Expérience de Milgram : 50 ans plus tard, sommes-nous toujours capables de monstruosités ?

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L'expérience de Milgram, réalisée dans les années 60, avait pour objectif de mesurer le degré d’obéissance d’un individu face à une figure d’autorité. 50 ans plus tard, les résultats sont-ils les mêmes ?

Expérience de Milgram : 50 ans plus tard, sommes-nous toujours capables de monstruosités ?

Connaissez-vous la fameuse expérience de Milgram ? Il s’agit probablement de l’étude la plus célèbre en psychologie : au début des années 60, Stanley Milgram, chercheur en psychologie sociale, s’interroge sur ce qui a pu pousser des hommes « ordinaires », au cours de la Seconde Guerre mondiale, à commettre des crimes monstrueux.

Pour tenter d’apporter quelques bribes de réponse, Milgram met au point une expérience mesurant le degré d’obéissance d’un individu « lambda » face à une figure d’autorité — même lorsque les ordres de celui-ci vont à l’encontre de ses valeurs morales…

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L’expérience de Milgram : sommes-nous tous capables de monstruosités ?

L’expérience est présentée aux volontaires comme un exercice d’apprentissage : ils doivent faire retenir une liste de mots à des gens.

À chaque erreur, un scientifique (complice de Milgram et son équipe) demande aux participants d’appuyer sur un bouton : par ce geste, ils envoient une décharge électrique à l’individu qui apprend les listes de mots (et qui est également un complice du chercheur)…

Tous les participants acceptent d’appuyer sur le bouton.

Les décharges sont graduées et augmentent au fur et à mesure des erreurs, jusqu’à arriver à 450 volts. Sur l’appareil, des boutons indiquent le nombre de volts et le danger présenté, allant d’un « choc léger » (15 volts) à « danger choc grave » (450 volts).

Aucun choc réel n’est réellement envoyé, mais le sujet peut entendre une bande son avec les cris et les plaintes du compère… jusqu’à ce que celui-ci ne « crie plus » (ce qui suggère un état inconscient — ou un décès).

Cette expérience suggère un fait affreux : tou•tes les participant•es acceptent d’appuyer sur le bouton (et donc d’administrer à un•e inconnu•e une décharge de 285 volts), et 65% d’entre eux acceptent d’aller au bout de l’exercice et d’infliger un choc électrique extrêmement dangereux et potentiellement mortel…

Pour Milgram, l’obéissance des volontaires s’expliquerait par le contexte dans lequel ceux-ci sont placés, par une « soumission à l’autorité » : autrement dit, dans cette situation, chacun•e d’entre nous aurait pu administrer les chocs électriques.

Je passe les détails de l’expérience (si vous souhaitez en savoir plus, rdv ici !) – ce qui est sûr, c’est qu’elle a marqué la communauté scientifique.

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Expérience de Milgram : qu’en est-il aujourd’hui ?

Récemment, des chercheurs et chercheuses d’une université polonaise ont décidé de « répliquer » l’expérience : est-ce qu’en 2015, un demi-siècle plus tard, nous accepterions à nouveau d’administrer ces foutus chocs électriques ?

Le taux d’obéissance des volontaires rejoint celui de l’étude originale de Milgram !

Pour l’équipe de scientifiques, la réponse serait affirmative…

Les auteur•es de l’expérience soulignent l’importance de leur travail : l’expérience de Milgram n’avait pas encore été « répliquée » en Europe Centrale.

Compte tenu de l’histoire particulière du pays — envahi par les forces allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale, puis dirigé par un régime communiste…), il pouvait être intéressant d’étudier le phénomène de « soumission à l’autorité » chez les habitants de la Pologne.

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Le taux d’obéissance est-il plus bas qu’ailleurs ? Similaire ?

Les scientifiques ont sollicité 80 participant•es, âgé•es de 18 à 69 ans — l’expérience n’a pas été répliquée à l’identique pour des questions éthiques.

Les auteur•es ont conservé un contexte similaire, mais les chocs électriques déclarés étaient moins élevés. Les participant•es se trouvaient devant 10 boutons : à chaque bouton, la puissance du choc électrique s’intensifiait…

Le taux d’obéissance des volontaires rejoint celui de l’étude originale de Milgram ! L’ensemble des participant•es accepte de prendre part à l’expérience, et une large majorité pourrait appuyer jusqu’au 10ème bouton…

Une fois que nous réalisons que nous sommes capables du pire, nous pouvons développer d’autres comportements.

À nouveau, un demi-siècle plus tard, le contexte a montré sa force : nous pourrions toujours faire des choses avec lesquelles nous ne sommes pas en accord, pour peu que les circonstances nous y amènent.

Ce constat peut laisser songeur si l’on pense au deuxième tour de notre élection présidentielle

Rassurons-nous : une fois notre conscience éveillée, que nous réalisons que nous sommes capables du pire, que nous y sommes sensibilisés, nous pouvons développer d’autres comportements, de l’entraide, de la solidarité, de la bienveillance.

Philip Zimbardo, un autre chercheur célèbre en psychologie sociale, nous donne d’ailleurs un coup de pouce pour devenir nos propres héros !

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Commentaires
  • Kaus Australis
    Kaus Australis, Le 4 mai 2017 à 17h03

    Mistropiou
    Toutes mes excuses, j'ai commenté directement après l'article :sweatdrop:
    T'excuse pas
    désolée j'ai du paraître sèche en fait :ninja:

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