Hey le gouvernement, tu sais à quoi ressemble une journée de télétravail avec des mômes ?


Le gouvernement accordera une demande d'activité partielle aux parents qui ne pourront pas télétravailler, pendant le nouveau confinement. Mais il y a un petit problème dans l'équation là non ?

Hey le gouvernement, tu sais à quoi ressemble une journée de télétravail avec des mômes ?

Mise à jour du 1er avril 2021 (et ce n’est même pas une blague) : bon, bah ça nous pendait au nez ! Voilà, c’est officiel, on est reparti pour des semaines de « télétravail » et garde d’enfant simultanée. On souhaite force et courage à toutes celles qui sont concernées !

Article publié initialement le 30 mars 2021

Le gouvernent change d’avis plus vite qu’il ne change de masque. Après que le ministre de l’Éducation nationale a annoncé il y a seulement quelques jours que les parents pourraient obtenir un arrêt maladie pour garder leurs enfants en cas de classe fermée, Élisabeth Borne, la ministre du Travail, a annoncé finalement qu’ils bénéficieront plutôt de l’activité partielle. Sauf qu’il y a un « mais » : cette option n’existe que dans les cas où le télétravail n’est pas possible pour les parents.

Alors petite question, Madame la Ministre, comment fait-on pour télétravailler tout en gardant son enfant en bas âge ?

Soit vous n’avez jamais eu à gérer votre môme tout en devant bosser, soit vous vous foutez carrément de nos tronches. Et encore, j’essaye de rester polie. Vous voulez qu’on vous rappelle à quoi ressemble une journée type de confinement avec un enfant ? Oui ? OK, c’est parti.

Télétravailler avec un enfant de 4 ans, une vraie partie de plaisir

Je vais vous raconter MA journée type, puisque j’ai déjà été confrontée à cette situation, confinement ou non, par exemple lorsque ma fille est malade et que je ne peux pas la mettre à l’école pour éviter qu’elle ne contamine tous ses petits potes.

Globalement, dans ces cas-là, c’est moi qui suis de garde puisque j’ai la possibilité de continuer à bosser sans avoir à me rendre obligatoirement au bureau, contrairement à mon mec. Hors confinement et Covid, on ne parle là que de quelques jours, trois tout au plus, à devoir gérer ma fille et à bosser en même temps.

Mais dans le cas où sa classe ferme parce qu’un cas de Covid a été détecté, on part plutôt sur deux à trois semaines, à la maison, confinées durement. Une petite vision de l’enfer.

À quoi peut bien ressembler une journée confinées toutes les deux, avec ce détail qui s’appelle un travail à plein temps ? Concrètement, nous nous levons en même temps, nous petit-déjeunons ensemble, et j’allume ensuite mon ordinateur.

Je démarre ma première conférence de rédaction à ses côtés : elle salue la rédac avec joie, puis commence à me poser trois ou quatre (mille) questions, généralement pile quand c’est à mon tour de parler. Elle finit par s’ennuyer et décide de voir si le chat est capable de respirer si on s’assoit dessus. Spoiler : non.

Ensuite, une fois la réunion terminée et la distribution des sujets d’articles effectuée, elle me laisse environ cinq minutes toute seule, prise d’une envie fulgurante de jouer dans sa chambre en totale autonomie. Au moment où je me félicite d’avoir une petite fille si indépendante et mature, elle débarque avec de la peinture jusque dans les cheveux, me demandant de venir admirer « le beau dessin qu’elle a fait sur le mur ». Il n’est que 09h57.

Télétravail et garde d’enfant : mission impossible

Le reste de la journée est globalement identique : un nombre incalculable de conneries commises (c’est normal, elle a quatre ans), des crises essuyées parce qu’elle s’ennuie et qu’elle veut que je joue avec elle alors que je ne peux pas, un pauvre article rendu à la fin de la journée que je n’aurais, habituellement, mis qu’une heure à écrire, une fresque digne d’un Picasso bourré dessinée sur tout un mur de sa chambre, et un déjeuner composé de coquillettes au jambon avalés à la va-vite parce que « désolée ma pépette, je dois retourner bosser ». On repassera pour les cinq fruits et légumes par jour, hein.

Bien évidemment, vers 15h, je n’ai plus d’autre choix que de la coller devant la Pat’ Patrouille jusqu’à ce que son père rentre, culpabilisant et me flagellant de la laisser ainsi devant un écran au grand dam de tous les pédopsy de France.

Est-ce que j’ai le choix ? Non. Quand c’est une situation temporaire, à savoir deux ou trois jours, ça va, ça passe, je m’adapte. J’ai une rédac cheffe compréhensive, la situation est temporaire, ça peut aller.

Mais en cas de fermeture de classe pour cause de Covid, on parle quand même d’au minimum deux semaines d’exclusion, sans la possibilité de la faire garder parce qu’on n’a pas les moyens d’embaucher quelqu’un, et que nous n’avons pas de famille dans notre ville pour prendre le relai.

Bordel, tout ceci n’est qu’une vaste blague.

C’est prouvé : le 1er confinement a beaucoup plus impacté les femmes

Si on tend vers une fermeture des écoles, temporairement pour cas de Covid, ou de manière plus pérenne si un troisième confinement dur se profile, ça va être encore une fois toujours les mêmes qui vont être mises à contribution.

Pour rappel, d’après l’étude Coconel publiée par l’Institut national d’études démographiques, les femmes avaient été les grandes perdantes du premier confinement. Plusieurs indicateurs avaient montré une nette différence entre les situations des hommes et des femmes en télétravail. Anne Lambert, responsable de l’unité de recherche Logement, inégalités spatiales et trajectoires, à l’INED avait d’ailleurs commenté dans cette étude que :

« Les femmes sont les grandes perdantes du confinement, tant sur le marché du travail que dans la sphère domestique, après cinquante ans d’avancées. »

En effet, comme l’avait très justement expliqué Marie dans son article publié chez Rockie :

« Les femmes ont eu moins de possibilités de s’isoler que les hommes, car elles ne disposaient pas d’une pièce dédiée, elles étaient plus souvent entourées d’enfants et ont passé plus d’heures quotidiennes à s’en occuper. L’étude détaille que lorsqu’elles étaient en télétravail, elles ne bénéficiaient pas nécessairement d’un arrêt pour garde d’enfants. »

Je ne suis pas quelqu’un de pessimiste, mais je sais déjà qu’en cas de troisième confinement ou d’écoles fermées ponctuellement, le même schéma va malheureusement se répéter.

La santé mentale des parents, et surtout des mères, on en parle ?

Alors, quelle est la solution ? Faut-il maintenir les écoles ouvertes à tout prix et laisser le virus circuler en sacrifiant de nombreuses vies humaines ? Non.

Ce qu’il faudrait, messieurs-dames du gouvernement, c’est que vous proposiez de vraies mesures à la hauteur de ce que vous imposez aux populations concernées. Ce qu’il faudrait, c’est que vous ayez conscience de la réalité que vivent les parents et les enfants, et de l’impact que peuvent avoir toutes ces mesures sur la santé mentale des familles (et même de toute la population, mais c’est encore un autre sujet).

Je sais que la situation est extraordinaire et qu’elle demande « de grandes adaptations de la société » (pour reprendre les mots de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale). Mais c’est avant tout au gouvernement, élu par ses citoyens, de proposer des mesures réalisables.

C’est au gouvernement de faire en sorte que la campagne de vaccination passe la cinquième. C’est au gouvernement de faire attention à ce que les hôpitaux et leur personnel ne soient pas surchargés et dépassés en injectant des moyens financiers dans le service public. C’est au gouvernement de payer les pots cassés, pas à nous, les mères.

Il faudrait vraiment arrêter de nous prendre pour des soupières, merci bien.

Commentaires

Athena7901

On va peut être juste rappeler que pendant le premier confinement, au delà effectivement du fait que beaucoup de couples étaient ensemble à la maison et pouvaient (pas toujours mais en avaient la possibilité) se répartir la garde de l'enfant, il y avait tout de même un arrêt dérogatoire, indemnisé et sans carence pour les parents https://www.legisocial.fr/actualite...nt-droit-indemnites-journalieres-maladie.html

C'est ça qui fait que de nombreuses personnes n'étaient pas en télétravail. Et pouvaient donc gérer leurs enfants. L'arsenal juridique et d'indemnisation était bien plus fourni.

Ceci n'existe plus. Les conditions pour bénéficier du chômage partiel se sont durcies. Et les employeurs ne veulent clairement plus faire d'effort (mon mari se bat pour avoir du télétravail pour m'aider avec notre fils de 5 mois, mais sa boîte refuse ostensiblement alors qu'il a été en télétravail la quasi intégralité du premier confinement, tout en restant efficace).

Donc non, ce n'est pas râler "pour rien".

Sachant que si les boîtes ont été à peu près souples la première fois, ce n'est vraiment plus le cas. Et qu'il est tout à fait sanctionnable de s'occuper de son enfant pendant le télétravail. Puisque rappelons le, ça reste du travail avec la disponibilité que ça implique. Et que certains employeurs ne veulent pas entendre parler des enfants dans l'équation (je passe les nombreux : ta femme peut gérer. Ce qui fait que les femmes passent encore plus pour des emmerdeuses au boulot). Et que le gouvernement s'obstine à ne pas légiférer sur la question et à protéger les salariés.
 

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