Oui, monsieur le ministre du Travail, le burn-out a généralement des « causes professionnelles »

Le burn-out a « des fois des causes personnelles » selon François Rebsamen, le ministre du Travail : c’est pourquoi il ne peut pas figurer au tableau des maladies professionnelles. Clémence Bodoc a une objection...

Oui, monsieur le ministre du Travail, le burn-out a généralement des « causes professionnelles »

Article initialement publié le 22 juillet 2015 suite à l’intervention du ministre du Travail, François Rebsamen, au micro d’Europe 1

Le burn-out est un épuisement physique et psychologique qui vous met au tapis. Et selon François Rebsamen, le ministre du Travail, il n’est pas forcément dû à votre activité professionnelle : des « causes personnelles » peuvent « des fois » être à l’origine d’un burn-out…

Mais quand on consacre 8 à 12 heures par jour à son activité professionnelle (transports compris ou non), peut-on vraiment écarter le poids des causes directement liées au travail dans le déclenchement d’un burn-out ?

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La loi sur le dialogue social, qui reviendra jeudi devant l’Assemblée Nationale, m’avait déjà fait monter la moutarde au nez en minimisant la lutte pour l’égalité professionnelle ; l’autre reproche principal que je lui fais, c’est de ne pas reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle.

Cette reconnaissance était totalement absente du texte adopté par le Sénat lundi, et si le gouvernement a annoncé son intention d’y introduire « un début de reconnaissance », les propos du ministre du Travail, François Rebsamen, ne m’ont absolument pas rassurée. Au micro d’Europe 1, il a déclaré :

« Le burn-out, c’est un début de reconnaissance. C’est normal, ça peut exister. Mais ce n’est pas une maladie qui peut figurer au tableau des maladies professionnelles, parce qu’elle n’est pas uniquement liée au poste de travail »

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« Pas uniquement lié au poste de travail », le burn-out ?

Le burn-out ne serait « pas uniquement lié au poste de travail », selon le ministre du Travail. Et vous avez parfaitement raison, monsieur Rebsamen : il n’y a pas que les travailleurs sociaux, et toutes les personnes qui sont confrontées à de fortes doses de stress, de pression, d’implication émotionnelle, qui sont sujettes au burn-out.

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Il n’y a pas que des cadres surmené•es, pas uniquement des membres du personnel médical sur-exploités qui finissent par être complètement épuisés physiquement et psychologiquement…

Ce n’est pas « lié au poste de travail » monsieur Rebsamen, c’est lié à l’organisation du travail. Et cette responsabilité pèse bel et bien sur l’employeur. Lorsque l’on doit faire des heures supplémentaires ou subir des horaires contraints, on peut avoir la plus épanouie des vies personnelles à côté, mais si on n’a pas suffisamment de temps à y consacrer, l’épuisement est quasiment inévitable.

« Ce n’est pas uniquement dû au travail »

La reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle ne sera « pas systématique » a prévenu François Rebsamen, qui prévoit de déléguer cet arbitrage à des commissions régionales, qui décideront « quand il y a des cas très précis » s’il s’agit d’un burn-out « professionnel » ou non.

Toujours selon le ministre du Travail, le burn-out peut avoir des causes multiples et diverses, parfois externes au monde professionnel :

« On ne peut pas faire, j’allais dire, comme si cela était uniquement dû au travail. Des fois c’est dû au travail, des fois il y a des causes personnelles. »

Je pourrais comprendre ce raisonnement si le travail n’occupait pas une place aussi importante dans la vie des gens. Si on n’y passait pas 8 à 12 heures de notre temps éveillé, cinq jours par semaine…

Et je ne vous parle pas d’activités pénibles, qui entraînent de fait un épuisement physique, ni d’activités éreintantes psychologiquement ou encore de professions qui nécessitent une attention aiguë, pour lesquels les jours de repos sont copieusement accordés (et à raison).

Je vous parle d’un « bête » job de bureau, dans une belle tour vitrée, avec de la moquette au sol. Un travail tout ce qu’il y a de moins fatigant, dans un environnement tout ce qu’il y a de plus luxueux : du costume-cravate aux chemises bien pressées, de l’expresso à la main dans des gobelets en carton, des bureaux partagés à deux ou trois, loin des open-spaces surpeuplés.

Et vous avez raison, monsieur Rebsamen : le burn-out n’est pas toujours uniquement « dû au travail ». Je vais vous raconter le mien, parce que faire un burn-out à 26 ans dans un environnement de bureau bien feutré… ça m’a un peu surprise, pour tout vous dire.

La vie de rêve, le job parfait

À 23 ans, je signais un CDI d’auditrice interne dans une grande entreprise française, un fleuron de notre industrie. J’avais fait les bonnes études, le bon stage au cours duquel j’avais fait du bon boulot, alors j’ai rejoint l’équipe d’audit de façon permanente.

À 23 ans, je signais un CDI à 36 000€ brut annuel. Je sais que ça ne se fait pas trop, en France, de parler d’argent, mais je préfère vous communiquer toutes les données, parce que je me suis longtemps dit que je n’avais pas le droit de me plaindre, à ce tarif !

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À 23 ans, je gagnais déjà plus que 70% des actifs français. Et en plus, j’adorais mon job ! J’allais sur le terrain, visiter les usines, rencontrer les patrons, les ouvriers, leurs chef•fes, j’auditais les processus de fabrication, le respect du code du travail dans la gestion des ressources humaines, les règles de sécurité sur les sites de production… C’était passionnant.

De retour au siège parisien feutré, je rédigeais et présentais (en équipe) les rapports de nos missions d’audit, dans lequel on faisait des propositions d’amélioration.

La vie rêvé, le job parfait, je vous dis. Mais…

Un poids sur les épaules

Mais.

Mais je n’ai jamais réussi à « m’intégrer » au sein de l’équipe, qui a été remodelée assez vivement par une nouvelle direction. J’étais la seule femme, et surtout la plus jeune survivante d’une restructuration assez brutale, ce qui n’a sans doute pas arrondi les angles avec les collègues qui regardaient déjà ma jeunesse comme une menace.

Peut-être m’imaginez-vous jeune cadre dynamique affamée, les dents longues rayant le parquet accrochant la moquette sur mon passage, ce qui expliquerait mes difficultés « d’intégration ». Vous ne pourriez pas être plus éloigné de la réalité, bien que je tienne à souligner qu’avoir de l’ambition n’est pas une tare, c’est même un très bon moteur… à condition de ne pas écraser les autres sur son passage.

Il n’y avait pas plus BCBG comme environnement de travail : c’est celui que vous trouvez dans tous les cabinets d’audit, toutes les entreprises de la place parisienne. Mes collègues faisaient partie de cette armée des clones qui envahit chaque matin et déserte chaque soir le parvis de La Défense.

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À peu près nos pauses café

Et pourtant, ces gens « BCBG » ont fini par me dire qu’ils étaient sexistes. C’est une longue histoire, je vous passe les détails, mais j’ai fini par comprendre que mes difficultés « d’intégration » n’étaient liées ni à mon travail, ni à mon comportement, mais à mon genre. Comme je travaillais bien, ils me refilaient leurs tâches : après tout, nous étions censé•e•s travailler en équipe…

Je n’arrivais plus à gérer les différentes tâches qui me revenaient chaque semaine, alors je demandais à notre manager de m’aider à prioriser, et surtout à redistribuer les travaux aux autres membres de l’équipe…

Peu importent les circonstances précises de cette atmosphère de travail sexiste* (et homophobe : en plein débat sur le mariage pour tous, les commentaires étaient fréquents et peu réservés), j’avais pris le parti d’ignorer ces difficultés. Mais…  

*Si vous voulez tout savoir, je parle de la même entreprise qui m’avait demandé en entretien de stage si « j’étais féministe ? » (j’aurais dû répondre « oui »…)

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« Vous êtes en burn-out, mademoiselle »

Mais j’ai commencé à avoir des douleurs dans le dos, à force d’être crispée. J’ai remarqué que les douleurs s’estompaient le soir, au point d’avoir disparu le matin au réveil. Elles revenaient le temps d’arriver jusqu’au bureau, et j’ai compris que c’était psychosomatique. Comme je déteste laisser mon cerveau me faire des coups pareils, j’ai tenté des méthodes de relaxation pour essayer de désamorcer ce cercle vicieux.

J’ai dû arrêter le sport (je nageais, je courais, pour évacuer la pression), parce que mes douleurs au dos et aux épaules étaient trop fortes. Un jour, je suis arrivée au bureau en larmes, le bras gauche replié sur l’estomac, tant mon dos me faisait souffrir de ce côté. Mon manager m’a donné la journée pour aller me reposer.

Puis, un vendredi soir, décidée à tenir la dernière semaine qui me séparait de quinze jours de vacances, je suis allée voir un médecin pour me faire prescrire un relaxant musculaire. Ça me rendait folle de savoir que mes douleurs étaient psychosomatiques, et que j’étais contrainte de combattre le symptôme avec des médicaments plutôt que de pouvoir éradiquer les causes…

Je n’ai jamais eu mon relaxant musculaire. J’ai été incapable d’expliquer au médecin ce que j’avais, pourquoi j’étais là. J’ai simplement fondu en larmes, m’excusant car j’étais fatiguée. Il m’a demandé si je travaillais et où, et comme c’était dans la tour d’à côté, il voyait très bien. Je n’ai pas pu lui expliquer « comment ça se passait au bureau » : je n’arrivais pas à m’arrêter de pleurer.

Il m’a expliqué que j’étais en burn-out, chose que j’ai essayé de réfuter : je n’ai pas un travail pénible, et j’ai encore beaucoup de motivation et de volonté, je suis JUSTE fatiguée, j’ai JUSTE besoin d’un relaxant musculaire, vous comprenez.

Il m’a mise en arrêt jusqu’à mes vacances — j’ai refusé d’être en pause plus longtemps. Mais à quatre jours de la reprise, mes douleurs au dos sont revenues.

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Le problème avec le burn-out…

Le problème avec le burn-out, c’est que ce n’est pas une vilaine mononucléose. Le problème, c’est pas qu’on se retrouve collé au lit pendant un mois, à « attendre que ça passe » ou à recharger les batteries.

Le problème du burn-out, monsieur Rebsamen, c’est qu’il mine complètement votre estime de vous-même, et que ça ne se reconstruit pas du jour au lendemain. Le problème c’est que « des fois », pour reprendre votre appréciation, il entraîne une dépression, et qu’on ne s’en relève pas par la force de la volonté.

Le problème du burn-out, c’est qu’une fois qu’on a réparé le corps, il faut s’attaquer au chantier qu’il a laissé dans l’esprit. Et on ne peut pas reprendre une activité professionnelle quand on n’arrive pas à sortir de chez soi le matin, voire carrément à sortir de son lit.

On ne peut pas se réinsérer dans le monde professionnel lorsqu’on est convaincu•e d’être inapte à cet univers, lorsque l’on porte en soi les raisons de son échec.

Le problème avec vos déclarations sur le burn-out monsieur Rebsamen, c’est que vous semblez appuyer sur cette impression, qu’il serait « des fois » dû à « des causes personnelles », comme si c’était de ma faute, aussi. Je n’avais qu’à avoir les épaules plus solides.

C’est exactement ce que je me suis dit, lorsque ça n’allait pas, monsieur le ministre. Que c’était comme ça, le monde du travail, que je devais m’estimer heureuse d’exercer un métier que j’aime, d’être aussi bien rémunérée pour le faire. Que je n’avais pas le droit de me plaindre, parce qu’objectivement, je n’avais aucune raison de le faire.

Et puis, un soir, j’ai fondu en larmes dans le cabinet d’un médecin, alors que celui-ci m’avait posé la question que posent tous les médecins qui vous reçoivent : « qu’est-ce qui ne va pas ? ». À 26 ans.

Trois semaines plus tard, je suis revenue sur mon lieu de travail, le dos plein de noeuds à nouveau, pour demander une rupture conventionnelle. J’ai eu de la chance, monsieur Rebsamen, parce que le harcèlement moral sexiste que j’ai subi m’a très certainement permis d’obtenir facilement une rupture conventionnelle rapidement, sans quoi j’aurais été forcée de démissionner. Enchaîner les arrêts maladie n’aurait servi à rien.

C’est pour ça qu’il est important que le burn-out soit reconnu comme une maladie professionnelle : pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas en sortir aussi rapidement que moi.

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« Pas systémique », le burn-out ?

Et c’est cela que je voudrais vous dire, monsieur le ministre. J’ai mis quatre mois à reprendre une activité, mais j’ai mis plus d’un an à reconstruire ma confiance en moi. J’avais d’autres projets, mais j’étais devenue incapable d’affronter des recruteurs, de « me vendre ». J’ai mis un an à arrêter de fondre en larmes à chaque fois qu’on me demandait « ce que je faisais avant ».

Je ne reconnais pas cette personne : lorsque je me souviens de cette période, j’ai l’impression de l’avoir vécue à l’extérieur de mon corps, que c’était quelqu’un d’autre qui traversait ces journées, ces semaines. J’ai dû déménager, puisque mon loyer était devenu trop cher pour mon chômage (ajouté à mes impôts mensualisés sur mon mirobolant salaire de jeune cadre !). J’habitais encore sur la même ligne de métro que mon ancienne entreprise… et je faisais des crises d’angoisse en le prenant.

Mais moi, j’ai de la chance. Vous parlez de « causes personnelles » : pour moi, tout baignait. Grâce à mes parents, je ne me suis pas retrouvée à la rue ; grâce à mes ami•e•s, j’ai pu entamer une lente et laborieuse reconstruction de mon estime. Mais je sais que moi, j’ai eu de la chance.

Alors quand je lis vos déclarations rapportées par Europe 1, je ne peux m’empêcher d’être en colère, et en empathie pour toutes celles et ceux qui subissent des conditions de travail harassantes, et/ou une atmosphère de travail oppressante. (Comme par exemple ce fut le cas de Mme G. au sein de La Nouvelle République du Centre Ouest…)

Vous avez reculé sur l’égalité professionnelle, alors que nous en avons besoin. Les indicateurs du rapport de situation comparée seront noyés dans la masse des indicateurs de performance et de suivi, et la négociation dédiée à l’égalité professionnelle ne sera plus obligatoire.

Vous avancez à très petits pas sur le burn-out, alors que ce syndrome d’épuisement touche des millions de salarié•es français•es, et commence même avec les étudiant•es. Plutôt que de chercher des « causes personnelles » à ce phénomène, vous devriez vous inquiéter de ses causes systémiques, justement : celles qui sont liées tant à l’organisation du travail qu’aux tensions sociales, aux trop nombreuses discriminations qui déchirent encore notre société.

Permettez-moi de rectifier vos affirmations sur le burn-out : parfois, il y a des causes personnelles qui entrent en ligne de compte, mais souvent, les causes sont majoritairement voire exclusivement liées à l’activité et/ou l’environnement professionnel.

J’aimerais bien que l’on interroge notre rapport au travail, ainsi que ses modes d’organisation, et ce qui, dans ces modèles, conduit à exclure tant d’individus. L’univers professionnel, dois-je le rappeler, reste encore un monde pensé par et pour des hommes hétérosexuels blancs. J’ose espérer que vous n’incluriez pas ma sensibilité aux propos sexistes et homophobes à « une cause personnelle », mais vu l’importance que vous accordez à la lutte pour l’égalité professionnelle, le doute est installé…

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Il m’a fallu plusieurs années pour raconter cette expérience, et si j’ai pu le faire aujourd’hui, c’est parce que j’ai enfin acquis la certitude que ce n’était pas de ma faute. Vos déclarations auraient pu m’en faire douter il y a encore quelques mois, et j’ai écrit ces lignes dans l’espoir que des personnes en situation de burn-out les liront et comprendront qu’elles n’en sont pas responsables, quoique vous ayez laissé entendre, monsieur le ministre.

PS — Je ne pensais pas avoir à écrire autant de lettres ouvertes à un gouvernement de gauche. Ça devient pénible…

À lire aussi : Le gouvernement recule sur le genre : ne nous trahissez pas !

J’hésite à poser la question, tant je crains de lire les réponses : et toi, as-tu déjà vécu un burn-out ? As-tu un•e ami•e qui en est passé par là ? À quel âge ? Viens m’en parler dans les commentaires.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Naekiska
    Naekiska, Le 10 septembre 2016 à 22h13

    Salut.

    Oui j'en ai fait un , et c'était violent.J'avais à peine 20 ans (hé oui ). J'étais dans une formation en restauration depuis mes 15 ans où les divers stages et cours dans un milieu encore plus masculin que maintenant avaient éprouvés ma niaque.Mais j'ai jamais ressenti forcément de pression dû à mon genre.Enfin si , mais ça n'est pas ça la principale cause.C'était plus mon hypersensibilité et mon côté non gestion des émotions qui me mettaient dans des années assez horribles.Surtout le décalage avec ce milieu très dur, hiérarchisé .Ou le moindre signe de sensibilité était un affront, un manque de motivation, ou une faiblesse crasse.

    A mes 19 ans , je suis prise dans un stage (cette fois-ci côté salle) dans un des plus beaux établissements du monde.Oui rien que ça.Donc très honorée et grave flippée de voir comment je vais gérer tout cela.Rien qu'à écrire sur cette période, je sens un poids au niveau des lombaires.

    Au départ , j'étais vraiment paumée.Je faisais perdre du temps il semble à l'équipe en salle.Je viens d'arriver aussi.Enfin j'ai l'habitude de m'adapter en observant et en me rendant utile.Les trois premières semaines je donne vraiment tout pour me faire remarquer et prouver ma valeur.Ca commence à fonctionner .J'ai des éloges de mon supérieur (jalousie dans l'équipe je pense puisque c'était au cours de réunions).

    Les trois autres semaines, je donne encore plus tout.Je me mets une pression qui me glace le sang désormais en y resongeant.
    Je ne sais même pas comment j'ai tenu.

    A la fin de ce stage, on veut vraiment me garder, me faire un plan de carrière.Mais avant passer par un emploi saisonnier dans un restaurant de l'ensemble.Je viens d'avoir mon diplôme, 20 ans tout frais.Je m'occupe seule parfois(mon poste est un peu spécial dans un restaurant gastronomique mais je veux garder un minimum d'anonymat) des commandes avec un stagiaire aussi que je dois gérer.Cela peut sembler flatteur.C'est aussi un test.Bien sûr.Je reste un mois dans une immense pression encore.Je ne sais pas trop comment gérer le stagiaire, enfin je fais de mon mieux.Je ne sais pas vraiment déléguer.La tête dans le guidon puissance maxi.L'épuisement commence à monter.Il y'a aussi 4 années derrière où j'ai aussi donné énormément.La corde est prête à lâcher.Un jour où je pleure mon désespoir à nouveau à mes parents au téléphone, mon père , hors de lui me dit : "Arrête!"

    Je comprends que c'est maintenant ou jamais, l'impression de n'être plus dans mon corps depuis des semaines, ne prendre aucun plaisir, n'être qu'une machine à performance dans un milieu très exigeant.

    Je vais au bureau des rh en annonçant ma décision.Ils sont surpris de mon choix soudain.Mais ils sentent bien que c'est fini de toutes façons.Je donne donc ma démission, et je dois encore l'annoncer à l'équipe.Mon chef réagit mal, ne me parle plus.Ma période de préavis est coupé.On me dit finalement que je peux partir le lendemain ou je sais plus trop.

    J'étais complètement dévastée de l'intérieur , déconnectée de moi-même, lavée , au bout.Heureusement que j'ai dit stop, je ne sais même pas si j'avais continué ce qu'il serait advenu.J'ai traversé une période très sombre, un peu comme si j'évoluais dans un noir quasi total.C'était complétement suréel comme violence intérieure.Comme un vaste désert brûlant, hostile.

    J'ai quand même tenu à continuer dans le domaine.Je me suis pris claque sur claque.J'ai fini par comprendre qu'il faudrait peut-être repenser cette soi-disant vocation.Là aussi j'ai mis de longs mois à digérer ce gros deuil.Ce cul-de-sac.Des purifications intérieures démentielles ont suivies.

    J'ai fini par renaitre, doucement , pas à pas.

    Aujourd'hui ça fait un peu plus de six ans que je suis partie de là-bas.
    Aujourd'hui je prends bien soin de moi, j'ai encore de la route à faire.Mais rien n'est comme avant.

    Prenez soin de vous, ça peut être vital!

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