Je suis très en colère contre Instagram et sa censure à deux vitesses

Mathilde a essayé de signaler une image sur Instagram, sans succès. Puis a voulu répondre, et s'est vue censurée à son tour. Elle raconte sa colère.

Je suis très en colère contre Instagram et sa censure à deux vitesses

Ça n’est pas une grande nouveauté, et j’écris ça un peu blasée : Instagram censure le corps des femmes. Je n’ai même pas d’explications à te donner à ce sujet, parce que ça n’a selon moi aucun sens ni aucune justification.

C’est juste absurde.

Cependant, ce qui à mes yeux évolue, c’est que certaines femmes se laissent de moins en moins bolosser, que certaines personnes les écoutent de plus en plus, et ça fait plaisir.

Le collectif Meufs, Meufs, Meufs, a justement lancé une pétition pour protester contre cette censure et ces double-standards instaurés par Instagram.

Je suis en colère contre Instagram

Tu sens peut-être la colère transparaître dans mes mots (juré, j’ai fait un effort, je respire par le ventre). Tu as raison.

Il se trouve en effet que j’ai été victime récemment de ce double-standard d’Instagram, qui censure des contenus qui n’ont rien à se reprocher, mais en accepte sans sourciller d’autres d’une manière qui me débecte.

Alors je veux te raconter cette histoire, représentative à mes yeux, et qui n’est en même temps qu’un cas parmi tant d’autres.


Ouiiii une histoire !

Il y a quelques jours, une ancienne connaissance a posté une image de scarifications sur le fameux réseau social.

Ça n’était pas une image d’elle, où, comme souvent, elle pose, et on peut effectivement voir des traces sur son corps parce que les cicatrices ne partent pas toujours.

Ça ne m’aurait pas choquée, et je n’aurais rien eu à y redire, en particulier parce que je me suis moi-même scarifiée pendant des années et que mon corps est aujourd’hui constellé de cicatrices.

Jamais je n’imaginerais lui reprocher de montrer le sien sous ce prétexte.

Une image pro-scarifications sur Instagram, que fait le réseau social ?

Cette fois-ci, cependant, l’image était différente.

Vraiment axée sur ses blessures, visiblement (très) récentes… le sous-texte de l’image était clairement pro-scarifications. La personne était peut-être en danger.

Je connais cette jeune femme. Je sais à quel point elle est capable, dans des moments de souffrance, de mettre sur un piédestal cette pratique ô combien pernicieuse.

Je me doute aussi qu’elle est probablement suivie par des personnes fragiles, susceptibles d’y recourir ou d’y avoir recouru par le passé.

Je ne pouvais pas la contacter directement, puisque nous ne sommes pas proches à ce point, et je n’aurais de toutes manières pas pu lui venir en aide.

J’ai signalé la photo.

J’ai très vite déchanté, puisque le réseau m’a rapidement indiqué que ce contenu ne semblait pas contrevenir aux « règles de communauté », qui contiennent tout de même une catégorie concernant l’automutilation.

Ce réseau se veut « un espace d’inspiration et d’expression authentique et sûr », et n’a pas supprimé cette image dangereuse au possible.

J’ai été ultra en colère, parce que je sais les conséquences qu’une simple image comme celle-ci peut avoir. Au-delà de l’aspect choquant et désagréable, ce sont de véritables risques concrets.

C’est dangereux pour cette jeune femme qu’elle puisse mettre cela publiquement en valeur.

C’est dangereux pour toutes les personnes fragiles qui y sont confrontées, parce que peut-être qu’elles voudront essayer et tomberont dans ce cercle vicieux, ou parce qu’elles y ont été, et que c’est une putain d’addiction.

À cause de ça, des gens risquent de se faire du mal.

Je le sais parce que j’ai été ces gens. Je le sais, parce que même alors que j’ai arrêté depuis longtemps, je reste une ancienne accro.

Je le sais parce que même à moi, ça m’a donné envie.

Comment réagir face à la censure d’Instagram ?

J’ai voulu faire quelque chose de ma colère, au lieu de la ruminer et de me taire, parce que moi non plus je ne veux plus me faire bolosser.

J’ai choisi de réaliser une story sur Instagram, un truc un peu chiadé. J’ai écrit une vidéo, je l’ai tournée, je l’ai montée. Je ne sais pas faire, mais la colère a été le moteur et m’a donné les moyens.


Oui, donc faisons les trucs.

En quelques mots, j’y racontais cette histoire, ma colère, et surtout j’y montrais mes seins, en m’adressant au réseau et en lui affirmant que lui, ce qu’il déciderait de censurer, ce serait cette image.

Une image sans aucune connotation.

L’image d’un sein que j’aime davantage, maintenant que je vais mieux et que je prends soin de moi. Une image qui montre que je sors justement de ce processus destructeur qu’il laisse mettre en avant.

Ma vidéo était prête. J’ai créé un autre compte, pour tester à l’upload, voir ce que ça rendait avant de la lancer sur mon propre compte. J’étais fière du résultat, du discours. Je sentais le soulagement poindre.

J’avais hâte de pouvoir me dire qu’au moins, je n’avais pas rien fait.

Instagram censure mes seins, et tant pis pour les beaux discours

Je n’ai même pas pu télécharger la vidéo sur ce second compte. Les robots d’Instagram l’ont strikée avant même que je puisse la mettre en ligne.

Je me suis noyée dans ma rage, mon impuissance, l’ironie et le non-sens de cette situation. Je ne pouvais plus rien faire. J’ai pensé monter à nouveau la vidéo, peut-être m’autocensurer pour pouvoir la publier tout de même…

Je n’en ai pas l’énergie. Je suis découragée.

J’en ai marre de me battre pour des raisons absurdes. Et je suis en colère, enragée, au point que je dois relire les phrases que j’écris dans cet article pour vérifier que je ne me suis pas laissée emporter.

Parce que ma colère c’est mon plus grand moteur, ça l’a toujours été, avec la curiosité, et que je sais que je peux en faire quelque chose de bien. Comme une vidéo. Comme un article.

Pourquoi cette pétition contre la censure sur Instagram me rassure

Ou comme cette pétition du collectif Meufs, Meufs, Meufs, qui tombe à pic, au moment où je ne me sens plus de prendre les armes, où je ne me sentais même pas capable d’écrire cette histoire sur madmoiZelle.

Bien entendu, ça n’est pas la première fois que j’entends parler de la censure sur Instagram, ni que je vois des femmes s’en insurger ou dénoncer les doubles-standards

C’est la première fois que j’y suis directement confrontée, moi en tant que personne, en tant que Mathilde qui aimerait s’exprimer sur un sujet sur ses réseaux personnels.

Et c’est la première fois que cette censure absurde s’oppose à la libre diffusion d’un contenu dont je vois et ressens précisément les risques et enjeux.

Je sais bien que nombreux sont les comptes féministes à se retrouver bloqués par Instagram, pour des raisons qui ont très peu de sens — c’est une litote.

Alors si moi, seule de mon côté, je ne peux pas faire grand-chose, peut-être qu’en la relayant et en t’invitant à t’y joindre, j’aurai un peu plus d’impact.

Ça m’ôtera le goût amer de l’impuissance, au moins le temps que je décide quoi faire de ma vidéo.

À lire aussi : Le double standard sur les tétons féminins et masculins résumé parfaitement

Mathilde Trg

Mathilde Trg

Relectrice « zéro faute » hors-pair, Mathilde est aujourd’hui l’interlocutrice des maisons d’édition désireuses de faire connaitre leurs œuvres sur madmoiZelle. Elle est aussi obsédée par les e dans l’o (œ) que par Orelsan (à toi de juger ce qui est le plus grave), et prononce les noms espagnols avec l’accent.

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Commentaires

skippy01

Elles espèrent faire réagir le réseau social pour qu’il assouplisse son règlement «trop puritain».
C'est beau de rêver. :rolleyes:
 

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