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Source : Unsplash / Mark Pan4ratte
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Eva, 19 ans et asexuelle : « Je trouve dommage que l’amitié soit considérée comme inférieure à la romance »

Chaque semaine dans Célib, des personnes de tous genres nous racontent les joies et les questionnements de leur célibat, qu’il soit choisi ou subi. Aujourd’hui, Eva* revient sur la découverte de son asexualité et ce que cela a occasionné comme questionnements autour du couple et de l’amitié. 
  • Prénom ou pseudo : Eva*
  • Âge : 19 ans
  • Lieu de vie : j’habite en campagne (chez mes parents), mais j’étudie en ville
  • Orientation romantique et/ou sexuelle : aromantique et asexuelle

Depuis combien de temps êtes-vous célibataire ?

J’ai toujours été célibataire. J’ai eu un « amoureux » en maternelle, mais ça ne compte pas vraiment, c’était plus un ami. Et avec le recul, je me dis que je l’avais catégorisé comme « amoureux », car c’est comme ça que la société m’avait appris à voir les garçons : en tant qu’« amoureux ». Merci l’hétéronormativité !

Ensuite, j’ai eu quelques crushs, filles et garçons, mais la plupart étaient « juste » esthétiques  ou admiratifs… Ce n’était pas vraiment de la romance, je suppose…

Comment décririez-vous votre célibat ? 

J’ai d’abord cru que mon choix du célibat était dû à mes opinions (même si aujourd’hui, je sais que bien évidemment, féminisme et couple ne sont pas incompatibles, loin de là). Je disais que je n’avais pas besoin d’un garçon (vision assez hétéronormée avec le recul)…

Puis, les années passant, j’ai fini par découvrir que j’étais aromantique et asexuelle (aroace pour faire court). Tout a alors fait sens : pourquoi je n’avais jamais voulu aller « plus loin » avec mes crushs, pourquoi iels étaient si peu nombreux·ses… Ce n’était pas de l’immaturité, c’était mon identité.

Je ne saurais dire si mon célibat est un choix, ou non, aussi dirais-je que c’est une évidence.

J’aime ce célibat, cette solitude qui n’en est pas vraiment une. Car j’apprends à trouver de l’amour sous d’autres formes tout autour de moi : ami·es, famille, animaux de compagnie…

Je pense être heureuse comme je suis, ou du moins plus heureuse que si je m’étais forcée à « faire comme les autres ».

À lire aussi : Je suis asexuelle, et j’aimerais qu’on me foute la paix

Votre célibat a-t-il une incidence sur votre vie amicale ou familiale ?  

Je ne dirais pas que mon célibat a une incidence sur ma vie amicale, mais plutôt que la vie de couple de mes ami·es a une incidence sur nos amitiés. Je ne dis pas qu’iels préfèrent leur couple à leur amitié avec moi, mais étant donné que toute notre vie, l’amitié est montrée comme étant moins importante que la romance (qui serait une étape en plus, au-dessus de l’amitié), j’ai parfois du mal à me sentir à ma place. La première fois que j’ai ressenti cela, c’est quand ma meilleure amie s’est mise avec son premier copain : je me sentais si loin, si différente d’elle ; j’avais l’impression que nous n’avions plus rien à partager… Une de mes plus grandes peurs est de finir seule, abandonnée par mes amie·s qui auront tou·te·s fondé une famille, tandis que moi je resterais « l’enfant », la « vieille fille »…

À lire aussi : La vieille fille, figure insoupçonnée de l’anticapitalisme ?

Quant à ma vie familiale, je ne pense pas que le célibat ait une incidence majeure dessus – mises à part les sempiternelles questions du type « quand est-ce que tu nous ramènes un petit copain ou une petite copine ? » Si ma famille n’est pas dans l’hétéronormativité, elle reste malheureusement dans l’amatonormativité (croyance injonctive en ce qu’il serait préférable et désirable d’être dans une relation exclusive d’amour romantique, ndlr), je pense que ces deux facettes de ma vie n’entrent pas trop souvent en interaction.

Toutefois, je me dis que, les années passant, le célibat aura une incidence grandissante sur mes rapports avec ma famille – et j’espère de tout mon cœur me tromper…

Estimez-vous que le célibat a un impact sur votre moral, au quotidien ? 

Parfois, je me sens si seule… Comme si tout le monde allait finir par se mettre en couple et m’abandonner. Comme si tout le monde aimait quelque chose qu’il m’est impossible d’aimer. Comme si j’étais laissée de côté, dans ce monde qui ne tourne qu’autour de la romance et du sexe.

Être célibataire vous permet-il des choses que vous ne pourriez pas faire en couple ? 

Je pense que le célibat, et même si cela peut faire peur à de nombreuses personnes, est surtout bénéfique dans la « solitude » qu’il apporte (je mets des guillemets, parce qu’être célibataire ne rime pas avec être seul·e). Pour moi, cette solitude est bénéfique, dans ce sens que je me réalise seule, j’apprends à me connaître pour moi (et non dans un objectif futur de me mettre en couple), ce qui est – à mon sens – le plus important, étant donné que je suis la personne qui m’accompagnera tout au long de ma vie !

À l’inverse, être célibataire vous empêche-t-il de faire des choses que vous pourriez faire si vous étiez en couple ? 

Malheureusement, l’amatonormativité est encore bien trop présente dans cette société…

J’ai conscience que les célibataires ont malheureusement tendance à être défavorisé·es par rapport aux personnes en couple : nous sommes perçu·es comme immatures, pas sérieux·ses. L’image de la « vieille fille » et du « Tanguy » a la peau dure ! Par exemple, je me dis que si jamais plus tard je voulais avoir un enfant seule, ce serait une véritable bataille

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Crédit : Unsplash / Mark Pan4ratte

Ressentez-vous une forme de pression à chercher « activement » un ou une partenaire amoureux·se ? 

Qu’il s’agisse des films, de ma famille (les fameuses questions aux repas de famille sur les petit·es copain·ines), de mes ami·es (« quand tu seras en couple,… » ; « je te vois bien avec ce type de gars / meuf… » : toute ces phrases qui, même si elles ne se veulent pas méchantes, me font sentir encore plus anomale…), j’ai l’impression que tout me pousse à être en couple.

Je pense qu’il s’agit d’une amatonormativité ambiante, qui nous dirait que pour être heureux·se, il faudrait rentrer dans la norme, dans ce fameux modèle de la famille nucléaire : un papa, une maman, un petit garçon et une petite fille. Le problème, c’est que je ne serai pas dans cette norme à la c*n, ni maintenant, ni jamais ; et qu’elle me fait me sentir anormale, associable, immature, fermée d’esprit, bizarre… Au point que j’ai tendance à me dire que tout serait bien plus simple si je n’étais pas aroace.

Je rajouterai que je trouve ça triste qu’aujourd’hui, on ne puisse accepter qu’une personne, qu’il s’agisse d’un choix ou d’une orientation sexuelle et romantique, soit célibataire. Que des personnes se mettent en couple, se marient « pour faire comme tout le monde ». Que dans les films et les romans, le célibat soit diabolisé au point que le héros ou l’héroïne qui, tout au long de l’histoire n’a cessé d’être « anti-romance », finisse par tomber amoureux·se. Que les amitiés soient toujours considérées comme inférieures, comme moins importantes que le couple. Je trouve ça dommage.

Estimez-vous que le célibat a un impact sur vos finances ? 

Étant donné que je vis encore chez mes parents, et n’ayant donc pas de loyer à payer, je pense que le célibat a un impact positif sur mes finances (pas de cadeaux, de restaurants hors de prix…)

Je pense toutefois à ma meilleure amie qui songe à prendre un appartement avec son copain, et qui se réjouit car ce sera moins cher. Si jamais je voulais prendre un appartement, et moi aussi payer moins cher, je devrais galérer à trouver un·e coloc. Je trouve que ce n’est pas juste.

Quels sont vos projets pour le futur ? Le célibat a-t-il un impact sur ces envies et ces projections ? 

Je ne sais pas vraiment où je me vois dans 5, 10, 15 ans, mais si je suis sûre d’une chose, c’est que je veux voyager ! Étant donné que c’est quelque chose que je voudrais faire seule, entre ami·es ou en famille, je ne vois pas trop ce que ça aurait à voir avec le célibat !

Avez-vous une anecdote sur le célibat à partager ?

À Noël, mon oncle m’a demandé : « Et toi alors, tu as un amoureux ? », je lui ai répondu du tac au tac : « Non, et toi tu en as un ? »

Ça a bien fait rire tout le monde – heureusement que ma famille n’est pas LGBTphobe d’ailleurs !

Merci à Eva* d’avoir répondu nos questions !

* Le prénom a été modifié.

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Les Commentaires

6
Avatar de Aslys
10 septembre 2023 à 12h09
Aslys
Je suis ace aussi (jamais la moindre libido, je ne sais même pas se que ça veut dire de vouloir sexer ahah).
Je ne sais pas si je suis aro aussi mais j’ai déjà vécu des relations très très profondes avec des amis, ce qui m’a toujours convaincu dans l’idée que je préférais l’amitié à l’ « amour romantique » tel qu’il est défini par notre société (honnêtement pour moi, et depuis longtemps : l’amour c’est : amitié + sexe).
Du coup voilà, j’aimerais que l’amitié soit plus reconnue car pour moi c’est une relation désintéressée, non basée sur une quelconque attirance sexuelle ou physique comme peut l’être l’amour type.
Pour celle que ça intéresse je recommande vivement le manga « Nana » qui parle d’une amitié très forte entre deux femmes (ce qui est rare imo, on a pléthore de buddy movie et de bromance dans la fiction mais l’amitié féminine est rarement représentée).
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