Parents et scolarité — Les madmoiZelles témoignent

Entre les notes et l'orientation, la question de la scolarité est souvent au coeur de la relation parents/enfants... qu'elle peut sacrément compliquer. Des madmoiZelles témoignent.

Parents et scolarité — Les madmoiZelles témoignent

La scolarité se trouve souvent au coeur de la relation parents/enfants. Des madmoiZelles ont témoigné sur la façon dont leurs parents concevaient leur cursus scolaire, et ce qu’elles en pensent avec plus ou moins de recul. Cela varie bien entendu énormément d’une famille à une autre, mais des préoccupations communes se sont imposées. De l’école primaire aux études supérieures, la façon dont les parents encouragent ou font pression définit beaucoup de choses pour les madmoiZelles.

Des parents stricts et exigeants

Pour Zamonie, l’école a été un vrai supplice avec la pression exercée par sa mère, très rigide. Elle a longuement été en rupture avec l’école tout comme avec sa mère, et n’a jamais vraiment été prise en charge — ce n’est que très récemment qu’on lui a suggéré qu’elle était probablement un enfant surdoué et/ou inadapté au système.

« Ma mère est une prof de français très stricte, du genre à trouver les bretelles et les shorts impudiques, et à croire dur comme fer que l’élève doit s’adapter à la scolarité et pas le contraire. Tout a commencé en primaire ; mes souvenirs sont assez flous mais on m’a souvent dit que déjà je m’ennuyais, que mon maître adaptait les cours pour que je suive.

En CM1, le maître a proposé que je saute une classe à ma mère. Dans les faits, je lisais déjà beaucoup, j’avais une imagination débordante et j’allais très certainement trop vite pour mes petits camarades. Elle a refusé, et je me suis retrouvée à faire deux CM2, car en CM1 je suivais les cours de CM2 quand j’avais fini mon travail, et j’ai rempilé sur un CM2 à temps plein l’année suivante.

Je me souviens particulièrement des dictées. Le maître lisait une première fois la dictée en entier, et alors qu’il la répétait par petits bouts, je parvenais souvent à me rappeler de ce qu’il allait dire. Il m’appelait « l’encyclopédie à pattes » et me donnait des exposés à faire. J’avais une profonde aversion pour les devoirs et les révisions, mais je me débrouillais quand même.

Cela s’est très vite gâté au collège : je n’aimais toujours pas faire mes devoirs, et je dissimulais souvent mon manque de travail par l’oubli du cahier concerné. Cela se traduisait immanquablement par un mot dans mon carnet. Ma mère a vite pris ces mots en grippe, et elle exigeait que j’aie une excellente moyenne, parce qu’en-dessous de 18 c’était indigne. Tous les trimestres ça recommençait, je me faisais crier dessus et traiter de tous les noms (et ma mère est très impressionnante quand elle est en colère) quand c’était l’heure du bulletin et de la réunion parents-profs. « Zamonie pourrait faire mieux, elle en a les capacités » et autres bêtises du même genre.

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Mais moi je m’ennuyais, je voulais lire et apprendre. En quatrième, j’en étais arrivée à un tel point que je faisais tout pour dissimuler mon carnet, ce qui rendait ma mère encore plus folle quand elle voyait les mots qui s’étaient accumulés. Je vivais dans la peur permanente qu’elle me crie dessus, à un tel point que j’ai commencé à faire des crises d’angoisse. Au début c’était juste quand j’étais seule avec elle, et puis ça s’est étendu à la voiture, aux ascenseurs, à la foule, au départ au collège le matin… Elle n’a rien fait pour m’aider.

Deux fois, elle m’a fait des scènes particulièrement traumatisantes pour moi. Devant toute la famille réunie à table, elle s’est emparée de mon cartable et l’a vidé sur le sol du salon, sans égards pour mes petits secrets, pour fouiller plus à son aise et découvrir les notes que je lui aurais cachées. »

Des années durant, Zamonie a subi sa scolarité dans laquelle elle ne trouvait aucun épanouissement, et qui n’était synonyme que d’ennui et de conflits avec sa mère.

« Au collège, je n’écoutais plus que d’une oreille en cours, et j’occupais mes mains et l’autre partie de mon cerveau à du bricolage ou du dessin. Il me manquait bien sûr des leçons, parce que je n’écrivais pas toujours. J’étais déçue par la plupart des cours, mais j’adorais la SVT et la physique, juste parce qu’il y avait des choses plus manuelles et que c’était un univers que je connaissais très peu. J’ai eu le brevet avec mention assez bien, sans avoir beaucoup travaillé.

Le lycée ne m’enchanta pas davantage, surtout que ma mère me l’avait vendu comme un endroit de liberté, avec des élèves plus intelligents et des cours plus intéressants… En réalité mes camarades étaient peut-être encore pires qu’au collège et j’étais toujours obligée d’assister à tous les cours. Ma mère ne tolérait aucun écart de conduite, et j’avais suffisamment peur d’elle pour ne pas m’y risquer. J’assistais donc à tous les cours sans exception, mais je ne faisais plus rien. Comme en plus j’avais pas mal de problèmes pour m’intégrer en raison d’un décalage culturel et intellectuel très important, je lisais en permanence. En cours, en récré, à la cantine…

Aller en cours était une épreuve.

En cours je lisais, écrivais ou dessinais, tout en écoutant d’une oreille le prof. Dès qu’il était obligé de répéter, qu’il y avait trop de bruit, qu’on avait déjà fait ce cours ou que ça ne m’intéressait pas, je décrochais complètement. Et si jamais il posait une question à laquelle personne n’avait la réponse, je sortais de ma léthargie le temps de lever le doigt et de répondre juste. Je pense que ça devait bien faire rager tout le monde.

J’avais voulu essayer l’internat, et au début ça s’est très bien passé. Par manque de distraction extérieure je faisais mes devoirs tous les soirs, assez exceptionnel de ma part. Mais très vite je suis partie et je suis redevenue demi-pensionnaire, à cause encore une fois du décalage entre les autres et moi, et surtout du manque de liberté. En plus je m’entendais de moins en moins bien avec mes camarades de chambre, qui trouvaient très drôle de me faire de méchantes blagues, et qui de toute évidence me méprisaient…

J’ai eu le bac de justesse, sans mention (et sans travailler ), alors que ma mère répétait à tout le monde que j’allais redoubler depuis des mois. J’ai été prise en IUT grâce à mon bagout à l’entretien plus que grâce à mon dossier scolaire. La formation me plaisait beaucoup, et j’avais très envie d’aller jusqu’au bout pour faire le métier de mes rêves. Les trois premiers mois je me suis accrochée, j’ai travaillé, mais après j’ai rapidement été distancée.

Comment faire en études supérieures alors qu’on a aucun réflexe de travail personnel ni la discipline personnelle qui va avec ? J’avais mon appartement avec une connexion Internet qui me tendait les bras quand je sortais de cours.

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Je n’ai validé aucun des deux semestres, et j’ai quitté l’IUT avant la fin de l’année. J’ai eu un moment terrible, entre la crainte de la réaction de ma mère et la perspective de quitter un mode de vie comme je n’en avais jamais connu auparavant. C’est à ce moment-là que la psychologue de l’université m’a dit, au bout de deux ou trois séances, que j’étais probablement surdouée. J’ai compris que le manque de réaction de ma mère quand j’étais petite était peut-être la source de la galère qu’était devenue ma vie.

Mes parents ont résilié l’appartement dans mon dos pour me forcer à rentrer chez eux. Ma mère, étonnamment calme, a mis ça sur le dos de l’éducation nationale qui « ne m’avait pas fait redoubler pour m’apprendre à travailler et donnait le bac à n’importe qui ». Ça fait maintenant un an. Ils m’ont reprise à la maison et m’ont mis la pression pour que je trouve rapidement du travail « puisque je ne voulais pas étudier ». J’ai en effet décidé de ne pas retenter des études, sachant comment ça allait se terminer. »

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Puisqu’elle n’est pas rentrée dans la conception de la scolarité que sa mère avait, les études n’ont été qu’une suite de sources de conflits pour Zamonie, qui ne s’est jamais sentie « adaptée » à l’école ni aux attentes de sa mère. Sans aller jusque-là, cette autre madmoiZelle ne se sent pas non plus comprise par ses parents quant à sa scolarité. Elle aimerait qu’ils ne soient pas attentifs qu’aux résultats et aux finances :

« J’ai toujours été une élève « brillante », sans même avoir besoin de travailler énormément. Ce n’était pas quelque chose d’extraordinaire à la maison, c’était la normale.

Mes parents ont toujours été là, ils m’ont toujours payé de bonnes écoles. Sûrement parce qu’ils n’ont pas fait de grandes études, qu’ils ont dû beaucoup travailler et faire des sacrifices pour être là où ils sont aujourd’hui. Mais depuis que je suis rentrée en études supérieures, j’ai commencé à éprouver plus de difficultés, mes notes ont baissé.

J’aurais aimé que mes parents me soutiennent moralement.

Les encouragements se sont changés en reproches : je devais plus travailler, « me bouger », etc. Parler de ma scolarité était presque devenu tabou, j’évitais les conversations car je savais que j’allais en prendre pour mon grade. Aujourd’hui, je rentre en école d’ingénieur, et je pense toujours que mes parents veulent le meilleur pour moi.  Ils sont là financièrement mais j’aurais aimé qu’ils soient là moralement. »

Le poids de l’exigence parentale s’est fait lourd pour beaucoup, qui ne se sentaient jamais assez bien pour contenter leurs parents. Sarah est allée loin pour tenter d’atteindre les objectifs parentaux :

« Je suis la fille d’une professeure des écoles et d’un professeur d’E.P.S. J’ai toujours été la première de la classe facilement, sans jamais travailler. Je me rappelle de ma mère qui avait tenté de m’apprendre des leçons pour m’avancer sur le travail qu’on faisait en cours, pour que je reste dans les premiers ; il ne fallait pas perdre la face lors des discussions entre collègues, sinon ils auraient douté de la capacité d’enseignement de ma mère.

Je me rappelle avoir commencé à tricher extrêmement tôt en primaire, à placer mon cahier de brouillon (celui avec les tables de multiplication au dos) sous ma copie lors des évaluations de mathématiques, à faire tomber mon effaceur pour pouvoir me relever et zieuter sur la copie du voisin, etc.

Pour atteindre les exigences de mes parents, je trichais.

Ce rapport à la tricherie est très important pour moi dans ma scolarité, car j’étais l’intello, mais celle qu’on admirait car elle ne travaillait et ne révisait jamais (mauvaise habitude qui continue encore aujourd’hui à la fac).

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Je me rappelle de ce que mon père m’a dit jusqu’au BAC : « 15 ce n’est pas génial, c’est bien ». Je me rappelle de la jalousie que j’éprouvais pour mes amis qui disaient que leurs parents étaient super fiers de leur mention assez bien, de ceux qui avait un billet de cinq euros s’ils avaient plus de 10/20…

Mais après tout, je ne m’en suis pas trop mal sortie. Je ne triche plus car je fais des études d’histoire que j’adore, je travaille (des fois, quand j’ai vraiment rien d’autre à faire). J’aurais juste aimé ressentir de la fierté dans leur regard à la place de leur moue boudeuse et un peu déçue devant un 13… »

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L’épineuse question de l’orientation

Ces différents parents/enfants autour de la scolarité se cristallisent bien souvent sur la question de l’orientation. Pour de nombreuses madmoiZelles, c’est là que la relation avec les parents est devenue difficile. Ophélie déplore ainsi le contrôle que son père a voulu exercer :

« Mes parents (mon père surtout) ont toujours été assez stricts concernant nos résultats scolaires à mes soeurs et moi. Comme j’étais l’aînée, ils m’ont surveillée de près, et mon père fondait beaucoup d’espoir en moi qui réussissait en classe sans beaucoup travailler. Enfin, jusqu’à ce que j’entre en seconde dans un lycée privé que je n’avais pas choisi et qui me privait de mes amies…

Je n’ai pas assuré cette année-là, et chaque fin de trimestre représentait de nouvelles engueulades avec mon père qui ne supportait pas de me voir échouer.

Vint la période du choix de la filière. La S m’était fermée au vu de mes résultats en maths (ce dont je me fichais), et la ES était compromise. Mon père était furieux que je choisisse la filière L, moi qui n’avais pourtant réussi à garder de bonnes notes qu’en français et en langues. Ma mère, elle (une littéraire aussi), m’a totalement soutenue et je l’en remercie.

J’ai dû batailler pour faire un bac L et non un S.

Ma première et ma terminale L se sont parfaitement bien déroulées, jusqu’à ce que l’on commence à parler études post-bac… Au départ, je voulais m’inscrire en MANAA pour intégrer par la suite une école d’art, encouragée par ma mère. Mon père était bien entendu contre et espérait que je fasse un métier plus « sérieux ». Après de longues discussions avec des pros, mes cousins, mes amis, je me suis rendue compte qu’il était très dur de percer en art, qu’il fallait soit être excellent dans son domaine, soit connaître les bonnes personnes. Et le salaire n’était pas « stable ». J’ai donc fait volte-face par peur et me suis tournée vers le métier de professeur des écoles.

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Ma mère a été compréhensive bien qu’un peu déçue car elle m’avait toujours soutenue dans ma pratique de l’art. La réaction de mon père en revanche a été plus qu’étrange : soudainement il m’a parlé d’écoles qu’il voulait bien me payer et me disait que je ne devais pas abandonner comme ça !

Je suis finalement sur la voie du professorat, mais je n’ai pas abandonné le dessin puisque je suis en licence d’art. Ma scolarité s’est dans l’ensemble bien déroulée malgré les pleurs et l’angoisse de l’orientation. Ma mère nous encourage à faire ce que l’on veut. Et mon père a lâché du lest avec mes soeurs, ce fut donc un mal pour un bien ! »

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M aussi a dû se battre pour imposer ce qu’elle veut :

« J’ai bientôt 16 ans et j’entre en première ES à la rentrée, choix qui a été une importante source de conflits avec mes parents. Je suis fille unique dans une famille de la classe moyenne. Ma mère est artisan, patronne et n’a pas eu la chance de passer le bac, qu’elle aurait sûrement eu. Mon père est professeur dans un lycée technologique et ne ressort quasiment jamais la tête de son travail ou alors épuisé moralement et physiquement.

J’ai un souvenir très net de la première fois que j’ai discuté d’orientation avec mon père, professeur. Je devais avoir 7 ou 8 ans à l’époque, nous étions dans le jardin et cette phrase m’est restée : « Il faut que tu sois la meilleure pour avoir le choix, ceux qui restent bouchent les trous ». À l’époque je voulais être vétérinaire, comme beaucoup de petites filles, et heureusement pour moi, j’avais (et j’ai toujours) de très bonnes notes, ce qui me rassurait.

Puis en CM2, j’ai été victime de harcèlement à cause de mes notes, trop bonnes aux yeux des autres. Mes parents m’ont alors inscrite dans une section européenne dans un collège plus près de chez moi. Les élèves y étaient sélectionnés pour leurs bonnes notes et, à la rentrée, je me suis retrouvée dans une classe stimulante, boostant ma curiosité et me donnant de solides bases en anglais. J’avais des amis, des projets.

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Mes parents, eux, étaient satisfaits de mes notes et, je m’en rends compte maintenant, de la voie vers laquelle je commençais à m’orienter : la série S, les études de médecine et tout le prestige fait de préjugés qu’on en fait. Malgré des soucis de santé ayant fait de ma quatrième et de ma troisième des années de cauchemar et de travail acharné, je n’en démordrai pas : je serai dentiste.

Je n’ai pas ôté mes œillères jusqu’à cette année où je me suis rendue compte que mes facilités en lettres étaient elles aussi dignes d’être exploitées, ainsi que mon intérêt pour les actualités et l’économie. La filière ES était faite pour moi et pas la médecine, il fallait juste que je m’en rende compte.

C’est aussi comme ça que j’ai réalisé que mes parents attachaient beaucoup d’importance à l’image de mon futur qu’ils ont façonnée pendant toute mon enfance. Nombre de conflits ont jailli tandis que je découvrais les écoles de journalisme, Science Po, et m’intéressais de plus en plus au féminisme, au cinéma et à l’art en général… »

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Pour autant, M a réussi à imposer son choix de filière.

« Le plus ouvert à mon «  changement de destin » fut étonnement mon père qui me répète maintenant que l’important c’est mon bonheur (et aussi que j’ai les cartes en main et que je dois travailler d’arrache-pied, mais c’est moins positif). Ma mère, elle, pense que je vais gâcher ma vie parce qu’avec un bac S, on entre partout et que de l’économie, je peux en faire plus tard.

Maintenant, ils me soutiennent mais j’ai toujours cette sensation que cette filière, je dois la mériter, montrer que je peux exceller dedans parce que je me dois d’assumer une potentielle erreur, une bêtise d’adolescente. Je me rends compte qu’ils me poussent énormément parce qu’ils n’ont pas eu la chance de faire de grandes études et que je suis leur seul enfant.

Sauf que moi, si je loupe les concours que je vais tenter en terminale, je veux faire une fac de cinéma, ma passion et je n’ose pas leur en parler car je sais qu’ils n’approuvent pas ce milieu ni même mon intérêt pour l’audiovisuel. J’ai déjà assez mis le bazar dans ce qu’ils voulaient pour moi, je ne peux pas devenir intermittente du spectacle car je sais qu’ils auraient honte. Une fille dentiste ça serait tellement plus simple…

Je n’ose pas avouer à mes parents ce que je veux vraiment faire…

Malgré tout je leur suis reconnaissante de vouloir me donner un avenir incluant une sécurité financière. La pression qu’ils me mettent au niveau des notes est inexistante ou alors implicite car je me la mets très bien toute seule et n’en ai jamais eu besoin. Le problème est que mes envies et les leurs sont diamétralement opposées.

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Pour finir ils ont cédé, et j’entre bel et bien dans une filière où je vais m’éclater et qui m’ouvre plein de portes qui me passionnent mais qui sort du schéma classique dans lequel j’étais enfermée il y a encore deux ans. Je sais que mes parents vont me mettre une pression monstre pour en quelque sorte me « punir d’avoir fait le mauvais choix » mais je pense que j’ai le droit de construire l’avenir qui me convient coûte que coûte. »

Le propre parcours des parents joue souvent beaucoup dans ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, et ce qu’ils souhaitent pour leur avenir. Tout comme M, cela ne fait aucun doute pour cette madmoiZelle.

« Mes parents ont tous les deux reçu une éducation plutôt stricte, avec des attentes assez fortes de leurs propres parents. Par exemple, ma mère a dû faire un bac S parce que ma grand-mère était médecin et mon grand-père prof de physique alors qu’elle n’avait aucun attrait pour les matières scientifiques (d’ailleurs elle s’est complètement réorientée après son bac). C’était pareil pour mon père qui avait également une obligation de résultats.

Ayant tous les deux fait des études longues et décroché de bons diplômes, ils ont eu les mêmes attentes avec mon frère et moi. C’était peut-être même encore plus prononcé pour moi parce que j’étais l’aînée. Pendant toute ma scolarité (primaire et secondaire), ils se font montrés exigeants mais étaient aussi présents.

Mon père — qu’on ne voyait pas énormément quand on était petits parce qu’il travaillait beaucoup — nous faisait faire des dictées tous les weekends. Et il nous engueulait quand les résultats étaient médiocres, à tel point que je redoutais particulièrement l’arrivée des bulletins trimestriels, sauf si le trimestre s’était vraiment bien déroulé. Pour le coup, quand les notes étaient bonnes il était ravi et nous félicitait largement.

Ma mère était moins caractérielle ; ça se passait donc plus en douceur avec elle. Elle a essayé de nous donner les moyens de réussir, notamment en faisant suivre des cours particuliers — je me souviens des mercredis en seconde où j’avais deux heures de maths le matin, je révisais encore deux heures seule l’après-midi et ensuite j’avais encore deux heures de cours particuliers… l’horreur absolue. »

Pour elle aussi, les choses se sont gâtées quand elle n’a pas voulu du sacro-saint bac S.

« Dans l’ensemble, j’étais plutôt bonne élève, j’avais intégré un bon lycée donc je ne leur causais pas plus de soucis que ça. Jusqu’au jour où je leur ai dit que je voulais faire une L. Mes parents souhaitaient que je fasse S (dans le meilleur des cas, mais impossible au vu de mes résultats en maths) ou ES. Du coup, ça a été le choc quand je leur ai dit que je voulais faire un bac littéraire. Ils avaient tous les préjugés qui existent sur la L, à savoir qu’il n’y avait aucun débouché, que seuls les nuls allaient en L, etc.

Sauf que mes notes ne me laissaient pas le choix : c’était soit la L, soit le redoublement. J’ai eu la chance d’être soutenue par ma prof de français de l’époque qui était absolument géniale et qui a expliqué à ma mère que j’étais une vraie littéraire et que non, ce n’était pas une classe poubelle. En plus, cette prof se battait avec le proviseur pour éviter de prendre n’importe qui en L et n’avoir que de bons élèves.

Mes parents se sont donc laissé convaincre que j’y serais bien et j’ai eu mon bac mention bien. Ensuite mon frère a récidivé en faisant L à son tour, mais comme j’avais ouvert la voie et vaincu leurs préjugés, ça a été. »

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Le conflit parents/enfants autour de l’orientation peut permettre de définir par la force des choses ce que l’on veut vraiment, et souvent, une fois la tempête passée, le choix est finalement accepté. C’est ce qui s’est passé pour cette même madmoiZelle.

« Après ça, la suite de ma scolarité a été plus facile. J’ai fait une prépa (plus pour leur faire plaisir que pour moi d’ailleurs) et j’ai intégré une école de traduction. À partir de là, mon père ne m’a plus embêté avec mes notes, d’autant qu’elles étaient généralement bonnes.

Il y a eu un petit conflit au moment du choix de mon master, parce que le nom du master que je voulais suivre n’avait aucune signification pour lui (management interculturel), ce qui en faisait un master bidon à ses yeux. Un certain nombre de ses connaissances lui ont assuré que mon master était utile et que mon profil était même de plus en plus recherché, et ça l’a rassuré (oui il faut que quelqu’un d’autre que moi le dise pour que ça marche mieux).

En gros, je ne regrette pas que mes parents aient été aussi exigeants avec moi puisque ça m’a quand même permis de pas trop mal réussir (même si chacun a sa vision de la réussite). Le plus dur a été d’être confrontée à leurs préjugés (surtout ceux de mon père), mais j’ai réussi à les vaincre pour la plupart. Même avec cela, j’ai réussi à faire ce qui me plaisait. Après scolairement parlant, mes ambitions n’ont jamais été terriblement éloignées de celles de mes parents. »

Du nom inconnu des masters récents aux débouchés réels ouverts par le bac littéraire, les parents des madmoiZelles cherchent souvent à se raccrocher à un avenir qui leur parle et leur parait sûr pour leur enfant. La détermination et la motivation des filles, ainsi que les conseils et informations des profs et des professionnels changent la donne – même si cela ne va pas sans quelques heurts.

Plusieurs madmoiZelles ont néanmoins signalé que les parents ne font pas toujours bloc. Et quand l’un des deux apporte son soutien, c’est une aide considérable, comme le rapporte cette madmoiZelle.

« Quand j’étais toute petite, je voulais être esthéticienne. Ma mère était très contente : un job « de fille » ! Mon père ne donnait pas trop son avis sur la question à l’époque… Par la suite, je me suis vraiment posé des questions, je me suis imaginé dans de différents métiers, et puis, à la fin du collège j’ai découvert ma voie : l’informatique. Ma mère n’était alors pas très contente, arguant que « C’est un boulot pour les hommes »… Moi je ne voyais pas ça comme ça, ce qui a donné pas mal de disputes car elle pensait que ce n’était pas fait pour moi.

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Du coté de mon père, ce n’était pas la même chose : il était content que j’aie trouvé un truc qui me plaisait vraiment, et il m’a beaucoup aidée à me questionner sur comment je voulais y arriver et quel était mon projet final. »

Cependant, des influences involontaires s’exercent aussi.

« Aujourd’hui, j’ai un BTS en informatique, et je souhaite continuer mes études, mais là… C’est une grosse problématique. Je sais exactement ce que je veux devenir plus tard, et pour cela, il faut que je continue mes études, et surtout m’appliquer sur la théorie car en BTS on fait essentiellement de la pratique. Mais étant donné les quelques soucis financiers de mes parents, j’ai décidé de prendre un peu plus mon indépendance afin de les aider et de ne pas être un poids.

J’ai donc choisi la voie de l’alternance en laissant derrière moi une proposition bien alléchante que l’on m’avait faite : entrer à Polytech dans la spécialité qui me mènerait direct vers mon projet final. Je vais bien entendu essayer de continuer après mon année d’alternance, mais en attendant, j’ai choisi ma voie en fonction de mes parents. Peut-être qu’un jour je le regretterai, mais en attendant, et même s’ils ne réalisent bien sûr pas que je fais cela pour eux, je suis contente d’avoir pris cette décision en dépit de mes ambitions. »

Quand l’épanouissement prime

Pour certains parents, l’épanouissement prime sur tout, et ils préfèrent laisser leurs enfants choisir leur voie. Cette madmoiZelle a ainsi été encouragée dès la tendre enfance à faire des choses par elle-même et développer ses propres envies.

« Si je devais résumer ma scolarité, c’est avant tout un début de parcours différent où mon épanouissement était primordial pour mes parents. En effet je ne suis pas entrée dans une maternelle publique, j’ai intégré un « jardin d’enfant », terme utilisé pour décrire la maternelle dans une école Steiner-Waldorf. Rien que le nom jardin d’enfant est accueillant, rassurant ! Je garde un souvenir de cette période très chaleureux.

Pour mes parents, mon épanouissement primait.

Nous étions des classes restreintes, pas plus de quinze enfants ; cela nous donnait beaucoup plus de lien avec notre maîtresse, elle nous connaissait comme ses enfants. Mes camarades de classes venaient de tous horizons, de cultures différentes, d’origines différentes et de classes sociales différentes, mais cela n’avait aucune importance, on s’amusait comme des fous, il n’y avait jamais de jugement !

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Quand j’allais à l’école.

On nous apprenait à faire du pain, à chanter des chansons, faire des danses, à dessiner, à apprendre un peu l’anglais, à jardiner, à faire pousser des choses et être fièr•e•s de nous après. On faisait des pièces de théâtre ensemble où chacun prenait son rôle à coeur, et les mamans nous confectionnaient des costumes pour certaines fêtes. On avait de la vraie vaisselle pour jouer et personne ne la cassait ; on nous apprenait à respecter nos jouets, à faire attention, savoir la valeur des choses, on nous faisait confiance.

Les déjeuners étaient réalisés par un cuisinier qui nous faisait de tout, avec des fruits et légumes bios. Il nous faisait découvrir des légumes que nous n’avions jamais vus ou jamais goûtés, nous faisait découvrir des saveurs ; on nous apprenait à aimer ce qu’on dégustait.

Nous avions toutes les bases pour développer notre créativité, notre personnalité, nous n’étions jamais jugé•e•s sur ce que nous étions. Ce type d’enseignement se fait aussi pour le primaire et le secondaire, jusqu’au lycée. Malheureusement j’ai déménagé à la fin de ma maternelle, mon jardin d’enfant à moi, et j’ai suivi un cursus public. Je me suis très bien adaptée !

Je pense que ce passage de mon éducation m’a appris beaucoup de chose, notamment le respect d’autrui, l’écoute de l’autre, le goût de manger des bonnes choses, de profiter de choses simples, d’être créative. »

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Clara a quant à elle toujours été accompagnée et suivie par ses parents, sans qu’ils cherchent à influencer ses choix :

« J’ai eu beaucoup de chance d’avoir des parents aussi compréhensifs et présents pendant toutes mes années scolaires, de la maternelle a l’université en passant par l’école primaire et le lycée. Jamais mes parents ne m’ont jugée ou n’ont voulu me faire changer de voie. Mon parcours scolaire est assez classique, j’étais plutôt bonne élève. J’ai eu mon bac littéraire avec mention bien, puis j’ai obtenu un DEUG d’anglais avant de poursuivre en licence professionnelle de tourisme.

J’ai deux frères : un jumeau qui a rapidement abrégé ses études après la seconde pour faire une école de pâtisserie et un grand frère de 30 ans qui a bac+5 et travaille maintenant dans une grande banque. Nous sommes tous les trois très épanouis dans nos métiers respectifs et je pense que nous le devons beaucoup à nos parents qui nous ont toujours poussé à étudier dans le domaine qui nous plaisait. Nous avons toujours été encouragés.

Ils étaient là pour nous aider lorsque nous avions des questions. Ils savaient également nous remonter les bretelles quand nous ramenions de mauvaises notes, mais jamais ils ne nous rabaissaient. Avec les années et le recul que j’ai aujourd’hui sur mes années étudiantes, je me rends compte qu’il est important de toujours encourager ses enfants mais aussi de les laisser vivre leurs réussites et leurs échecs tout en étant présents pour eux à chaque moment.

Mes parents n’ont jamais été sur mon dos ou à vérifier mes devoirs. Notre relation était basée sur la confiance et je voulais réussir pour moi bien sûr mais aussi pour qu’ils soient fiers de moi. J’espère qu’aujourd’hui ils le sont d’avoir trois enfants qui ont chacun réussi dans leurs domaines respectifs. »

De la même façon, Ano-Nyma a toujours eu le soutien moral et financier de ses parents, tout en étant relativement libre de faire ses propres choix :

« La vie a fait que mes parents n’ont pas pu (et pas eu l’envie sur le moment) de faire des études poussées. C’est pour ça qu’ils nous ont toujours encouragés, mon frère et moi, à faire ce que nous désirions. Et je pense m’en être plutôt bien sortie (je suis infirmière), et mon frère également (il est diplômé d’une école de commerce).

Mes parents ont toujours suivi ma scolarité de près (enfin ma mère surtout, car plus présente à la maison), sans pour autant trop s’en mêler. J’aimais l’école et je travaillais plutôt bien. Je faisais mes devoirs souvent seule, sans que quelqu’un soit derrière moi, ce qui ne m’a jamais gênée. J’étais autonome et je m’en sortais bien comme ça.

Tout le long du collège et une partie du lycée j’ai voulu être infirmière. Je pense que dans le fond, mes parents ont été rassurés. J’allais faire des études concrètes, qui menaient à une profession concrète. Si j’avais annoncé que je souhaitais faire une faculté d’art plastique ou de lettres modernes (bien que cela ne m’ait jamais effleuré l’esprit), je pense qu’ils ne l’auraient pas accepté. Car ce qu’il faut savoir sur notre famille, c’est que nous avons l’esprit cartésien, terre-à-terre diraient certains. Pas de place pour la rêverie, surtout concernant les études et notre avenir.

Pour autant, j’avais bien sûr le droit de me tromper de chemin dans mes études, car pour eux la capacité à rebondir était importante. Tout cela pour dire qu’ils m’ont tout de suite soutenue dans mon choix de métier, même si ma mère ne me voyait pas du tout dans le milieu médical. Elle me sentait mieux dans des études de droit et finir dans un tribunal. Cela ne m’a jamais tenté. Je voulais travailler à l’hôpital et nulle part ailleurs.

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En fait, mes parents ont suivi de loin ma scolarité (du moins moralement) car je n’ai eu besoin de personne pour me pousser à faire les choses mais ils m’ont toujours soutenue dans mes choix. Je n’ai pas eu le souci de devoir travailler à côté pour me payer les études ou un loyer (même si je le faisais pour assumer au moins mes dépenses personnelles) : j’étais nourrie, logée, blanchie…

D’ailleurs je pense que c’est pour toutes ses raisons que ça s’est bien passé pour moi et que j’ai réussi. Je savais qu’ils étaient présents, de loin et de près à la fois. »

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L’importance du soutien parental

De nombreuses madmoiZelles ont insisté sur l’importance du soutien parental dans leur scolarité. Olivia a été soutenue et poussée à l’extrême dans sa scolarité par ses parents, très stricts, qui voulaient qu’elle ait toutes les « chances » de son côté.

« Ma passion, c’est l’équitation. Mes parents n’ont pas mis longtemps à s’en rendre compte, et pour mes 8 ans ils m’ont offert un poney. Je faisais du poney trois fois par semaine… sauf si je n’avais pas fini tous mes devoirs ! Cela a duré longtemps, au moins jusqu’au lycée.

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Jusqu’au CM2 je faisais les devoirs avec ma maman. Tous les week-ends je devais m’avancer sur les devoirs de la semaine. Souvent le samedi il fallait faire tout l’écrit et commencer à apprendre ce qui devait l’être, et le dimanche je devais connaître mes poésies et dictées sur le bout des doigts, à la virgule prêt, avoir illustré le tout et tout réécrit le nombre de fois nécessaires pour que ce soit lisible pour n’importe quel adulte. Sinon, pas de poney !

Mes copines et mes moniteurs d’équitation trouvaient ça dur à force d’entendre des « Non désolée, Olivia n’a pas fini ses devoirs et ne pourra donc pas venir à son cours/cet anniversaire ». Pour les anniversaire je faisais la tête mais ce n’était pas grave ; pour le poney je pleurais pendant des heures et seul le sommeil pouvait m’arrêter. Les mamans de mes copines trouvaient que j’étais trop maternée et assénaient des « Laisse-la se planter, elle se fera punir par sa maîtresse et ça ira mieux ». À l’époque j’étais d’accord avec elles car j’étais sûre que je ne me serais pas plantée…

On disait à ma mère d’arrêter d’être sur mon dos, de me laisser faire des erreurs.

Avec ma mère c’était toujours plus: il vaut mieux travailler plus que demandé car on n’est pas totalement sûre de ce qu’on attend de nous, il ne faut pas prendre le risque de voir notre emploi du temps bouleversé. Par exemple, suite à un problème de communication entre parents et professeurs au CE2, je me suis retrouvée à apprendre une pièce de théâtre entière en un week-end « au cas où » alors que les autres élèves l’avaient juste lue… Tout ça pour ne même pas arriver à déclamer mes deux pauvres phrases le jour de la représentation à cause de ma timidité maladive.

Je me suis imposée seule une discipline stricte dès le CM2, quand j’ai commencé les concours d’équitation. Je me levais le samedi et refusais de faire quoi que ce soit (donc pas de petit-déjeuner, télévision ou douche) tant que je n’avais pas fini intégralement mes devoirs de la semaine.

Au collège j’ai continué, mais je n’étais aidée de ma mère que quand je le lui demandais. Dès que j’avais une mauvaise note (soit en dessous de 15/20), j’étais privée d’une séance d’équitation. Une fois j’ai triché à un contrôle et évidemment je me suis fait prendre. J’ai eu un zéro, qui après conversion parentale m’a valu deux mois sans équitation, sans téléphone, sans télévision, sans sortie…

Pendant cette période je ne parlais plus du tout à ma mère (ce qui m’a parfois valu des rallongement de peine pour cause de « mauvais caractère »). Puis au lycée j’ai travaillé de moi-même très régulièrement. J’avais tellement l’habitude de réviser un peu tous les soirs et d’avancer mes devoirs tôt le samedi que j’avais l’impression de ne rien faire – impression que j’ai encore maintenant même après avoir bouclé un dossier de cinquante pages ! »

Pourtant Olivia n’en veut pas à sa mère de la rigidité de son éducation pour tout ce qui touchait à sa scolarité. Avec le recul, elle apprécie les valeurs qui lui ont ainsi été transmises, et sait que ses parents voulaient avant tout qu’elle réussisse sa vie en ayant les clés en main pour s’épanouir.

« Au-delà du rapport aux devoirs, ma mère était très investie dans tout ce qui est associations de parents, parents délégués etc… Elle ne voulait pas juste me défendre, elle voulait défendre tous les gosses de l’école, ainsi que les bons profs ! Elle voulait que l’école soit facile pour nous tous, et qu’on y soit bien ; qu’on fasse des voyages scolaires, qu’on connaisse tous l’histoire et la géographie parce que c’était génial, qu’on s’inscrive à des concours d’écriture tous ensemble…

Et c’était avant tout une bonne maman. Un jour des parents de mes amis sont venus me parler devant le collège pour me dire que si j’avais eu les « honneurs » du conseil de classe, c’était parce que ma mère y était et avait acheté les profs, qu’il fallait que je le sache et que j’aille voir le professeur principal pour lui expliquer que si j’avais cette appréciation, leurs enfants devaient l’avoir aussi. J’étais terrorisée, j’avais 14 ans et on me disait tout ça. Ma mère a démissionné de toutes les organisations de parents le soir-même pour que ça ne m’arrive plus alors qu’elle adorait tout cela.

Aujourd’hui je suis ravie d’avoir eu cette éducation. Sur le coup je trouvais ça dur vu que mes copines étaient très libres. Mais ça m’a permis d’apprendre à travailler, de faire de super études sans avoir à arrêter d’avoir une vie sportive à côté car j’étais organisée.

Et certes j’ai été maternée pour l’aspect scolaire de ma vie, mais ça ne m’a pas empêchée d’apprendre à travailler seule (j’ai survécu à une prépa et son lot de concours), et de choisir ce qui me plait dans la vie, de faire les études que je veux et ce que je veux à côté. Je pense que si ma mère ne m’avait pas poussée à travailler quand j’étais petite, je ne ferais pas ce que je fais maintenant !

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Si je n’ai pas parlé de mon père, c’est parce qu’il travaillait tout le temps et je ne le voyais que le dimanche. Il m’amenait à l’équitation du coup ! Pour les études, mes parents étaient tous les deux très impliqués. Ils se renseignaient sur toutes les écoles, toutes les filières que mes profs conseillaient.

Du coup au moment de l’orientation post-bac, ils m’ont proposé d’eux-mêmes de passer le concours pour intégrer l’école militaire d’équitation, alors que j’étais prête à faire un prépa (ce qu’ils encourageaient aussi) et même à redoubler ma terminale si je n’étais pas acceptée du premier coup. Je crois que cela prouve qu’ils voulaient vraiment mon bonheur et non contrôler ma vie. »

Lucille aurait justement aimé être plus poussée, plus encadrée :

« J’ai grandi avec ma maman et un beau père. Je ne voyais que très rarement mon papa, uniquement pendant les vacances scolaire, donc mon éducation a été faite uniquement par ma maman!

Je suis sa seule enfant donc nous avons une relation un peu fusionnelle. Elle a su être stricte aux bons moments, et j’ai toujours pu tout lui dire, sans jugements de sa part et toujours des bons conseils !

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J’ai de la chance qu’elle m’ait élevée comme elle l’a fait, elle m’a appris les vraies valeurs des gens et de la vie, à être humble et respectueuse. Cependant, à trop vouloir bien faire, la seule chose que je lui « reproche », est de ne pas m’avoir davantage poussée à plus bosser à l’école.

Je pense que sanctionner les mauvaises notes de ses enfants peut les aider.

J’étais une très bonne élève jusqu’au collège, mais au lycée j’ai été distraite et j’ai un peu arrêté de bosser. J’aurais aimé qu’elle me force, me pousse davantage, me punisse si un devoir n’était pas fait, pour que je me rende compte que les études c’est important,et que je gâchais un peu mon avenir! Mais en lui en parlant, je sais qu’elle n’a pas voulu mal faire, car elle ne voulait pas me forcer, et elle m’estimait assez grande pour savoir ce que je faisais en ne bossant plus trop en cours.

Je ne lui en veux pas car la vie est plutôt pas mal pour moi aujourd’hui, mais je pense que punir un peu et sanctionner les mauvaises notes en étant parents ne rend pas un enfant malheureux, au contraire ! »

Un juste milieu ?

Cette madmoiZelle a quant à elle été soutenue sans que ses parents ne se mêlent vraiment de sa scolarité, et elle est reconnaissante d’avoir pu discuter avec eux pour peser ses choix sans qu’ils ne lui imposent quoi que ce soit :

« Je n’ai jamais été une élève brillante ni mauvaise (à part en maths), j’étais dans la moyenne. Mes parents ne m’ont jamais mis la pression et j’ai toujours été autonome – ils n’avaient pas besoin de me courir après pour que je fasse mes devoirs. Je n’étais pas toujours la tête dans les bouquins, mais je savais quand je devais l’être.

Parfois ils me demandaient si j’avais bien révisé, si j’avais des contrôles… Et me faisaient confiance quand je leur disais que « Oui maman/papa, j’ai bien fait tous mes devoirs ». Ils ont toujours eu un regard sur ma scolarité, sans être trop derrière moi. Ils m’ont toujours fait confiance là-dessus.

Si j’avais une réelle faiblesse dans une matière, si j’avais besoin d’un coup de main, je pouvais leur en parler et nous trouvions ensemble la solution (coucou les maths, coucou les cours particuliers). Après la primaire, le collège, est arrivé le temps du lycée.

Je voulais aller dans un enseignement générale (ni en bac pro, ni en CAP ou BEP), et mes parents étaient un peu réticents, pensant qu’un CAP/BEP/bac pro m’apporterait plus une spécialisation dans un métier qu’ils connaissaient. Ni mon père ni ma mère ou mon grand frère n’ont fait d’études supérieures, et j’ai un peu bataillé, sans savoir ce que je voulais réellement faire de ma vie.

Ce que j’aime chez mes parents, c’est que même si parfois il a fallu les convaincre, ils m’ont toujours suivie dans mes choix, même s’ils ne comprenaient pas toujours en quoi mes études consistaient vraiment. Je me souviendrai éternellement du regard de mes parents quand je leur ai appris que je venais d’avoir le bac avec mention. Je crois que c’est cette fierté qu’ils ont de moi qui m’a toujours poussée à continuer dans le chemin que j’ai choisi.

Arrivée l’étape du choix de mes études supérieurs, il a fallu à nouveau les convaincre de mes choix (sans forcer non plus). Ces années d’études allaient leur coûter de l’argent, d’autant plus que je quittais la maison familiale à la campagne pour emménager en ville ! J’ai fait des études dans la communication et ils m’ont soutenu à 100%, alors que c’est un domaine qu’ils ne connaissaient pas du tout !

Mes parents ne comprenaient pas forcément en quoi mes études consistaient, mais ils ont tout fait pour m’aider à les réussir.

Pendant mes trois années d’études supérieures, ils m’ont aidée financièrement, mais aussi mentalement, administrativement (coucou la caf, les impôts, les assurances…). À chaque baisse de régime, je pensais à eux, aux sacrifices qu’ils font pour m’aider, à mes trois déménagements, aux kilomètres parcourus…!

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Le plus beau cadeau, la plus belle preuve d’amour qu’ils m’ont faite, est de m’avoir payé mon stage dans le pays de mes rêves (je les harcèle avec ce pays depuis mes 8 ans !). Ils m’avaient dit de postuler mais sans trop croire que leur fille allait être sélectionnée.

Mes parents ne sont pas des super héros, ce sont juste des parents qui aiment leurs enfants et qui les aident, croient en eux et acceptent leur choix. Ils sont aussi fiers du parcours de mon frère que du mien. Ils n’ont jamais mis sur un piédestal telle ou telle filière.

Après avoir été en service civique un an je suis désormais embauchée et je fais un métier que j’aime. Sans eux, tout ça n’aurait pas pu arriver. Je suis heureuse de les avoir à mes côtés, fière d’avoir des parents comme eux. Même s’il y a eu des hauts et des bas, ils ont toujours été là et je ne les remercierai jamais assez. »

Que les parents s’impliquent à l’extrême ou soutiennent à distance, la scolarité est donc bien souvent au coeur de la relation parents/enfants. En plus des connaissances, de la formation qu’elle apporte, la scolarité est aussi une façon de grandir et d’imposer ses choix, de cristalliser les différences et de les accorder.

– Un grand merci à toutes les madmoiZelles qui ont témoigné !

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • KrissdeValnor
    KrissdeValnor, Le 6 octobre 2015 à 9h28

    @Manhole :
    Comme je le disais ça reste ce que j'ai vu, peut-être que c'est différent ailleurs, je n'en sait rien. Et puis mon collège ça doit dater d'une bonne quinzaine d'année ( ça me rajeunie pas! ) alors oui des évolutions il a du y en avoir, je l'espère en tout cas.

    Le problème c'est plus que la vision des gens en général, et donc des parents n'est pas objective. Ils veulent le meilleur pour leurs enfants, ce qui est tout à fait normal, mais le meilleur qu'ils veulent ça reste quand même souvent les études longues et prestigieuses. Dire que son enfant est dans école d'ingénieur ça sonne mieux qu'un CAP boulangerie. Pourtant aujourd'hui les études longues ne garantissent pas forcément un travail comme cela pouvais être le cas à une certaine époque.
    Tout ça pour dire que ça m'énerve cette façon de cracher sur une partie des gens qui préfèrent des études courtes et ou manuelle. Je me rappelle encore tout les profs qui sont venus me trasher car le suis partie en bac STI et pas en bac S à l'époque, bas oui j'étais calée en SVT et physique mais un coefficient 9 en math. ça me fessait vraiment pas rêver.

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