptible d’être enrichie au fur et à mesure des publications.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Choucki
    Choucki, Le 27 août 2015 à 10h53

    Maintenant j'ai une question et même si j'imagine que ce sera l'objet d'un prochain article, j'aimerais savoir comment on peut aider nous, citoyen lambda.
    je suis végétarienne, j'essaie de manger des légumes locaux, j'éteins les lumières ( et je rappelle aux autres de le faire)je trie mes déchets et je commence à prendre le train au lieu de l'avion.
    Maintenant j'aimerais aller plus ooin et savoir si vous aviez des noms d'associations qui s' engagent et que vous recommandez. Je trouve difficile de faire le tri.

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