Live now
Live now
Masquer
bastien vives
Société

Pourquoi la carte blanche accordée à Bastien Vivès au festival d’Angoulême fait polémique

Depuis fin novembre, l’auteur de BD Bastien Vivès est au cœur d’une polémique suite à son invitation au prochain festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Plusieurs artistes ont pris la parole pour dénoncer ses propos sur la pédocriminalité.
Contexte

Les œuvres de Bastien Vivès ont régulièrement été chroniquées sur Madmoizelle, il suffit d’une rapide recherche sur le site pour voir que de 2009 à 2017, plusieurs articles ont été publiés faisant l’éloge de ses livres. En 2013 et 2017, Madmoizelle l’avait interviewé. Interpellées la semaine dernière par le compte Instagram C’est quoi cette insulte concernant des propos banalisant l’inceste et le viol tenus par l’auteur, nous avons fait le choix de retirer ces vidéos de notre chaîne Youtube.

Dans une chronique en partenariat avec Casterman publiée en 2017 et toujours consultable à l’heure actuelle sur Madmoizelle, il est écrit que « Bastien Vivès aime susciter le trouble, bousculer, faire réfléchir et sortir son lecteur de sa zone de confort. » C’est longtemps en ces termes que le travail de l’auteur de BD (à qui l’on doit notamment Polina en 2011) a été présenté, celui d’un provocateur subversif qui exploite des fantasmes présumés inavouables.

C’est une invitation qui a tout déclenché : fin novembre, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême annonçait la tenue de l’exposition Dans les yeux de Bastien Vivès lors de sa prochaine édition du 26 au 29 janvier 2023.

fibd bastien vives expo carte blanche

La nouvelle a très rapidement suscité des réactions : l’auteur de BD est encensé par la presse et le public, mais est aussi vivement et régulièrement critiqué pour ses représentations ultra-sexualisées de personnages féminins, ainsi que pour plusieurs ouvrages qui banalisent les comportements pédocriminels et incestuels, notamment avec Une sœur publié en 2017 chez Casterman.

En 2018, c’est aussi avec Petit Paul qu’il a fait polémique, livre qui évoque un petit garçon doté d’un pénis de taille démesurée, une œuvre présentée comme humoristique où l’enfant subit des relations sexuelles, « obscène et provocatrice » selon son éditeur Glénat. Il a été retiré de plusieurs enseignes de librairies.

Quand Bastien Vivès se cache derrière ses fantasmes

Une polémique qui n’a pas lieu d’être ? Tandis que dans Libération, son éditeur chez Casterman se désole aujourd’hui d’assister à « une confusion navrante entre ce que pense un personnage, un narrateur et un auteur », on peut aussi retrouver des propos tenus par l’intéressé à l’époque pour parler de Petit Paul : « J’ai fait avec les fantasmes qui m’excitent personnellement », affirmait-il auprès du HuffPost à cette époque. Même discours sur Madmoizelle en 2017, où Bastien Vivès affirmait très frontalement à propos d’Une sœur « Moi l’inceste, ça m’excite à mort ».

Selon des chiffres de 2021, une personne sur dix affirme avoir été victime d’inceste en France.

Cela fait donc plusieurs années que l’œuvre de Bastien Vivès est régulièrement sujette à controverses, entre ses farouches défenseurs, qui prônent une subversive liberté de créer et de choquer en s’attaquant à des tabous, et celles et ceux qui dénoncent la désinvolture avec laquelle l’auteur reste considéré comme un génie provocateur et qui voient simplement dans plusieurs de ses livres une banalisation de la pédopornographie, voire une apologie de la pédocriminalité.

C’est notamment l’actrice et réalisatrice Andréa Bescond, qui est montée au créneau pour rappeler que l’attribution d’une exposition à un auteur qui banalise les comportements pédocriminels, n’est qu’un exemple de plus de la culture du viol à l’œuvre dans les milieux artistiques :

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Andréa Bescond (@andrea_bescond)

Des artistes dénoncent l’impunité autour de Bastien Vivès

Après une semaine de polémiques sur l’exposition, la dessinatrice Emma a décidé de publier une série de captures d’écran, montrant comment en 2017 Bastien Vivès s’en est pris à elle et à son travail de bédéaste sur la charge mentale : dénigrement public, mais aussi propos pouvant clairement s’apparenter à des menaces de mort et de viols sur elle et son enfant.

Capture d’écran 2022-12-12 à 17.24.48

Son agente, Ariane Geffard a elle aussi témoigné sur Instagram d’une autre anecdote récente quant à la protection dont bénéficie Bastien Vivès : « Il y a environ un an et demi, Emma est invitée à intervenir dans une émission TV ultra suivie sur une grande chaîne. On apprend que Vivès est aussi invité. J’appelle le producteur et les personnes qui programment, je les informe des propos de Vivès envers Emma et son travail, je transmets les captures d’écran par mail. Je suis claire : elle ne viendra pas s’il est maintenu à la programmation, c’est trop violent. » Ni l’un, ni l’autre ne seront finalement présents dans l’émission (une première version de notre article affirmait que Bastien Vivès y avait participé, nous l’avons donc mis à jour).

Les alertes sur Bastien Vivès viennent aussi de plusieurs artistes comme Marie Boiseau, ou Laurier The Fox qui de longue date, ont documenté et dénoncé les propos que Bastien Vivès a tenu concernant la pédophilie.

La controverse a de plus dépassé le cadre du festival d’Angoulême. Lors des Crayons Solidaires, une soirée au profit des Restos du cœur qui s’est tenue le 1er décembre, soit quelques jours après l’annonce de l’exposition à Angoulême, le nom de Bastien Vivès apparaît là aussi. Sur les réseaux sociaux, les dessinateurs et dessinatrices participant à l’initiative sont interpellés et sommés de se positionner publiquement. Sur Twitter, quelques-uns ont fait connaître leur état d’esprit, à l’instar de Tim ou de Boulet :

boulet vives 1
boulet vives 2

Ce sont aussi d’autres auteurs de BD et artistes qui sont interpellés et appelés à prendre position, notamment Alexandre Astier qui présidera le jury de l’édition 2023 du festival d’Angoulême. Une pétition exige aujourd’hui la déprogrammation de l’exposition carte blanche. Pour le moment, les organisateurs n’ont pas réagi.

À lire aussi : Défendre la liberté sexuelle ne nous oblige pas à accepter les violences sexistes

Crédit photo : Selbymay, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons


Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.

Les Commentaires

34
Avatar de Unefougere
16 décembre 2022 à 09h12
Unefougere
@Carabosse8 merci, je n'avais pas du tout suivi ça!
0
Voir les 34 commentaires

Plus de contenus Société

Copie de [Image de une] Horizontale – 2024-05-27T115458.698
Culture Web

Tibo InShape est désormais le plus gros youtubeur français, et c’est très inquiétant

19
Source : Creative Commons
Société

Lily Allen révèle que son mari, David Harbour, contrôle son téléphone (et vice versa)

Source : sniffy
Société

Sniffy, c’est quoi cette poudre blanche qui ressemble fortement à la cocaïne ?

Mère bienveillante qui aide son enfant à se passer de couche
Société

Fête des Mères : la notification maladroite de Deliveroo ne passe pas, l’entreprise s’excuse

4
Source : Canva
Société

Pourquoi la putophobie en dit long sur la manière dont on considère la sexualité féminine

2
Source : Cedrick Lorenzen / TikTok
Société

« Thirst eating trap », où quand les hommes sexualisent la cuisine sur TikTok

8
Source : © EC
Société

Après avoir défendu un père accusé d’inceste, Bruno Questel contraint de quitter la CIIVISE

2
Source : Canva
Société

Avez-vous déjà rencontré un narcissique conversationnel ? Les 11 signes qui ne trompent pas

hacker-deepfake-clavier-ordinateur
Société

Tuerie de masse déjouée à Bordeaux : c’est quoi un Incel ?

17
TikTok-smartphone-jeunes-sante-mentale
Société

Un inconnu vous vire de l’argent sur Paypal ? Attention, c’est une arnaque

2

La société s'écrit au féminin