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Comment les coachs en rangement alourdissent votre charge mentale tout en prétendant la diminuer

Vous aussi, vous fantasmez sur les intérieurs façon Marie Kondo, Home Edit, Simply Organized, Neat Method et autres gourous de l’ordre, du minimalisme et de l’assortiment par couleurs de vos légumes et vêtements ? S’il peut être extrêmement satisfaisant, façon ASMR visuel, de consommer ces contenus et adopter une astuce ici et là, attention au trop-plein et à la culpabilité que peut induire le contraste entre vos salons et cuisines en vrac et les vignettes Instagram et TikTok de ces influenceurs rangement dont c’est le boulot – pas le vôtre.

« Comme je repousse souvent les tâches domestiques, ça me détend de regarder des vidéos de rangement, c’est presque comme si je le faisais par procuration. Mais la vérité, c’est que je manque de temps. Plier, ranger, organiser de telle ou telle manière, ce n’est pas un automatisme, ça demande un réel investissement. Puis il y a cette culpabilité de ne pas y arriver, de ne pas avoir une maison de magazine », me confesse Marine sur Instagram.

Je dois avouer que, moi aussi, les avant-après nettoyage et rangement me procurent un frisson de bien-être. La crasse qui s’échappe du tapis au siphon, la traque de la moindre poussière, les coussins posés dans une parfaite symétrie et assortis au jeté de canapé qui me donnent envie de plonger dans l’image et de m’y rouler en boule. Comme pour les montages photos de transformations physiques (avec le très classique « après » de corps amincis par une pratique sportive et des restrictions alimentaires propre à la Diet Culture), il y a ce côté magie, claquement de doigt, l’illusion de la facilité qui efface tout frein lié à des moyens socio-économiques, de temps, d’argent. Il suffit de le vouloir, de « s’en donner les moyens ». Pourtant, on ne se donne pas les moyens, on les a ou on ne les a pas. 

Une charge mentale qui s’accumule plus vite que la poussière sur les étagères

Une maison organisée façon influenceur est un luxe. Pour le commun des mortels, ranger à la va-vite, en mode survie, entre son boulot, ses gosses et ses priorités passent avant avoir un placard à épices instagrammable. Quand je finis ma journée de travail et que je file en trombe – et en retard – récupérer mon fils à l’école, je me demande si j’ai une protéine à lui cuisiner, si le poulet qui traine dans le frigo depuis quelques jours a tourné ou non, si j’aurais le temps de mettre un point final à ce papier entre 20h et 22h30 après l’avoir endormi, si je vais un jour venir à bout de la pile de vêtements qui commence à prendre la forme de l’Everest sur le fauteuil du salon.

Je cours derrière le temps, constamment.

Et mon temps n’est pas celui de telle ou telle influenceuse, mannequin, actrice ou chanteuse. Mes 24h ne sont pas les leurs. Le temps s’étire différemment en fonction de qui on est et de ce que l’on possède. Le plus souvent, celles qui mettent en avant leurs maisons-modèles vivent de leurs contenus et/ou délèguent à du personnel (ménage, garde d’enfant, décorateur d’intérieur etc.). Pour ma part, je n’ai ni l’espace mental ni les ressources matérielles pour que mon garde-manger soit fait de boites étiquetées et ordonnées, que les vêtements de mon fils, ou les miens, tombent tout droit de jolis petits cintres en velours et soient rangés par saison, couleurs et matières. Ou bien le temps d’une semaine, lorsque j’essaye de jouer à la meuf parfaite, attendant que le capharnaüm reprenne ses droits.

Appuyer un peu plus les inégalités de genre

Les charges domestiques et parentales pèsent encore très largement sur les épaules des femmes en couple hétérosexuel. Dans ce cadre, ces tendances à l’organisation à outrance représentent un accroissement du travail lié à la domesticité et, de fait, un alourdissement des inégalités hommes femmes. Pire, les comptes de rangement glamourisent des tâches pénibles et sisyphéennes. Alors oui, c’est joli et satisfying à regarder cet avant-après de 15 secondes sur TikTok, mais arriver à un tel résultat prend un chouia plus de temps, et surtout, est un éternel recommencement. Bonjour le burnout et l’impression d’échouer en permanence. 

Même Marie Kondo, impératrice de l’organisation et promotrice de « l’étincelle du bonheur » via son bestseller La magie du Rangement adapté en série Netflix, est revenue sur ses principes et a lâché du lest avec l’arrivée de ses enfants. Mais non sans rester sur l’autoroute du capitalisme puisqu’elle nous en fait un nouveau livre : business is business. Après nous avoir culpabilisé d’accumuler des objets, nous avoir invité à jeter la moitié de nos possessions et ranger le reste façon hôtel boutique, elle nous vend une nouvelle méthode, le « Kurashi », qui renvoie à la façon idéale dont on occupe son temps et dont le sous-titre (comment organiser son espace et atteindre sa vie idéale) me donne envie de me taper la tête contre un mur, mais un mur agrémenté de jolies étagères en bois d’acajou de Cuba.

Faire peser l’ordre des choses et l’ordre du monde sur les femmes

Les fixettes sur la disposition impeccable d’armoires, réfrigérateur, placards et tiroirs ne sont-elles pas autant d’illusions que nous sommes en contrôle d’un monde qui nous échappe ? « Vous savez, c’est ce mensonge moderne et aliénant qui avance que si nous, les femmes, étions prêtes à consacrer et sacrifier temps et argent pour garder nos maisons apaisantes, bien rangées, sans plastique, entièrement écolo, nous pourrions alors tout réparer, de notre santé mentale à la crise climatique« , constate la chercheuse Nurit Segal. 

Cette conception est effectivement mensongère et vectrice de culpabilité. Elle est aussi si rigide. Une tyrannie de la « bonne » façon de faire. Pourquoi est-ce que chaque coin de nos habitations devrait être rangé de la façon la plus optimale ? Optimale selon qui ? Dans quel but ? Rationaliser chaque instant, chaque espace ? Quelle tristesse. Cette uniformisation du rangement est aussi un refus de la multiplicité des façons de penser et faire. Nos cerveaux ne sont pas tous connectés de la même façon. Chez moi, par exemple, un certain désordre satisfait un besoin émotionnel que je ne saurais expliquer. J’aime que les couverts soient en vrac, le garde-manger un bric-à-brac de sucré, salé, pâtes, céréales, biscuits, dans leurs emballages d’origine, que je doive farfouille pour trouver ce que je cherche. J’aime que les jouets de mon fils sortent de leurs boites comme s’ils avaient leur vie propre ou qu’une de ses sculptures en pâte à sel traine sur la table basse du salon, que ça vive, bordel. 


Écoutez l’Apéro des Daronnes, l’émission de Madmoizelle qui veut faire tomber les tabous autour de la parentalité.

Les Commentaires

66
Avatar de Ketty02
28 août 2023 à 22h08
Ketty02
@PrincessMey merci beaucoup pour ton retour !
J'avais justement des doutes sur les cassettes, mais si les pastilles pour lave vaisselle classique fonctionnent, ça me rassure.
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Voir les 66 commentaires

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