L’homosexualité des personnalités historiques bientôt dans les manuels ?

Pondu par Sophie-Pierre Pernaut le 23 octobre 2012     

Hier, le 22 octobre, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, a annoncé vouloir revoir la place des homosexuels dans les manuels scolaires. Une déclaration qui fait débat.

Dans un entretien au magazine Têtu, la ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a fait une annonce qui commence à faire débat : elle souhaiterait passer en revue les manuels scolaires pour y vérifier le traitement de l’homosexualité de certains êtres qui ont fait partie l’Histoire. Elle explique :

« Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur oeuvre comme Rimbaud. »

Cette mesure parmi tant d’autres viserait à oeuvrer pour la cause homosexuelle en banalisant les rapports entre deux personnes du même sexe dès l’école. Car si certain-e-s enseignant-e-s sont ouvert-e-s sur la question et n’hésitent pas à évoquer l’homosexualité ou la bisexualité d’une personnalité qui a fait l’Histoire, d’autres, moins à l’aise avec le sujet, peuvent éventuellement entretenir le tabou, parfois même sans s’en rendre compte. Ainsi, les préférences sexuelles pourraient alors être mises sur le même plan que les évènements qui sont arrivés à des personnalités et qui ont eu un impact sur leur oeuvre ou leurs actions. 

Au sein même de la rédaction de madmoiZelle, les avis ne sont pas exactement allés dans le même sens : il y a eu du pourquoi-pas (« Y a aussi des profs qui passent ça sous silence rapport à leurs convictions perso. Ça les obligera à traiter [le sujet] »), de l’impression de déjà-vu (« Généralement l’homosexualité ou autre d’un auteur est pas spécialement passée sous silence ») ainsi qu’une pointe de crainte (« Il faudrait pas que ça devienne systématique, ça ne devrait être évoqué que quand ça a eu de l’influence sur ce qu’ils ont fait. J’aime pas trop l’idée de définir quelqu’un par son orientation sexuelle, sa couleur de peau ou ses origines »).

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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Sophie-Pierre Pernaut (dite SPP, dite Sophie) écrit pour madmoiZelle depuis l'an 2011. Elle s'est donnée pour mission de vous informer, de vous divertir et d'éventuellement vous faire rigoler avec son humour somme toute assez crétin. Elle aime la tartiflette et les chèques en blanc.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. MandorleMandorle

    Le 23 octobre 2012 à 23:05

    Posted by Hole
    Que mon ironie vous paraisse l’évidence me flatte, ça montre que j’ai assez bien saisi le logiciel en marche.


    ça ne me paraissait pas spécialement une évidence, je voulais juste souligner que dans certains contextes ça peut faire sens d'un point de vue scientifique (donc que ce n'est pas nécessairement de la bien pensance). Mais peu importe, en ce qui concerne les programmes d'histoire, je trouve ça un peu dommage de se contenter de dire que les élèves ne connaissent pas l'essentiel, sans se demander au préalable ce qu'est l'essentiel et pourquoi on le considère comme essentiel (et, attention, je ne pense pas spécialement que l'histoire de la sexualité soit une priorité, et il me paraît plus important de savoir ce qu'est le Vel d'Hiv ). Sans compter qu'un changement de perspective n'induit pas forcément un changement radical de contenu.
  2. SallyVonHolleSallyVonHolle

    Le 23 octobre 2012 à 23:54

    Je sais pas trop comment me prononcer sur cette question. D'un côté je rejoins celles qui pronent la "révélation" de l'homosexualité/bisexualité d'un auteur/personnage historique si cela a influencé son oeuvre, sa vie, ses actes (ne prenons que Kerouac pour sortir des exemples bien français, qui était homosexuel refoulé complet, au point d'en être méga homophobe, mais qui fricotait quand même avec Ginsberg et qui était fou amoureux de Neal Cassady).
    D'un autre côté, est-ce qu'on dirait d'un peintre hétérosexuel "Alors cette oeuvre a été fortement influencée par son orientation sexuelle" quand il nous barbouille quelques jolies nénettes ?!

    Le problème en fait n'en est pas un. Ce n'est pas en évoquant l'homosexualité de personnages illustres que les élèves deviendront tolérants. Les jeunes sont confrontés à l'homosexualité tous les jours, via les stars, les chanteurs, les animateurs télés, les personnages de films et de séries, contrairement à ce que certains pensent ici de toute évidence. Si on n'explique pas derrière que ce n'est pas un tare, une maladie, un péché (pour certains), on n'avancera pas tout simplement.Et je ne pense pas que ça relève du cours d'histoire (sauf dans le cas d'une étude de la place de l'homosexualité dans la société) ou de littérature/français, mais plutôt du cours d'éducation civique.
  3. mouahMDmouahMD

    Le 24 octobre 2012 à 00:27

    Comme dit plus haut, c'est un débat passionnant, mais très très loin de la réalité de l'école…
    que faites vous des collégiens qui n'iront pas au lycée, des jeunes qui ne liront jamais Proust ou Verlaine, qui baillent au corneille pendant les cours d'histoire et ne comprendrait probablement pas tout le débat sur ce topic?
    selon moi la lutte contre les préjugés passe au moins autant sinon plus par l'éducation que par l'instruction. Et l'éducation, passé les 11 ans et le début de la crise d'adolescence…
  4. HoleHole

    Le 24 octobre 2012 à 11:33

    Je suis d’accord @Novocaïne.
    Garde toutefois en tête que j’ai l’édition de 1966 (avec des propos fétides sur Beauvoir si ça t’intéresse) ; les dernières mises à jour sont à n’en pas douter moins ambivalentes. J’ai voulu montrer qu’on a toujours mentionné leur relation amoureuse dans les manuels.

    Post-lycée, un formé au L & M aura plus de facilités à se sensibiliser aux questions sociétales, qu’un parfait citoyen-tolérant-écoresponsable tamponné bac 2012 dans un lycée public pour acquérir une culture littéraire.
    Les deux aspects sont faisables, d'accord, mais toutes les réformes scolaires ne portent jamais que sur le plus facile.

    J’ai un autre manuel (tu vas croire que je suis une prof de français :yawn: je suis une voie scientifique mais j’adore faire les brocantes en France)RIMBAUD

    L'entreprise du Voyant : fulgurance suivie d'un silence définitif.
    […] Rimbaud a envoyé ses poèmes à Verlaine. Celui-ci l’invite à venir à Paris en ces termes chaleureux et enthousiastes : "Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend". Exalté, Rimbaud écrit son Bateau ivre afin de s’ouvrir les portes des cénacles parisiens. Verlaine, alors âgé de 27 ans, est immédiatement séduit par l’adolescent. Jeune marié, il abandonne sa femme, pour mener avec son ami une existence de bohème et de débauche […] Les deux compagnons entretiennent une relation passionnelle, faite de disputes, de séparations et de retrouvailles. […] Rimbaud, lassé de l’instabilité et de la sentimentalité de Verlaine, lui annonce qu’il veut le quitter. […]

    VERLAINELes débuts verlainiens
    […] Avec Rimbaud, les anciennes tentations reprennent : homosexualité, ivresse. […]

    Itinéraires Littéraires, XIXe siècle. Hatier. Dépôt légal : juin 1991.C’est encore homophobe ?
  5. MandorleMandorle

    Le 24 octobre 2012 à 14:23

    Posted by daffy duck
    Certaines ont parler de mettre en place l'histoire de la sexualité au programme. Euh là je suis perdue, 1) je vois pas en quoi cela aidera les gays 2) Je trouve déjà qu'on développe pas assez sur la colonisation, l'esclavage, ainsi que sur d'autres guerres. Alors ajouter cette partie est vraiment inutile 3) On aura affaire à des ado aux hormones en folie…. L'histoire de la sexualité est certes en elle même certainement intéressante, mais pas au point de la mettre dans le programme scolaire.


    Je précise puisque j'en ai parlé : je ne suis pas forcément en train de dire que l'histoire de la sexualité de l'antiquité à nos jours devrait avoir une place importante dans les programmes (et certainement pas que ce serait facile). Il me semble juste que, en histoire, parler de l'orientation sexuelle des hommes ou femmes politiques n'est pas toujours pertinent justement dans un cours d'histoire politique (après, dire que des gens sont amis alors qu'ils sont amants, oui, c'est juste stupide). Alors que mettons, dans un cours sur les évolutions de la société au XXe siècle, l'évolution de l'approche de la sexualité, du genre et de l'orientation sexuelle a tout à fait sa place - parce qu'il s'agit de changements énormes ! Il me semble que ça peut contribuer à faire évoluer la vision de l'homosexualité (entre autres) de voir que la façon de considérer le genre et l'orientation sexuelle n'est pas quelque chose de figé. Après, on ne fait pas non plus des cours d'histoire "pour aider les gays", pas parce qu'on s'en fout de l'orientation sexuelle des gens, je suis d'accord que généralement formuler la question comme ça, c'est un peu se voiler la face sur les discriminations qui existent, mais parce que ça aurait à peu près autant de sens que de parler des conséquences positives de la colonisation (je ne dis pas que ces deux éléments me paraissent équivalents d'un point de vue idéologique, parce que ce n'est certainement pas le cas, mais que, même si un programme d'histoire est toujours politique, il me semble plus intéressant d'en évoquer les différents éléments d'une façon qui fait sens scientifiquement et pédagogiquement, plutôt que de les plaquer sur les programmes déjà existants sans recul et sans considérer leur rapport à la discipline enseignée).

    Et je suis d'accord pour dire que la colonisation et les guerres sont des choses importantes, mais… l'évolution de la société l'est aussi, non ? On accorde un gros poids à l'histoire politique (en tout cas au lycée), ce qui se comprend pour pleins de raisons, mais il me semble que ça se fait au détriment de l'histoire sociale (et d'ailleurs on peut parler de colonisation et de guerre en faisant de l'histoire sociale, et même en parlant d'histoire du genre et de la sexualité) qui me paraît également essentielle ;)
  6. CorleoneCorleone

    Le 24 octobre 2012 à 17:35

    Comme beaucoup d'autres, je trouve que c'est utile si cela a eu une influence sur leur vie.

    Après tout, on ne dit pas non plus que Churchill était hétérosexuel, ça ne modifie rien au cours de l'Histoire ^^

    Pour certains personnages, c'est intéressant, utile et parfois, c'est même de la culture générale que de le savoir. Comme le fait qu'on ai des doutes sur la possible homosexualité de Louis XIII ^^

    Mais bon. Avec leur réforme des manuels d'Histoire, on parlera de qui, maintenant? Nos jeunes ne sauront plus qui était Louis XIII ou Charlotte Corday. :facepalm:
  7. Irma BudIrma Bud

    Le 25 octobre 2012 à 23:54

    je vois que vous parlez toutes de rimbaud, ça m'étonne vachement !! sans jamais l'avoir vraiment étudié, je situe rimbaud à peu près à 9.5 sur l'échelle de l'awesomeness qui va de 0 à 10, j'aime à la folie ses poèmes et l'homme en lui-même, rimbaldienne convaincue je suis et je reste :coeurquibat:
    (en même temps avec la signature et le pseudo que je trimablle c'est pas vraiment un secret … )
    BREF tout ça pour dire que malgré l'amouuuuur que je lui porte j'ai jamais (mais genre jamais jamais (à part peut-être dans le sonnet du trou du cul :yawn: )) remarqué que son amour pour verlaine transparaissait … vous pensez à quels poèmes en particulier quand vous dites ça ?
  8. Le 26 octobre 2012 à 12:07

    Comme pratiquement toutes les filles, je pense que tant que ça une influence sur ce qu'ils ont fait, oui, il faut le mettre dans les manuels scolaires.
    Après, je pense qu'une autre question se pose: c'est les preuves car hormis les grecs, Verlaine et Rimbaud et quelques autres, ils ne s'affichaient pas car c'était illégal ou considéré comme de la maladie mentale donc ils se faisaient discrets.
  9. LaurelinBvHLaurelinBvH

    Le 26 octobre 2012 à 13:03

    Posted by Clyde
    Comme pratiquement toutes les filles, je pense que tant que ça une influence sur ce qu'ils ont fait, oui, il faut le mettre dans les manuels scolaires.
    Après, je pense qu'une autre question se pose: c'est les preuves car hormis les grecs, Verlaine et Rimbaud et quelques autres, ils ne s'affichaient pas car c'était illégal ou considéré comme de la maladie mentale donc ils se faisaient discrets.


    Je pense qu'il y en a plus qu'on ne le pense, mais qu'on en entend peu parler (genre Oscar Wilde, j'ai bossé sur lui en cours sans qu'on me dise rien et j'ai appris qu'il était allé plusieurs fois en prison pour homosexualité en lisant un roman de Marie-Aude Murail)
  10. Le 26 octobre 2012 à 19:10

    @LaurelinBvH :Oscar Wilde fait partie des quelques autres dont je parle mais il y en a plus qui ne se sont pas fait prendre la police . Par exemple, il y en a qui "soupçonne" (j'aime pas ce mot mais je n'en vois pas d'autre) je ne sais pas si c'est à bon escient que Montaigne et La Boétie étaient plus qu'amis.

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