Un député LREM s’en prend à l’écriture inclusive avec des arguments fallacieux… et ça marche


Un député LREM a déposé une proposition de loi contre l'écriture inclusive, le plus grand péril du moment selon lui. Le pire étant qu'elle recueille bon nombre de soutiens.

Un député LREM s’en prend à l’écriture inclusive avec des arguments fallacieux… et ça marcheEstebnlopz, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

« Elle continue de progresser dans notre pays. Il faut y mettre fin. »

À votre avis, de quoi parle ce député LREM ? De la remontada des pantalons taille basse ? D’une certaine pandémie qui a déjà fait plus de 80.000 morts en France ?

Eh bien ni l’un ni l’autre, vous avez perdu, puiqu’il parle de l’écriture inclusive ! Car malgré la crise sanitaire que nous traversons, c’est là qu’est la vraie priorité.

Après avoir agité les menus sans viande dans les cantines de Lyon comme des menaces idéologiques, après avoir fait des chercheurs et des universitaires qui travaillent sur les études post-coloniales des ennemis de la République, il était quand même grand temps de revenir aux fondamentaux.

Un nouvel assaut pour éliminer l’écriture inclusive

Le 23 février, le député LREM François Jolivet a donc déposé une proposition de loi visant à interdire l’usage de l’écriture inclusive dans les documents administratifs. Une mesure qui touche donc les services publics.

Ça faisait longtemps qu’on avait pas entendu des politiques nous expliquer à quel point l’écriture inclusive, ça fait mal aux yeux, c’est illisible et c’est un danger pour notre bonne vieille langue française — laquelle, à les entendre, aurait traversé les siècles sans bouger d’une virgule et sans jamais s’adapter aux changements de la société (vous vous en doutez, ils et elles ont tout faux).

Profitons-en pour rappeler quelques bases : l’écriture inclusive (qu’on appelle aussi écriture égalitaire), ce n’est pas que le point médian, loin de là.

C’est aussi l’emploi de la féminisation des métiers et des fonctions (« les avocat·e·s, les acteurs/trices »), l’usage du masculin et du féminin (« les filles et les garçons »), ou bien des mots épicènes (« les enfants »), ou encore l’accord de proximité (« le roi et la reine sont parties »).

L’été dernier, c’est une proposition similaire qui avait été déposée par le député RN Sébastien Chenu. Elle avait été soutenue par seulement neuf de ses collègues.

Pour lutter contre ce qu’il qualifie de « phénomène rampant », François Jolivet a réussi lui à fédérer une soixantaine de parlementaires issus de différents bords politiques, principalement LREM et LR. De quoi inquiéter ? 

Faire de l’écriture inclusive une menace, une tactique politicienne

Il n’en faut pas moins pour faire du combat contre l’écriture inclusive celui d’une guerre culturelle. François Jolivet parle bien d’une menace sur notre patrimoine, en profite pour accuser les féministes d’oublier les personnes dyslexiques, ou encore malvoyantes, et de négliger les difficultés d’apprentissage des jeunes ou des personnes non-francophones.

L’objectif des parlementaires qui se joignent à lui, c’est aussi de présenter l’écriture inclusive comme une vraie menace, un danger ; comme si mettre dans un document officiel « ils/elles » ou des points médias risquait de fissurer la cohésion nationale. Rien que ça.

Et pour certaines personnes, s’opposer à l’écriture inclusive est aussi un moyen efficace de montrer leur mépris pour les personnes trans quand une association étudiante salue la mise en place des protections menstruelles gratuites dans les facs — une mesure qui concernera donc toute personne ayant ses règles, et pas seulement les femmes cisgenres.

Bah oui, tant qu’à être anti-féministe, autant être transphobe par la même occasion.

On ignore pour le moment quand sera discuté la proposition à l’Assemblée nationale. Tandis que la droite s’en donne à cœur joie par des réactions plus outrancières les unes que les autres, la gauche réagit peu à cette proposition, à l’exception de l’adjointe à la mairie de Paris chargée de l’égalité femmes-hommes Hélène Bidard, qui a rappelé son soutien à cette évolution :

Casser du sucre sur le dos de l’écriture inclusive semble être la mode du moment, comme en témoignent les rumeurs perpétrées par Annie Genevard (LR), qui assurait que Sciences Po impose l’écriture inclusive à ses étudiants, ces derniers se retrouvant pénalisés s’ils ne l’appliquent pas.

Et si l’école a bien démenti, la médiatisation de ces polémiques contribuent à propager bon nombre de préjugés sur ce qui est avant tout un outil pour lutter contre l’invisibilisation des femmes.

À lire aussi : Arrêtez d’avoir peur de l’écriture inclusive (qui ne se résume pas au point médian)

Maëlle Le Corre

Maëlle Le Corre


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Commentaires

Glov'

HS pour le français mais il me semble avoir vu passer qu'en espagnol c'est le @ qui est utilisé à la fin de certains mots, pour marquer à la fois le a du féminin et le o du masculin. Je trouve ça très chouette ! Mais je ne suis pas dyslexique, si ça se trouve c'est la galère.
Dommage que pour le français on n'ait pas un équivalent aussi simple !
 

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