Cinq auteures de yaoi qui parlent de sexe et qui en parlent bien

Les scènes de fesses dans les yaoi, ça craint parfois du boudin niveau consentement, mais c'est en train de changer. LadyDandy vous propose une petite sélection d'auteures qui s'emparent du sujet dans des styles bien singuliers.

Cinq auteures de yaoi qui parlent de sexe et qui en parlent bien

Le yaoi, c’est le nom qu’on donne à ces mangas par et à destination des femmes qui développent des histoires d’amour entre hommes. Le genre aborde de nombreux sujets — le vécu homosexuel, la famille, le deuil, l’ambition, la vie et la mort — et ce avec des univers et des graphismes très variés, mais s’il est bien un sujet qu’il permet d’aborder de façon très frontale, c’est le sexe.

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Parfois ça craint un peu, et parfois c’est remarquablement intelligent. Attardons-nous sur cinq auteures qui ont su développer la question… chacune à leur façon.

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Junko

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Les histoires de Junko sont des amourettes mignonnes et sensuelles avec des gags un peu idiots, parfois un brin de mélancolie et une mise en scène adorable des petits bonheurs du quotidien. Dit comme ça, on dirait que ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais je peux vous assurer que ces BD font un bien fou au moral.

Qui plus est, dans ce qu’elle a publié en France, on ne trouve pas de viol rendu romantique ou de rapport de domination qui ne soit pas du ressort du jeu dédramatisé entre partenaires consentants. Les échanges sonnent de façon très naturelle durant les scènes de sexe, les personnages s’assurent souvent du consentement et du plaisir de chacun, et c’est vraiment cool de voir ça.

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Pas de réflexions métaphysiques pour le coup, même si on évoque parfois des thématiques moins légères comme l’homophobie et le harcèlement : on a surtout du sexe dégoulinant d’amour, de tendresse et de fluides variés. Et franchement… c’est très sympa, et c’est servi par un trait doux et sensuel fort agréable à l’œil qui n’omet pas certains reliefs joliment tramés.

Ce qu’on trouve d’elle en français : Conveni-kun, Un amour de cuisinier et My Bodyguard chez Taifu, Your Note, Under the Umbrella, Stars like Words chez Boy’s Love dans la collection éponyme, The Return of the Prince dans la collection « Hana » du même éditeur et, hors yaoi (mais qui met en scène une fangirl de yaoi), Kiss Him Not Me chez Tonkam.

Rihito Takarai

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Avec ses personnages longilignes et éthérés aux visages doux et à la larme facile, Rihito Takarai se pose comme une auteure d’influence dans le paysage du Boy’s Love contemporain. Elle crée souvent des uke (pénétrés) bloqués émotionnellement et sexuellement, dont l’appétit sentimental et charnel sera éveillé par un seme (pénétrant) qui, quitte à le bousculer, sortira son partenaire de sa léthargie.

C’est classique, c’est un schéma énervant tant il est redondant, et le consentement est plus qu’accessoire dans certaines scènes érotiques (toujours très sensuelles et bien dessinées du reste) où le « non » veut dire « oui ». Oui, Rihito Takarai, c’est peut-être pas ce qui se fait de plus rafraîchissant et neuf en terme de yaoi et de représentation du sexe… mais c’est toujours très bien fait et bien écrit.

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C’est cliché à première vue, mais ça va plus loin que les stéréotypes, et c’est en ça que ça devient unique. On dépasse la gratuité du sexe rédempteur pour développer avec justesse et délicatesse des portraits psychologiques subtils dévoilés par fragments. Le trait est beau, le découpage très bon, et les ambiances posées sont toujours très immersives !

Rihito Takarai, c’est un peu une apogée de ce que je n’aime pas dans le yaoi, mais c’est tellement bien fait que… bah, en fait, je me retrouve bêtement à aimer.

Ce qu’on trouve d’elle en français : Seven Days (qui est dénué de scène porno), Seule la fleur sait, Fleur et sens et 10 Count chez Taifu.

Nozomu Hiiragi

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Malgré l’humour bébête apparent, Nozomu Hiiragi aborde les relations sexuelles de façon plutôt intéressante et fraîche. Nozomu Hiiragi, c’est un trait et un humour un brin rétro pouvant rappeler le côté farce de Tsukasa Hojo qui n’était pas non plus le dernier pour bousculer les stéréotypes de genre, notamment avec Family Compo.

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En soi, déjà, je trouve que ça nous change agréablement des standards du yaoi. Ensuite, on a une espèce de méli-mélo des genres dans son œuvre : des jeunes filles se transforment en hommes trentenaires et tombent amoureuses les unes des autres, deux garçons se sautent dessus après avoir maté leurs voisines faire de même à une fenêtre de là, on a des vieux, des jeunes, et leur degré de virilité ne leur apportera pas forcément une place de dominant au lit…

Globalement, toutes les combinaisons sont possibles et on baigne dans la bonne humeur.

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Hélas — très rarement mais ça arrive — on n’échappe pas à des moments très craignos de viol ou d’agression sexuelle survolée ou romantisée (vous savez, avec le seme qui « ne peut pas se retenir »).

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Ce qu’on trouve d’elle en français : La Bande des obstinés, The Pumpkin Prince et Same Difference dans la collection Boy’s Love. Je vous conseille de jeter un œil à Oyajina ! dans ses boulots non traduits.

Kou Yoneda

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Par opposition, on a là une auteure qui semble beaucoup plus attachée au réalisme et à la véracité des relations qu’elle décrit. Les liens sont adultes, complexes, jamais idylliques et ne sont pas dramatisés avec complaisance. Ses personnages sonnent vrai, tout comme le sexe entre eux. Ça discute, ça tâtonne, ça demande si ça va.

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Kou Yoneda alterne entre un univers très quotidien d’employés de bureau ou de lycéens et le cadre rigoureusement hiérarchisé des yakuza et des trafiquants, très exploité par les auteures de yaoi. Dans sa série Twittering Birds Never Fly, elle fait une véritable étude psychologique des comportements sexuels en plaçant en miroir un dépravé qui fornique à tout va et son garde du corps devenu sexuellement impuissant depuis un certain événement.

Ce que je reprocherais à Kou Yoneda, c’est peut-être son trait que je trouve parfois un peu raide et froid, notamment pour les scènes de sexe. À part ça, c’est une incontournable au Japon qui réussit à sortir du ghetto du genre Boy’s Love/yaoi, puisqu’elle a été nominée pour un prix non spécialisé avec Twittering Birds Never Fly.

Ce qu’on trouve d’elle en français : Le Labyrinthe des sentiments (épuisé mais très bon), Mon amour à tout jamais et Twittering Birds Never Fly chez Taifu, Nights chez Asuka.

Modoru Motoni

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C’est peut-être l’auteure la moins facile d’accès, mais elle vaut le détour pour ceux qui ont l’estomac bien accroché. Dans la lignée de Moto Hagio, elle s’inspire de la littérature et du cinéma européens, citant Visconti et plaçant ses intrigues surnaturelles dans une Europe fantasmée.

Elle fait du gore et du cul avec un trait élégant et précis et met en scène des esthètes arrogants et torturés. Ce qu’il y a d’intéressant dans son œuvre, c’est de voir se côtoyer ces thématiques romantiques — avec toute la part d’excès et même de ridicule que ça implique — et un côté beaucoup plus réaliste, notamment quand on aborde le sujet du sexe pour lequel Modoru Motoni se montre carrément directe et triviale.

Le cul façon Modoru Motoni, ça peut être l’extase spirituelle et charnelle sublimée par des monologues intérieurs poétiques ou, de façon plus terre à terre, un problème résolu par la découverte de la magie du lubrifiant par deux adolescents. En tous cas, malgré le côté malsain et trash de certaines relations mises en scène, le sexe n’empêche pas de discuter et de plaisanter chez Motoni, et ça, c’est cool.

Ce qu’on trouve d’elle en français : Dog Style chez Taifu et In the Name of Beauty chez Asuka. À noter : je recommande très chaudement son recueil Prince of Monster que je m’étais procuré… en allemand.

Cette petite sélection s’achève là, si vous aussi vous avez des auteures à recommander n’hésitez pas, et à bientôt pour d’autres critiques yaoi.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Greeen
    Greeen, Le 22 mars 2016 à 22h08

    @Flo0 Ouais, je les trouve plus intéressants que le couple principal, tellement moins cliché ! C'est pour ça que je préfère sa deuxième série, avec des personnages plus riches ^^

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