La première marche lesbienne en France, c’est dimanche et c’est historique


Pour demander la PMA et pour combattre l'invisibilisation, les lesbiennes seront dans les rues ce dimanche 25 avril. On vous explique pourquoi cette marche fera date.

La première marche lesbienne en France, c’est dimanche et c’est historique

À la veille de la journée de la visibilité lesbienne qui a lieu le 26 avril 2021 (on vous attend d’ailleurs pour #Lesbovision, de 20h à minuit sur Twitch), plusieurs marches lesbiennes auront lieu à Paris et dans plusieurs grandes villes en France — à Lyon, à Toulouse ou encore à Bordeaux.

Les premières marches lesbiennes (dyke marchs) de France

Si on trouve une tradition des dyke marches bien installée dans plusieurs grandes villes américaines, ainsi qu’en Europe (à Londres ou à Berlin), en France, ces manifestations sont rares.

Celle qui se tiendra dimanche n’est pas exactement la première, car les organisatrices évoquent un événement similaire, une marche non mixte des Lesbiennes de Jussieu, menée par des activistes féministes à la fin des années 70. Reste que cette initiative apparait comme inédite tant les actions menées par et pour les lesbiennes sont souvent peu ou mal connues.

C’est donc tout un symbole que de voir cette marche lesbienne se tenir en France.

La coordination Collages Lesbiens en est à l’origine ; constitué en décembre 2020, ce groupe s’est organisé pour reprendre à son tour la rue et dénoncer la lesbophobie institutionnelle et ambiante à travers des actions de collages. Marlène, l’une des membres du collectif, explique à Madmoizelle :

« C’est parti du constat que la parole lesbienne n’est pas assez diffusée. Les collages féministes ne la portaient pas telle qu’on avait envie de la voir. On a donc commencé à se coordonner par groupes dans plusieurs villes pour faire des collages dans une démarche activiste. »

Rapidement, le groupe est tenté de se lancer dans de nouvelles actions.

« On réfléchissait à des moyens de faire entendre toutes nos voix et quelqu’un a parlé des marches lesbiennes et a dit que ce serait tellement bien d’en faire une en France. C’est parti comme ça. »

Un peu d’histoire lesbienne

Les premières Dyke Marches à l’américaine remontent au 24 avril 1993. La première a lieu à Washington D.C. aux États-Unis. Ce sont les fameuses Lesbian Avengers qui en sont à l’origine — un groupe d’activistes lesbiennes, célèbre pour ses actions mêlant avec brio l’humour et les coups d’éclat visuels.

C’est justement un visuel des Lesbian Avengers que le collectif Collages Lesbiens a repris pour communiquer autour de la marche lesbienne parisienne : on y voit les militantes en rang en train de cracher du feu.

Cette action a eu lieu devant la Maison-Blanche en signe de protestation contre le meurtre de Hattie Mae Cohens et Brian Mock, une lesbienne et un homme gay tous deux tués en 1992 dans un incendie provoqué par un cocktail Molotov jeté dans leur appartement à Salem (Oregon).

Une image reprise aujourd’hui, qui résonne comme un hommage des militantes actuelles à celles qui ont pavé le voie.

Un cortège en non-mixité lesbienne

Ce dimanche 25 avril, la tête du cortège de la marche parisienne sera non-mixte, c’est-à-dire réservée aux lesbiennes. Le reste de la marche sera accessible à tout le monde. Ce choix, le collectif l’assume et le revendique :

« D’abord on est parti du postulat que c’est une manifestation à la veille de la journée de visibilité lesbienne, donc ça nous semblait logique de mettre en avant les lesbiennes dans un cortège non-mixte de lesbienne. C’est aussi une manif pour la PMA, qui est une revendication qui concerne les lesbiennes. Il y aura également un cortège de lesbiennes racisées, afin de aussi mettre en avant les problématiques qui leurs sont propres. »

Ce parti-pris a suscité des réactions parfois vives, y compris dans la communauté LGBTQI+ elle-même, mais le collectif veut croire que c’est en voyant ces espaces de visibilité en action dimanche que les doutes ou les oppositions s’effaceront.

Les revendications de cette marche lesbienne sont nombreuses ; c’est effectivement celle de l’ouverture de la procréation médicalement assistée qui est en première ligne. Les militantes réclament une ouverture gratuite et sans conditions aux couples de femmes, aux femmes célibataires, ainsi qu’aux personnes trans, pour qu’elles puissent avoir elles aussi accès à la PMA, mais aussi à l’auto-conservation de leurs gamètes :

Pour rappel, le projet de loi de bioéthique, qui contient donc l’extension de la PMA à toutes les femmes, est actuellement à l’arrêt, après le vote en deuxième lecture du Sénat et en attendant la dernière lecture de l’Assemblée nationale.

Il aura donc fallu attendre 2021 pour revoir enfin des marches lesbiennes en France. Pourtant, comme le rappelle Marlène, « les lesbiennes agissent depuis toujours dans les luttes ». Alors d’où viennent les blocages ? Pourquoi ce moment de militantisme et de visibilité lesbiennes a-t-il mis tant de temps à émerger ?

« C’est parfois difficile a mettre en place politiquement, on a plutôt tendance à faire en sorte que la communauté s’unisse autour d’événements commun à tous », explique Marlène en faisant référence notamment à la Marche des fiertés.

« Mais parfois on a besoin de paroles spécifiques, on veut aussi porter la notre pour combattre l’invisibilisation. Et même au sein de la communauté lesbienne, il y a différents groupes, avec des spécificités, des lesbiennes trans, des lesbiennes racisées, des lesbiennes handicapées… On avait une date, cette journée de visibilité lesbienne, il fallait juste qu’on se lance. »

 

Erratum : une première version de cet article omettait de mentionner l’initiative des années 1970, cela a été réparé après signalement d’une lectrice.

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Maëlle Le Corre

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Commentaires

Lil' Libellule

Malheureusement, en tant que bi, je peux admettre sans difficulté qu'il y a une très très grosse charge mentale qui pèse sur les lesbiennes militantes pour être exemplaires et prendre au mieux en compte toutes les luttes et oppressions. Sur les réseaux sociaux, elles sont bien plus taclées que les autres, je trouve, pour la moindre maladresse (et avec beaucoup de véhémence)... Ca c'est de la lesbophobie à mon sens, doublée de sexisme (car c'est bien connu, c'est toujours aux femmes d'être parfaites et de penser à tout).

Je m'excuse si mon poste précédent a pu être perçu comme une invisibilisation du militantisme lesbien ou de la lesbophobie, ce n'est pas du tout mon intention (c'est pour cela que j'ai voulu en parler en spoiler pour ne pas gêner le flot de la conversation). :fleur:
 

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