Un mois sans alcool, ça fait quoi ? — Carnets de sobriété #4

Clémence fait le bilan d'un mois de sobriété. Et elle pète la forme. Toutes ces bonnes habitudes repartent avec elle, dans ses bagages, pour son retour de vacances !

Un mois sans alcool, ça fait quoi ? — Carnets de sobriété #4

Il paraît qu’on perd une habitude en 21 jours. Alors en dépassant le trentième, j’ai presque le sentiment d’avoir franchi la ligne d’arrivée.

Trente jours de sobriété, c’est une victoire qui m’épate surtout parce que je ne les ai pas vus passer. Alors oui, j’ai triché : je suis partie de Paris, seule, loin, et de fait, j’ai cumulé plusieurs objectifs tout en anéantissant des obstacles. Je m’explique !

Nouveau cadre, nouvelles habitudes

Je suis partie seule, et là où je vais, personne ne me connaît. En plus, une grande partie de la population en Indonésie est musulmane, donc ne pas consommer d’alcool est loin d’être une anomalie sociale.

La pression sociale, ça dégage. J’ai eu un seul apéro un peu bousculé — c’était parce qu’un Français insistait pour me faire prendre une bière, parce que « quand même c’est triste de trinquer à l’eau ». J’ai fini par dire que je ne buvais pas, ce à quoi il a répondu : « mais genre t’es alcoolique ? », comme s’il me fallait un certificat médical pour justifier de ne pas boire une bière.

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Ça c’est juste avant que Leo lui éclate un verre sur la gueule. Team jus de canneberge.

Vraiment, la France, posons-nous quelques questions sur notre rapport culturel à l’alcool !

Je suis partie pour soixante jours, et bien sûr, j’ai un budget. Donc les cocktails qui font joli sur Instagram mais qui coûtent quatre fois le prix du jus de citron : on oublie. (Vous pouvez stalker mon compte Instagram, tous les cocktails sur fond de soleil couchant sont des citrons pressés !)

Objectif budget : atteint.

Sans alcool, la vue est toute aussi folle

La bonne motivation

Mais surtout, je suis venue en Indonésie pour faire de la plongée sous-marine, et c’est pas tout à fait un hasard si j’ai décidé de m’essayer à la sobriété cet été : la consommation d’alcool est fortement déconseillée pour cette activité. Immédiatement avant, pour des raisons évidentes, hein : c’est une mauvaise idée de ne pas être en pleine possession de ses facultés mentales et physiques avant d’aller s’immerger à plus de 20 mètres de fond, je ne vous fais pas un dessin !

Boire un verre à l’apéro la veille, même deux (ou trois), ça n’empêche pas de plonger le lendemain… Mais l’alcool déshydrate, et c’est une mauvaise idée de plonger en étant (plus ou moins) déshydraté•e. Ça peut favoriser l’apparition d’un accident de décompression, qui lui-même peut avoir des conséquences dramatiques, même si c’est extrêmement rare et peu probable.

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Je trouve personnellement que le jeu n’en vaut pas la chandelle, donc j’avais pris la décision de consommer zéro alcool pendant toute la durée de l’été, étant donné que j’étais partie pour plonger très souvent.

Et c’est fou combien la bonne motivation peut faire des miracles ! Trente jours plus tard, non seulement je n’ai pas consommé une goutte d’alcool, mais en plus, je n’en ai pas eu envie une seule fois.

Et la sécurité avant tout !

Une autre motivation a sans doute pesé dans la balance : je dois bien avouer que si à Paris, la désinhibition de l’ivresse est une sensation que j’apprécie, ce nouveau cadre change complètement la donne.

Je n’étais pas du tout rassurée à l’idée de potentiellement perdre le contrôle, même légèrement, en étant seule dans un pays étranger. Je veux dire, perdre ses clés à Paris, c’est chiant mais je vais survivre.

M’imaginer perdre ma CB ou mon passeport à Bali… que je me blesse en tombant, ou pire, qu’il m’arrive quelque chose, que je sois victime d’agression… Même si ça ne serait pas de ma faute, parce qu’être ivre n’a jamais été une excuse pour « mériter » quoi que ce soit, ça ne changerait pourtant pas le résultat.

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« Mieux vaut prévenir que guérir » comme on dit, et j’ai déjà du mal à suivre comment m’adapter ici au quotidien à jeun, je ne pense vraiment pas avoir besoin d’une difficulté supplémentaire en me rajoutant des fractions de grammes d’alcool dans le sang !

Trente jours de sobriété, ça m’a requinquée

Ça n’aurait pas dû être une surprise, et pourtant : je suis émerveillée par mon état de santé. Bon j’ai eu une otite et un rhume pendant la même période, mais je ne parle pas de ça ! Je parle de mon appétit, de la qualité de mon sommeil, de mon énergie au quotidien, dans la journée, de la sensation de fatigue, des envies de sucres

Je me sens tellement différente, tellement MIEUX, à plusieurs niveaux. Quand on dit que l’alcool est mauvais pour la santé, c’est la stricte vérité ! Le premier, et le plus évident résultat de ma sobriété, c’est une amélioration sensible de mon état de santé général.

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J’avais eu une sensation de soulagement similaire en devenant végétalienne, mais c’était plutôt au bout de huit semaines que j’avais vraiment ressenti des bénéfices manifestes. Et je ne pensais honnêtement pas percevoir une différence aussi nette au bout de trente jours seulement de sobriété, parce qu’après tout, ma consommation d’alcool n’était pas excessive, juste (très) fréquente.

Je ne sais pas si j’ai perdu du poids, mais je suis certaine de ne pas en avoir pris, malgré le fait que la nourriture indonésienne est composée à 80% d’aliments frits (meilleure idée). Mais surtout, j’ai l’impression de mettre vraiment que « le bon carburant » dans mon moteur.

Vivre de sommeil profond et d’eau fraîche

Je bois beaucoup d’eau (la plongée, ça déshydrate, et il fait plutôt chaud par ici), mais je n’ai plus une sensation de soif en permanence. Je n’ai plus des fortes envies de sucres, provoquées par le pic de glycémie de l’alcool.

Et j’ai retrouvé des cycles de sommeil stables, ça me change la vie. Ça aide d’être défoncée de fatigue par le décalage horaire, puis par la plongée, et ça aide aussi d’être super-détendue parce que je suis en vacances, mais je suis en train de prendre des bonnes habitudes de rituel pré-coucher que je compte continuer à Paris.

Comme par exemple, le fait d’éteindre mon téléphone (ou le mettre en mode avion) avant d’aller me coucher, et de lire avant d’éteindre (un livre ou mon Kindle, mais pas un écran rétro-éclairé), même si c’est que quelques minutes, même juste trois paragraphes. Au pire ce sera juste un rituel pour signaler à mon cerveau qu’il doit se mettre en veille, entre maintenant et la fin du chapitre, à sa convenance.

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J’ai les idées claires

Mais la plus grande surprise, c’est l’effet de cette sobriété sur mon état d’esprit. Avant, je buvais aussi souvent, même juste un verre, pour m’aider à me détendre. C’était mon « lâcher prise » de fin de journée.

Non seulement je ne pensais pas réussir à faire sans, mais en plus, je m’étais convaincue que boire était un mal pour un bien : au moins, ça me permet de lâcher prise, m’voyez.

Encore une fois, je ne vais pas le nier : le cadre paradisiaque m’a considérablement aidée à atteindre ce niveau de détente sans l’aide de l’alcool, mais j’ai aussi eu un déclic, et j’ai la conviction de pouvoir reproduire activement ce processus de détente à Paris. Sans la vue, sans le bruit des vagues, donc.

Je crois qu’une partie de moi avait peur de la sobriété : je crois que j’avais peur d’être en tête à tête avec moi-même, et justement, d’avoir les idées claires. Boire était un moyen de glisser la poussière sous le tapis, à la fin de la journée, histoire de « me nettoyer l’esprit » des problèmes résiduels, sans toutefois procéder à une introspection trop poussée. On fera le grand ménage de printemps un autre jour, pour filer la métaphore…

Mais c’est là que le travail effectué en amont avec ma psy porte ses fruits : en dégageant le terrain avec l’aide de quelqu’un, j’ai finalement réalisé que j’étais capable de faire face à ces « problèmes résiduels », ces nuisances de fin de journée. Je suis capable de me faire face, à tout moment de la journée. Même en soirée. Même avant d’aller dormir.

J’ai presque hâte de rentrer à Paris, et de « me tester » dans mon cadre quotidien. Est-ce que ce sera toujours aussi facile, aussi évident, est-ce que l’envie de boire m’est vraiment passée ? Est-ce qu’elle reviendra ponctuellement, ne serait-ce qu’à Noël ou aux anniversaires ?

Affaire à suivre…


Si vous sentez que vous perdez le contrôle de votre consommation, n’hésitez pas et prenez contact avec un centre d’alcoologie.

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dan-ge
    Dan-ge, Le 4 décembre 2016 à 20h22

    Bonsoir, je partage cet article que j'ai lu il y a quelques mois sur le rapport des femmes a l'alcool et ou je me suis reconnue (par contre c'est en anglais)

    Giving up alcohol opened my eyes to the infuriating truth about why women drink

    http://qz.com/762868/giving-up-alco...-the-infuriating-truth-about-why-women-drink/

    "Is it really that hard, being a First World woman? Is it really so tough to have the career and the spouse and the pets and the herb garden and the core strengthening and the oh-I-just-woke-up-like-this makeup and the face injections and the Uber driver who might possibly be a rapist? Is it so hard to work ten hours for your rightful 77% of a salary, walk home past a drunk who invites you to suck his cock, and turn on the TV to hear the men who run this country talk about protecting you from abortion regret by forcing you to grow children inside your body?"

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