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Parentalité

« Il a besoin d’une figure paternelle » : et si on laissait enfin les mères solo en paix ?

Sortie d’école, cabinet de médecin… Partout où elles vont, les mères célibataires sont susceptibles de se voir reprocher la composition de leur foyer. Et si le temps était venu de la boucler à ce sujet se demande Gwendoline Gaudicheau, elle-même enfant de mère solo ? 

« Vous savez Madame, votre fille réussirait sûrement mieux en classe s’il y avait un papa à la maison. » Cette phrase, elle a fait partie de mon quotidien pendant des années.

Après la séparation de mes parents, 16h30 ce n’était plus l’heure de retrouver les enfants, mais celle du jugement pour ma mère. Parfois, cette « présence (ou absence ?) paternelle » nous suivait jusque dans le cabinet du médecin. Incroyable mais vrai, ma mère m’a raconté qu’on avait déjà rattaché la rhino de mon frère à la composition de notre foyer…

Le « pas de papa » est vite devenu la cause de beaucoup de nos soucis par raccourci. Ce discours a tellement été banalisé dans mon enfance que je ne réalise que maintenant qu’il n’avait pas lieu d’être. J’ai envie de comprendre pourquoi on mitraille les mères solos avec cette fichue figure paternelle. Est-elle bien indispensable au bon développement d’un enfant ou est-ce qu’on a soûlé ma mère (et des tas d’autres femmes) pendant des années pour rien ?

« Ça n’irait pas mieux avec un homme à la maison ? »

« Être prise pour cible par une personne à qui on confie son enfant et se voir quasi reprocher qu’on n’est pas une bonne mère, c’est un peu dur à avaler », confie Amandine, maman solo de deux jeunes enfants. 

Eh oui, parce qu’on n’y pense peut-être pas sur le coup, mais suggérer à quelqu’un qu’elle ferait mieux de revoir l’organisation de son foyer, en plus d’être – très – déplacé, ça peut être dégradant pour la maman. 

« Le ressenti et la réaction de la mère face à ce type de remarque va différer selon la personne, son vécu, ses blessures, la manière dont elle est structurée, mais aussi suivant l’histoire de la séparation parentale »

Sophie Tournouër, psychologue clinicienne

La thérapeute familiale et de couple, spécialisée en psychotraumatologie explique que si la maman est prise à partie par un professionnel alors qu’elle est dans une actualité difficile ou dans une certaine fragilité, la remarque pourra l’impacter plus.

« Ma séparation, je savais que c’était la meilleure décision pour mes enfants. Je n’ai jamais eu honte de ma situation, mais j’ai été agacée par les remarques de certains qui ramenaient tout à l’absence d’un père chez nous », raconte Martine, maman de quatre enfants et séparée depuis près de 20 ans.

Amandine, elle, avoue redoubler d’effort pour prouver qu’elle arrive à gérer son foyer sans homme.

« Je me mets la pression pour que mes filles soient nickels sur tous les plans. Je veux être irréprochable pour ne plus essuyer les « ça n’irait pas mieux avec un homme à la maison ? », mais c’est épuisant. »

Amandine, mère célibataire de deux jeunes enfants

Pourtant, l’expérience de Martine montre que ça ne change pas le regard de l’autre. « Mes enfants étaient déjà impeccables, je savais que les remarques resteraient parce que j’ai été cataloguée dès que j’ai parlé de ma situation. »

Un père violent ou abusif peut créer plus de dégâts psychiques que son absence.

La figure paternelle, réel besoin ou raccourci arrangeant ? 

Mais alors, si la remarque semble quasi inévitable, est-elle au moins justifiée ? L’équilibre de l’enfant se voit-il automatiquement menacé sans père à la maison ? 

Sophie Tournouër précise d’abord que chaque situation est unique et qu’il n’existe pas de réponse universelle à cette question. L’experte souligne ensuite que si un père est violent ou abuseur, cela peut créer plus de dégâts psychiques que l’absence de celui-ci.

« Il faut de plus différencier l’absence physique, émotionnelle, logistique… Il peut y avoir beaucoup de sortes d’absences différentes qui n’engendrent pas les mêmes effets selon la position que ce père occupait auparavant et selon le niveau de développement de l’enfant au moment où elle se produit »

Sophie Tournouër, psychologue clinicienne

« Sauf qu’à l’école, on n’a pas forcément envie que l’histoire précise se sache, on ne devrait pas avoir à se justifier », rétorque Martine. 

Amandine, extirpée d’une relation abusive, rapporte même que certaines remarques ont été jusqu’à la faire culpabiliser. « J’ai commencé à me dire que j’allais peut-être indirectement faire du mal à mes enfants en leur imposant mon choix », admet-elle. 

De plus, Sophie Tournouër explique que si un enfant qui ne vit plus avec son père rencontre des difficultés de comportement ou d’apprentissage, il est important de faire des explorations diagnostiques afin de ne pas passer à côté, par exemple, d’un trouble déficitaire de l’attention, d’un trouble du langage (dyslexie…) ou autre et de ne pas se baser sur la simple hypothèse du « il n’a plus son papa ». « 

« Parfois, cette « justification » découle de la difficulté du professionnel à aider l’enfant », continue la psychologue. C’est pourquoi la psychologue appuie sur le fait qu’il est primordial de s’atteler à chercher le « comment » aider l’enfant et à ne pas se focaliser sur le « pourquoi » il a ce problème. 

L’évolution du regard de la société sur les mères célibataires

Malgré tout, Sophie Tournouër tient à faire remarquer que les temps évoluent concernant les normes parentales avec aujourd’hui beaucoup plus de familles monoparentales qu’avant (25% des parents sont dans ce cas).

Et même s’il arrive encore que des mères soient prises à partie par certains enseignants, cela peut être parce qu’ils ne sont pas toujours sensibilisés au repérage de certains troubles lors de leur formation et se contentent de trouver une explication simpliste. Et puis, face à une classe de 30 élèves, il n’est pas toujours évident de se focaliser sur les difficultés d’un enfant. 

Notons tout de même que les choses ont l’ait d’évoluer dans le bon sens. Martine, dont les enfants sont grands maintenant, se souvient de commentaires « plusieurs fois par mois », alors qu’Amandine reconnait n’y avoir été confrontée qu’une dizaine de fois. 

Surtout, Sophie Tournouër appuie l’idée que des enfants équilibrés avec une seule maman, (ou deux !) ça existe bien. « Il y a souvent, en l’absence de père, une figure masculine (oncle, grand-père, éducateur sportif, prof…) qui peut prendre une fonction identificatoire pour l’enfant. »

Les mères célibataires ont déjà suffisamment de pain sur la planche pour tout mener de front, alors peut-être qu’on peut arrêter de leur renvoyer dans la tronche leur situation conjugale au moindre épi de leur gamin, non ?

À lire aussi : Depuis quand « être une bonne mère » veut dire « se sacrifier » ?

Crédit photo : Eye for Ebony / Unsplash

Les Commentaires
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Avatar de Lovely_Sunshine
16 septembre 2021 à 10h31
Lovely_Sunshine
@Esturgeon Je suis d'accord avec ton commentaire, mais je voulais juste te préciser que les hommes de familles monoparentales font également face à des préjugés. En tant que sociologue, j'ai travaillé sur une enquête auprès des familles monoparentales et dans les préjugés qui ressortaient à l'encontre des pères solos, il y avait les soupçons de pédophilie et la méfiance des professionnels (enseignants en particulier) sur leurs capacités à répondre aux besoins de leur enfant. Ils avaient également des questions sur la présence ou non d'une femme dans l'entourage pour s'occuper des enfants et faire office de "figure maternelle".
Par contre, le résultat de l'enquête montrait effectivement que les mères solos subissaient davantage de préjugés que les hommes.
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