Les cours d’éducation à la sexualité et à la contraception — Témoignages et éclairage

Les cours d'éducation à la sexualité et à la contraception n'ont clairement pas été les mêmes d'un-e élève à un-e autre. Des madmoiZelles nous ont raconté ce qu'on leur a appris... ou non.

une éducation cours sexualité

Écrit à quatre mains avec Léa Bucci.

Nous parlions il y a peu des débuts plus ou moins chaotiques de la sexualité ; les cours d’éducation à la sexualité et à la contraception y jouent un rôle important. Ils sont souvent, selon les relations de chacun•e avec ses parents, la première source d’informations venant d’une figure d’autorité.

Mais selon les établissements, les personnes qui donnent ces cours et l’époque, les informations communiquées ne sont pas les mêmes. Des madmoiZelles et des demoiZeaux nous ont apporté leurs témoignages.

Si vous n’avez pas trouvé votre bonheur en cours, il est d’ailleurs encore temps de vous rattraper avec les vidéos de Sophie et Marion !

contraception marion et sophie 1

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Un cours sur l’aspect technique du sexe et les basiques de la contraception

L’éducation à la sexualité qui est faite au collège et au lycée est réglementée par l’Éducation nationale. La circulaire officielle sur l’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées, qui date de février, 2003, indique que :

« Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances pourront associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire et des personnels des établissements […] Des élèves formés par un organisme agréé par le ministère de la santé pourront également y être associés. »

Toujours d’après ce texte :

« […] trois séances d’information et d’éducation à la sexualité doivent, au minimum, être organisées dans le courant de chaque année scolaire. […]

Au collège et au lycée, le chef d’établissement établit en début d’année scolaire les modalités d’organisation et la planification de ces séances, inscrites dans l’horaire global annuel des élèves […] Les modalités d’organisation des séances – durée, taille des groupes – sont adaptées à chaque niveau de scolarité. Elles doivent privilégier un cadre favorisant l’écoute, le dialogue et la réflexion […] »

Pour les madmoiZelles, la plupart du temps, l’éducation à la sexualité s’est faite avec un cours en quatrième dans le cycle sur la reproduction. Parfois il est complété d’un autre cours en seconde. Le contexte de la reproduction fait que généralement, la sexualité a été présentée sous un aspect vraiment « mécanique ».

Clem explique ainsi :

« Si je me souviens bien, je n’ai eu qu’une seule fois une intervention sur l’éducation sexuelle, en quatrième. C’était fait par des intervenantes, on était par petits groupes de dix ou quinze, pendant approximativement deux heures. Ils nous ont demandé les premiers mots qui nous venaient quand on entendait « relation sexuelle ». On a discuté des mots auxquels on avait pensé. Mais pas plus ! »

Cela a été relativement similaire pour Lisa, 21 ans :

« J’ai eu un cours « d’éducation sexuelle » en quatrième, donné par ma prof de SVT. Mais on a aussi abordé le sujet en classe, dans le cadre du programme sur la reproduction (on avait donc un peu parlé des moyens de contraception). »

Pour Aurore, 20 ans, cela s’est passé différemment, et un peu plus tard :

« En quatrième, lors du cours dans lequel on est censés aborder la sexualité, la seule dont j’ai entendu parler, c’est celle des oursins (YOUHOU). C’est en seconde que j’ai eu « accès » à l’éducation sexuelle, parce que mon lycée organisait pour les classes de seconde des visites au CIDAG et au planning familial. En réalité, cette éducation portait surtout sur la protection et les IST, le démontage des mythes selon lesquels on ne peut pas tomber enceinte la première fois, ou qu’on attrape le SIDA en faisant la bise. »

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Cela a été à peu près le même schéma pour Aurélie :

« Le premier cours d’éducation sexuelle remonte au collège, en quatrième, mais il était assez bref car il était intégré au cours de Sciences de la Vie et de la Terre. C’est donc notre prof de l’époque qui s’en est chargé. On est vite passés à l’aspect purement biologique, la puberté etc. J’avais 13 ans.

Un an plus tard, à 14 ans, on nous a fait faire un check-up de santé dans un centre de médecine préventive. Le tout prenait une matinée, suivie d’une intervention de notre choix en petits groupes dans l’après-midi, ma classe ayant opté pour celui portant sur la sexualité. Je ne me souviens plus très bien qui faisait cette intervention, je pense qu’il s’agissait d’une infirmière du centre.

J’ai assisté à une dernière intervention à 15 ans, en seconde, dans mon lycée. Celle-ci portait beaucoup plus sur l’aspect contraception/avortement puisque c’était une gynéco du centre de planning familial le plus proche qui s’en chargeait. »

Le cours est ainsi fait par un•e prof (généralement de SVT) ou un•e intervenant•e (du planning familial, voire un•e sexologue, un•e infirmier•e…). Mais le plus souvent, il ne s’agit que d’une introduction à la contraception, qui se concentre sur les risques (IST, grossesse) et ne parle que du préservatif et de la pilule.

Lisa regrette ainsi la rapidité du cours :

« C’était strictement technique : elle nous a dit comment mettre un préservatif, comment la pilule fonctionne, et a glissé deux phrases sur l’implant et le stérilet. Les risques de MST, de SIDA ont été abordés plus longuement, et en y repensant tout le cours a été basé sur les maladies sexuellement transmissibles et comment les éviter, ou comment éviter d’être enceinte. Seuls les « effets secondaires négatifs » ont été évoqués, un peu dans le principe « voilà comment éviter ça, après démerdez-vous »… »

Et Rio, qui a eu un cours similaire, est du même avis :

« Je me souviens juste d’un cours de sexualité relativement vague en quatrième en SVT où l’on nous a présenté la sexualité de façon très théorique, purement biologique. Niveau contraception, c’était le classique capote/pilule, avec une légère introduction aux autres méthodes mais sans approfondir. »

Leinox n’a également eu qu’une introduction à la contraception, qui ne l’a pas forcément beaucoup éclairé sur le fonctionnement du corps féminin :

« Les intervenantes dans mon cours de quatrième ne nous ont parlé que des préservatifs masculin et féminin. Ma prof de SVT nous a quant à elle expliqué le fonctionnement de la pilule lors de son cours sur « l’organe reproducteur féminin » (ces titres de cours m’ont fait faire des cauchemars alors je partage !). »

Pauline, professeure de SVT en lycée et en collège, précise le contenu du programme dans sa matière :

« En quatrième, on aborde les notions de base de la reproduction : puberté, production d’ovules et de spermatozoïdes, fécondation, grossesse, accouchement. La présentation des moyens de contraception est assez simple, on insiste surtout sur pilule et les préservatifs.
En 1ère S (on a moins de temps pour le traiter en L et ES), on parle de sexualité et procréation, et de sexualité et des bases biologiques du plaisir. On approfondit les notions vues au collège, en particulier la contraception, où on essaye d’être assez exhaustifs et de présenter les avantages et inconvénients de chaque méthode, ainsi que son mode d’action. On parle des différents types de pilules, des préservatifs (féminins et masculins), de l’implant, l’anneau, du patch, des dispositifs intra-utérins… et même des méthodes « naturelles », pour souligner leur inefficacité. On aborde aussi le sujet de la contraception d’urgence et l’aide médicale à la procréation. »

Et pour beaucoup, ces cours ont été l’objet d’énormément de gêne, de la part des élèves mais aussi parfois des profs.

Aurélie regrette par exemple d’avoir eu le cours en classe entière :

« C’est un cliché qui se confirme mais les garçons, gênés, ricanaient bêtement dans leur coin à l’évocation des parties génitales féminines… On a vu mieux pour se sentir à l’aise. Ce que j’ai pensé sur le moment, c’est que j’aurais préféré avoir une intervention en plus petits groupes qu’avec toute ma classe. Je ne me sentais pas libre de m’exprimer devant tous les autres. »

Lisa se souvient aussi :

« Le cours en lui même, c’était une heure trente par ma prof qui tentait de cacher son malaise face aux ados immatures et gênés qu’on était — je pense qu’en fait elle était aussi gênée que nous. Ce qui est bizarre, parce que c’est une adulte et elle aurait dû nous expliquer qu’il n’y a rien de gênant, de honteux là-dedans ! »

Leinox, 21 ans, a lui aussi été marqué par l’attitude de sa prof :

« En quatrième notre prof de SVT était une petite femme coincée qui s’est efforcée d’aborder le sujet en même temps que nous étudions « l’appareil reproducteur humain ». Elle est devenue rouge et a vite changé de sujet lorsqu’une de mes camarades a demandé si c’était grave d’avaler du sperme… »

Pauline, professeure de SVT, elle commente :

« De mon point de vue, l’enseignant•e de SVT a de mon point de vue toute sa place dans l’éducation à la santé et à la sexualité.  Mais le côté purement technique/scientifique de cet enseignement dépend beaucoup de l’enseignant•e et de ses relations avec les élèves. Certains collègues choisissent de faire un enseignement très théorique pour se protéger des réactions des élèves. »

D’après le site de l’Éducation nationale, les interventions dispensées au collège et au lycée viennent bien compléter, et non pas remplacer, le rôle des parents sur le sujet :

« Cette éducation à la sexualité ne se substitue pas à la responsabilité des parents et des familles

Parfois les parents en ont déjà parlé, mais cela dépend complètement des familles.

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Leinox a été bien informé par sa mère, dès ses 10 ans :

« Ma mère a commencé à m’informer dès que j’ai posé mes premières questions sur le sujet vers 10 ans. Elle ne m’a jamais rien caché, a toujours souhaité nous expliquer ce qu’on ne comprenait pas. Que signifient telles insultes, pourquoi les bonnes manières existent, et ce qu’est « la baise ». Pleins de questions auxquelles elle a répondu, et j’en suis très heureux. »

La mère de Stiale lui a également mis entre les mains un livret du Planning familial :

« On l’a reçu par la Poste il me semble. Ma mère me l’a donné à mes 10-11 ans, en me disant que je pouvais le feuilleter, ou le garder pour plus tard, mais qu’elle trouvait intéressant pour moi de le lire. Il contenait absolument tout ce qu’il y avait à savoir. Il y avait toutes les contraceptions, tous les maux de la puberté, mais aussi, pour la première fois, d’une source autre que ma mère, la notion de viol et de consentement. Ce petit livret était un bijou d’éducation sexuelle pour les plus jeunes. Je l’ai dévoré dans la soirée, et ça a été une grande aide. »

Une autre madmoiZelle anonyme de 23 ans avait pris de l’avance sur le cours :

« J’ai eu la chance d’avoir été pas mal informée sur la sexualité par mes parents. Ils avaient déjà abordé avec moi les notions de consentement, de plaisir, de viol, et d’homosexualité, féminine également. »

Cette autre madmoiZelle n’a par contre jamais parlé de sexe avec ses parents :

« Comme le sexe est un sujet très tabou dans ma famille, j’en attendais beaucoup, surtout que je commençais à être titillée par la chose et que je n’osais pas en parler. »

À lire aussi : De l’influence de l’éducation sur notre rapport au sexe

Plaisir, consentement et viol : du manque d’information à la culpabilisation

Certain•e•s ont eu des cours d’éducation à la sexualité complets et ouverts : ils ou elles se sont vus expliquer quasiment tous les moyens de contraception, ont été informés sur la masturbation, le consentement etc.

Sara a été formée il y a trois ans dans une association qui fait de l’éducation à la sexualité. Elle intervient actuellement dans des classes de 1ère et de seconde CAP pro et indique :

« Cela dépend du temps que l’on a. On développe sur la capote, on cite les autres moyens de contraception. Si l’auditoire est attentif, on rentre dans les détails avec le patch, le stérilet en cuivre, sans hormones, la pilule, l’anneau, l’implant… Et surtout on insiste sur le fait, qu’il faut essayer parfois plusieurs contraceptions pour trouver la bonne, que la pilule n’est pas obligatoire, que le stérilet n’est plus l’apanage des femmes qui ont déjà des enfants, et qu’un•e bon•ne gynéco est celui ou celle qui justement sera à leur écoute sur ce qui convient le mieux. »

Charlotte, 23 ans, avait 13 ans lorsqu’une sexologue est venue dans son établissement scolaire parler de sexe aux élèves :

« Nous pouvions écrire sur un papier nos questions et doutes liés au sexe, de façon anonyme. La sexologue piochait ensuite une question qu’elle lisait à voix haute, et y répondait le plus honnêtement possible, sans être trop déplacée ni dégueulasse. Une fois nos questions finies, elle nous a rappelé certaines choses importantes, comme la protection et le viol mais sans trop insister, ce qui est dommage.

Honnêtement, j’avais trouvé ça très bien, ça nous rassurait déjà beaucoup. J’ai trouvé ça très réel, très honnête. Le fait qu’elle soit professionnelle rendait ses explications plus pertinentes, je crois. »

Leinox se souvient quant à lui que deux intervenantes ont apporté beaucoup de réponses à sa classe en quatrième. Mais par la suite, ce sont les initiatives personnelles de ses profs qui ont été décisives :

« Nous avons eu une heure avec deux intervenantes en quatrième dans le cadre du cours de SVT. Nous avons alors eu droit à une explication sur le sexe : elles nous ont dit qu’il ne devait absolument pas être un sujet tabou, et nous ont montré « comment utiliser un préservatif » sur un pied de chaise. Il y avait beaucoup de compréhension et des réponses pour tout le monde.

Nous étions en demi-groupes mixtes, et à la fin de l’heure, plutôt que retourner en cours, une grosse majorité des filles sont restées pour parler individuellement aux intervenantes. Ni la prof ni les intervenantes n’ont protesté.

En troisième j’avais une autre prof de SVT qui s’est fait un devoir de nous éduquer sur absolument tout ce qui était en rapport entre notre société dans ce que nous étudions. Un cours sur les chromosomes ? Elle nous faisait une sensibilisation aux personnes atteintes de trisomie. Un cours sur le corps humain ? On a entièrement revu les bases de l’égalité hommes/femmes, la prévention contre les maladies et la contraception.

Enfin ce n’était pas vraiment un cours, mais j’ai fait un BEP quelques années plus tard et notre prof d’atelier s’est lui aussi fait un devoir de nous éduquer. Entre deux blagues salaces, il nous glissait un petit « surtout n’oubliez jamais qu’aimer c’est aussi se protéger ». »

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Stiale, 19 ans, se souvient d’une femme du planning familial dont l’intervention, avec le recul, lui semble avoir été extraordinaire :

« J’ai surtout le souvenir qu’elle a abordé le sujet du plaisir féminin. Une amie ne comprenait pas ce qu’était l’orgasme, elle a répondu que c’était le paroxysme du plaisir féminin, que l’on ne se souvenait même plus de son prénom, mais qu’il existait aussi des femmes qui ne le connaîtraient jamais. Elle nous a aussi conseillé la masturbation.

Elle a dit que cela nous appartenait, que c’était un moyen très efficace de maîtriser son propre plaisir et de découvrir sa sexualité, qu’il n’y avait aucun mal à ça. Et que si on n’en avait pas envie du tout, cela n’était pas un problème non plus. Ce fut une libération d’entendre un adulte me dire ça. Elle a vraiment essayé de diversifier les contraceptions et de nous ouvrir l’esprit sur la sexualité, elle était vraiment ouverte et nous mettait à l’aise pour les questions. »

Une madmoiZelle anonyme de 16 ans a eu l’intervention il y a à peine un an, lorsqu’elle était en seconde :

« On a beaucoup parlé de contraception, de plaisir, de pratiques sexuelles en tout genre. Je mettrais le mot « cours » entre guillemets, parce que l’intervenante était tellement chouette que j’ai eu l’impression qu’on discutait entre ami•e•s, c’était top. Elle était vraiment sans tabous, ouverte à toutes les questions, et ça nous a vraiment permis de parler de tout. »

Sara, intervenante, le précise :

« Les sujets abordés sont extrêmement variés : consentement, viol, confiance, porno, pédophilie, préliminaires, SIDA, préservatifs, contraception, désir, plaisir, excitation, transidentité, homosexualité, égalité, discrimination… Une des seules choses, peut-être, que nous évoquons de nous-mêmes si elle n’est pas citée par les jeunes, c’est le consentement. »

Pauline, professeure de SVT, indique :

« Pour ma part, l’éducation à la sexualité est un thème qui me tient à cœur. J’ai donc toujours essayé de rendre cet enseignement le plus vivant possible et d’en faire quelque chose d’utile pour les élèves, avec pour cela des séances de questions (le plus souvent anonymes) sur tous les sujets liés à l’éducation à la sexualité.
Masturbation et plaisir sont des sujets souvent évoqués, dans leurs questions et dans le programme de première S. Le viol et le consentement sont des points qui n’ont jamais été mentionnés dans les questions des élèves, ils l’ont été mais uniquement par moi. »

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Mais généralement, viol, consentement et plaisir ne sont pas abordés… dans le meilleur des cas.

Anna*, 19 ans, se souvient d’une intervention qu’elle qualifie de politiquement correcte :

« La question de l’avortement n’a pas réellement été traitée, et encore moins celle du viol. Pas de mots qui font peur, qui risqueraient d’amener les enfants à poser des questions bizarres à leurs parents en rentrant. L’homosexualité a été balayée en deux mots, dont je ne me souviens pas, mais que j’avais trouvé peu sympathiques, d’autant plus qu’une de mes copines m’avait avoué quelques semaines plus tôt se sentir attirée par les filles. »

Terra Incognita, 27 ans, avait participé à un événement avec des stands d’information, organisé par la mairie et les collèges, et se dit plutôt satisfaite des informations données :

« Le viol n’a pas été abordé pendant cet évènement, ou en tout cas, je n’ai rien vu. Et quelque part, je suis plutôt contente que le sujet n’ait pas été mis sur la table. J’étais jeune, et je n’étais pas prête à avoir des relations sexuelles, c’était déjà assez nouveau et pas facile de pouvoir évoquer tous ces sujets librement avec des intervenants… Pour de premières informations sur le sujet, il fallait y aller « en douceur » ! »

Une madmoiZelle anonyme de 19 ans se rappelle avoir entendu parler de consentement, mais pas forcément de la bonne manière :

« On a parlé surtout de préservatif et de pilule, de pourquoi il était difficile de consentir sous prise d’alcool, mais pas du consentement tout seul. On a très peu insisté sur cette notion de consentement, et le mot viol n’a pas été évoqué. »

Bambi, s’il a été plutôt satisfait des informations qu’on lui a donné, regrette lui aussi l’absence des notions de consentement et de viol :

« Avec le recul, peut-être manquait-il du contenu, notamment les notions de consentement, de viol. […] Et il me semblerait pertinent de poursuivre l’éducation sexuelle au-delà, c’est un peu léger de donner un cours en quatrième puis de balancer les ados dans la nature avec toutes ces informations sans les revoir derrière. […] Tôt ou tard, l’enfant (ou l’ado) découvrira ce qu’est le sexe et mieux vaut que ce soit par le dialogue avec des adultes que par soi-même, devant un écran d’ordinateur ou de tablette ou pire… en étant victime ou agresseur dans les toilettes ou le vestiaire de l’école. »

De la même façon, Aurélie s’est rendu compte de l’ampleur de ce qu’on ne lui avait pas appris avec le temps :

« Sur le coup, les informations m’ont suffi, je n’ai pas cherché plus loin parce que ce n’était vraiment pas à l’ordre du jour pour moi. Avec le temps cependant, beaucoup de choses m’ont manqué, notamment quand j’ai voulu me renseigner sur les autres moyens de contraception.

Et ce n’est que plus tard que les notions de plaisir et de consentement se sont révélées cruellement manquantes : les relations sexuelles avaient été décrites si froidement et mécaniquement que ça ne semblait plus naturel. Je trouve d’ailleurs le discours assez centré sur la mécanique phallique, ce qui est regrettable : le rapport commence avec la pénétration et se termine avec l’éjaculation. Point.

Quand on connaît toutes les possibilités, ça paraît ridicule et un peu effrayant pour les filles. Je ne parle même pas de la sexualité entre filles ou entre garçons… Complètement absente. Honnêtement, j’en ai appris beaucoup plus en me renseignant ailleurs. »

Cela a également été le cas pour Marie, 18 ans :

« On ne nous a donné aucune notion de bien et de mal, juste des définitions. À cet âge-là, beaucoup de filles ont pourtant déjà entamé leur puberté (je ne suis pas trop renseignée pour ce qui concerne les mecs, mais mes amis garçons l’ont commencée plus tard) ; je trouve que c’est vraiment dommage de passer à côté d’autant de choses ultra-importantes, questions de société ou pas, qui pourraient être abordées en classe et expliquées clairement sans tabous (je pense aussi à l’IVG, sur lequel j’ai eu plus de renseignements en lisant un roman qu’en cours). […]

J’ajouterais que se renseigner par soi-même est assez mal vu par les autres, pression sociale oblige, et si on avait le malheur d’ouvrir notre livre de SVT au chapitre sur la reproduction, alors qu’on étudiait la géologie à ce moment, on était catégorisé « pervers•e ».

En fait, finalement j’ai appris beaucoup de choses là-dessus avec ma famille, mes amis, les médias, plutôt que lors de ces cours, qui faisaient la part belle à la science. »

Valérie, 21 ans, se souvient que la notion de plaisir a été évoquée par les intervenants, mais sous un angle technique uniquement :

« En demi-groupe, on nous a demandé ce qu’un homme et une femme pouvaient faire pour se faire plaisir en dehors de la pénétration, et expliqué que l’acte sexuel ne se résumait pas à ça. »

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Patricia Le Gall, attachée de presse au ministère de l’Education nationale, nous a transmis les principes éthiques que les intervenants en collège et lycée doivent respecter selon les directives du ministère. Ils doivent ainsi être attentifs à :

« promouvoir l’égalité

  • respecter les principes de laïcité et de neutralité […]
  • partir des préoccupations et des questions des jeunes et favoriser les échanges entre eux.

[…] L’éducation à la sexualité doit prendre la forme d’une invitation au dialogue et non d’un discours sur la sexualité. […] Les intervenants sont invités à : […]

  • prendre de la distance par rapport à leur expérience et leurs représentations […]
  • apporter des informations précises avec un vocabulaire adéquat et répondre de façon adaptée au niveau de maturité des élèves. »

Et certain•e•s rapportent carrément des cours de désinformation.

Salomé, 17 ans, se souvient du cours d’éducation à la sexualité dans son collège privé catholique comme « pathétique » :

« Ces heures étaient dispensées par une vieille dame de 75 ans. Pour elles, les relations sexuelles n’avaient qu’un seul but : avoir des enfants. Le sexe avant le mariage, c’était juste pas possible. Pour la contraception, il fallait prendre sa température tous les matins pour voir comment évoluait l’ovulation, ou pratiquer l’abstinence.

Elle avait une vision très archaïque des IST et a même osé dire que les parents divorcés, les familles recomposées, les homosexuels et les enfants hors mariages étaient des erreurs impardonnables. Heureusement que la prof de SVT a repris ce point sur la contraception… »

Valentine, elle aussi scolarisée dans un établissement privé catholique, se rappelle qu’elle avait essayé de contrer les fausses informations :

« La notion de plaisir n’a pas été évoquée, ni celle de la contraception d’ailleurs. Une fille a osé aborder la question de la virginité jusqu’au mariage. L’intervenante lui a rétorqué que c’était évident et que son mari irait vérifier son hymen, ce qu’elle a illustré par un petit cours d’anatomie.

Comme j’étais déjà bien informée à l’époque, j’ai fait remarquer que l’hymen n’était pas une preuve en soi, que certaines filles n’en ont pas ou qu’il est réduit à un reliquat de membrane. La réponse ? « Vous n’êtes pas gynécologue mademoiselle, je vous prie de ne pas entrer dans ce genre de considérations » ! »

Manon, 19 ans, également dans un collège catholique, raconte :

« Nous avons eu une explication très théorique sur l’Amour avec un grand A. Il se baserait sur l’escalier de l’amour, dont les marches correspondraient aux différentes étapes de la vie. D’abord le complexe d’Œdipe, ensuite une phase d’attirance pour ceux qui nous ressemblent (qui se matérialiserait par une attirance pour son/sa meilleur•e ami•e de même sexe), etc pour arriver au vrai amour, celui qui permettrait le mariage et les enfants. Il n’a pas été question de contraception.

Pour une des intervenantes, les gays, lesbiennes et autres étaient resté•e•s bloqué•e•s sur une marche de l’escalier de l’amour. Par conséquent ils ne pouvaient plus monter, et étaient condamnés à être malheureux tant qu’ils n’acceptaient pas d’évoluer. Le seul point positif, c’est que pour une fois, dans la classe, nous étions toutes d’accord pour faire taire cette dame.

J’ai vraiment été choquée par cette intervention. Je ne sais pas si mon cas est unique, mais je trouve ça fou qu’il y a seulement cinq ans, des gens comme ça aient pu se présenter dans des collèges comme intervenants pour l’éducation sexuelle en tenant un discours pareil. »

Cette madmoiZelle anonyme ressent encore les effets désastreux du « cours » qu’elle a reçu à 13 ans :

« Ce cours m’a culpabilisée dans mes désirs. L’intervenante a demandé aux garçons de lever la main (bonjour l’affiche, au collège !) s’ils avaient une érection dans les situations qu’elle allait énumérer (le matin, quand ils sont amoureux, quand ils voient une image érotique, quand ils voient une belle femme, etc.). Ceux-ci se sont exécutés, un peu bravaches.

Elle a ensuite demandé aux fille de lever la main si elles mouillaient dans les situations qu’elle allait énumérer. À la question « quand vous êtes amoureuses d’un garçon », quelques mains se sont levées timidement. Encouragée par cette participation, je m’apprêtais à lever la main pour la situation « quand vous voyez une image érotique », mais j’ai été coupée dans mon élan par l’intervenante qui a déclaré « Eh bien non, bien sûr ! C’est ce qui différencie les hommes des femmes : les hommes peuvent avoir des érections dans toutes sortes de situation, alors que les femmes ne mouillent que lorsqu’elles sont amoureuses ».

Je me suis alors sentie très sale d’avoir une réaction physique à la vue d’images érotiques ou simplement de jolis garçons et pendant des années, j’ai énormément culpabilisé lorsque je mouillais dans des situations inadéquates, ce qui a vraiment été un frein à ma sexualité.

Avec le recul, je suis choquée de voir les propos qu’a pu tenir une spécialiste de la question à un moment de la vie où l’on est particulièrement fragile sur le sujet de la sexualité. À l’époque, c’est moi que j’ai remise en question et non les propos de la « dame du Planning familial ». J’imagine que je ne dois pas être la seule, j’ai notamment une petite pensée pour les homos certainement présents qui se sont entendus dire que les hommes n’étaient excités que par les femmes et vice-versa… »

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La circulaire de février 2003 précise pourtant à propos des cours d’éducation à la sexualité :

« Ces pratiques éducatives impliquent une nécessaire cohérence entre les adultes participant au respect des lois et des règles de vie en commun qui s’exercent aussi bien dans le cadre de la mixité, de l’égalité, que de la lutte contre les violences sexistes et homophobes contraires aux droits de l’homme. »

Jérome*, 31 ans, se souvient :

« La question de l’âge du premier rapport a été posée. La réponse est restée gravée dans ma mémoire :

« La moyenne est de 17 ans pour les hommes et de 18 ans pour les filles ; il existe des cas où l’on commence à 14 ans mais la fréquence n’est pas la même. Ceux qui commencent tôt n’ont pas beaucoup de rapports (une fois puis plus rien ?) alors que si vous commencez plus tard, vous pourrez avoir une fréquence plus élevée (une fois par semaine ?). Il n’est donc pas « urgent » de la faire, car vous rattraperez vite votre retard ». »

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Souvent, ce sont les livres, Internet et d’autres médias qui ont pallié le manque d’information, et permis de corriger la désinformation.

Valérie estime ainsi que son éducation à la sexualité ne doit pas plus à l’école qu’à ses parents :

« Je me suis juste sentie rassurée sur ce que je pensais être « normal ». J’étais plutôt curieuse, et j’écoutais les conversations, la radio (j’appartiens à la génération NRJ avec « Sans interdits » et MIKL), je lisais des livres… Avec le recul, je me rends compte qu’à 13 ans, j’avais plus de maturité que beaucoup de mes camarades de classe ! »

Cela a aussi été le cas de Rio :

« À part ces cours de SVT en quatrième, je n’ai jamais rien eu d’autre ! Même au lycée : étant partie en Sciences de l’Ingénieur dès la première (donc n’ayant plus de cours d’SVT), je n’ai rien eu en seconde à ce sujet. Je me suis bien plus formée à la contraception et à la sexualité en général avec mon logiciel Adi SVT 4ème/3ème (qui avait un module sur la contraception — diaphragme, pilule, stérilet, préservatif, spermicide — et les différents moments du cycle menstruel avec mise en situation par simulateur qui était gé-nial) et Le Guide du zizi sexuel de Zep… ! »

Misa est catégorique :

« Hormis pour la démonstration expliquant comment mettre un préservatif, le cours d’éducation à la sexualité ne m’a pas appris grand-chose. C’est triste à dire, mais j’en apprends plus en discutant avec mes ami•e•s ou en lisant Wikipédia ! »

Jérome*, 31 ans a quant à lui surtout appris grâce à ses lectures :

« Comme pour tous les sujets, c’est par la lecture que je me suis informé. J’ai acheté quelques BD adultes, quelques magazines passé mes 18 ans. J’avais un rôle de confident auprès de quelques filles (une vingtaine) entre mes 18 ans et mes 25 ans. Elles me parlaient de leurs problèmes et j’en déduisais ce qu’il ne fallait surtout pas faire. »

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Lucie, elle, était déjà renseignée au moment de l’intervention sur l’éducation sexuelle en quatrième, et a donc trouvé que cette dernière était tardive :

« Je traînais depuis des mois sur Internet, d’abord sur des sites comme Auféminin, puis j’ai découvert Projet Crocodiles, Hollaback, Je connais un violeur, madmoiZelle, et foule de blog/sites féministes. J’ai discuté avec des amis mecs pour avoir leur point de vue sur toutes sortes de sujets — le porno, la masturbation etc. D’un point de vue théorique, j’en savais autant qu’un adulte. »

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Vers une réelle éducation à la sexualité

Heureusement, il semble que les choses évoluent. Des lectrices qui ont eu ces cours il y a peu nous ont rapporté des changements.

À 14 ans, Agathe a par exemple suivi cette année l’intervention sur l’éducation à la sexualité menée par des infirmières de son futur collège et de son lycée :

« Elle ont demandé de dire tous les mots qui nous passaient par la tête en rapport avec l’éducation sexuelle. Elles se sont arrêtées sur certains, en ont défini d’autres, comme le viol. Dans un second temps, les garçons et les filles ont été réunis.

On a parlé tous ensemble de la contraception (préservatif masculin et féminin, pilule…), mais aussi du plaisir et des différentes façons d’en avoir, de l’avortement, de l’amour, du consentement, des préliminaires etc. Je pense que c’est une bonne façon d’en parler, que les propos tenus étaient très justes, que c’est le bon âge pour informer plus en détail les élèves sur le sexe. »

Une autre madmoiZelle anonyme de 16 ans raconte que les interventions se multiplient et sont de plus en plus développées :

« La première fois qu’on nous a parlé de l’éducation sexuelle, c’était en cinquième, et depuis, que ce soit au collège ou au lycée, on a au moins une ou deux heures par an sur le sujet. Dans le programme de 1ère, on a un chapitre d’SVT qui aborde la sexualité. Le thème, c’est « féminin/masculin ». On ne parle pas de rapports sexuels, juste d’orientation sexuelle, ou d’être un individu sexué.

Je vois pas de mention de plaisir, mais c’est déjà bien qu’on nous dise que vouloir changer de sexe, ce n’est pas un problème, ou que se sentir attiré•e par quelqu’un du même sexe que soi, c’est humain aussi. En seconde, on a parlé de contraception, de pratiques sexuelles… Et du consentement. Concernant le viol, je sais pas trop, je me souviens plus. »

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Le livre de SVT de la madmoiZelle en question

Sara l’intervenante précise :

« Nous sommes là pour casser des stéréotypes, sur la virginité, la pornographie, les relations hommes/femmes, etc. Mais pas pour donner un jugement de valeur, c’est une des règle de l’intervention. La notion de plaisir est bien sûre évoquée, ainsi que celle d’envie, d’excitation, le mariage, le coup d’un soir, le plan cul, les petit•e•s ami•e•s… »

Avec le recul et en ayant commencé leur vie sexuelle, les lectrices un peu plus âgées qui n’ont pas eu la chance d’être aussi bien informées ont expliqué ce qu’elles auraient aimé apprendre en cours au sujet de la sexualité et de la contraception.

Nombreuses sont les madmoiZelles qui regrettent le point de vue hétérocentré des différent•e•s intervenant•e•s, comme cette anonyme de 19 ans :

« Ce qui a surtout manqué, et c’est pour cela que je voulais témoigner, c’est que non seulement on n’a pas abordé la notion de consentement, mais en plus, on n’a pas prononcé les mots homosexuel•le, bisexuel•le ou trans, ni parlé de la notion de genre. On n’a eu aucune information sur comment se protéger si on est gay, ou lesbienne, ni comment en parler à sa famille… »

À lire aussi : L’asexualité, qu’est-ce que c’est ?

Rio aimerait que l’on insiste sur la variété de moyens de contraception, de protection et de plaisir :

« Bon sang, on devrait TOUTES et TOUS comprendre qu’il n’y a pas qu’UNE pilule, qu’il en existe plein qui peut correspondre à chacune. Et qu’on est pas obligées de la prendre, qu’il existe plein d’autres techniques qui peuvent nous correspondre bien plus ! Et que c’est aussi la responsabilité des hommes de faire attention !

Et je pense que cela devrait être pareil pour le préservatif. Je trouve qu’on n’explique pas assez à ces messieurs que c’est exactement comme une pilule : il faut trouver celui qui nous correspond. J’ai envie d’hurler quand j’entends des hommes chouiner parce que la capote les fait débander… Changer de marque peut résoudre le problème, ce n’est pas pour rien qu’il y a tellement de préservatifs différents sur le marché ! Se protéger est tellement important !

À mon sens il faut ainsi vraiment parler de la diversité des moyens de protection. Expliquer bien plus en détails les différentes MST/IST et ne pas s’arrêter qu’au VIH. Je pense aussi qu’il faut bien plus expliquer les risques de grossesse, ça éviterait à tellement de filles de tomber enceintes pour des conneries facilement évitables (comme le retrait, le mythe voulant que le premier rapport ne serait pas fécond, que le faire sous la douche réduit les risques et autres aberrations).

Et puis il y a le consentement. Le fait de pouvoir de dire non même en plein milieu, de changer d’avis, de n’être obligée à rien. On devrait apprendre à tous et toutes l’importance de se respecter et de respecter les autres — et que pour une femme avoir une vie sexuelle très active n’est absolument pas « ne pas se respecter ». Que le porno, c’est juste de l’imaginaire, que c’est pas du tout un code de conduite dans les relations réelles.

En ce qui concerne l’âge des cours d’éducation sexuelle, je pense que le plus tôt est le mieux. Pourquoi pas dès le début de la puberté, vers 10 ans pour donner un âge : on pourrait alors commencer par simplement expliquer ce que les règles sont, que les enfants ne viennent pas des roses et des choux. Avec des mots simples, sans faire passer d’idées négatives dans tout ça. Juste dire la vérité, en adaptant son discours à l’âge. »

Quant à l’âge et la fréquence des cours, Misa pense que :

« En ce qui concerne les choses « basiques » comme la contraception, je pense qu’il faudrait en parler au collège, vers 14 ans. Pour les pratiques sexuelles, je trouve qu’une séance par année de lycée serait plutôt pas mal. »

C’est également ce que propose Leinox, pour qui il faudrait par ailleurs surtout parler de sexe sans complexes :

« La bonne façon d’en parler selon moi serait d’en parler sans complexes. De ne surtout pas rougir en parlant de sexe pour le plaisir. De tout expliquer. Du début d’une relation à sa fin, il y a énormément de choses qui se passent en nous. Pour faire en sorte que cela se déroule le mieux possible, il est important de savoir comment ça se passe aussi chez l’autre.

Une mauvaise façon serait d’aborder le sujet uniquement en tant que moyen de reproduction. La pire des façons serait de ne pas en parler du tout. »

Et Ulysse est bien d’accord :

« À mon avis, il serait important de rassurer les jeunes sur plusieurs détails : on a tous le droit d’être attiré•e•s par qui on veut (garçon ou fille), c’est normal de se masturber, personne ne ressemble à ce qu’on voit dans les magazines…

Ce qui me semble également très important, c’est de les informer sur la question du consentement et du viol : il faut respecter la volonté de l’autre, expliquer que les adultes n’ont pas le droit de faire certains gestes, qu’on a le droit de dire « non ». Il serait bon de leur expliquer qu’on ne peut pas tomber enceinte n’importe comment et expliquer comment ça fonctionne.

Il faudrait faire cette éducation beaucoup plus tôt. Peut-être pas aborder tous les détails en une fois, mais fragmenter les informations : la question des gestes déplacés devrait être abordée dès l’école primaire. Les enfants ne savent pas quels gestes sont autorisés par leurs parents et lesquels ne le sont pas. Ils doivent être informés et il faut leur expliquer que si un adulte se comporte de la mauvaise façon, ils doivent en parler et ne pas culpabiliser. Pour tout le reste, il faudrait en parler dès l’entrée au collège, vers l’âge de 12 ans. C’est l’arrivée dans un nouveau monde, le moment assez ingrat où notre corps change et où l’on se pose mille questions. »

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Princessemagic aimerait également replacer la notion de plaisir :

« J’aimerais qu’on ne blâme pas les jeunes qui se font « plaisir ». Qu’on ne les blâme pas d’avoir eu des relations CONSENTANTES « trop jeunes ». Qu’on leur explique clairement et qu’on prenne le temps de leur répondre. »

Anna* aurait de son côté aimé plus d’informations pratiques sur la manière de s’y prendre :

« J’aurais bien aimé en apprendre plus sur le zizi des garçons par exemple. Mon moi de quatrième avait plein de questions, parfois bizarres, et pas franchement de réponses. Du coup, quand le sujet a commencé à me titiller les hormones, j’ai fait mes recherches toute seule comme une grande. Merci Internet, sans toi je n’aurais jamais su comment fonctionne le sexe des mecs, et je me serais retrouvée bien conne le jour où j’en ai rencontré un. »

À lire aussi : Comment toucher un pénis ?

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Chloé insiste sur la nécessité d’adapter l’intervention à l’âge des élèves :

« Le fait que ce soit des personnes plutôt âgées (environ la cinquantaine) qui soient intervenues pour moi, fait que, en tant que jeune, je me sentais trop déconnectée d’elles, pas à l’aise pour en parler avec ces personnes. Le ton employé est aussi très important : j’ai appris beaucoup de choses avec les vidéos de Laci Green, et je pense que ce serait une bonne idée de les diffuser. Je pense qu’on peut commencer à en parler dès la sixième, en étant un peu plus soft, et approfondir dans les années qui suivent. »

Une madmoiZelle anonyme de 16 ans parle aussi de niquer les idées reçues :

« Il faudrait dire aux jeunes qu’il n’y a pas de mal à attendre, ou à avoir peur, qu’on est tous dans cette situation, et que ce n’est pas grave si on est encore vierge à 16, 18 ou 20 ans et au-delà, il n’y a pas de date limite de la virginité. J’aimerais bien qu’on me dise : « Hé, ne t’en fais pas si tu n’as AUCUNE idée de comment de comporter, et non, tu ne vas pas être la personne la plus gênante, embarrassante, étrange, pour ta première fois, et même si c’est le cas, ce n’est pas grave ». »

À lire aussi : Interview d’un jeune homme vierge à 25 ans

Sievari, à qui les cours d’éducation sexuelle n’ont rétrospectivement pas apporté grand-chose, déborde d’idées :

« Il faudrait changer le nom du cours, et l’appeler « éducation sexuelle et de contraception ». Il faudrait plusieurs cours par an, en troisième et surtout au lycée, entre 5 et 10, avec le/la même intervenant•e, pour qu’une relation de confiance, même minime, se tisse. Il faut briser les tabous autour du sexe pour de bon, pour que les adolescents soient moins gênés d’en parler, osent poser leurs questions et surtout, se laissent moins influencer par les films, les religions, les préjugés en général.

Il faut rapprocher les garçons et les filles, leur faire comprendre que le sexe n’est pas une lutte de domination, que ça se fait ensemble, que les filles ont envie autant que les garçons, que ces derniers ne sont pas qu’une boule d’hormones qui veut juste tirer un coup. Je pense qu’il faudrait une partie débat (sauf pour la contraception). Se contenter de dire aux garçons « Une fille s’habille comme elle veut et elle a le droit de vous dire non » et aux filles « Vous pouvez dire non quand vous voulez sinon c’est un viol », c’est nécessaire mais pas suffisant. »

Du côté des intervenant•e•s en établissement scolaire, Sara signale :

« Il faudrait respecter les directives de l’Education nationale, une intervention par an dès la primaire, puis des interventions adaptés qui évoluent avec l’âge, le questionnement des jeunes. Deux heures en troisième, c’est loin d’être suffisant. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Couloucoul
    Couloucoul, Le 10 avril 2015 à 11h04

    Melissa
    Coucou :)

    Je suis vraiment désolée que tu aies l'impression qu'il y a une tendance aux stéréotypes quant aux catholiques : je peux t'assurer qu'à aucun moment nous n'avons voulu être insultantes. Avec @Lea Bucci nous avons résumé au mieux les témoignages que nous avons reçus, et il s'est trouvé que de nombreuses madZ insistaient sur le fait qu'elles étaient dans des établissements privés, nous ne pouvions pas ne pas le mentionner tant c'est revenu.

    Cependant je comprends ton argument, et j'ai justement des témoignages de madZ croyantes en préparation : n'hésite pas à m'envoyer ton témoignage à melissa[a]madmoizelle.com :)
    merci! j´ai hate de lire ca! je vais réfléchir pour le témoignage!

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