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Société

En 2022, les petits garçons grandissent toujours pétris de stéréotypes : on fait quoi ?

Comment construire une génération de garçons libérés des stéréotypes de genre et des clichés autour de la masculinité ? Un rapport britannique propose plusieurs réflexions sur la façon d’y parvenir.

Tout le monde a déjà entendu l’expression « Boys will be boys », ou pour le dire en bon français, il faut bien que jeunesse se passe pour parler de tous les comportements que peuvent avoir les garçons et les adolescents.

Un vieil adage dont on aimerait bien ne plus jamais entendre parler tant il banalise et surtout excuse les pires actions et les petites bassesses sexistes.

La Global Boyhood Initiative, un projet co-créé de la Kering Foundation et de l’organisation Equimundo a produit un état des lieux sur le rapport des jeunes garçons à la masculinité en Grande-Bretagne. Il permet d’observer une certaine persistance des stéréotypes et leurs conséquences, notamment en matière de santé mentale.

La violence, une norme dans l’enfance des garçons

Comment se construit-on comme garçon, pendant l’enfance, puis l’adolescence, comment devient-on un homme et au fond, qu’est-ce que cela veut dire ?

Dans le rapport The State of UK Boys, la question de la violence, celle du rôle de la famille, sont abordées mais aussi une vision intersectionnelle de la masculinité, pour y inclure des enjeux de classe, de race, de handicap, de sexualité, de culture.

Plusieurs chercheurs et expertes des questions de genre et d’éducation soulignent dans le rapport la question de la violence. Une violence que les garçons observent et intègrent, et pourront donc perpétuer :

« Les enfants normalisent la violence comme une différence biologique – et donc, naturelle – entre les hommes et les femmes. Cela permet aux garçons de se distancier de toute violence dans le présent, et montre qu’ils voient la violence comme une marque de l’âge adulte quand on est un homme »

Le poids et la perpétuation des stéréotypes

Si elle peut (et devrait) être une cellule de protection et un lieu d’épanouissement pour chaque enfant, la famille est aussi malheureusement un endroit où s’exerce la pression à se conformer à son genre et aux stéréotypes qui y sont liés.

La chercheuse Olivia Dickinson rappelle qu’une étude de 2021 montrait que 70% des garçons ont le sentiment qu’ils ne devraient pas, ne pouvaient pas ou n’étaient pas autorisés jouer à une activité présumée comme étant « un truc de fille » : « Ils se sentaient honteux ou gênés et cela venait de leurs parents. »

La famille est donc souvent un lieu de formatage, non par la violence mais par exemple par la simple observation du quotidien, la façon dont peuvent être réparties les tâches ménagères au sein du foyer dans une famille nucléaire.

L’enjeu de la santé mentale est aussi crucial : retenir ses émotions et ses sentiments, ne pas pleurer, croire que se montrer vulnérable remettrait en question son identité masculine, sont encore autant de préjugés très prégnants, distillés dans l’imaginaire des garçons dès l’enfance.

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Le ciment de l’homosocialité

Le renforcement de la masculinité et des normes de genres qui y sont affiliés se fait aussi par les dynamiques de groupe : c’est ce que l’on appelle l’homosocialité, un concept sociologique qu’explique de façon très pédagogique Daisy Letourneur dans son livre On ne naît pas mec : « la tendance à avoir une préférence pour les personnes du même genre dans les relations non sexuelles. »

Quand on est petit garçon, l’homosocialité s’observe dans la cour d’école, dans les jeux identifiés comme ceux des garçons. Elle est perçue comme normale, complètement inoffensive, et est parfois encouragée tacitement par les adultes. Et évidemment, elle ne s’arrête pas au passage à l’âge adulte, bien au contraire.

« L’homosocialité fait système », souligne Daisy Letourneur. « On commence par trouver normal d’être plutôt ami avec des garçons et on continue sans se poser de question à rester entre hommes dans les conseils d’administration ou les gouvernements. »

L’humour, et notamment les blagues graveleuses font partie de ce ciment de la masculinité souligne plusieurs études citées dans le rapport The State of UK Boys :

« Les plaisanteries créent de l’appartenance et de l’exclusion qui créent du plaisir et du lien à travers de la camaraderie et un alignement autour de valeurs communes, mais qui excluent aussi ceux qui n’adhèrent pas aux mêmes pratiques de masculinités. »

Écouter plutôt que punir

Si le rapport pointe des moyens et des initiatives, notamment au niveau scolaire, pour lutter contre les stéréotypes de genre, il tient aussi à montrer que certaines bonnes intentions sur le sujet ne se soldent pas toujours par les résultats escomptés.

Plusieurs chercheurs montrent notamment qu’une approche punitive ou « tolérance zéro » à l’égard des comportements ou propos problématiques des garçons et des adolescents est loin d’être adaptée et surtout, loin d’être productive :

« Pour continuer à casser des normes nocives, nous avons un besoin crucial d’être dans la collaboration et le dialogue avec les enfants et les jeunes, être curieux de leurs perspectives et de leurs expériences plutôt que croire qu’ils ont besoin d’être “réparés”. »

À lire aussi : Mes gosses jouent à la guerre, et ça me crispe, j’ai raison ou pas ?

Crédit photo : Ashton Bingham via Unsplash


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Les Commentaires

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Avatar de Penny65
8 novembre 2022 à 23h11
Penny65
Bonjour,
Je suis allée regarder le rapport (je n'ai pas tout lu, mon anglais n'est plus assez fluide, mais j'ai quand même parcouru). C'est un document de 47 pages. Si on enlève la page de garde, le sommaire, les annexes, on va de la page 4 à la page 39, soit 36 pages. Le thème de la violence occupe les pages 13 et 14, 2 pages sur 36, 5.5 %.
Loin de moi l'idée de nier la réalité de certains comportements éducatifs qui reproduisent une masculinité toxique, mais de là à faire une généralité de deux pages d'un rapport sur la jeunesse britannique ...
J'ai aussi peur de comprendre dans l'article un certain déterminisme qui ferait que les garçons seraient violents parce qu'ils sont des garçons et sont éduqués somme tels. Ce que je comprends du rapport est qu'ils disent être confrontés à la violence, pas qu'ils l'apprécient. Mais effectivement : que faire contre cette violence ?
Pour ma part, je refuse de croire à une telle fatalité, qui ferait de nos fils des êtres sujets à la violence. Pour que cela n'arrive pas, il faut éduquer, éduquer, éduquer, éduquer ... Eduquer nos fils, nos hommes, nos frères, nos pères, nos amis ... Ne pas laisser passer sans faire de remarque tout ce qui s'apparenterait à du sexisme ou de la violence (qui ne s'exerce pas que vis à vis des filles, mais bien souvent entre eux). Parce que la violence ne résoud rien et n'est pas une solution. Leur apprendre que "la violence est l'arme des faibles", que quand on tape, c'est qu'on a perdu. Être nous-même irréprochables sur le sujet, parce qu'une tape à l'enfant qui nous énerve, une "engueulade", cela nous soulage, certes, mais c'est aussi de la violence. Et crier sur son enfant parce qu'il a tapé son frère, (ou qu'il a failli balancer sa sœur dans l'escalier) et bien c'est répondre à la violence par la violence. Je l'ai fait et je l'assume, parce que la petite sœur dans l'escalier, ou le pied de la dite petite chérie dans mon nez et mes lunettes qui volent (ben oui, elle a voulu me faire une farce quand je bordais le lit ...) , et bien ça provoque des réactions pas toujours contrôlées. Mais il ne faut pas se laisser prendre au piège d'une automaticité qui ferait qu'au moindre pas de travers, à la moindre bêtise, c'est la main qui se lève, c'est le ton qui monte.
Le premier remède contre la violence, c'est nous, notre éducation, notre comportement.
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