#NuitDebout : le changement, on l’a attendu trop longtemps

À la 5ème #NuitDebout, Clémence est allée tendre le micro aux madmoiZelles présentes place de la République. Ambiance du « 36 mars », à écouter au casque !

— Merci à Lucie Kosmala pour les photos !

Mardi 5 avril, la place de la République accueillait sa 5ème #NuitDebout parisienne. Le 31 mars avait lieu une manifestation contre la loi travail. Le soir-même, des manifestant•es s’éternisent, et poussent la réflexion plus loin que le simple retrait du projet de loi El Khomri.

Le lendemain, ils reviennent, plus nombreux. C’est le 32 mars. Et ça continue. Alors hier soir, c’était le « 36 mars », car tant qu’à subir l’immobilisme, autant arrêter le temps.

Place de la République, mardi 5 avril 2016, #36 mars

De 18h à 21h, je me suis mêlée à la foule, j’ai assisté à l’Assemblée Générale, j’ai tendu le micro à celles et ceux qui m’ont souri, et qui ont accepté de me raconter ce qu’ils faisaient là, et pourquoi.

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La déception comme engrais de l’espoir

« Le changement, c’est maintenant ! » promettait le candidat Hollande depuis les tribunes de campagne, en mars 2012. Quatre ans plus tard, le changement s’est trop fait attendre, alors les gens déçus, désenchantés, désespérés, se sont retrouvés place de la République avec cet étrange point commun : ils n’attendaient pas grand-chose de « la politique », mais ils sont quand même déçus.

Les madmoiZelles que j’ai interviewées (dont deux hommes, mais le féminin n’est pas excluant vous savez, j’applique juste une règle de majorité !) n’étaient pas des « abstentionnistes militantes ». Elles m’ont parlé ouvertement de leur vote, plutôt pour des partis de gouvernement : le PS, les Verts.

Voteront-elles en 2017 ? Leur décision n’est pas arrêtée. « Oui, contre Marine », mais on aimerait bien ici débattre d’un projet, ne plus être prises au piège du « vote contre ».

#NuitDebout, c’est pas la contestation par les urnes, c’est la révolte par les rues

#NuitDebout, c’est l’inverse de « la révolte pantouflarde » dans les urnes : c’est la révolte citoyenne dans la rue. Comme on sait bien que couper la tête du roi ne fera pas germer la démocratie sur les cendres de la monarchie, on s’organise pour préparer demain.

Une Assemblée Générale commence tous les soirs à 18h, et se poursuit jusqu’à minuit. Elle s’organise en commissions, parce que les différents aspects pratiques, techniques et politiques de ce mouvement demandent un minimum de coordination. Par « politique », j’entends la répartition de la parole, des sujets, la communication, tout ce qui fait l’esprit et l’âme de ces rassemblements.

Les assemblées générales populaires ont des codes qui peuvent échapper aux personnes non-initiées, mais on s’y fait vite, à condition de s’y intéresser. Avec les réseaux sociaux, les informations circulent mieux, plus vite, ce qui facilite grandement la transmission des usages.

« Je me sens moins seule »

Au détour d’une de mes conversations de la soirée, Hélène m’a dit à propos du mouvement #NuitDebout : « Je me sens moins seule ». Moi aussi, je me sens moins seule, face au cynisme, face à la résignation collective, face à l’immobilisme d’un système qui m’étouffe, et que je regarde, impuissante, enfermer mon avenir dans une absence d’ambition.

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Et soudain, un soir, sur la place où Paris pleurait ses morts, les idées germent à côté des fleurs qui fanent. Hier on improvisait un mémorial, aujourd’hui on s’invente une sixième République, à l’ombre de sa statue.

« Arrêtez de nous faire peur, sinon ça va chier ! »

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Merci à cecelight pour son dessin ! Retrouvez-la sur Twitter

Moi aussi, je me sens moins seule au milieu de ces gens, qui ne sont pas venus griller des saucisses une canette à la main, ni scander des insultes au gouvernement. Qu’on se le dise : les membres de la #NuitDebout n’ont pas confondu l’Assemblée Générale avec l’happy hour.

Et c’est sans doute pour ça que si j’étais François Hollande, je m’inquiéterais sérieusement de l’ampleur que prend ce mouvement.

Il n’est pas contestataire-révolutionnaire-pas-content-toujours-les-mêmes, alors ce n’est pas la peine d’envoyer les CRS encercler tout ça, convoquer une intersyndicale à Matignon, et trouver un accord à base de chèques cadeaux assortis de belles déclarations, teintées de mépris.

Puisque vous ne faites rien de votre pouvoir, rendez-le nous, on s’en charge

Ce mouvement est citoyen, engagé, réformateur, ambitieux. Ces gens ne viennent pas « retourner la table », ils veulent préparer demain. Les jeunes que j’ai rencontrées ne sont pas en colère, elles n’ont pas peur, elles sont juste déçues, et veulent reprendre le pouvoir qu’elles avaient délégué par leur vote : puisque vous n’en faites rien (ou pas grand-chose), rendez-le nous, on se charge de construire une meilleure société.

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Symbole de cette aspiration au changement, le documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, carton en salles grâce au bouche-à-oreilles, et primé aux Césars.
Se focaliser sur les solutions et prendre les choses en main, chacun•e à son échelle et selon ses moyens.

« Qu’est-ce qu’on attend pour prendre le pouvoir ? »

Il se passe un truc, place de la République, à Paris. Et à Strasbourg. Et à Nantes. Et à Bordeaux. Et dans plus de trente villes de France, à l’heure où j’écris ces lignes.

C’est un mouvement citoyen, ouvert à tou•tes, spontané, fraternel, ambitieux, qui rassemble toutes les bonnes volontés. On nous avait promis un changement « maintenant », et comme quatre ans plus tard, l’impatience a remplacé la déception, certain•es ont décidé de prendre les choses en main.

Je me sens moins seule, moi qui me suis fendue de trop de lettres ouvertes aux divers ministres pour un gouvernement de Gauche : à vous M. le Président, vous défendant d’abord, vous implorant ensuite. À vous Benoît Hamon, à vous François Rebsamen. À vous tou•tes mesdames et messieurs les ministres, à propos du ballon d’essai sur les APL, à propos de l’égalité professionnelle, à propos de l’éducation à l’égalité, à vous encore M. Hollande à propos de Jacqueline Sauvage.

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Trop de suppliques, pour des causes pourtant contenues dans les 60 engagements que j’avais été personnellement défendre en porte à porte. Les militant•es socialistes nous avaient bien donné comme consigne de « ne pas vendre de faux espoirs ». J’avais été attentive à rester sincère.

En 2012, j’y croyais. En 2017 ? Moi-même, je me claquerais la porte au nez.

Depuis, j’ai raconté mon propre éveil à la politique, de mes premières élections de déléguée de classe, en passant par les déceptions, jusqu’à cette réalisation : en démocratie, le pouvoir nous appartient. Qu’est-ce qu’on attend pour l’exercer ?

On est le 37 mars. À suivre…

Comment rejoindre #NuitDebout ?

Pas besoin d’habiter Paris ! Des rassemblements fleurissent un peu partout en France, tu peux trouver celui de ta ville grâce à cette carte, et s’il n’y a rien près de chez toi, à toi de le lancer, tu n’es sans doute pas seul•e à regretter l’absence de #NuitDebout par chez toi !

Pas besoin non plus de descendre dans la rue si ce n’est pas ton truc (même si les rencontres sont des expériences très enrichissantes et nous sortent du « cloisonnement numérique » des algorithmes des réseaux sociaux.)

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#NuitDebout, c’est aussi une pétition pour soutenir le mouvement : signer, c’est apporter son soutien à cette dynamique, notamment pour éviter qu’elle ne soit prise au piège des interdictions de manifester relatives à l’application de l’état d’urgence…

Tu participes à une #NuitDebout ? Viens raconter ton expérience sur madmoiZelle ! 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Aesma
    Aesma, Le 21 septembre 2016 à 15h46

    @Karaolanov C'est une question assez intéressante, pour le coup j'aurais tendance à dire que le féminisme est le premier à s'être emparer du sujet. Comme tu l'as dit il y a une plus grande tolérance de la "laideur" chez les hommes que chez les femmes. Rien qu'au niveau de la représentation on voit beaucoup plus d'hommes au physique particuliers que de femmes et si tous ces hommes aux physiques particuliers ne sont pas tous considérés comme laids et peuvent au contraire être reconnu comme "normal" "beau" une beauté particulière on voit systématiquement le même type de femmes "belles" et le même type de femmes "laides".

    Je pense que le terme que tu recherches c'est "bodypositive" qui réunit plein de choses.

    Dans les combos "moche" on a le monosourcil, les lunettes, les boutons, le surpoids, la maigreur extrême (le mince/maigre étant encore vu comme une norme sociétal), les caractéristiques opposées à ton genre assigné (une femme trop baraquée, un homme trop frêle...).

    Après le bodypositive a plutôt vocation de se réaffirmer soi-même, faire de ses complexes des forces etc. Je ne sais pas si ça prend aussi en compte le fait de casser les critères de beauté normatif.

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