Lettre de rupture — À ma dépression #62jours

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La dépression est un véritable fléau, dont on parle de plus en plus. Vivre avec, c’est difficile… Et vivre sans, un vrai défi. La première page d’une nouvelle vie.

Lettre de rupture — À ma dépression #62jours
Clémence veut mettre à profit cet été pour développer 62 réflexions introspectives, dans le but de devenir sa meilleure alliée… et donc une meilleure version d’elle-même. Rendez-vous tous les jours sur #62jours pour devenir meilleure : un exercice de développement personnel en pratique.

Précédemment dans #62jours : La martyre et la super-héroïne qui sommeillent en moi

Je suis sur une série de réflexions où je me regarde moi-même. Ça m’a permis d’identifier le filtre de la colère, qui brouille ma vision du monde, mais aussi à quel point la façon dont je me vois influence le potentiel que je me donne.

Toujours dans cette lancée, je vois mieux mes forces, et mes faiblesses. C’est pourquoi, aujourd’hui, quand je me suis assise devant mon clavier, c’est cette lettre qui m’est venue (20 minutes d’écriture).

(Aussi, j’avais du mal à trouver l’inspiration ces jours-ci, mais vu ce que je viens de lâcher, ça devrait revenir !)

Lettre de rupture, à ma dépression

Il faut qu’on parle. Toi et moi. Mais il faut que tu m’écoutes, cette fois. Parce que ce sera la dernière. Il le faut.

Il le faut parce que j’en peux plus qu’on se sépare et qu’on se remette ensemble. Je suis pire qu’une caricature de tragédie romantique. Je suis la mijaurée qui se veut être une femme forte et indépendante, mais qui revient sans arrêt pleurer dans les bras de son connard d’ex.

Il ne lui apporte rien de bien, mais à ses yeux à elle, il est indispensable. T’étais un peu comme ça, à mes yeux à moi, tu sais. Une partie de moi, sans laquelle je ne tiendrais pas debout.

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Mais j’avais tort, tu sais. Tu n’es pas une partie de moi, tu viens combler un vide qui fait partie de moi. Nuance. Et elle est de taille, cette nuance. Elle signifie que je peux combler ce vide autrement. Je peux accepter que ce vide existe, aussi. Peut-être qu’un jour j’arriverais à l’accepter.

En attendant, je commence par accepter ça: tu ne fais pas partie de moi. Et je ne veux plus que tu fasses partie de ma vie.

J’ai le droit d’être triste sans toi

Je suis à la fois soulagée et paniquée à l’idée de tourner cette page, enfin. Je sais que ce n’est pas la première fois qu’on se sépare, mais je veux que celle-ci soit effectivement la dernière. Je ne veux plus que tu reviennes. Je veux continuer sans toi.

Je peux continuer sans toi.

Je sais ce que tu vas me dire. On ne guérit pas de la dépression, on est dépressive, c’est pour toujours, les épisodes vont et viennent… Oui mais non. J’en ai décidé autrement.

J’ai décidé que j’avais le droit d’être triste, d’être fatiguée, de manquer de motivation et d’énergie. Mais tu n’as plus le droit de me convaincre que c’est normal, de m’entraîner plus bas encore, me voler le repos que je prends… transformer ce repos en poison qui me paralyse.

On est en pause, mais je décide que ce sera définitif

Je t’écris cette lettre pour prendre le monde à témoin, non pas pour me donner du courage, mais pour en donner, je l’espère, à toutes celles et ceux qui se reconnaîtraient dans l’image de notre couple toxique.

Tu sais, ça fait un mois déjà que notre relation a pris fin. J’étais pas sûre. Mais je sens que tu essaies de revenir, alors je préfère faire cette mise au point maintenant, pour que ce soit clair entre nous : c’est fini.

Voilà un mois déjà que j’ai arrêté de manger pour deux, de boire pour deux aussi. J’ai arrêté de te porter sur mes épaules, j’ai arrêté aussi de sentir ta présence, calme et permanente, au fond de mon esprit.

Quand je suis triste, c’est juste moi, c’est juste la tristesse des moments qui me touchent, et ce n’est plus un gouffre qui s’ouvre sur tous les malheurs du monde, toutes les larmes de mon coeur, dans lesquelles je me noie.

Quand je suis fatiguée, c’est juste la fatigue d’une journée intense. Quand j’ai mal aux jambes et au dos, c’est juste le poids de mon propre corps, et les séquelles du sport que j’ai repris depuis que je t’ai quittée.

Quand je suis seule avec moi-même, je n’ai plus besoin de mettre de la musique ou d’allumer la télé pour que leur bruit couvre celui de tes paroles, du flot incessant de tes reproches décourageantes.

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Tu vas revenir, mais je ne te laisserai plus revenir

Je te vois, tu sais. Tes messages intrusifs, tes tentatives de flirt sur le pas de la porte. Tes appels en absence. Tu n’es pas loin. Tu ne seras jamais bien loin, je pense. Mais j’ai fini de céder. Je le sais, parce que j’ai compris pourquoi tu avais autant d’emprise sur moi.

Tu es finalement l’archétype d’une relation toxique et abusive. Tu me faisais croire que je ne pourrais pas vivre sans toi, que le monde est trop dur, trop cruel, trop violent pour une personne sensible et vulnérable, comme moi.

Tu étais censée me protéger, en fait. C’est pour me protéger que tu m’empêchais de sortir, qu’on passait le plus clair de notre temps enfermées. Jusqu’au jour où j’en avais marre, je retrouvais la force d’affronter le monde.

Alors, j’en profitais à fond, j’en faisais des caisses, je m’épuisais à vivre. Il finissait par se passer quelque chose qui m’affectait plus que d’habitude. Et tu me ramassais, au bord de l’implosion.

Je te donnais raison : le monde était trop violent, et j’étais trop faible pour avancer sans toi. La convalescence était longue…

Aujourd’hui, je sais que tu as tort, parce que j’ai enfin compris ça : tu ne fais pas partie de moi. Tu combles un vide en moi, et c’est ça qui me déséquilibre. C’est toi qui me déséquilibre.

Ce vide, je peux vivre avec. Je peux accepter qu’il soit là. Je peux le combler autrement. Mais pas avec toi. Plus avec toi.

J’ai déjà commencé à vivre sans toi

Adieu, ma dépression. Il n’y a plus de place pour toi dans ma nouvelle vie. Et quand tu reviendras frapper à ma porte — parce que je sais déjà que c’est pas grâce à une simple lettre que j’en aurai fini avec toi —, je saurai me souvenir que tu n’es pas la solution aux problèmes que j’affronte.

Ton retour sera le signal que j’ai besoin d’aide, que j’ai sans doute trop de poids sur les épaules, trop de peur dans le bide et que je suis sans doute trop seule. Je le saurai, la prochaine fois.

Et j’irai chercher de l’aide, du soutien, de la chaleur pour surmonter ce que j’aurai à surmonter. Sans toi.

Quinze ans de vie commune, c’est long. Je te vois, incrédule et ironique, penser que je suis incapable de vivre sans toi. Mais j’ai confiance, tu sais. Parce que j’ai déjà commencé.


Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Voici le dernier commentaire
  • Lailague
    Lailague, Le 16 août 2017 à 12h35

    Hello ! Je souhaite réagir à l'article " Les vertus du rangement, pour esprits encombrés #62jours ", mais également sur mon chemin sur le développement personnel.

    Il est vrai que faire un grand tri mental est difficile. Mais je pense que le tri "physique" fait du bien.

    Je suis une grande bordélique, procrastrinatrice professionnelle et une grande tête en l'air. J'essaie plein de méthodes pour essayer d'être plus organisée : to-do list papier et numériques, bullet journal, listes de choses à lire / regarder / voir / faire. Les listes grandissent, je ne les lis jamais et passe peu à l'action. J'oublie la moitié des choses à faire, je me dis toujours que "je peux faire ça plus tard".

    J'ai eu l'habitude, comme beaucoup je pense, de garder plein de choses "au cas où". Comme d'anciens cahiers de poésie de primaire, d'anciens cours, des vêtements qui ne me vont plus / ne me plaisent pas, des cadeaux dont je ne me sers pas, des livres que je n'ai jamais lus. Bref, un tas de papiers, objets, qui finalement n'apportent aucune valeur à mon quotidien et ne font qu'encombrer divers boîtes, placards… Heureusement que je ne suis pas du tout une acheteuse compulsive !

    Je suis une véritable catastrophe, je vis en coloc et je laisse trainer plein de choses partout : je ne sais pas où les ranger, et qu'organiser les choses m'angoisse presque par une certaine rigidité. Ou simplement j'oublie de les ranger, je passe à côté sans voir les choses.

    Depuis à peu près un an, j'ai découvert le livre de Marie Kondo, La magie du rangement. Ce livre m'a vraiment fait comprendre que me délecter d'objets superflus pouvait m'aider à être plus légère dans mon esprit également. Ce livre m'a aidée à ne garder que les objets que j'utilise vraiment et qui me rendent heureuse. Je suis loin d'avoir tout trié / rangé, mais j'ai parfois des gros élans de tri, et cela m'aide à me sentir mieux et plus claire dans ma vie, au moins temporairement.

    Ma boîte mails sature de newsletter que je ne lis jamais, de mails que je ne lis pas et que je garde " au cas ou ". J'ai découvert Rollup, qui m'a permis de faire un peu de ménage. Ma vie numérique sature, j'ai desinstallé plein d'applications et de notifications car je finissais par ne plus les voir.

    Mentalement, je pense que je sature beaucoup, d'où mes oublis et mon côté "dans la lune". J'ai vu un thérapeute qui m'a aidée à identifier ce problème. J'ai toujours eu l'habitude d'avoir énormément d'empathie et d'être toujours alerte sur ce qui se passait autour de moi pour n'en manquer aucune miette. Donc quelque part de choper aussi toute la négativité des gens, même sans qu'ils ne s'adressent à moi. Les gens me complimentent en me disant qu'ils trouvent que je reste moi-même et qu'ils trouvent cela rare. En réalité, j'ai tellement d'empathie que je ne suis que leur reflet, et finalement je ne m'impose pas. Je m'adapte trop à mes interlocuteurs et je finis par m'oublier.

    Pour la procrastination, on sait à peu près tous que le plus dur est de s'y mettre. Manque de confiance, ne pas savoir par où commencer, se dire qu'on a le temps, avoir peur de la difficulté / durée de la tâche : des raisons on en a beaucoup ! Je suis tombée sur une vidéo (je ne me rappelle plus laquelle), qui préconisait une action simple : "Just start it". Peu importe la tâche, il s'agit de se dire qu'on ne fera que 10 minutes, si on trouve cela chiant on arrête, sinon on continue. Et finalement je suis bien contente d'avoir pris mon courage à deux mains pour commencer, et bien contente de finir un truc que je devais faire depuis un bail ! Pour le fait de ne pas savoir par où commencer, j'essaie de faire confiance à mon intuition, mais c'est difficile. Les méthodologies me ferment souvent car elles ne correspondent pas à mon schémas mental, donc de plus en plus j'essaie de prendre ce qui me correspond le mieux, et de jeter ce que je trouve contraignant.

    Donc mon challenge pour les 6 prochains mois : penser + à moi, améliorer ma confiance / affirmation de soi (je vais reprendre la boxe) et me délecter de la dualité bien / mal que je m'obstine à appliquer (elle dépend du lieu et de l'époque dans laquelle on est et de la société, des autres)

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