J’ai testé pour vous… les acouphènes permanents


Les acouphènes permanents, vous connaissez ? Voici le témoignage d'une madmoiZelle qui a décidé de rester anonyme. Elle veut se faire appeler Marie-Antoinette.

J’ai testé pour vous… les acouphènes permanents
Ce jeudi 12 mars 2020, c’est la journée nationale de l’audition. En cette occasion, madmoiZelle met en avant des témoignages de lectrices et personnalités qui se livrent sur ce qu’elles vivent afin de t’éclairer davantage sur le sujet.

Publié le 18 juillet 2011

Vous connaissez cette sensation de sifflement dans les oreilles, après avoir écouté de la musique trop fort ou juste en période de stress ? On appelle ça des acouphènes.

Souvent, ça part au bout de quelques secondes ou de quelques minutes. Mais si vous manquez de chance, ça ne part pas. Jamais.

Les acouphènes, je vis avec depuis plus de quatre ans. Je suis bien partie pour me les trimballer toute ma vie. Je vous souhaite de ne jamais connaître ça !

Une boîte de nuit au son vraiment trop fort et…

Tout a commencé par une nuit de marathon-boîte. Avec mon copain, on enchaîne les soirées, on danse, on boit, et sur les coups de quatre heures du matin, on s’en fait juste une petite dernière…

Dès que j’ai passé la porte, je me dis que le son est vraiment trop fort. J’attends cinq minutes histoire de dire, puis je repars et je m’écroule dans mon lit, morte de fatigue.

Le lendemain, je remarque un sifflement, je me dis que ça passera – comme d’habitude. Erreur.

Le surlendemain, je commence à m’inquiéter.

Je tape « acouphènes » sur Google et je prends en pleine tête les histoires horribles de milliers de gens qui ont vécu la même chose et qui écrivent leur colère, leur angoisse, leur déprime. Parce qu’évidemment c’est l’essentiel de ce qu’on trouve sur Internet, comme quand on cherche « rhume » et qu’on tombe sur « mort instantanée dans d’atroces souffrances ».

C’est d’ailleurs pour offrir un témoignage un peu plus raisonnable que j’écris ce texte.

Je comprends vite le problème : plus les acouphènes durent, plus ils ont de chances de s’incruster ; après 48 heures il est souvent déjà trop tard, et il n’existe aucun remède.

Je me roule en boule et j’attends. Je suis incapable de bosser, incapable de regarder un film, je décroche des conversations, je ne peux plus parler.

Je cours consulter des ORL qui confirment un choc auditif, je m’entends répéter que je ne peux rien faire. Je repars avec des gouttes pour dormir, ou plutôt pour assommer. Un médicament qui depuis a été interdit parce que trop dangereux, mais que j’ai pris pendant un an, parce que c’est toujours pire le soir.

Ce sifflement qui ne s’arrête jamais

Au lit, difficile de ne pas se concentrer sur ce maudit sifflement qui ne s’arrête jamais.

Des acouphènes, c’est comme une trace noire dans son champ de vision – sauf qu’on n’a pas la solution de fermer les yeux. Impossible d’échapper à ce bruit.

Je mettrai trois mois à sortir de ce qu’il faut bien appeler une dépression. Six mois au total, avant de me remettre à peu près sur pied. Mais le bruit, lui, est toujours là.

Quatre ans ont passé. Je pensais avoir dompté le problème. Je me disais que mes acouphènes étaient bien présents mais que j’avais la chance d’entendre un unique son régulier, et pas des bourdonnements ou bruits de cloche comme certaines personnes.

Des patients perdent de l’audition. D’autres entendent des bruits tellement forts que ça les perturbe en continu.

J’avais même appris à me focaliser sur mon sifflement quand je voulais éviter d’entendre les conversations inintéressantes – pour transformer le handicap en bouclier.

Ce n’était pas parfait : par exemple, assumer n’a pas du tout été évident. La plupart de mes amis ignoraient jusqu’à récemment mon problème, je n’ai pas pu leur avouer de quoi je souffrais parce que dire les choses les rendait réelles.

Mes deux derniers petits amis n’ont jamais su, l’actuel a la moitié de l’information. Pour moi, l’idée d’être « abîmée » était insupportable. Je pensais que les gens m’aimeraient moins.

Ce qui est sûr, c’est que moi-même, je m’aimais moins. En ayant des acouphènes, j’ai compris que le corps pouvait se blesser et pour moi qui avais toujours compté sur une constitution en acier, c’était comme d’apprendre qu’en fait j’allais vraiment vieillir et mourir un jour.

Mais j’ai recommencé à sortir. Avec des boules Quiès, toujours, que je cachais sous mes cheveux parce que j’avais peur que des gens les aperçoivent (et quand on préfère les énormes toutes jaunes, c’est très difficile à cacher) (il m’arrivait de les couper en deux pour mieux paraître « normale »).

La situation paraissait sous contrôle. Donc bourrée, en janvier, je me suis dit que je pouvais bien passer une heure sans protection, dans une boîte au niveau sonore vraiment très raisonnable.

La rechute

J’ai joué, j’ai perdu.

Une faute en quatre ans et j’ai aggravé le problème, ajoutant à mon sifflement régulier un bruit de vieux modem du côté droit. Essayez de dormir avec ça pour rigoler…

Re-panique. Re-déprime. Re-mur dans la tête, en se demandant si je vais vivre avec, si je peux vivre avec.

Cette fois je ne consulte personne, je ne prends aucun médicament, je sais que ça ne sert à rien (à part se rendre accro aux calmants). J’ai essayé l’acupuncture, les micro-ondes, l’ostéophathe, le gingko… tout ce qui est recommandé.

Mais de vrais acouphènes, ça ne se soigne pas, et pour l’instant la science n’a aucune piste. Le seul truc qui me soulage est d’écouter de la musique « naturelle » pour m’endormir, comme le remous de l’océan ou la pluie qui tombe.

Je viens de m’en remettre à peu près. Il m’a re-fallu six mois.

Par contre je suis totalement parano, je ne vais plus jamais à un concert, plus jamais en boîte, je mets des boules Quiès à mes cours de fitness, je quitte systématiquement les endroits bruyants, souvent sans oser donner d’explication.

J’ai toujours aimé danser, je suis frustrée de ne plus faire la fête. C’est chiant, la vie sans fête. C’est super bizarre, de devoir éviter le bal du 14 juillet, les musiciens et les soirées de ses amis.

Mais si je me reprends ce mur une troisième fois, je ne vois pas comment je remonterai la pente (je l’ai fait deux fois, je répète que c’est faisable, mais je ne souhaite l’expérience à personne). Donc je ne prends pas le risque.

En ce moment, je cherche des solutions pour apporter un peu de fun dans mon existence et c’est tendu. J’ai même peur des gens qui parlent fort !

Quelques conseils pour finir

Donc voilà. Les acouphènes, c’est surmontable avec beaucoup de patience mais il ne faut pas rêver, ça restera compliqué, a priori pour le restant de mes jours.

Parfois, ça tombe sans prévenir, mais souvent, les acouphènes sont dus à un excès de décibels dans nos fragiles oreilles (qui, traumatisées, « impriment » le bruit).

C’est pourquoi, SERIEUSEMENT :

  • N’écoutez pas votre musique trop fort (quand j’entends les basses s’échapper des écouteurs de quelqu’un, j’ai envie de faire une bonne action et d’arracher les écouteurs de ses oreilles),
  • En concert et en boîte, mettez des boules Quiès,
  • Faites des pauses (cinq minutes de silence toutes les heures de bruit),
  • Écoutez votre corps : si vous trouvez que le son est trop fort, fuyez (aucune soirée n’est assez cool pour légitimer de vous flinguer les oreilles à vie) (rappelez-vous également que les dommages internes peuvent commencer même avant que la sensation de douleur existe),
  • Si des acouphènes commencent, éloignez-vous immédiatement.

Deux millions de personnes souffriraient d’acouphènes en France.

C’est beaucoup trop, surtout si on peut l’éviter. Alors je vous en supplie, faites attention. Les gens qui aiment la musique sont les premiers touchés, on trouve notamment de nombreux musiciens (Ozzy Ozborne, Sting, Thom Yorke, la liste est longue) mais peu en parlent.

Et c’est bien le problème : les acouphènes sont considérés comme honteux (et par moi aussi) donc personne ne vient hurler qu’il faut d’urgence baisser le volume.

Donc voilà, ceci est mon signal d’alarme, parce que j’aurais aimé être prévenue : n’ayez pas peur de penser et de dire que le son est trop fort, et agissez en conséquence. C’est dur parce que ça va à l’encontre d’une certaine idée de la fête. Mais ça vaut mieux que ne plus jamais faire la fête.

Fab

Fab

Fab est le créateur et le patron de madmoiZelle.com, lancé le 1er octobre 2005 dans son grenier. Il aime mener de très longues interviews et aider des jeunes-qui-n'en-veulent à percer.

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Commentaires

Carabosse8

Bonjour,
Je vois que cet article date de quelques années, je souhaitais apporter mon petit témoignage au sujet des acouphènes dont j'ai moi-même souffert durant quelques années.
Ce bourdonnement permanent dans l'oreille qui s'est installé au fil du temps, me rendait folle au début mais j'ai fini par m'y habituer alors qu'ils étaient toujours très intenses, ce dont j'étais malgré tout consciente. Mais vivant bien et pensant gérer correctement mes acouphènes, j'ai fini par espacer mes rdv chez l'orl au fur et à mesure.
Au bout de quelques temps, il s'est avéré qu'ils étaient le symptôme d'un neurinome de l'acoustique. Aujourd'hui, je me suis fait opérer tout va bien mais j'ai perdu mon oreille gauche puisque le nerf auditif a été coupé, le neurinome très gros s'est étalé dessus. Je sais que je n'aurai pas dû négliger mes rdv chez l'Orl. C'est un neurinome extrêmement rare mais il existe, et il est malheureusement difficile à détecter. Je sais que c'est l'évolution de mes acouphènes qui a permis à mon médecin de le détecter mais malheureusement il aurait pu le faire plus tôt si j'avais été plus consciensieuse.
 

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