Mon histoire d’amour avec cette inconnue, rencontrée au détour d’un piano…

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Mathilde a vécu une histoire d'amour avec une pianiste qui a mis de la musique dans sa vie. Malgré le rythme parfois saccadé, parfois lent de cette relation, elle garde un souvenir poignant de ces quelques mois de partage.

Mon histoire d’amour avec cette inconnue, rencontrée au détour d’un piano…
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Je n’ai pas eu beaucoup d’histoires d’amour, de relations amoureuses, j’entends. L’amour, je l’ai vécu au quotidien, celui partagé avec ma famille, avec mes proches, celui qui entoure comme une bulle réconfortante.

Mais le couple est venu plus tard, pour moi. Je ne m’y intéressais pas vraiment. Je crois que, quelque part, j’ai toujours été en retard sur l’affectif.

Mais un jour, j’ai rencontré une pianiste. Et elle a, de ses doigts de fée, pris ma vie pour y mettre de sa musique, pour créer une harmonie dont je ne pensais pas qu’elle puisse exister.

Une rencontre par les notes

C’est au cours d’une de mes nombreuses hospitalisations que je l’ai rencontrée. J’étais paumée, je venais d’arriver dans un service que je ne connaissais pas, qui bouleversait toutes mes habitudes.

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Elle a été mon premier vrai beau souvenir de cette période, et je me rappelle encore dans les moindres détails de la première fois où je l’ai vue.

Elle a été mon premier vrai beau souvenir de cette période.

J’errais dans les couloirs d’un service aux patients peu bavards, lorsque j’ai entendu les notes d’un piano flotter dans l’air jusqu’à mon oreille. Comme le serpent suit la flûte, envoûtée, j’ai suivi le son jusqu’à en trouver la provenance.

Là, une jeune fille, belle comme le rayon de soleil qui traverse les nuages d’une journée orageuse, jouait sur un clavier, une des seules distractions du lieu.

Je me suis assise en face d’elle, profitant de chaque son, chaque onde, chaque vibration – car tout son corps vibrait de sa musique. Nous avons échangé un regard, un sourire timide et pudique, mais poli, celui de deux inconnues qui se rencontrent, et pourtant semblent déjà se connaître.

Je savais déjà que j’allais l’aimer.

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Des premiers pas piano piano

Il s’est passé beaucoup de temps avant que nous nous mettions ensemble. Nous étions toutes deux dans des situations compliquées, que ce soit amoureuses ou personnelles.

Nous avons partagé une histoire d’amitié très forte, que nous avons construite tout doucement, par des événements, des attentions, des moments de partage qui nous ont rapprochées.

Nous avons également pris l’habitude de nous écrire des lettres. Régulièrement, nous nous donnions des nouvelles, non pas par texto, mais par courrier. Elle est venue me voir, plusieurs fois, à l’hôpital, alors qu’elle l’avait déjà quitté.

Petit à petit, nous avons tissé des liens incroyablement forts, car basés sur l’émotion et la compréhension mutuelle, uniquement.

Dans tout cela, la musique restait un élément central. Elle a gravé en moi l’Oltremare de Ludovico Einaudi, que je ne peux, encore aujourd’hui, écouter sans l’associer à elle ni verser une larme.

Tu peux mettre la musique pour lire la suite ; moi je ne le ferai pas car je risque à nouveau de pleurer

Pendant mon hospitalisation, elle apprenait aussi un morceau qui me touchait particulièrement, The Heart Asks Pleasure First, issu de la bande originale du film La Leçon de Piano.

Elle me disait qu’elle m’inviterait chez elle, à ma sortie, pour me le jouer, et quelque part, ça m’a aidée à tenir.

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Le temps a passé, je ne suis pas allée chez elle lorsque j’ai quitté l’hôpital, mais nous avons continué à nous écrire. Petit à petit, nous nous sommes aussi appelées, envoyé des messages régulièrement.

« Et puis un jour, je me suis rendu compte que je l’aimais. »

Nous nous sommes soutenues mutuellement dans les moments compliqués, le rythme de nos courriers a progressivement augmenté.

Et puis un jour, je me suis rendu compte que je l’aimais. Que je l’aimais de tout mon cœur, que je voulais partager avec elle plus que l’amitié que nous avions construite, que je voulais qu’elle me joue The Heart Asks Pleasure First et l’Oltremare jour et nuit, quitte à pleurer d’émotion à chaque note.

Peut‑être même pour pleurer d’émotion à chaque note.

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Le crescendo… puis l’attente

Après avoir tergiversé pendant plusieurs semaines, j’ai finalement osé me déclarer. Je lui ai écrit une longue lettre, que j’ai mis un temps fou à rédiger. Je ne parvenais pas à trouver les mots pour dire ce que je sentais. Je voulais écrire une vraie lettre d’amour.

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C’était si fort !

Mais je suis allée au bout, je la lui ai envoyée. Puis… j’ai attendu.

J’ai attendu qu’elle la reçoive. Et, lorsqu’elle l’a eue… j’ai attendu sa réponse. Car cette fripouille a décidé de me répondre par voie postale également.

Je crois que je n’ai jamais autant attendu une lettre de ma vie. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle contenait, et plus aucune maîtrise : elle seule avait les cartes en main.

Au bout de quelques – éternellement longs – jours, j’ai reçu sa réponse. Une petite enveloppe dans ma boîte aux lettres que j’ai récupérée le cœur battant, fébrile.

« Une enveloppe n’a jamais contenu autant de bonheur. »

Vous savez quoi ? Une enveloppe n’a jamais contenu autant de bonheur. J’ai ri et pleuré à la fois, et lu et relu ses mots plusieurs jours durant. Bien entendu, j’ai toujours la lettre.

Mes sentiments étaient réciproques, et j’ai même appris plus tard qu’elle m’avait « attendue » plusieurs mois durant.

Un peu plus d’un an après notre rencontre, nous avons formé un « couple », nous nous sommes lancées dans une aventure merveilleuse et à peine croyable. Une relation à notre image.

L’harmonie parfaite

Nous avons partagé quatre mois de bonheur intense. Quatre mois d’un amour profond, infini, qui nous a donné des ailes et un bonheur que nous n’avions jamais connu.

Orelsan dit dans un de ses morceaux « Qu’est‑ce que j’irais faire au Paradis quand tu t’endors près de moi ? Qu’ils le donnent à d’autres, le paradis ; je n’en voudrais pas ». Voilà exactement ce que je ressentais.

La belle pianiste a rempli d’un coup ma vie de musique, tout résonnait en moi : le soleil sur ma peau, les bruits du quotidien, rien n’était pareil, tout était plus beau.

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J’ai compris avec elle que l’amour existait, grâce à elle, j’ai vu le monde comme une mélodie dont chaque note pouvait être appréciée, et dont l’ensemble formait un tout dont elle était la clé, auquel elle donnait le ton. J’étais folle amoureuse.

Nous partagions une relation à distance, et même si nous nous manquions, chaque occasion de nous voir décuplait notre joie.

J’étais ébahie par sa perfection dans ses imperfections. Si vous saviez combien de temps j’ai passé à la regarder dormir, et à l’aimer. Si vous saviez combien de temps j’ai passé à l’écouter jouer, et à l’aimer. Si vous saviez combien de fois j’ai senti son parfum, et je l’ai aimée.

Si vous saviez combien je l’ai aimée.

Nous nous comprenions. Nous pouvions pratiquer n’importe quelle activité, et être bien. Nous avons passé des heures à seulement nous regarder, yeux dans les yeux, dans le silence, et à profiter du bonheur qui nous entourait.

« Si vous saviez combien je l’ai aimée. »

Un matin, alors qu’elle dormait encore, je suis allée lui acheter des viennoiseries, pour son petit déjeuner. Lorsqu’elle a émergé, les yeux encore fatigués, le cœur encore endormi, je me suis approchée d’elle, doucement, et lui ai chuchoté que des croissants l’attendaient.

Son regard et son sourire se sont illuminés, elle est devenue solaire, et je me suis jurée de faire tout ce que je pourrais, rien que pour voir à nouveau cette expression sur son visage.

Elle a été ma première relation amoureuse, et j’aimerais qu’elle soit la dernière.

Des premières fausses notes au silence

Malheureusement, toute relation a ses bas. Dans le Sister Sister sur le bonheur auquel j’ai participé, j’explique que la première fois que j’ai été amoureuse, j’ai ressenti le bonheur que Clémence décrit comme une boule incandescente ; mais qu’elle a été si incandescente qu’elle m’a brûlée.

C’est cet amour que j’évoquais.

Nous ne nous sommes jamais disputées, oh, ça, jamais. Je faisais consciemment l’effort d’être dans la communication, même lorsque certaines choses étaient dures à dire, parce que je tenais à cette relation d’une force incroyable.

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Disons plutôt que, d’une certaine manière, nos claviers se sont désaccordés, et qu’à force de frapper les cordes au marteau, nous nous faisions mal, nous ne parvenions plus à émettre de son.

Cette période aussi a duré environ quatre mois, avec ses hauts et ses bas. Elle a été extrêmement dure à vivre pour moi comme pour elle, mais a été formatrice.

Cependant, après avoir essayé de nous rafistoler, nous avons compris que nous n’étions plus dans le tempo, et d’un commun accord nous nous sommes séparées.

Nous nous sommes quittées en nous disant « je t’aime », et ça a certainement été la plus triste des chansons qu’il m’a été donné d’entendre.

Nous nous sommes accordé une pause, sans savoir s’il y aurait une suite. Mais en musique, et même si je l’ai compris un peu tard, les silences ont aussi leur rôle, et apportent à leur manière beauté et rythme à chaque mélodie.

Seulement, l’espoir qu’à nouveau une note résonne ne m’a jamais quittée, et je n’ai cessé de rêver d’entendre à nouveau l’Oltremare.

Une partition inachevée, dont la fin reste à écrire

Aujourd’hui, si nous ne nous étions pas séparées, cela aurait fait un peu plus d’un an que nous serions ensemble.

Mais la fin de notre histoire n’est pas triste, car justement, elle n’est pas encore arrivée.

Nous sommes restées en contact, d’abord un peu plus distant, et nous nous sommes doucement rapprochées à nouveau.

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Nous nous sommes revues il y a peu, pour la première fois depuis notre rupture, avec toujours autant d’amour, mais dans une relation d’amitié, d’affection, nous permettant d’avoir le recul nécessaire pour ne pas nous faire souffrir.

Nous avons évoqué la possibilité de nous remettre ensemble, car toutes deux, nous en rêvons, nous le souhaitons profondément. Mais après discussion, nous avons décidé que ce n’était toujours pas le moment. Nous avons choisi de nous donner du temps.

« La fin de notre histoire n’est pas triste, car elle n’est pas encore arrivée. »

Les raisons de notre choix nous appartiennent, mais nous savons pourquoi nous l’avons fait, et c’est ce qui rend cette séparation supportable malgré l’amour que nous nous portons. Nous ne voulons pas entrer dans une relation toxique malgré nous.

Et puis, comme je lui ai dit, nous aurons toute la Vie pour nous aimer. Ce serait dommage de prendre le risque de « gâcher » cette chance par précipitation.

Peu importe de quoi le futur sera fait, je sais que cette musicienne a été pour moi comme un ange descendu du ciel, et qu’elle a transformé ma vie. Elle en a fait une mélodie, et aujourd’hui, j’ai compris que c’était à nous, à moi, d’en composer la suite.

Et pour cela comme pour tout le reste, la gratitude que je lui porte est immense.

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Mathilde Trg


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Commentaires
  • Mathilde Trg
    Mathilde Trg, Le 22 août 2018 à 11h41

    @littlecassy Ooooh merci :jv: Ça me touche beaucoup, et je suis très heureuse que ce papier te plaise et t'émeuve. Je rêve d'écrire un roman, des nouvelles j'en fais parfois, mais j'aimerais prendre plus de temps pour écrire. C'est d'autant plus cool que je puisse travailler chez madmoiZelle et faire ça une bonne partie de la journée, haha !

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