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Femme durant une consultation chez le cardiologue
Santé

Les femmes meurent des maladies du coeur. Pourquoi ne le savent-elles pas ?

Contrairement aux idées reçues, les pathologies cardiovasculaires — l’infarctus, l’embolie, la phlébite, ou encore l’AVC — sont loin d’être l’apanage des hommes. De plus en plus de femmes, de plus en plus jeunes, sont touchées.

Beaucoup de gens pensent, à tort, que le cancer du sein est la cause principale de mortalité chez les femmes. Pourtant, les pathologies cardio-vasculaires gagnent haut la main et tuent 6 fois plus.

Il s’agit même de la première cause de mortalité en France et dans le monde puisque ces pathologies tuent 200 femmes chaque jour dans l’Hexagone et 25 000 quotidiennement sur Terre. C’est l’équivalent de toute la population de villes comme Cachan ou Moulins qui disparaît chaque année !

Il y a deux ans, Claire Mounier-Vehhier (professeure de cardiologie et de médecine vasculaire et fondatrice du premier centre cardio-gynécologie à Lilles) et Thierry Drilhon (ancien dirigeant d’entreprises dans le secteur des technologies et des médias), ont créé la fondation Agir pour le coeur des femmes. L’objectif ? Sauver au moins 10 000 femmes, et s’intéresser à leur santé cardio-gynécologique en alliant un écosystème d’acteurs qui ne soient pas que des professionnels de santé.

Au mois de septembre, les Bus du coeur vadrouillaient entre Lille, Marseille, Saint-Etienne, Avignon et La Rochelle pour faire de la prévention et du dépistage auprès des personnes à vulves.

Dans 8 cas sur 10, on peut éviter l’accident cardio-vasculaire.

Claire Mounier-Vehier, professeure de cardiologie

4 questions à Claire Mounier-Vehier et Thierry Drilhon, fondateurs d’Agir pour le Coeur des Femmes

Madmoizelle : Comment est né le projet Agir pour le coeur des femmes ?

Claire Mounier-Vehier : La prévention m’a toujours interpellée, ça me désolait de voir des gens malades alors qu’on aurait pu anticiper en faisant un dépistage au bon moment avec les bons examens et les bons traitements.

Je me suis intéressée à la santé des femmes au travers de ma spécialité de cardiologue, d’hypertensiologue et de la contraception. Je voulais surtout m’engager pour la santé de celles qui se trouvent en situation de précarité. Je veux les alerter, les accompagner dans leur dépistage et agir en leur proposant des parcours structurés cardiologiques et gynécologiques.

Thierry Drilhon : Compte tenu de cette urgence sociétale que sont les pathologies cardiovasculaires, on avait deux options : être spectateurs ou devenir acteurs. On a décidé d’associer l’expertise médicale et scientifique de Claire à mon expérience dans le domaine économique.

C’est ce qui a donné lieu à la création de la Women’s Cardiovascular Healthcare Fondation, qui s’appelle en France : Agir pour le coeur des femmes. Avec une ambition qui est de sauver la vie d’au moins 10 000 femmes atteintes de pathologies cardio-vasculaires.

Pourquoi les femmes sont-elles autant touchées, et pourquoi ne le savent-elles pas ?

Claire Mounier-Vehier : Les maladies cardio-vasculaires sont des maladies d’environnement ; Dans 8 cas sur 10, on peut éviter l’accident. Le malfaiteur numéro un, c’est la cigarette, le stress, la sédentarité et l’obésité suivent. C’est souvent l’association tabac, prise de contraception avec oestrogènes et stress qui fragilise, surtout chez les femmes avec beaucoup de facteurs de risques et de plus de 35 ans.

Le syndrome des ovaires polykystiques, l’endométriose, l’insuffisance ovarienne, la ménopause et les maladies inflammatoires sont des facteurs de risques spécifiques chez les femmes.

On est à +5% de consultations par an de femmes de moins de 55 ans pour un infarctus du myocarde. Quand j’ai commencé ma carrière, c’était rarissime, aujourd’hui, c’est assez fréquent.

Et ça, les femmes ne le savent pas. Elles ne prennent pas le temps de prendre soin d’elles et commencent à se préoccuper de leur santé un peu tardivement…

Thierry Drilhon : Aujourd’hui, les femmes au sens large ont la triple peine : ce sont des super professionnelles, ce sont souvent des mamans, des logisticiennes… Tout ça génère des couches de stress, on leur demande de faire beaucoup de choses en même temps.

D’après une étude menée par Elabe pour AXA Prévention, 81% des femmes s’occupaient de la santé de leurs proches avant leur propre santé et 70% d’entre elles déclaraient que si elles n’étaient pas malades, elles se considéraient en bonne santé.

C’est tout le sujet de ces maladies cardio-vasculaires — qui peuvent être des maladies silencieuses, qui arrivent de manière sournoise. L’action de Agir pour le coeur des femmes s’article autour des trois « A » du cœur :

  • Alerter pour faire en sorte que ce problème ne soit plus seulement connu par les professionnels de santé ou les personnes confrontées à la maladie
  • Anticiper pour faire en sorte de prévenir plutôt que de guérir
  • Agir pour renverser la tendance et rendre ces pathologies évitables.

Le sujet des pathologies cardio-vasculaires n’est pas réservé à une population de sachants, on change les choses sur le terrain. Il faut que chacun et chacune devienne un petit colibri de la prévention.

Thierry Drilhon

Quel est l’objectif des Bus du Coeur ?

Thierry Drilhon : Notre action majeure se fait en direction des femmes en situation de précarité, celles qui n’ont pas les moyens et qui sont souvent exclues des parcours de soin.

Cette pandémie a généré une crise économique et psychologique qui a fait rentrer de plus en plus de gens dans la précarité. Avec les Bus du Coeur, on veut aller à la rencontre de ces personnes.

C’est une opération itinérante sur 5 ans. Cette année, nous avons fait 5 villes. On vise 20 villes l’année prochaine et 40, 60 et 80 villes pour celles d’après. On y propose un parcours de dépistage cardiologique et gynécologique complet.

Les femmes meurent des maladies du coeur. Pourquoi ne le savent-elles pas ?

Claire Mounier-Vehier : On travaille avec les services sociaux des mairies de quartier et les caisses primaires d’assurance maladie qui remettent, notamment, les droits des femmes à jour quand elles sont sorties des parcours de soin.

Le parcours dure en moyenne 45 minutes : on fait un repérage de l’hypertension artérielle, un interrogatoire cardio-vasculaire, un repérage des addictions (tabac, alcool…), un repérage métabolique, on mesure la circonférence abdominale et on termine avec l’entretien gynécologique.

Thierry Drilhon : En ressortant, elles auront un compte-rendu complet de leur état. Il y a deux cas de figure : soit il y a une nécessité urgente de les remettre dans un parcours de soin, et dans ce cas, tous les bénévoles avec l’implication des hôpitaux prennent en charge cette personne. Deuxième cas de figure : on identifie un certain nombre de prémisses de pathologies et dans ce cas, on entame un suivi.

Le principe du Bus du cœur, c’est la récurrence : on revient chaque année dans les mêmes villes. On prévoit de dépister 16 000 femmes et d’en sauver 10 000. C’est la seule façon d’inverser la tendance.

Le sujet des pathologies cardio-vasculaires n’est pas réservé à une population de sachants, on change les choses sur le terrain. Il faut que chacun et chacune devienne un petit colibri de la prévention.

À notre échelle que peut-on faire au quotidien pour faire de la prévention et protéger notre propre santé ?

Claire Mounier-Vehier : Je demande toujours à mes patientes de transmettre ce qu’elles ont entendu en consultation à au moins 10 proches. Il faut prendre des rendez-vous avec sa santé, faire des bilans globaux, même mentaux. Et si vous avez des pathologies héréditaires, comme le cholestérol, qui courent dans votre famille, il faut d’autant plus attention.

Thierry Drilhon : il faut apprendre à différencier les symptômes, qui sont différents chez les hommes et chez les femmes. Les hommes ont tendance à ressentir une pression thoracique, des difficultés respiratoires et des douleurs au niveau du bras. Les femmes, quant à elles, ressentent davantage une fatigue générale, des nausées et des migraines, entre autres.

Détecter les signes de l'infarctus

Dans le doute, il faut pousser à consulter ou appeler le 15. Ce sont des petits choses comme ça qui participent à la prévention et qui font que les mentalités peuvent bouger.

Plus d’infos et de ressources sur le site d’Agir pour le cœur des femmes

À lire aussi : Crise cardiaque : les femmes mettent plus de temps à appeler les secours

Crédits photos : thirdman (Pexels) / Agir pour le coeur des femmes

Les Commentaires
8

Avatar de Jeroboam
19 octobre 2021 à 18h45
Jeroboam
Y a trois ans j'ai fais une formation de premier secours et quand j'ai parlé au formateur de la différence de symptômes, il n'en avais jamais entendu parler et ne m'a pas cru. Je sais pas si ça a changé depuis, mais ça m'avais choqué car ils ont quand même des rappels très régulièrement pour pouvoir continuer à former...
Exactement pareil, je ne le savais pas mais une femme a fait une réflexion à la formatrice à ce sujet sur la différence des symptomes entre H/F et la formatrice n'a pas voulu en entendre parler
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