On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti-IVG (màj)

On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti-IVG (màj)

Des sites sur l’IVG en apparence officiels et informatifs sont suspectés de délivrer des discours pro-vie. On a décidé d’en tester un.

Màj du 20 janvier 2014 — Le projet de loi égalité hommes-femmes, examiné à partir de ce lundi par l’Assemblée Nationale, pourrait punir la désinformation sur l’avortement. Un amendement propose d’étendre le délit d’entrave à l’IVG à ceux faisant obstacle à l’information.

Les manœuvres décrites ci-dessous pourraient donc être punies de deux ans d’emprisonnement et de 30 000€ d’amende. Au Sénat où le texte est passé en septembre, l’amendement a été adopté à l’unanimité.

Màj du 10 mai 2013

Alors que le gouvernement n’a à ma connaissance toujours pas lancé le site qui contrerait dans les résultats Google les pages anti-avortement (IVG.net est actuellement premier ou deuxième dans les pages de résultats Google), un nouveau site vient de voir le jour : avortement.net. Le site, qui vient d’être créé, est partagé sur Facebook avec une petite introduction plutôt claire sur ses intentions : l’objectif est de multiplier les sources pour permettre aux anti-IVG de rester en tête des résultats sur le fameux moteur de recherche (« au maintien du site bien visible dans le top 3 de Google, et permettra ainsi de SAUVER des mères et des bébés »). Prudence, donc, et on ne vous le dira jamais assez : tournez-vous vers le planning familial le plus proche de chez vous en cas de besoin d’informations. Parce qu’avortement.net n’a pas l’air très motivé à vous rassurer si vous souhaitez avorter :

avortement net On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti IVG (màj)

Fab, notre patron, a peut-être trouvé la solution : « s’ils ont du mal à créer un site au gouvernement, ils ont qu’à faire un skyblog ! ».

Màj du 2 mars — J’ai rencontré Najat Vallaud-Belkacem hier soir et j’en ai profité pour lui demander quand le site officiel du gouvernement allait être lancé. Rdv à la fin de l’article pour plus d’informations.

Le 1er mars — Une enquête de l’AFP, reprise par Le Figaro puis par d’autres journaux et magazines, fait largement parler d’elle depuis quelques jours : on y apprend que certains centres d’écoute spécialisés dans l’IVG, dont les sites Internet ont l’air très officiels, délivrent en réalité des messages négatifs sur l’avortement. Ils ont une façon très particulière de conseiller ceux et celles qui sont un peu perdu-e-s et souhaitent trouver une oreille compatissante pour les aider à y voir un peu plus clair, ou du moins pour les écouter ; on s’attend à y trouver des bénévoles qui doivent prêter une oreille attentive et donner de bons conseils.

Oui mais voilà : certains de ces centres d’appel font preuve de partialité et rien ne laisse présager sur ces sites que nous allons nous retrouver en grande conversation téléphonique avec quelqu’un qui va nous diriger insidieusement vers un rejet de l’avortement. Certains, et pas n’importe lesquels : deux d’entre eux sont sur la première page de résultats Google quand on tape « IVG » dans la barre de recherche. Un gros boulot de référencement.

ivg premiere position google On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti IVG (màj)Premier sur 8 millions de résultats. Devant Wikipédia. Chapeau.

Pour nous faire une idée plus précise, nous avons donc décidé de cliquer sur le premier – ivg.net – et d’appeler le numéro vert pour entendre le genre de conseils qu’on peut y recevoir.

*Notons que certain-e-s préfèrent parler d’anti-choix.

phone game On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti IVG (màj)
J’ai dit que j’étais mineure, lycéenne en 1ère, que j’étais depuis peu de temps avec mon copain d’à peu près mon âge, que j’étais enceinte. Avec ma conseillère, on a commencé par faire le calcul : j’ai raconté que j’avais toujours mes règles en milieu de mois et que je les avais eues pour la dernière fois mi-janvier, qu’inquiétée par mon retard et des syndromes du type nausées et durcissement mammaire, j’avais fait un test urinaire et qu’il s’était avéré positif. Ma conseillère a fait le calcul : je pouvais être enceinte d’au maximum 5 semaines.

Tâter le terrain

Elle m’a alors demandé si j’avais autour de moi des connaissances qui avaient déjà eu recours à l’IVG. J’ai prétexté que non. Si j’en avais parlé à mon copain, avec qui j’ai raconté être en couple depuis 3 mois : j’ai répondu que non « de peur qu’il me quitte ». Après m’avoir demandé un bref topo sur ma situation (en quelle classe j’étais, si je m’entendais bien avec mes parents, pourquoi je ne leur en avais pas parlé, si j’avais pour projet avec mon mec d’avoir des enfants…), elle a pris le temps de la réflexion, une longue pause, avant de me dire : « S’il suffisait de dire « prenez cette pilule », ce serait trop simple, il me faut le temps de la réflexion ». Voici le reste de la conversation. 

cintre On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti IVG (màj)

Le grand entretien

Pour ne pas entretenir la désinformation, vous trouverez des points fact checking sur les propos les plus surprenants. En parallèle, j’ai également appelé Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning Familial, pour avoir son point de vue sur certaines affirmations. Ne voyez pas ses interventions comme une réponse aux faux sites officiels sur l’IVG, mais bel et bien comme des réponses à mes questions.

La conseillère : Quand vous avez su que vous étiez enceinte, ça vous a fait quoi ?

Moi : Ça a été super dur, parce que je suis beaucoup trop jeune pour avoir un enfant, que je ne me sens pas prête et que j’envisage de ne pas le garder. Enfin, je voulais savoir comment ça se passait, du coup.

- Et par rapport à l’IVG, en soi, ça vous fait quoi quand vous y pensez ?

- Si ça me faisait rien, je serais tranquille en fait, j’irais et puis voilà. Ça me rend triste, parce que je ne sais pas si je vais bien le gérer, si je vais m’en remettre, je ne veux pas des enfants tout de suite.

- Votre peur, c’est de ne pas vous en remettre, mais à quel point de vue ?

- Niveau psychologique. Je pense que ça peut laisser des traces, mais qu’on peut s’en remettre. C’est une épreuve dans la vie mais en même temps tout le monde va en vivre, des épreuves.

- Ce que je peux vous apporter comme complément là-dessus, sur les épreuves, c’est que oui, bien sûr, on en a tous, et habituellement, elles sont indépendantes de notre volonté, ce sont des choses que la vie nous apporte, on n’a pas le choix de faire avec. Là, ce qui rend la chose difficile, c’est que vous avez un choix qui se fait devant vous : de le garder ou de le supprimer. C’est ce choix qui va être difficile à porter. C’est la même différence qu’entre quelqu’un qui perd un enfant en bas-âge dans son sommeil par exemple et une IVG où c’est vous qui décidez d’arrêter la vie de l’enfant. Au niveau psychologique, je sais pas si vous voyez la différence.

- Alors imaginons que je sois enceinte de, je sais pas, un mois, est-ce que c’est un enfant quand même ou…

- Alors, c’est un enfant, bien sûr. Vous pourriez avoir une grossesse qui remonte au dernier week-end de janvier, ça voudrait dire que là, vous en êtes déjà à la cinquième semaine. Je vais vous dire à quoi ça correspond (elle fouille dans ses affaires) : ce qui est sûr, c’est qu’à trois semaines, le coeur bat déjà. On peut avoir l’illusion que c’est un noyau de rien du tout, mais si vous êtes perdue, c’est justement parce que ce n’est pas ça, sinon, ça ne vous ferait rien (elle fouille à nouveau). À la cinquième semaine de grossesse, l’embryon mesure entre 7 et 11 milimètres. Il pèse déjà environ un gramme. Y a des débuts de jambes qui commencent à émerger. Les membres supérieurs sont nettement plus développés déjà. La mesure se fait à l’échographie. Il y a déjà l’ébauche de son visage qui en train de se former avec la bouche et les yeux et on commence à voir aussi les oreilles (pour le moment, c’est deux petites fentes).

Fact checking : sur Internet, à 5 semaines de grossesse, l’embryon mesure entre 5 et 7 millimètres.

- Ouais alors c’est pas un grain de riz, quoi. 

- Non : d’ailleurs vous ne m’avez pas dit que vous attendiez un grain de riz. Rien que la façon dont on parle est significative. C’est pas « Je suis contente donc j’attends un enfant, je suis pas contente donc j’attends un grain de riz ». Ce serait trop facile. Mais dans les conséquences, qu’on soit content ou pas, ça change rien. C’est-à-dire qu’à partir du moment où vous vous sentez perdue, c’est qu’il y a autre chose qu’un grain de riz, que c’est pas une verrue plantaire qu’on va vous enlever et voilà, on va y penser trois mois et être un peu triste et après c’est bon. Non.

Dans cette décision effectivement, ce qui va être atteint, c’est votre rôle de femme. C’est votre maternité elle-même qui va être atteinte. Et dans votre corps (parce que bon, ça ne fait pas du bien sur tout ce qui est appareil génital de passer par une IVG médicamenteuse ou pas). Est-ce que c’est évident pour vous ou est-ce que je vous l’explique davantage ?

- Je veux bien des précisions s’il vous plaît.

- Sur le plan physique, il y a soit l’IVG médicamenteuse, soit par aspiration. Si c’est une IVG médicamenteuse, c’est 5 semaines au plus tard après le début de la grossesse. Alors comme vous, vous êtes déjà – on peut l’estimer en tout cas – à la 5ème semaine, a priori ce sera impossible (il faut avoir un rendez-vous, passer une échographie, en plus de la semaine de réflexion…). Plutôt que de se précipiter dans la décision, mieux vaut se dire bon, tant pis, j’ai toujours la solution de l’IVG par aspiration qui sous certains aspects peut paraître plus traumatisante, en tout cas ce qui est sûr c’est que ça vous donne jusqu’à 12 semaines. L’important, c’est de ne pas sentir le couteau sous la gorge. Et dans ce type de cas, l’important c’est de prendre son temps, parce qu’une fois que c’est fait, c’est trop tard. D’accord ? Donc je vais juste vous dire pour la méthode par aspiration. Je vous dis rapidement parce que d’un hôpital à l’autre, ça change, donc je ne peux pas vous dire « Ça se passera comme ça » alors que ça se passera autrement pour vous. Mais dans le principe, c’est :

  • On vous fait avaler un cachet à base d’hormones pour arrêter la vie du bébé.
  • On introduit dans l’utérus une espèce de canule qui a pour but d’aspirer le bébé.
  • Il faut bien râper la paroi de l’utérus de façon à ce que le placenta soit bien enlevé et qu’il y ait plus rien.

Alors introduction de matériel + aspiration etc., ça ne peut pas être bénéfique pour votre utérus. Vous pouvez (je peux pas vous dire que tout ça va vous arriver, mais ça peut arriver) avoir une perforation de l’utérus ou l’endommager (est-ce qu’il y aura une hémorragie, un problème d’anesthésie ?). Les IVG ont pour conséquence de favoriser par la suite les grossesses extra-utérines. C’est toujours embêtant. Ça favorise aussi les accouchements prématurés et les fausses couches. Tout ça ce sont des facteurs de risques dont il faut avoir conscience.

- C’est fréquent, les risques ?

- Ça dépend du médecin, ça dépend de l’état de santé, ça dépend de beaucoup de choses, il faut savoir que ça existe. Quand je vous dis ça, là je ne vous parle que des risques du geste. Après tous les autres risques qui sont à long terme, c’est plus difficile de les mesurer. L’augmentation des risques, ça peut aller très loin. À la ménopause, vous avez beaucoup plus de chances (enfin, beaucoup, j’ai pas de chiffres à vous donner mais vous avez plus de chances qu’une autre) de faire un cancer du col de l’utérus ou un cancer du sein, mais bon, à 17 ans ça va vous paraître un peu abstrait. Mais c’est-à-dire que tout ce que vous allez faire à l’encontre de votre nature qui est d’avoir des enfants, de la spécificité de votre nature féminine, un jour où l’autre ça va se payer d’une autre façon. Ce qu’il y a c’est que vous n’allez pas savoir ni où, ni quand, ni si vous aurez de la chance ou si vous n’en aurez pas, et moi non plus j’en sais rien ! Et le médecin non plus. Ce que je veux dire c’est que ce sont des choses qui arrivent et que si vous prenez cette décision, il faut que assumer les conséquences éventuelles de ce choix. Donc après, sachant les risques pour votre santé – sans parler des risques psychologiques – eh ben faut le mettre dans la balance et se dire « Est-ce que ça vaut le coup, ou est-ce que j’ai d’autres solutions qui se présentent à moi ? ».

Fact checking : Aucune intervention chirurgicale ne connaît le risque zéro. En ce qui concerne les statistiques, il faut savoir que les complications importantes liées à une IVG sont minimes. En ce qui concerne les conséquences à long terme, de nombreuses études portant sur des milliers de femmes ont été menées pour voir s’il existait un lien de cause à effet dans les risques pour les grossesses ultérieures à un IVG mais la majorité d’entre elles démontrent qu’ils ne sont pas plus élevés chez les femmes qui en ont vécu un que chez les autres. J’ai demandé à Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning Familial, ce qu’elle pensait des risques régulièrement évoqués par des gens qui ne sont pas forcément pour l’avortement. Elle m’a rappelée qu’aucune étude ne démontrait la survenue plus massive d’un cancer du sein chez les femmes qui ont avorté. « Tout comme un avortement ne vous rendra pas stérile». Elle précise :

« C’était le cas quand il y avait des avortements clandestins. Les femmes avaient par la suite des infections pas possibles, et elles pouvaient effectivement vivre une perforation de l’utérus, mais c’est pas un avortement. Un avortement de manière sûre et légale n’a jamais rendu stérile. Pour preuve, 4 femmes sur 10 sont concernées par l’IVG au cours de leur vie et la France a un des meilleurs taux de fécondité. »

Marie-Pierre Martinet affirme que le seul risque d’une IVG médicamenteuse, c’est que l’avortement ne fonctionne pas (l’action n’est pas fiable à 100%). Et rappelle que les risques pour un avortement par aspiration « sont les mêmes que ceux liés à un curetage de fausse couche. On n’est pas sur un risque spécifique mais sur un risque liée à un type d’intervention qui se fait couramment en cas de fausse couche notamment. L’acte est le même ».

- Oui mais quand je réfléchis, je me dis, je suis tellement jeune, pour avoir un enfant…

- Qu’est-ce qui vous gêne dans le fait d’être jeune ?

- Je sais pas mais pour moi, on trouve un travail, on se met en couple et on fait des enfants… 

- Alors je suis d’accord avec vous, c’est vrai que ça peut être plus simple, ça peut même être « mieux » on peut dire, à la limite, ça n’a pas d’importance ce qu’on pense. Ce qui est important, c’est la réalité d’aujourd’hui. Vous m’auriez posé la question y a 2 mois, vous m’auriez dit « Qu’est-ce que vous en pensez, si j’ai un bébé maintenant ou dans 2 ans ? », je vous aurais dit oui, ça serait peut-être mieux d’attendre. Mais ça aurait été il y a deux mois. Donc la situation aurait été radicalement différente. Là, c’est plus la question. Je vais pas vous donner la même réponse, aujourd’hui la question c’est « J’ai le bébé en moi qui grandit, qu’est-ce que j’en fais  ? » C’est complètement différent. Même si vous êtes jeune, à partir du moment où vous avez eu la possibilité de concevoir cet enfant, c’est que vous pouvez. Et quand on peut, physiquement, c’est que les choses se mettent naturellement en place et que les solutions, vous pouvez les trouver. Même si vous avez 17 ans, vous serez pas la première.

- Oui oui mais après, à part si mes parents m’aident (parce qu’il faudra que j’aille à l’école, que je trouve de quoi nourrir le bébé) je vois pas…

- Effectivement si vos parents peuvent vous aider, c’est quand même l’idéal parce que c’est vrai que quand on est jeune, on a besoin de ses parents, c’est forcé. Maintenant, ce n’est pas parce que vous avez un enfant que vous devez arrêter vos études, ni que c’est terminé pour vous. Votre directeur d’établissement ne peut pas vous virer parce que vous êtes enceinte.

- Oui mais c’est plus par rapport au temps : si j’ai pas les sous pour le faire garder, si y a pas de place en crèche. Je veux dire, réussir ses études et avoir un enfant, c’est rare, non ?

- Rare, j’irai pas jusque là et je vais vous dire pourquoi. C’est parce que quand on a une motivation de cet ordre-là, ça donne vraiment des ailes pour réussir et aller de l’avant. L’expérience et les témoignages qu’on reçoit nous prouve le contraire. Je pense en particulier à une fille qui nous avait écrit, elle était à peu près dans votre cas. Elle avait fait son IVG parce qu’elle avait peur de ne pas pouvoir se concentrer sur ses études et finalement, son témoignage après IVG c’était qu’elle avait fait la plus grosse bêtise de sa vie parce que justement, elle était arrivée à l’opposé de son but : elle n’arrivait pas à travailler, à se concentrer parce que son esprit était toujours à repenser à cette IVG. Du coup, ça l’empêchait d’avancer. Elle avait fait cette IVG pour son boulot, et son boulot, elle ne pouvait plus le faire. Au bout du compte, elle n’avait plus ni le bébé, ni le travail. Alors qu’on le remarque : celles qui sont démunies de tout mais ont un enfant à charge, obligatoirement, quand on se lève, on sait qu’on s’écoute pas, on sait qu’il faut y aller, qu’il faut réussir et mettre le paquet là-dessus, parce qu’on n’a pas le choix.

- Mais y a des gens qui le vivent « bien », non ?

- Alors c’est difficile à dire parce que les effets de l’IVG peuvent se produire dans l’heure qui suit, dans les jours, les semaines, les années, parfois même 20 ans après. Vous pouvez très bien croiser une fille qui a fait une IVG la semaine dernière et qui se porte très bien. Ce que vous ne savez pas, c’est comment elle le vivra dans quelques années. Par exemple – je me base quasi exclusivement sur les témoignages qui nous arrivent – une fille avait, si on peut dire, complètement oublié qu’elle avait fait une IVG, eh bien le jour où elle a accouché de son premier enfant, PAF, ça lui est retombée dessus mais alors comme une masse, donc forcément c’est pas voulu. Le jour où elle a accouché, elle a réalisé ce qu’elle avait fait le jour de son IVG. Et au lieu d’être toute en joie à l’arrivée de son premier bébé, eh bien ce n’était plus possible pour elle. Elle n’arrivait plus à profiter de son bébé, à le porter, elle était complètement vidée du jour au lendemain. Donc voyez, pendant plusieurs années, vous l’auriez interrogée, vous m’auriez dit « Elle se porte très bien », et ça aurait été vrai. Et ça peut aussi arriver à une fille qui vit bien son IVG, qui fait sa vie, a un boulot, se marie, et puis quand elle veut un enfant ça marche pas. À quoi elle va penser ?

Fact checking : J’ai vu dans cette partie de la conversation comme une référence (véritable ou pas) au syndrome post-avortement. Cette notion est une théorie souvent utilisée par les pro-vie*pour laisser entendre qu’une IVG marque profondément la santé des femmes qui l’ont pratiqué. Selon ses défenseurs, il peut se manifester juste après l’avortement mais peut aussi se déclarer plusieurs années après. La docteure Anne Gilchrist a réalisé une étude à ce sujet sur 13 000 femmes qui avaient connu une grossesse non-désirée avant de comparer pendant 10 ans les conséquences psychologiques sur celles qui avaient choisi de garder l’enfant et celles qui avaient choisi l’avortement. Et les conséquences sur la santé mentale n’était pas moins présente chez les premières que chez les secondes :

tableau anne gilchrist On a testé pour vous la nouvelle stratégie des anti IVG (màj)Source : le très bon site suisse SVSS-USPDA

Toutefois, les gynécologues Israël Nisand et Brigitte Letombe ainsi que la psychanalyste Sophie Marinopoulos ont publié en mars 2012 une tribune dans Libération pour nuancer ces propos. Rappelant qu’ils sont défenseurs de l’IVG, ils fustigeaient la posture qui voudrait faire croire que le recours à l’IVG n’a aucune incidence sur la vie des femmes. « Certes elles ne meurent plus ; certes les cases à cocher ne montrent plus de complications, mais tous les cliniciens qui rencontrent des femmes savent qu’il s’agit là d’un vrai négationnisme : il s’agit de dénier le fait qu’une IVG peut marquer douloureusement une vie. » De son côté, Marie-Pierre Martinet pense qu’un syndrome post-avortement peut s’expliquer par des raisons hormonales : elle explique que le corps se retrouve soudain soumis à une modification hormonale importante, même en début de grossesse, tout comme lors d’un accouchement. « On peut avoir un petit coup de mou », dit-elle. Mais surtout, pour elle, ce n’est pas forcément une conséquence de l’acte en lui-même, mais révélateur de tout autre chose. Elle explique :

« Avoir recours à une IVG, c’est un choix dans le sens où ça demande une décision. Choisir, c’est renoncer. Effectivement, on change sa vie de sens à ce moment, parce qu’après on continue sa vie avec un enfant ou sans. Ce ne sont pas forcément des décisions simples, je ne banalise pas l’affaire. Je dis aussi que ce n’est pas forcément traumatisant. Or on a tendance à vouloir dire aux femmes qui ont eu recours à l’avortement que de toute façon, quelque part, elles ne s’en remettront jamais. Ce qu’il faut comprendre derrière ça c’est que c’est souvent soit le révélateur de difficultés quant à la décision, soit ça va être un effet de miroir de ce que la société au sens large, les proches vous renvoient de votre décision. […] D’ailleurs certaines disent « Je me sentais pas du tout coupable, et je me suis même posée la question de savoir si j’étais normale ou pas de ne pas me sentir coupable au regard des témoignages qu’on me renvoyait » Il faut dissocier cette notion de culpabilité de cette notion de choix. Or, pourquoi est-ce qu’on se sent coupable ? C’est qu’il y a quelque part une difficulté dans l’entourage à vous reconnaître comme étant une adulte responsable qui fait ses choix. En gros on vous conteste les choix. Dans un pays où on est dans une espèce de survalorisation de la maternité, dans un moment de fragilité relative en raison de la difficulté des choix à faire (plus ou moins importants selon les personnes), il y en pour qui c’est évident tandis que d’autres hésitent plus. Ce sont des choix structurants, qui auront une impact sur notre vie. Donc forcément ce n’est pas simple. Mais ça ne veut pas dire que « pas simple » est synonyme de « traumatisant ». Donc la question du syndrome post-abortum peut avoir des raisons hormonales et être la conséquence de ce qu’on renvoie à cette personne, qui est une façon de la faire culpabiliser, de lui dénier son autonomie, sa responsabilité, etc. Quand on dit à quelqu’un par exemple qu’il est nul, au bout d’un moment il finit par le penser. Et du coup on se sent coupable et quand on se sent coupable on n’est pas en forme. Dans ce cas, les questions de dépression peuvent arriver. […] Comme l’a dit Nathalie Bajos (spécialiste de l’avortement à l’INSERM), « Ce n’est plus la légalité de l’avortement qui pose problème aujourd’hui mais sa légitimité. » ») Fin du fact-checking.

- À son avortement ?

- Ça c’est sûr ! Et le pire, c’est que pensant au bébé qu’elle a avorté, ça va lui créer des blocages d’ordre psychologique qui vont de surcroît l’empêcher d’en avoir d’autres. C’est un peu le cercle vicieux. Alors c’est vrai que de temps en temps, on se dit « C’est peut-être pas le moment. C’est peut-être pas l’idéal, mais au moins il est là ». Si vous êtes en bonne santé. Si vous avez des parents avec qui vous vous entendez suffisamment bien pour espérer avoir un petit coup de main… Et même s’il y a pas de coup de main il y a toujours des solutions pour les filles qui veulent garder leur bébé. Je pensais à ça : est-ce que ça vous rendrait service – on a fait ça plusieurs fois – de parler avec une fille qui a eu un bébé en première ou terminale ?

(Ce que je refuse, prétextant connaître une fille dans cette situation).

- De toute façon faut pas rester seule. Faut en parler. Alors faut pas en parler à la Terre entière hein, on est d’accord : faut en parler aux gens qui pourraient vous aider. Vos parents, par exemple. D’ailleurs, je regardais mes dossiers tout à l’heure pour une autre jeune femme et même à 17 ans vous avez droit au RSA si vous êtes enceinte. Alors le RSA, je sais pas si vous vous imaginez mais c’est quand même une bonne petite somme qui vous arrive tous les mois et avec ça vous avez de quoi nourrir votre enfant. Vous vous adressez à la CAF, vous faites un dossier et vous y avez droit. Pour vous donner une idée, parce que c’est pas 10€, c’est quand même 590€ par mois (tarif de 2010). Donc voyez. Ce serait dommage de pas le savoir, de gâcher votre vie future – parce que vous avez 17 ans et que vous avez du temps devant vous – parce que vous pensez que vous êtes trop jeune. Faut bien peser tout ça. Parce que votre vie elle s’arrête pas à 17 ans. Après c’est à vous de voir si vous en parlez avec votre ami, mais faudra le faire de toute façon, non ? Vous pouvez pas prendre cette décision sans votre ami. Sa décision n’est pas déterminante, mais enfin quand même, c’est son enfant. Donc faut qu’il le sache. Parce que sinon, prendre cette décision sans lui, c’est comme ériger un mur de pierre entre vous deux. Mais encore une fois, c’est pas la priorité. La priorité, c’est vous et ce bébé.

Il faut absolument que vous preniez du temps pour réfléchir. Il va falloir que vous en parliez avec vos parents. Que vous alliez voir votre médecin traitant (ordonnances pour une prise de sang et une échographie). Cette échographie, elle sera obligatoire, parce qu’on a besoin de savoir si l’embryon est bien dans l’utérus, à quand remonte la grossesse. Le temps de réflexion. Contacter la CAF de votre région pour cette histoire de RSA. Même si vos parents vous aident et que vous y avez droit, profitez-en. Ça va vous permettre selon le montant de vous dire si oui c’est possible ou non c’est pas possible. Si vous choisissez de le garder c’est pas une folie. Même à 17 ans.

Fin de la conversation

Où est le problème ?

De ces 40 minutes passées au téléphone, j’ai compris ce que Le Figaro appelait la stratégie insidieuse des anti-IVG sur le Net. On ne vous parle pas sèchement. On ne vous somme pas de garder l’enfant. On ne fustige pas l’avortement, on ne remet pas en cause le droit à l’IVG en tant que tel : on le questionne. La personne que j’ai eue en ligne m’a parlé avec douceur et clarté. J’ai eu l’impression qu’on m’accompagnait dans le cheminement qui m’aurait amenée à décider de garder l’enfant que j’aurais pu porter. Le vocabulaire utilisé est extrêmement important : elle m’a peu parlé d’embryon, préférant le terme « enfant », le ressortant dès que l’occasion se présente, histoire d’humaniser ce qui grandit. Le passage sur la comparaison entre l’enfant qui meurt par accident VS tuer l’enfant qui grandit en soi en ayant recours à l’avortement en est un exemple probant. J’ai tendu quelques perches, mais chacun de mes arguments, chacune de mes hésitations étaient contré-e-s par un exemple de témoignage ou l’évocation de « risques » pour la santé physique et mentale ou par la possibilité de toucher le RSA.

Est-ce qu’ils ont le droit d’agir de la sorte ?

Mais ces faux sites officiels et neutres qui redirigent vers un numéro vert comme celui que j’ai pu appeler ou un suivi par mail sont-ils dans la légalité ? Oui. Ils respectent la loi relative à l’interruption de grossesse, comme Najat Vallaud-Belkacem l’a souligné le 17 janvier (des propos repris par Le Lab) :

« On parle beaucoup des dangers sur Internet en ce moment. Ces sites-là ne sont pas hors-la-loi mais ils parviennent à se faire référencer en premier. Lorsqu’une femme veut s’informer sur Google, elle tombe dessus. Ces sites font du prosélytisme anti-IVG. »

En effet, lors d’une consultation pour une IVG, le/la médecin doit parler des risques liés à l’intervention, des droits auxquels la potentielle future mère pourrait accéder. C’est le discours qui est biaisé (on privilégie les points négatifs sur l’avortement et les points positifs sur le fait de garder l’enfant), mais il n’est pas illégal. Ce genre de pratiques ne l’est pas.

Comment a réagi le gouvernement ?

Najat Vallaud-Belkacem annonçait le 9 janvier dernier souhaiter la création d’un site officiel sur l’avortement. En plus de cet espace sur Internet, un numéro vert devrait également être mis en place sur le même sujet. Le but étant de contrer la désinformation qu’on peut trouver sur des sites tels qu’ivg.net. Le 17 janvier, lors d’une table ronde pour célébrer l’anniversaire de la loi Veil, la ministre des droits des femmes a demandé aux associations de se rendre très actives sur Internet en général et les réseaux sociaux en particulier pour « organiser une contre-offensive » face aux sites pro-vie.

La contre-offensive est lancée et madmoiZelle aidera !

Najat Vallaud-Belkacem m’a confié hier que son équipe s’attellerait à la confection de ce site après le 8 mars. Après quoi il y aura un gros travail de référencement à faire (auquel chacun pourra participer en partageant le site sur les réseaux sociaux, sur son blog…) pour faire remonter ce véritable espace d’information dans la liste des résultats de recherche. Une chose est sûre : le gouvernement pourra compter sur madmoiZelle.com pour filer le coup de main de référencement qu’il faut – et relayer le message en temps voulu.

En attendant, donc, n’hésitez pas si vous vous retrouvez dans ce cas de multiplier les sources d’informations et de vous écouter le plus possible.

Qui contacter, alors ?

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  • Mazzie-Star
    Mazzie-Star, Le mercredi 15 mai 2013 à 23h10

    cheval-tatin;4120997
    mazzie-star;4118934
    nouchkabada;4118619
    mazzie-star;4116400
    Oui, j'ai bien compris que tu ne disais pas qu'elle était pro-vie, seulement c'est quand même assez blessant de voir son discours assimilé au discours de ces personnes. C'est exactement comme quand on assimile l'UMP à des fachos, ou le PS à des communistes extrémistes.
    Oui c'était peut-être un peu maladroit, désolée si j'ai froissé quelqu'un.:fleur:

    Mais personellement j'aurais plutôt tendance à penser que soit tu considères que c'est un amas de cellules, qu'un amas de cellules n'est pas un être vivant, et dans ce cas un avortement n'est pas très différent de cinq. Soit tu considères que c'est un futur être vivant, auquel cas l'avortement pose un problème moral. Soit c'est vivant soit ça l'est pas, mais j'ai du mal à visualiser un entre-deux. Et dans tous les cas je pense que c'est uniqueent à la première concernée de voir, c'est quand même la mieux placée pour savoir ce qui est bon pour elle.

    Sinon y'a des gens qui s'expriment beaucoup mieux que moi : http://blog.entrailles.fr/2011/05/decomplexees/#more-949
    Je suis rassurée alors ^^

    Moi je considère que c'est la vie qui se créé justement, et c'est pour cette raison que je considère que l'on ne doit pas abuser de ce genre d'actes.

    Ce qui me choque, ce n'est pas tant l'avortement en soi, car comme je le disais on a tous droit à l'erreur, c'est vraiment l'abus. Comme je le disais, si l'avortement n'existait pas, personne n'oublierait sa pilule ou son contraceptif quelconque. Je pense que c'est une solution de dernier secours.

    Après il évident que l'on ne peut pas réglementer ce genre d'actes, mais je suis à 20000% pour la prévention   et la "non-banalisation" de l'avortement. Il ne doit en aucun cas être considéré comme une honte, mais vraiment comme la solution de dernier recours.
    Si l'avortement n'existait pas, on s'échangerait des recettes de tisanes abortives et on se débrouillerait avec des aiguilles à tricoter...  et certaines d'entre nous risqueraient la mort...comme y'a pas si longtemps que ça en fait. La contraception n'est jamais fiable à 100%. yakapabésé, hein?

    Ca te ferait vraiment du bien de lire le lien que j'ai posté un peu plus haut. Juste pour te rendre compte de la violence de tes propos, sous couvert de "c'est la vie qui se crée" BS
    Tu sais lire un peu ?

    J'ai dis que les accidents arrivaient et que moi-même je n'en étais pas à l'abri.


    Ensuite, ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dis, une fois de plus je tombe sur quelqu'un qui vient extrapoler mes propos sous prétexte que je ne suis pas de son avis.

    Oui, je pense que c'est la vie qui se crée et pardon, mais c'est le cas. Il n'y a pas d'être humain à ce moment mais c'est le début du processus. Ce n'est pas pour autant que je n'irais pas me faire avorter si je tombais enceinte maintenant. Ce qui me fait sortir de mes gonds, c'est l'abus manifeste de ce droit. Et je n'ai absolument pas dis que la contraception était 100% efficace, bien au contraire, donc je t'invite à relire mon message, ça te ferais du bien aussi je pense.

    Mais si tu veux, je peux rédiger un long post qui va totalement dans ton sens. C'est pas comme si des gens étaient morts pour la liberté d'expression et d'opinion. C'est drôle, les gens veulent bien reconnaître cette liberté mais surtout pas quand elle ne va pas dans leur sens.

    Ah et oui, j'ai lu ton lien, et je l'ai trouvé très intéressant, honnêtement. D'ailleurs, la personne en question pense la même chose que moi et que j'explique depuis hier : non l'avortement de ne doit pas être banalisé et non ce n'est pas un moyen de contraception.

  • Mazzie-Star
    Mazzie-Star, Le mercredi 15 mai 2013 à 23h24

    Au temps pour moi, je parlais du lien de Noubachka, pas du tien (que je vais lire si mon ordinateur veut bien l'afficher).

  • Frenchkiss
    Frenchkiss, Le jeudi 23 mai 2013 à 21h56

    nouchkabada;4109693
    frenchkiss;4109085
    mazzie-star;3962068
    kalishka-;3961932
    mazzie-star;3961871
     A aucun moment je n'ai dis que les filles qui étaient plus libérée que moi d'un point de vue sexuel étaient des salopes. A aucun moment. J'ai parlé de celles qui ne se protégeaient pas en connaissance de cause (je l'ai pas précisé, mais ça allait de soit même si comme je l'ai dit, j'ai du mal à imaginer qu'en 2012 que des milliers de filles ne soient pas au courant de la contraception) et qui se faisaient avorter 25000 fois sans réfléchir. Vous pourrez me blâmez et m'écrire de longs posts, je ne peux pas comprendre qu'on ne réfléchisse pas un seul instant. Même si ce n'est pas encore un enfant mais un amas de cellules, ça reste une grossesse.
    A donc les filles qui ne se protègent pas et qui avortent plusieurs fois sont des salopes ? :eh:

    Mais à mon avis ces filles, elles ont réfléchi oui. Quand tu avortes plusieurs fois tu passes forcément par plusieurs gynéco/psy/médecins qui t'informent des risques et de la contraception.
    Elles ont fait un choix délibéré en agissant ainsi. Un choix  discutable certes, mais qui sommes nous pour juger ?


    Je ne comprends pas ta haine. Ce n'est pas ton vagin, ni ton utérus, ni ta vie.
    A aucune moment je n'ai parlé de salopes. Relis mon premier message si tu ne l'as pas lu.

    Ce n'est pas de la haine, c'est juste de la tristesse. Effectivement ce n'est pas mon vagin, ni mon utérus et ça ne me concerne pas, mais je suis ton raisonnement, dans ces cas là, il faut arrêter d'avoir une opinion sur les choses qui ne nous concernent pas, comme par exemple, la famine en Afrique, l'oppression du peuple tibétain, des Coréens du nord, etc... Je donne mon avis, et j'ai le droit d'avoir une opinion à ce sujet, même si elle ne te plaît pas. Il y a assez de gens qui sont morts pour la liberté d'expression et d'opinion.

    Plus généralement, je remarque bien sur les forums de Madmoizelle que la dictature de la majorité fait encore des siennes. Dès que quelqu'un dit quelque chose susceptible d'offenser certaines personnes ou plus généralement non conforme à l'avis de la majorité, on se fait descendre en flèche.

    Pour moi, je le répète, même à deux semaines de grossesse, on est enceinte, et même si ce n'est pas l'opinion de tout le monde je le conçois, pour moi être enceinte c'est être enceinte. Je n'ai rien contre l'avortement car je sais que chacune à ses raisons de le faire, mais j'ai un problème avec l'abus ouais. Et personne ne me fera revenir dessus
    Je suis assez d'accord avec toi là-dessus. Je crois que plutôt que de scander avec défi "et alors? J'avorte 8fois, 10 fois si on veut. Et alors, ça fait quoi??" :banana:,
    le plus intelligent est de se dire qu'à ce niveau (IVG répétées), ça devient un problème à traiter en amont et qu'il y a peut-être quelque chose que l'intéressée a loupé (comment utiliser un préservatif ou une plaquette de comprimés contraceptifs). L'IVG est un choix, ok, mais ce n'est pas un acte anodin. J'aimerais bien qu'on le dise aussi, plutôt que " ouais on avorte 10 fois si on veut". C'est pas comme se lever un matin pour aller acheter des bonbons chez l'épicier.
    Je déplore quand même que le fait de répéter la possibilité de l'IVG fasse perdre à certaines le sens des réalités. Il y a peu, j'ai lu un article sur un autre site d'une jeune fille qui a avorté 5fois successives, qui l'a très mal vécu à certaines fois et ce n'est pas une adolescente. Pour autant, elle juge qu'à chaque fois, elle n'a pas fait exprès. Parallèlement à ça, elle admet que ouais, elle ne se protégeait pas toujours et qu'elle ne prenait pas rigoureusement sa pilule. Mais elle juge que c'est quand même accidentel... J'ai un peu de mal à comprendre. A cet âge là, tout le monde sait comment ça marche et elle aussi. Ne vaut-il pas mieux être scrupuleuse sur sa contraception plutôt qu'avorter 5fois et mal le vivre?? Cette jeune fille se plaint aussi qu'elle ne savait pas que l'IVG médicamenteuse c'était gore et douloureux et qu'elle allait voir l'œuf sortir. Elle croyait que ça passait comme une lettre à la poste.  M*rde !! A quoi les gens s'attendent?? C'est pas un jeu ou on avale un bonbon et hop, tout va bien, on va à la piscine après. C'est un embryon qui va se décrocher de toi alors que tu es déjà à un certain stade donc ouais, il y a quelques petits désagréments quand même...  J'ai l'impression que les gens sont coupés des réalités (pas grave, au pire y a l'IVG) et qu'après ils tombent de haut.
    C'est important que les gens aient le choix. C'est important que les gens soient aussi conscients de tout et qu'on ne banalise rien  en disant "rhoo tu peux avorter 10 fois, y a aucun problème!" Un peu hypocrite à mon sens.
    Le problème de ce genre de discours c'est qu'on est pas si loin du discours des pro-vie qui insistent lourdement sur le fait qu'une IVG sera forcément traumatisante. Bien sûr que ça peut l'être, mais ça peut aussi très bien se passer. Personne ne se fait avorter par plaisir, je ne crois pas qu'il y ait grand-monde qui prenne ça comme un jeu ou on mange un bonbon. Mais oui, des fois on se sent très bien après et on ne regrette absolument pas. Que ce soit une, deux ou dix fois.

    Alors à partir de là, qu'est-ce que ça peut faire le nombre de fois où une femme a revours à l'IVG ? Il y a de nombreuses raisons qui peuvent y pousser, et coller l'étiquette "irresponsable" sur celle qui y a recours plus d'une fois, c'est un peu le même discours que "de toute façon elle avait qu'à pas baiser". La contraception c'est pas simple, il peut y avoir de nombreux ratés avant de trouver une qui nous corresponde, il y a des femmes hyperfertiles, et si tous les gynécos faisaient leur travail correctement ça se saurait. Je suis d'accord que dans le cas de la fille que tu cites, la pilule n'est pas la contraception la plus adaptée, mais il y a un gros problème d'information sur les autre méthodes en France. Cf le nombre de gynécos qui refusent de poser un stérilet à une femme qui n'a pas eu d'enfants. Cela vaut pour son manque d'information sur le déroulement de l'IVG également.

    Je ne comprend pas le raisonnement qui consiste à dire que les femmes ont le droit à l'IVG, mais pas trop quand même parce que sinon c'est des irresponsables qui n'y connaissent rien et qui finiront traumatisées. C'est assez paternaliste de décider à leur place et à l'avance si elles en souffriront ou pas, c'est à elles de juger et à elles seules (au passage, une fille qui a eu recours trois fois à l'IVG sait à peu près comment ça se passe non ?). Surtout que c'est à force culpabilisant pour celles sui le vivent bien ("Mais je dois être anormale, sans coeur pour ne pas en souffrir", etc.).

    D'ailleurs à partir de combien d'avortements on abuse ? A partir de combien d'oublis de pilule et d'échecs de contraception on considère ça comme un jeu ? On a droit à l'erreur combien de fois au juste avant de se faire taxer d'irresponsable ?

    (Au passage : http://jevaisbienmerci.net/ )
    @Nouchkabada : Si tu as bien lu, à  aucun moment, je ne dis que c'est forcément traumatisant. Je parle juste du cas de cette jeune fille pour qui ça l'a effectivement été parfois, puisqu'elle l'a relaté et s'en est plainte. Je dis donc que dans ces cas là, vaut mieux une bonne contraception en amont que tomber enceinte à de multiples reprises pour subir des avortements  qu'on ne vit pas toujours bien. Par ailleurs, le traumatisme ne vient pas forcément du fait de se débarrasser de son embryon et d'en culpabiliser (tu sembles orienter mon propos vers cette voie en parlant de mères sans cœur etc). Le "traumatisme" vient aussi parfois de l'équipe médicale qui n'est pas toujours sympa, qui t'accueille pas forcément bien, qui te montre le contenu du bocal après l'aspiration, comme si tu avais demandé à voir ou qui te largue juste après l'acte comme une chaussette. Ou des filles qui ne sont pas informées sur ce qu'elles vont vivre exactement pendant une IVG médicamenteuse à un certain stade de la grossesse et qui tombent de haut. C'est pas toujours le cas mais toutes ces choses existent. Ce n'est pas forcément marrant. Et mon propos est donc de dire qu'il faut être conscient de tout et pas seulement faire passer la partie fun de l'info :  "ouais au pire y a l'IVG, de toutes façons je peux le faire 10 fois si je veux". Ce n'est pas toujours simple et ce n'est pas un geste anodin non plus médicalement.

    Je m'exprime peut-être mal mais si tu vas te faire arracher une dent cariée, puis 2 puis 3, ton dentiste va forcément te donner des conseils d'hygiène bucco-dentaire pour éviter les caries plutôt que de te dire bof, les dents, tant qu'on en a, on peut les arracher. Est-ce normal ou pas?
    Pourquoi alors, pour l'IVG, on n'a pas le droit de dire à une personne qui a déjà contracté 5 grossesses à un jeune âge de faire plus attention en amont ??
    C'est pas une contraception a posteriori. C'est pour des grossesses qui étaient non désirées dès le départ.
     ça me paraît donc  logique qu'on fasse tout pour ne pas l'être (enceinte) plutôt que l'être fréquemment et faire plusieurs IVG. Dans ce cas c'est que ta contraception n'est pas adaptée ou alors que c'est toi (et ton partenaire) qui ne la maîtrisez pas.

    Sur ta dernière question, si je tombe enceinte 5fois et 5fois non désirées, je suis désolée mais je n'appelle plus ça "un accident".  On ne peut pas avoir 10 fois le même accident dans la même vie, sauf si on ne fait pas attention ou que ça nous est parfaitement égal que l'accident se produise à nouveau.  Et je trouve toujours plus simple pour ma part d'agir en amont qu'en aval.

  • Bmodel
    Bmodel, Le mercredi 19 juin 2013 à 13h24

    Bref, ces centres (et même leur référencement internet, car ils sortent en premier sur google quand on tape "IVG") et les informations qu'ils délivrent sur internet et par téléphone devraient être contrôlés, afin que l'orientation des propos tenus soie très claire. On ne peut pas empêcher ces gens d'avoir leur avis sur l'IVG, même si on ne le partage pas, mais qu'ils jouent sur la confusion des filles souvent un peu perdues face à cette situation, c'est vraiment irrespectueux, dangereux et malhonnête.
    Je suis tout à fait d'accord avec toi. Tout le monde n'a pas la chance d'être bien en touré dans une situation comme ca et ces personnes profitent de la vulnérabilité des filles qui viennent leur demander conseil pour imposer leur opinion sans en avoir l'air. Parce quun discours perdusqsif comme celui qui est reporté ici est pour moi lus dangereux qu'un manifeste explicite contre l'avortement. Ayant moi même vécu une période ou j'ai cru être enceinte (en fait non, ouf), je sais que, même entourée d'amis et de mon copain avec qui j'étais depuis 6 mois je me posais des questions. Bien sur je savais que j'avorterais, mais à quel prix, est ce que je l'aurais sur la conscience etc. Les planning familiaux et les personnes de confiance sont les permiers à contacter dansce genre de cas, internet n'est pas toujours la solution miracle...

  • Semaphore
    Semaphore, Le jeudi 4 juillet 2013 à 23h33

    Wow, ça alors ... Si j'avais su qu'en France, en 2013, les femmes pouvaient être confrontées à une telle arnaque ...

    Que certaines associations soient contre l'avortement, soit. Après tout, on est en démocratie, il est normal que chacun défende sa chapelle.

    Mais instaurer un faux numéro vert et profiter de la faiblesse psychologique d'une jeune fille pour la convaincre de garder l'embryon (en l'appelant "enfant"), pour moi, s'apparente à de la parfaite manipulation mentale et devrait être condamné, dans tous les sens du terme.

    Chacune a droit a un avis impartial sur l'avortement, qui de préférence, ne se base pas sur des données truquées (cf la taille de l'embryon à 5 semaines) et n'incite pas à la culpabilisation de la personne enceinte si elle avorte. Tout comme les pro-avortements (j'en fais partie ...) ne devraient en aucun cas culpabiliser une jeune fille qui souhaiterait garder l'enfant.

    Il est tant, effectivement, qu'un site officiel et totalement fiable voie le jour !

  • Missdusud
    Missdusud, Le dimanche 18 août 2013 à 22h50

    ça c'est bien une chose que je ne comprendrais jamais; le fait que des gens (que vous ne connaissez pas) viennent et vous disent: non vous n'avez pas le droit d'avorter, je ne suis pas d'accord.
    mais merde chaque femme est libre de faire ce qu'elle veux de son corps !!
    elle ne va pas garder un enfant dont elle ne veut pas, juste pour faire plaisir à des inconnus !!
    je trouve inaceptable le fait d'essayer de faire passer pour quelque chose d'horrible et d'honteux le fait de ne pas vouloir avoir d'enfant et de préfèrer l'avorter; il y a assez d'êtres humains sur terre et de nombreux enfant malheureux pour ne pas en rajouter, à quoi ça sers d'obliger une femme à avoir un enfant si après qu'il soit né, elle l'abandonne ou le maltraite ?

    donc je le re-dis: à tous les anti-IVG; le corps des femmes ne vous appartient pas, elles sont librent d'en faire ce qu'elle veulent et vous n'avez aucune légitimité pour les obliger à se soumettrent à vos désirs !

    si c'était les hommes qui était concerné ont en feraient pas tout un plat; c'est énervant de voir que les femmes sont toujours à notre époque obliger de demander l'autorisation de faire des choix qui ne les concernent qu'à elles (ça concerne bien sur aussi le compagnon, mais je veux dire que ça ne regarde personne d'autre que son couple); mais non, du moment qu'on est une femme les autres doivent donner leurs avis et leurs consentement pour que nous puissions vivrent nos vies.... CA M'ENERVE :mur:

  • Elrewin
    Elrewin, Le mercredi 22 janvier 2014 à 14h40

    C'est moi ou les centres anti-IVG utilisent des moyens de plus en plus malhonnêtes pour arriver à leurs fins ?

    Tu as le droit d'être contre l'avortement. C'est ta liberté de penser, et même si personnellement je trouve ça aberrant, c'est ton droit. Mais tu n'as pas le droit de faire en sorte que d'autres personnes soient obligées de renoncer à l'avortement, juste pour tes convictions ! Je suis pro-choice, est-ce que ça veut dire que je vais faire avorter toutes les femmes enceintes que je croise sur mon chemin ? Non !

    C'est tellement triste de voir que la volonté des femmes (et aussi des hommes, ils peuvent avoir leur mot à dire là-dessus) est à ce point bafouée, à quel point il n'y a aucun respect - en plus par des professionnels de la santé, qui sont censés t'accompagner dans ton choix, pas appliquer le leur alors qu'ils ne seront pas là pour assumer les conséquences.

  • Oeildelynx
    Oeildelynx, Le mercredi 22 janvier 2014 à 15h12

    elrewin;4572630
    Tu as le droit d'être contre l'avortement. C'est ta liberté de penser, et même si personnellement je trouve ça aberrant, c'est ton droit. Mais tu n'as pas le droit de faire en sorte que d'autres personnes soient obligées de renoncer à l'avortement, juste pour tes convictions !
    A mon avis, dans leur tête, dès qu'il arrivent à persuader une femme de ne pas avorter, ils sauvent une vie. Ils doivent réellement se prendre pour des défenseurs de la vie, ce qui leur octroie le droit de passer par de la manipulation. A partir du moment où on est pro-life, c'est difficile de venir à bout de longues années de bourrage de crâne (et l'éducation familiale a beaucoup si ce n'est tout à voir là-dedans !).

  • Elrewin
    Elrewin, Le mercredi 22 janvier 2014 à 15h55

    oeildelynx;4572686
    elrewin;4572630
    Tu as le droit d'être contre l'avortement. C'est ta liberté de penser, et même si personnellement je trouve ça aberrant, c'est ton droit. Mais tu n'as pas le droit de faire en sorte que d'autres personnes soient obligées de renoncer à l'avortement, juste pour tes convictions !
    A mon avis, dans leur tête, dès qu'il arrivent à persuader une femme de ne pas avorter, ils sauvent une vie. Ils doivent réellement se prendre pour des défenseurs de la vie, ce qui leur octroie le droit de passer par de la manipulation. A partir du moment où on est pro-life, c'est difficile de venir à bout de longues années de bourrage de crâne (et l'éducation familiale a beaucoup si ce n'est tout à voir là-dedans !).
    C'est pour ça que je trouve leur choix de pensée disons compréhensible. Mais leurs manières de faire sont à la limite de la légalité, totalement irrespectueuses de la femme/mère et surtout extrêmement malhonnêtes (ils profitent de la détresse de ces femmes pour imposer leurs choix).

  • Aesma
    Aesma, Le vendredi 1 août 2014 à 01h10

    @Marie.Charlotte  Je viens de retomber sur cet article et sa MàJ :

    "Màj du 20 janvier 2014 — Le projet de loi égalité hommes-femmes, examiné à partir de ce lundi par l’Assemblée Nationale, pourrait punir la désinformation sur l’avortement. Un amendement propose d’étendre le délit d’entrave à l’IVG à ceux faisant obstacle à l’information.

    Les manœuvres décrites ci-dessous pourraient donc être punies de deux ans d’emprisonnement et de 30 000€ d’amende. Au Sénat où le texte est passé en septembre, l’amendement a été adopté à l’unanimité."

    La loi venant d'être adoptée qu'en est-il du délit d'entrave ? J'ai vraiment vraiment hâte de voir ce genre de sites fermer.

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