Vous avez des pensées intrusives où vous faites du mal à votre enfant ? C’est normal…


S'imaginer faire du mal à son bébé peut être très douloureux pour une jeune mère, surtout si elle n'ose en parler à personne... Et pourtant, il s'agit d'un phénomène courant, mais encore très tabou.

Vous avez des pensées intrusives où vous faites du mal à votre enfant ? C’est normal…Photo tirée de la série Workin' Moms

Vous avez déjà imaginé faire du mal à votre enfant, que vous aimez pourtant plus que tout au monde ? Le noyer dans sa baignoire, lui cogner la tête contre la rampe d’escalier, le jeter par la fenêtre…

Vous avez tenté de refouler ces images ou pensées intrusives, en vous disant que vous étiez « folle », « mauvaise », « un monstre » ? Vous n’en avez parlé à personne de crainte d’être jugée par votre entourage, ou pire, qu’on vous retire votre enfant ?

Vous n’êtes pas la seule. Ce phénomène s’appelle les phobies d’impulsion. Il est très courant chez les jeunes parents, en particulier les mères en post-partum et surtout, il ne signifie pas que vous allez passer à l’acte…

Pour en apprendre plus sur le sujet, nous avons posé quelques questions à Mathilde Bouychou, psychologue spécialisée en périnatalité et créatrice du podcast Parentalité(s) qui traite notamment des phobies d’impulsions dans l’épisode « Je souffre d’être mère ».

– Daronne : Qu’est-ce qu’une phobie d’impulsion ?

Mathilde Bouychou : Dans la majorité des cas, ce sont des flashs visuels, mais cela peut aussi être des pensées ou des sensations qui s’imposent à la personne. Les phobies d’impulsion traduisent une angoisse : se faire du mal, faire du mal à quelqu’un.

Dans le cas des nouveaux parents, les phobies d’impulsion se focalisent très souvent sur le bébé. La jeune mère va se voir faire du mal à son bébé et c’est extrêmement culpabilisant pour elle. Les femmes se disent : « si je me vois faire du mal à mon bébé, c’est que je suis une mauvaise mère ». Elles finissent par croire qu’elles veulent faire du mal à leur bébé, alors que dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas de passage de l’acte !

Il faut bien distinguer des pensées et des images qui s’imposent à elle, et des choses qu’elles veulent. Souvent, ces mères luttent énormément contre ces images et pensées et c’est source de souffrance : plus elles luttent, plus les images s’imposent et reviennent, et plus elles se sentent mauvaises.

– Pourquoi les jeunes mères sont-elles plus susceptibles d’avoir des phobies d’impulsion ?

La naissance d’un enfant est un moment de bouleversement identitaire important, et c’est aussi une période de fragilité. Quand on vient d’avoir un bébé, a fortiori un premier enfant, on doute souvent de ce que l’on fait, on n’est pas sûre de ses capacités.

Si en plus, on est une personne qui n’a pas trop confiance en elle, ou avec des croyances comme quoi on n’est pas une bonne personne, ou qu’on n’est pas à la hauteur ou capable, cela peut alimenter des angoisses vis-à-vis de la maternité. Les phobies d’impulsion sont d’ailleurs l’un des symptômes assez présents dans la dépression du post-partum, mais on en parle très peu.

– Pourquoi les phobies d’impulsion sont-elles aussi tabou ?

Les femmes ont du mal à en parler, elles ont peur qu’il y ait un regard extérieur qui confirme qu’elles sont des mauvaises mères, voire qu’on leur prenne leurs enfants. Dans les situations extrêmes, ça vient interférer dans la relation avec leur enfant, puisqu’elles peuvent mettre en place des stratégies d’évitement. Par exemple, si l’on a des flashs où l’on se voit noyer son bébé dans la baignoire, on peut se mettre à arrêter de donner le bain à son bébé pour le « protéger », alors qu’il n’y a, répétons-le, pas de risque de passage à l’acte.

C’est d’ailleurs la première chose que je dis aux femmes qui m’en parle dans mon cabinet : « je sais que vous n’allez pas faire de mal à votre enfant. »

Malheureusement, elles finissent souvent par en parler quand les phobies d’impulsion sont devenues complètement envahissantes, quand elles ont des flashs ou des pensées qui défilent en permanence. C’est alors extrêmement culpabilisant, douloureux et plus compliqué à prendre en charge. Si les mères qui commencent à avoir des phobies d’impulsion se sentent libres d’en parler, ça sera plus facile pour elles de s’en libérer.

– Et le tabou dans le tabou, ce sont les phobies d’impulsion à caractère sexuel…

Tous les parents peuvent avoir cette inquiétude d’agresser sexuellement leur enfant, lors des changes de couches par exemple. Et puis, il y a des phobies d’impulsion où l’on se voit violer son enfant. Les deux cas de figure sont extrêmement tabous, mais dans la deuxième situation, il y a souvent une réactivation d’un vécu personnel ou d’un traumatisme.

En général, les phobies d’impulsion à connotation incestueuse ne viennent pas de nulle part, soit on en a été soi-même victime, soit il y a une transmission familiale transgénérationnelle autour de cette question.

En tout cas, ça peut valoir le coup d’en parler avec un ou une professionnelle pour tenter de comprendre d’où viennent ces pensées. Parfois, c’est à travers des phobies d’impulsion qu’un trauma se réveille chez des femmes qui avaient mis ça de côté pour pouvoir fonctionner et vivre.

– Comment peut-on trouver de l’aide pour faire face aux phobies d’impulsion ?

Parfois, juste le fait d’en parler avec quelqu’un de formé à cela peut aider. D’où viennent ces angoisses ? Qu’est-ce qu’elles viennent dire ? Est-ce qu’elles réveillent un passé douloureux ?

J’oriente souvent les patientes qui sont très envahies par les phobies d’impulsion vers l’hypnose. Cela ne va pas traiter la cause de ces flashs et pensées, mais cela peut permettre d’abaisser le niveau d’angoisse et leur intensité. Et il y a plein d’autres outils thérapeutiques qui existent.

En tout cas, il ne faut pas rester seule avec ça. Il n’y a rien de honteux à avoir des phobies d’impulsion et cela ne dit rien des capacités maternelles. Les professionnels formés savent qu’elles ne sont pas des mauvaises mères et qu’elles ne vont pas passer à l’acte. Le fait de ressentir de la souffrance face à ces pensées intrusives et de lutter autant contre prouve qu’elles sont des « bonnes mères » et ça montre bien qu’elles ne veulent pas faire de mal à leurs enfants.

Il y a encore beaucoup de tabous par rapport aux phobies d’impulsion, alors c’est important d’en parler et de dire que cela arrive à plein de mères, que ce n’est pas grave et que ça se soigne très bien.

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Clémence Boyer

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