Quand Paul Taylor clashe la politique française, c’est plus si What The Fuck, étonnamment

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Paul Taylor consacre son What The Fuck France de la semaine à l'élection présidentielle, et une fois n'est pas coutume, son analyse est... étonnamment pertinente.

Quand Paul Taylor clashe la politique française, c’est plus si What The Fuck, étonnamment

Paul. Paulo. P-Tay — tu permets que je t’affuble de surnoms ridicules ? Toi et moi, nous sommes rarement sur la même longueur d’ondes. J’ai beau être végétalienne, quand tu clashes la gastronomie française ou encore les fêtes de fin d’année, même moi je trouve que t’es complètement à côté de la plaque.

J’ai envie de dire, normal pour un Anglais, mais ce serait faire une généralité vexante. M’enfin, le moins qu’on puisse dire, c’est que tu ne captes pas grand chose à ce qui fait la beauté, la grandeur, et surtout la fierté de la France. Je veux bien sûr parler de notre arrogance !

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Donc, chaque semaine, cher Paul, tu essaies de décrypter notre culture, à travers des tartines de mauvaise foi. C’est divertissant, c’est sûr.

Mais je vais te faire une concession : ton analyse de la campagne présidentielle n’est… pas si What The Fuck que ça ! J’en suis toute confuse et un peu déroutée, je dois bien le dire.

Je sais que ta pastille est censée être complètement barrée, humoristique, que tu fais le clown en exagérant pour provoquer l’hilarité mais… sur la campagne de cette élection présidentielle 2017, j’ai comme l’impression que c’est pas toi qui en fais des caisses.

Une campagne pour l’élection présidentielle déjà très What The Fuck

Je crois que les systèmes politiques sont souvent étonnants quand on regarde celui du voisin. Chacun est habitué au système de gouvernement qu’il connaît, dans lequel il est né et a grandi.

Personnellement, je regarde la Reine d’Angleterre ou le système fédéral américain avec la même expression sceptique et dubitative que Paul Taylor face à notre système bipartisan (qui est d’ailleurs profondément bouleversé cette année).

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Alors, quand je vois l’Anglais le plus impertinent que je connaisse comparer la campagne de cette élection présidentielle à un remake de Star Wars, je finis par me dire qu’il n’est pas si à côté de la plaque que ça, ce coup-ci.

Argh, je viens de faire un compliment à un représentant de la perfide Albion, pardonnez-moi mes aïeux !

What The Fuck France sur la politique, par Paul Taylor

Paul Taylor marque plusieurs points réellement absurdes dans cette campagne. L’obstination de François Fillon à maintenir sa candidature, malgré sa mise en examen, quitte à se faire mentir lui-même (il avait d’abord affirmé qu’il renoncerait à être candidat s’il était mis en examen).

Enfin de toute façon, il me serait difficile de voter pour quelqu’un dont la conception de l’égalité salariale est what the fuck au point de payer différemment ses propres enfants

What The Fuck les affaires Fillon et Le Pen

Ce qui semble interpeller l’Anglais le plus insolent depuis Horatio Nelson, c’est notre décontraction collective face aux affaires qui collent à certain•es candidat•es.

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Outre Fillon, citons Marine Le Pen, dont la cote de popularité reste quasi-intacte, en dépit des accusations d’abus de bien sociaux et de détournements de fonds publics portées contre le Front National par la justice. Ces deux documentaires racontent « la face cachée du FN » et détaillent les affaires en cours.

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D’aucuns s’insurgent néanmoins du foutage de gueule permanent, et ça fait du bien. Dédicace spéciale à « Bonjour Tristesse », qui vient d’entrée de jeu pousser un des coups de gueule dont il a l’habitude. Je vous propose de lancer un crowdfunding pour lui payer un stock de Lexomil. Le pauvre ne survivra pas à la campagne des élections législatives, à ce rythme.

Philippe Poutou s’était notamment illustré lors du débat à onze, en dénonçant franchement les affaires Fillon et Le Pen, en face des deux concernés…

Paul Taylor rappelle que la France s’était plutôt largement émue de la relation extra-conjugale de François Hollande, en 2014. Disons que l’affaire du scooter et des croissants avait généré beaucoup de blagues, de commentaires et faits les choux gras de la presse people.

Alors que bon, en réalité, avec qui François Hollande passe ses nuits, on s’en tamponne le coquillard. (Sauf s’il s’acoquine avec Donald Trump ou Vladimir Poutine, mais j’ai du mal à saisir l’enjeu diplomatique de ses relations avec une actrice française).

Paul Taylor parle de l’Europe et ça devient intéressant

Je blague, je me marre, je glousse devant son accent forcé et ses « Jean-Pihèèère » prononcés, mais quand Paul Taylor rappelle les autres événements électoraux majeurs de l’année 2016, ça ne me fait plus du tout rigoler.

Le Brexit d’abord, puis l’accession au pouvoir de Donald Trump, ces résultats de vote ont des conséquences directes sur la vie des citoyen•nes.

On le voit manifestement avec Trump, qui s’attaque sans détour au droit à l’avortement. Sa dernière mesure en date : couper effectivement les subventions sur Planning Familial (ce que Barack Obama avait pourtant tenté de sécuriser avant de quitter la Maison Blanche).

Côté Brexit, le processus est enclenché… C’est pour l’avenir que les conséquences se feront ressentir, il y a donc fort à parier que ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui paieront le prix du vote de leurs aîné•es.

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Paul Taylor est un ressortissant britannique, s’il peut vivre et travailler librement en France, c’est grâce à l’Union Européenne.

S’il peut se moquer de nous et moi, en retour, clasher « la perfide Albion », c’est aussi parce que cette Histoire brutale et sanglante qui a vu s’affronter et se déchirer les nations européennes pendant des décennies est enfin derrière nous.

L’Union Européenne est imparfaite, mais elle assure depuis sa création une fonction essentielle de dialogue entre les États, et de maintien de la paix. C’est d’ailleurs ce que raconte Nota Bene dans sa dernière vidéo, consacrée aux missions de l’Union Européenne.

La fin de l’Union Européenne ? Les explications de Nota Bene

Nota Bene précise que cet épisode a été réalisé en collaboration avec la chaîne allemande Kurzgesagt.

Ce que l’Union Européenne a changé dans ma vie

Je ne peux pas être objective dès lors qu’on parle de l’Union Européenne, qu’on menace d’en sortir comme si c’était un luxe ou une peine (au choix) d’en être membre. C’est parce que je suis née et j’ai grandi sur la frontière allemande, si proche de la frontière que les fortifications de la ligne Maginot étaient à l’ouest…

J’ai appris l’Histoire de ma région en lisant les cicatrices qu’elle porte, au coeur de ses villages, des cimetières et des monuments aux morts sur lesquels je reconnaissais trop de noms.

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Je ne suis pas si vieille, mais j’étais déjà trop jeune pour avoir conscience de ce qu’ont été ces guerres. Tout ça paraît si loin, un autre temps, un autre monde. Jusqu’au jour où, un soir, mes grands-parents et leurs soeurs ont raconté leurs souvenirs de guerre.

On s’est tous tus autour de la table. C’était la première et la dernière fois que je les entendais parler de leur jeunesse.

C’était aussi le jour où j’ai pris conscience qu’avoir des euros dans mon porte-monnaie était sans doute le meilleur héritage que leur génération me laissait : un continent enfin en paix.

Entendre cette assurance bradée dans les promesses de campagne me laisse profondément perplexe.

Quoi que nous décidions, ensemble, les 23 avril et 7 mai prochains, nous aurons à en assumer les conséquences, ensemble aussi. Et peut-être également pour plusieurs générations.

Paul Taylor en fait une blague pour la chute de sa vidéo, mais elle m’a donné à réfléchir : ai-je vraiment conscience de toutes les influences de l’Union Européenne dans ma vie, ses conséquences directes pour mes droits et mes libertés, pour le maintien d’une paix que je prends pour acquise ?

Dis-moi, Jean-Pierre : es-tu vraiment prêt à marchander ta place dans l’Union Européenne ? Si oui, en paieras-tu vraiment un juste prix ?

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
  • Denis
    Denis, Le 17 avril 2017 à 12h09

    Manhole
    @Denis Pour aujourd'hui il y a évidemment la dissuasion nucléaire (ça serait presque un suicide collectif en fonction de qui attaque qui et quand) et également l'évolution technologique de notre monde.
    Dans mon cours de géographie des conflits pour la CAPES (ça remonte un peu) un prof nous avait parlé de l'impact de la télévision et de la diffusion de l'information. Est-ce qu'une boucherie comme en 14-18 serait envisageable aujourd'hui avec nos moyens de communication (en admettant qu'on ne soit pas dans un système avec un contrôle de la presse et des communications) ? Les combats étaient "loin" (même il faut relativiser bien sûr en fonction d'où on parle, mais globalement pour la France les combats se trouvaient aux frontières, donc loin de beaucoup de Français) les informations filtrées et censurées, les lettres des combattants contrôlées. Aujourd'hui quand on parle d'un conflit pour chaque mort on peut être mis au courant, et donc ça influence la façon de penser des gens et leur volonté de s'engager ou non dans un conflit (ou le poursuivre). (C'était en gros la réflexion de l'enseignant).
    De plus les méthodes de combat ont énormément évoluées. On est passée d'une armée "humaine" où ce qui fait la force c'est le nombre, à une armée plus technologique (où ce qui fait la force c'est notre façon de nous servir de cette technologie).
    Par contre les raisons des conflits ont peu changé : avoir plus de pouvoir. Par le passé pouvoir/richesse = terre + humains (pour cultiver, produire plus). Aujourd'hui ça a aussi changé. On n'a pas forcément besoin d'un pays plus grand pour être plus puissant. Par contre on a besoin de contrôler les ressources (je pense ici aux sources énergétiques principalement), ce qui entraîne une délocalisation des conflits (pas seulement bien sûr, encore une fois il y a d'autres raisons, comme des alliances, un sentiment de "sauveur du monde" parfois, ect). Les conflits se trouvent là où sont les richesses (pétrole, terres rares...), donc principalement en Afrique, Moyen-Orient et Europe de l'Est (là où passe les pipelines de pétrole par exemple). Y aurait-il aujourd'hui un véritable besoin d'attaquer physiquement nos voisins européens même en sortant de l'Europe (question théorique, comme je le disais je n'ai pas franchement de position là dessus) ?
    Je parle bien toujours du moment ou ça démarre. Ce moment où les mobilisés acceptent de passer du statut de civil (avec toutes les libertés démocratiques qui vont avec, liberté de circuler par exemple) au statut de militaire (privation de libertés, obéissance au code militaire). Exemple de 14 donc.

    Avant la déclaration de guerre, les Français sont très informés. La radio, la télé et internet n'existent pas mais la presse écrite, libre depuis la loi de 1881, est surabondante. Plus de 600 quotidiens dont 80 à vocation nationale tirant ensemble à des millions d'exemplaires, sont achetés tous les jours par un Français sur 4.
    Comme aujourd'hui cette presse est variée : des titres de gauche (l'Humanité de Jaurès par exemple qui s'est battue jusqu'au jour de son assassinat pour éviter la guerre) jusqu'au titres nationalistes (qui chauffent l'opinion publique sur le thème de la revanche, de l'Alsace et la Lorraine à reprendre).
    L'adhésion au conflit en phase de démarrage ne s'explique pas par un désert médiatique.

    La censure se met en place après la déclaration des hostilités et joue un rôle incontestable dans la durée du conflit. Mais ce n'est pas spécifique au conflit de 14 et à la nature des médias (presse-radio-télé).

    Sur les conflits à l'ère nucléaire.
    On l'oublie trop souvent, mais L'Europe a connu très récemment un conflit sur son sol (hors UE). C'est l'enchaînement des guerres de Yougoslavie (1991-2001) dont le bilan est estimé à 300 000 morts. Donc oui, un conflit classique d'essence nationaliste peut se dérouler à l'ère nucléaire sur le territoire d'un continent aussi riche que le nôtre.

    Un tel conflit peut-il se produire ailleurs en Europe dans l'avenir. Pour moi la réponse est oui et il y a des tas de scanarii possibles mais on entre là dans le domaine de la spéculation géostratégique et je préfère ne pas développer parce qu'on va très vite s'enliser.

    En fait, dans une société comme la nôtre, le seul pouvoir que nous avons c'est de peser sur la sélection de nos gouvernants par notre bulletin de vote. Puis d'espérer que ceux que nous avons contribué à porter au pouvoir ne nous entraînera pas dans des aventures désastreuses que nous pourrions payer très cher. C'est peu de chose, mais c'est déjà beaucoup en terme de responsabilité :)

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