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Parce que le patriarcat tue encore, les victimes de féminicides de 2020 ont leur mémorial à Paris

11 jan 2021
Une soixantaine de militants et militantes ont dressé ce dimanche 10 janvier à Paris un mémorial pour les victimes de féminicides, en collant sur un mur les prénoms de 111 femmes tuées en 2020. Une action coup de poing pour rendre hommage aux victimes et dénoncer l’inaction de l’Etat.

« Il faut que ça s’arrête », souligne Camille, membre du mouvement Collages Féminicides Paris.

Valérie, Pascaline, Manon… 111 prénoms ont été affichés sur les murs de la rue Bouvier dans le 11e arrondissement de Paris. Plus d’une soixantaine de colleuses ont organisé et participé à l’édification d’un mémorial, ce dimanche 11 janvier pour honorer la mémoire des victimes et, appeler l’Etat à agir concrètement.

 

Un mémorial pour ne pas oublier

La démarche du mouvement Collages Féminicides Paris : commencer l’année 2021 sans oublier que des femmes, des personnes transgenres, des travailleurs et travailleuses du sexe sont mortes sous les coups des hommes, et victimes de la société patriarcale.

Comme chaque année, le collectif colle les prénoms des victimes sur les murs de Paris. Cette fois-ci, l’initiative se distingue des années précédentes car seulement l’identité des personnes décédées en 2020 est affichée. Camille, colleuse et une des initiatrices du projet déclare :

« On compte 98 femmes, 11 travailleurs et travailleuses du sexe et deux personnes transgenres. 111 prénoms c’est encore trop en 2020.» 

Au-delà du collage qui est un outil que les féministes se sont appropriées ces dernières années, ce mémorial a une signification particulière. L’idée d’inscrire dans un seul lieu les prénoms de 111 victimes a pour but de faire prendre conscience de l’ampleur de la situation. La jeune femme de 23 ans prévient :

« C’est chez nous en France, vous ne pouvez plus ne pas voir cette réalité. On entend la voisine crier et on n’ose pas s’en mêler.»

Interpeller sur les féminicides certes, mais aussi sur la putophobie et la transphobie qui sont « des oubliés de la société » selon Camille. Faute d’informations, le collectif s’interroge « Et combien de victimes oubliées ?». La tâche est difficile pour les associations, car les victimes trans ne sont pas recensées par l’Etat.

Un mémorial pour dénoncer l’inaction de l’Etat

« Des réformes avant qu’on soit mortes », « Etat coupable, justice complice » sont des phrases qui ont affichées à côté des prénoms des victimes. Le mémorial a été créé pour ne pas les oublier, mais aussi pour mettre en lumière le manque de moyens disponibles pour protéger en amont. Une situation que la militante dénonce avec colère :

« L’état n’a pas pris au sérieux la paroles des victimes malgré des plaintes ou mains courantes souvent classées sans suite. Aujourd’hui, le gouvernement doit réagir.»

Si le confinement a permis d’augmenter significativement le nombre de signalements, celui-ci n’a pas permis, faute de moyens financiers, d’apporter des solutions pérennes aux victimes telle qu’un logement. Dans une interview au Parisien, Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, a déclaré que « les signalements ont augmenté de 60% pendant le deuxième confinement » alors que « cette hausse était de 40% » lors du premier.

Deux ans après le Grenelle des violences conjugales, le collectif pointe du doigt un budget quasi inexistant. Dans un communiqué, il précise à titre d’exemple :

« Il est inadmissible que seules sept femmes aient pu bénéficier de bracelets anti-rapprochement depuis leur lancement en septembre, alors que 1 000 seraient disponibles, selon le gouvernement. »

 A l’aube d’un possible troisième, l’inaction de l’État semble porter plus que jamais préjudice aux victimes.

Bougies, fleurs, mots, ou pensées… Afin de rendre hommage aux victimes, vous pouvez vous rendre au 44 rue Bouvier dans le 11e arrondissement de Paris et vous recueillir devant ce mémorial. Et vous pouvez vous informer sur les violences conjugales ici et aider ici le collectif.

À lire aussi : Succès pour la plateforme qui permet aux victimes de violences conjugales de « garder une trace »

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