J’ai appris à prendre soin de ma santé mentale, et à ne plus en avoir honte

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En cette journée mondiale de la santé mentale, Clémence témoigne de sa propre expérience des problèmes de santé mentale : de la honte vers l’acceptation, et surtout l’apaisement.

J’ai appris à prendre soin de ma santé mentale, et à ne plus en avoir honte

Ce mardi 10 octobre, c’est la journée mondiale de la santé mentale. J’étais partie pour sortir des chiffres sur les maladies mentales, la prise en charge, le coût des soins, et cætera…

Et puis je me suis souvenue que je ne travaillais pas pour Le Monde, que mes ressources étaient limitées, et surtout, que ce serait formidablement hypocrite d’aborder le sujet avec autant de distance, compte tenu de ma propre situation.

À l’occasion de cette journée mondiale de la santé mentale, je vais te faire une confidence : ce sujet me touche particulièrement. C’est une grande source de honte pour moi, mais j’ai décidé d’en sortir.

Les problèmes de santé mentale, ce tabou étrange

— Ça va ? T’as pas l’air bien.
— Non c’est vrai, j’suis un peu patraque en ce moment.

La suite de cette banalité a souvent été :

— Je dois couver un truc.
— Ouais c’est vrai, y a pas mal de saloperies qui traînent, c’est la saison.

J’ai toujours été à l’aise pour raconter dans les moindres détails mon historique médical.

De mes bronchites à répétition, jusqu’à mes pires sinusites en passant par mes gastro les plus colorées (ahem), je ne suis pas avare de détails lorsqu’il est question des dysfonctionnements de mon corps.

J’ai déjà pu répondre, à la question « comment ça va en ce moment » :

— Écoute je me remets d’une gastro ca-ra-bi-née, la semaine a été vraiment difficile, là.

En revanche, je n’ai jamais, jamais répondu ça :

— Écoute je sors à peine d’un épisode dépressif bien profond, qui m’a sonnée pendant un bon mois. La dernière semaine a été particulièrement difficile. »

Pourquoi ?

Mes problèmes de santé mentale me semblaient incurables

Bien sûr qu’à comparer les problèmes de santé mentale aux problèmes de santé physique, je me pensais condamnée à subir mes afflictions sans jamais réussir à prendre le dessus.

Les crises d’angoisse ne se soignent pas à coups d’antibiotiques, il n’existe pas de vaccin contre la dépression… Et si la science ne peut rien pour soulager ma douleur, c’est donc que je suis condamnée à l’endurer. Non ?

Non, bien sûr.

C’est une autre forme de thérapie qui permet de répondre aux problèmes de santé mentale, mais ces thérapies ne sont ni moins efficaces, ni moins « légitimes » que ma boîte de Doliprane ! (Juste beaucoup plus chères et beaucoup moins bien remboursées, voire pas du tout.)

J’écris ça, parce que j’ai aussi longtemps nié mes douleurs psychiques, persuadée que j’en contrôlais l’origine.

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Les problèmes de santé mentale me semblaient irréels, psychosomatiques

J’avais doublement tort sur ce point : ce n’est pas parce qu’une blessure est invisible qu’elle n’existe pas, donc ce n’est pas parce que je n’ai pas une douleur à « montrer » au médecin, à localiser, qu’elle n’existe pas.

Ensuite, je me méprenais complètement sur le sens de « psychosomatique » : je m’étais convaincue que mon cerveau me trollait, en m’inventant des pathologies. Il suffirait alors de décider d’aller mieux pour m’en débarrasser.

En réalité, ces maux étaient justement des signaux d’alerte quant à mon état de santé mentale : je ne vais pas bien, mais je suis en train d’ignorer cette douleur. Alors mon cerveau la transfère sur une partie du corps, histoire que je ne puisse plus m’auto-persuader que c’est rien, ça va passer.

C’est ainsi que mon burn out a été décelé par un médecin, non pas parce que je me plaignais d’être stressée ou angoissée, mais parce que je m’étais bloqué toute la moitié gauche du corps, de la nuque à la hanche.

Mon corps me disait stop, je ne pouvais plus me rendre sur mon lieu de travail sans perdre l’usage de mon bras gauche. On fait pas moins subtil comme signal d’alerte, et pourtant, j’ai vraiment essayé de l’ignorer.

Les problèmes de santé mentale me semblaient être une honte, à cacher aux autres

Je ne me suis jamais sentie aussi faible, aussi vulnérable, aussi inutile et honteuse que le jour où j’ai fini par admettre que j’avais besoin d’aide pour confronter et apaiser mes problèmes de santé mentale.

Plusieurs tentatives de thérapies s’étaient soldées par des échecs, notamment parce que je ne pardonnais jamais à mes thérapeutes de ne pas réussir à soulager ma douleur.

Je continuais à les comparer avec la médecine « physique », celle qui soulage en 2-2 avec le bon cachet, pris au bon moment.

Même lorsque des médecins échouaient à me soigner du premier coup, même lorsqu’ils me faisaient mal, c’était toujours temporaire. La douleur finissait par disparaître.

Évidemment, ça ne marche pas comme ça avec les problèmes de santé mentale, quels qu’ils soient.

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J’ai toujours honte, je crois, d’avoir perdu autant de temps dans ma vie à refouler ces problèmes, à les négliger, à ME négliger, au fond.

J’ai toujours la sensation que de venir avouer publiquement que je suis en thérapie, c’est me marquer toute seule comme défectueuse, cassée. Imparfaite.

Mes problèmes de santé mentale ne sont pas un sortilège

Cet été, j’ai écrit une lettre de rupture à ma dépression. J’ai commencé une nouvelle thérapie, enfin une thérapie qui me convient, à en juger par les progrès phénoménaux que j’ai réussi à faire, en quelques mois seulement.

C’est surtout pour cette raison que je voulais apporter mon témoignage, à l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale.

Parce qu’on en fait des caisses tous les ans pour vacciner les plus vulnérables contre la grippe, qu’on se pare d’un ruban rouge contre le SIDA, qu’on vide ses poches de pièces jaunes pour les enfants malades, qu’on se mobilise autour du Téléthon…

Mais que je ne me suis jamais sentie soutenue, encouragée à prendre soin de ma santé mentale.

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C’est pourtant essentiel, et j’ai perdu énormément de temps et d’énergie à essayer de lutter contre moi-même. J’avais honte de mes faiblesses, honte de mon impuissance. Honte d’avoir besoin d’aide.

Je masque mes rendez-vous chez ma psy dans mon agenda, parce que j’en avais honte. Et j’ai peur aussi, qu’en apprenant que leur cheffe « va chez une psy », les membres de mon équipe aient moins confiance en moi, en mes décisions.

Après tout, si elle voit une psy, c’est qu’elle ne va pas bien… Ça n’inspire pas confiance, une personne « malade », dont on ne voit ni les afflictions, ni les remèdes qu’elle prend.

J’ai fini par comprendre que demander de l’aide n’était pas un signe de faiblesse, que mes problèmes de santé mentale ne sont pas un mauvais sort qui me condamne. Ils font partie de moi, mais ils ne me définissent pas.

Je peux me débarrasser de certains, apprendre à vivre avec d’autres. Pouvoir, apprendre, deux verbes dont j’avais perdu le sens, il y a encore quelques mois.

C’est ma séance quotidienne de méditation qui m’a rappelé que ce mardi 10 octobre était la journée mondiale de la santé mentale. Je ne l’aurais pas deviné en lisant simplement le titre de la session du jour, et pourtant, il était équivoque : « Invincible ».

Son message de fin ? Une citation de Nayyirah Waheed :

« Être honnête à propos de ma douleur, voilà ce qui me rend invincible ».

Aujourd’hui, je n’ai plus honte. J’ai encore un peu peur, mais je suis surtout, et c’est nouveau : très fière de moi.

Où trouver de l’aide psychologique en France ?

Si tu ressens le besoin de parler, que tu cherches de l’aide pour t’aiguiller face à ta détresse psychologique, tu peux te tourner vers certains numéros d’écoutes anonymes et gratuits :

  • Le numéro de Fil Santé Jeune qui te fournira informations et orientation si tu en as besoin : 0 800 235 236 
  • Le numéro vert d’écoute de La Croix Rouge est aussi une ressource précieuse pour trouver quelqu’un pour t’écouter au bout de la ligne, gratuitement et anonymement : 0 800 858 858

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
  • Simone castor
    Simone castor, Le 10 octobre 2017 à 23h25

    Merci merci merci Clémence ! Ton article me fait sentir moins seule. C'est vraiment pour ces articles que je lis Madmoizelle, des articles sincères qui nous posent des questions sans jugement, des mots qui résonnent dans nos vécus personnels et qui aident à grandir.
    Au plus fort de ma dépression, personne dans mon entourage ne savait que je prenais des anti-dépresseurs et que j'allais chez une psy. J'ai essayé d'en parler quand j'étais en voie d'amélioration, et les réactions (apeurées, intolérantes) de mes amis les plus proches m'ont confortée dans le fait qu'il valait mieux garder ça pour moi... Depuis, j'ai compris qu'il fallait plutôt que je change d'amis !
    Les épisodes dépressifs sont toujours là, mais je sais mieux les gérer, et comme tu l'écris, j'apprends à vivre avec.
    Je suis de plus en plus persuadée que ces blessures mentales peuvent devenir des armes si on apprend à les apprivoiser, les outils d'une compréhension plus sensible, plus profonde de l'existence et des autres.

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