Ma plus belle surprise quand je suis devenue mère ? Me rapprocher de la mienne


Quand le premier petit enfant arrive dans une famille, tout le monde doit retrouver sa place... Et parfois, ça se passe beaucoup mieux que prévu !

Ma plus belle surprise quand je suis devenue mère ? Me rapprocher de la mienneTatiana Twinslol / Pexels

Ma mère et moi avons toujours été proches, même si ça fait plus de dix ans qu’on vit à des centaines de kilomètres l’une de l’autre. C’est sans doute, avec mon mec, la personne qui sait le mieux me réconforter et en cas de coup dur, c’est encore vers elle que je me tourne — à 30 ans passés — pour trouver du soutien.

Rien qu’entendre sa voix dans le téléphone m’apaise et après avoir donné le change toute la journée ou semaine avec les autres, je peux trouver une oreille compatissante auprès d’elle pour pleurer.

Quand j’ai appris que j’allais avoir un enfant, il y a bientôt deux ans, j’ai eu un peu peur que cette naissance ne nous éloigne. Est-ce qu’elle n’allait pas me pousser à me recentrer sur la famille que je forme avec mon compagnon, au détriment de mes parents et adelphes ? Est-ce que nous saurions ma mère et moi nous adapter à cette nouvelle situation où je n’étais plus seulement « son » bébé, mais aussi la mère d’un autre bébé ?

Et puis, même si nous n’avons que 24 ans d’écart ma mère et moi, nous sommes quand même de deux générations différentes, avec des conceptions de l’éducation pas forcément toujours alignées.

(Grand)-mère envahissante ou absente, à quelle sauce allais-je être mangée ?

J’avais entendu tellement d’histoires de mères et belles-mères qui filaient des conseils non sollicités et blessants aux jeunes parents. Des témoignages badants sur ces nouvelles grands-mères envahissantes ou trop distantes, incapables de trouver leur place dans le nouvel équilibre familial qui se dessinait avec l’arrivée d’une nouvelle génération. Sans oublier bien sûr, les histoires d’enfance non digérées qui refusaient surface et occasionnaient des conflits familiaux…

Alors je m’inquiétais : pour nous, comment cela allait-il se passer ? Ma mère qui a parfois eu un peu de mal à me voir grandir allait-elle réaliser que j’étais une adulte et me faire confiance sur la manière d’élever mon propre enfant ?

Oui, mille fois oui. Et même plus que ce que j’aurais pu espérer…

Dès le début, ma mère a su trouver la bonne distance — ni envahissante ni désintéressée. Elle a pris des nouvelles de ma fille ET de moi, ce qui a été très précieux. Si je n’ai pas eu le sentiment de disparaître derrière mon bébé, dès ledit enfant expulsé de mon utérus, c’est en grande partie grâce à elle.

Elle ne s’est pas précipitée à la maternité pour nous voir (en même temps, avec le covid-19, elle n’aurait pas pu), mais elle a été disponible pour garder notre bébé dès que nous nous sommes sentis prêts avec mon mari. Quand nous étions chez mes parents, elle a refusé qu’on lève un petit doigt pour participer pendant les premiers mois. On était là pour se reposer (et s’occuper de notre fille) : ça nous a probablement sauvés de l’épuisement.

Depuis, ma mère est toujours ravie de nous voir ou d’avoir de nos nouvelles, mais elle ne se plaint pas quand nous en donnons moins (genre, à la reprise du boulot quand nos journées se sont transformées en vortex).

Ma mère respecte nos choix éducatifs et mes ressentis

Ma mère a aussi été toujours curieuse des choix que nous faisions en matière d’éducation. Elle nous posait des questions pour mieux comprendre, mais n’a été jamais dans le jugement, même quand nos façons de faire ne correspondaient pas à ce qu’elle avait connu (portage, allaitement, diversification menée par l’enfant…).

OK, on faisait différemment d’elle, on avait nos petites lubies (PAS DE SUCRE AVANT UN AN), mais elle n’a jamais pris nos choix comme des remises en question personnelles (ou en tout cas, elle ne me l’a jamais fait sentir).

Côté conseils non sollicités, elle a aussi évité les écueils. Peut-être que ça la démange parfois de nous dire qu’on fait un peu n’importe quoi avec notre fille, mais elle tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Et je lui en suis très reconnaissante. Elle est par contre toujours partante pour me donner des conseils quand je lui pose des questions… Et du coup — incroyable ! — comme je ne me sens pas jugée, j’ai envie de lui demander son avis. Et j’en abuse même peut-être un peu (Dieu sait que j’ai pu l’appeler au moindre bouton suspect de ma fille).

Mais je crois que ce que je préfère chez ma mère, c’est qu’elle n’a jamais remis en cause mes ressentis concernant ma maternité. Quand je lui dis que je trouve ça dur d’être mère et parfois ingrat, que je suis épuisée ou déprimée, elle m’écoute, vraiment. Et elle n’en profite pas pour se vanter d’avoir élevé quatre enfants sans jamais se plaindre, elle ! Et pourtant, croyez-moi, s’il y avait des médailles de mère méritante à distribuer, elle serait sur la liste.

En devenant mère, j’ai découvert l’humaine derrière la mienne

Enfin, devenir maman a déclenché des conversations que je n’aurais peut-être jamais eues avec la mienne autrement. J’ai, en quelque sorte, découvert l’humaine derrière ma mère ; ça m’a touchée et fait un bien fou.

Elle m’a raconté ses grossesses et ses accouchements. Elle m’a parlé de ce qu’elle avait ressenti en nous élevant, des doutes et des inquiétudes qui l’avaient traversée. Elle m’a confié ses moments de découragement total lorsque mon plus jeune frère se réveillait plusieurs fois par nuit jusqu’à ses deux ans. De la solitude énorme dans laquelle mes parents se sont retrouvés pendant cette période, de leur épuisement et de leur culpabilité (« Est-ce qu’on fait quelque chose de mal ? Est-ce que c’est de notre faute ? »).

Bien sûr, j’aurais pu poser ces questions à ma mère avant d’avoir un enfant, et je pense qu’elle aurait eu la même transparence avec moi. Voir ma mère accepter d’être vulnérable m’a fait l’admirer et l’aimer encore plus. Et non, je ne suis pas en train de pleurer en écrivant cet article, je suis juste enrhumée.

Je sais que j’ai de la chance d’avoir cette femme pour maman, et si chaque relation mère-fille est différente, j’espère réussir à avoir un aussi beau lien avec la mienne plus tard. Et en attendant, je sais que je peux compter sur ma mère pour survivre. (Mélodramatique, moi ? Nope, juste en grave déficit de sommeil…).

À lire aussi : Ma maman, entre confiance, écoute et respect

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Clémence Boyer

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