On vous raconte l’histoire du blazer, ce grand basique qui a marqué le féminisme


Le blazer, aujourd'hui un classique du vestiaire féminin, a pourtant mis du temps avant de s'y intégrer. Revenons sur son origine, son histoire, et sur comment il est devenu un symbole de l'empouvoirement des femmes !

On vous raconte l’histoire du blazer, ce grand basique qui a marqué le féminismeGiulia Gravia / Unsplash

Le blazer ? Un intemporel, qui fait partie des basiques que tout le monde ou presque possède dans sa garde-robe.

Et chaque année, à la mi-saison, que ce soit au printemps ou en été, il refait son apparition !

Peu importe l’imprimé à la mode, l’esthétique phare du moment… Le blazer trouvera le moyen de s’y adapter.

Mais le blazer n’est pas un basique depuis la nuit des temps. Alors, depuis quand est-il devenu tellement courant et classique qu’on le voit absolument partout ?

Voici un retour sur son origine, son histoire, sur son entrée dans la mode féminine et sur ce qui a fait de lui une pièce iconique.

Techniquement, qu’est-ce qu’un blazer ?

Le blazer est une veste à boutonnière croisée, traditionnellement noire ou bleu marine. Ni trop formelle ni trop décontractée, elle s’inscrit dans le look sport chic.

À l’origine, le blazer est une veste seule qui n’est pas pensée avec son pantalon assorti, à l’inverse de la veste de costume. En effet, ce n’est pas la même chose, bien qu’il soit parfois difficile de différencier les deux.

Surtout dans le vestiaire féminin qui, contrairement à celui des hommes, s’amuse beaucoup avec les codes de la mode en déclinant toutes ces pièces de nombreuses façons.

La veste de costume, elle, fait comme son nom l’indique partie du costume trois pièces, aussi composé d’un pantalon et d’un veston, qui sont tous trois taillés dans un tissu similaire.

 L’ancêtre du costume est l’habit de cour, qui a connu son apogée sous Louis XIV.

À l’aube du XIXe siècle, George Brummel, connu pour être le pionnier du dandysme, popularise le pantalon et le frac, sorte de veste de cérémonie courte devant et longue derrière. Cet ensemble devient alors la tenue type de l’homme moderne, qui n’est d’ailleurs pas si différente du costume tel qu’on le connaît aujourd’hui !

La veste de costume a légèrement évoluée, s’est raccourcie et s’est modernisée, mais le changement n’est pas énorme. En fait, à partir du XIXe siècle et ce jusqu’au milieu du XXe siècle, le vêtement masculin n’a presque plus évolué !

La veste de costume, donc, se doit d’être ajustée, assez longue (jusqu’aux reins), proche du corps, et formelle.

Cela étant dit, de nos jours, les femmes portent des vestes de costume pour homme chinées en friperie par exemple. Ce qui leur confère un style oversize et donc finalement décontracté !

Le blazer, à l’inverse de la veste de costume, est donc une pièce à lui seul et ne fait pas partie d’un ensemble.

À l’origine, il est censé être court, mais ample et confortable, afin que l’on puisse empiler les couches en dessous si on le souhaite.

Mais encore une fois, tout cela n’est que tradition. Aujourd’hui, il existe pour les femmes des blazers longs, et même des robes blazer !

Et le costume ne respecte plus non plus sa tradition d’être ajusté, puisque ces dernières années, le style décontracté et oversize est à la mode, et le costume n’a pas échappé à cette tendance.

Surtout au rayon femmes où l’on trouve de plus en plus d’ensembles veste-pantalon large.

D’où vient le blazer et à quoi doit-il son nom ?

Revenons sur la naissance du blazer, ses ancêtres et son histoire.

Vogue explique que le blazer est né dans les années 1820, avec les vestes de sport de couleurs vives que portait l’équipe de nautisme du St John’s College de Cambridge.

Un autre récit rapporté par le magazine se focalise sur l’année 1837 lorsque, à l’occasion de la visite de la reine Victoria, le capitaine du navire « HMS Blazer » a fait revêtir à son équipage des vestons croisés bleu marine avec des boutons en cuivre de la Royal Navy.

Une autre histoire relate que le nom même du navire viendrait en fait du prénom du chien du capitaine. Le premier lord de l’Amirauté, le comte Spencer, aurait prénommé son bateau en hommage à son chien, Blazer. (C’est celle-là, la version qui mérite d’être officielle !)

Mais il y a d’autres histoires, notamment relayées par GQ, dont une qui explique ce nom simplement par le fait que le terme blazer est dérivé du verbe anglais blaze qui signifie « s’enflammer ». L’histoire raconte que l’on faisait ainsi référence aux vestes des membres du Lady Margaret Boat Club de Cambridge, car ces dernières étaient rouges et donc… flamboyantes.

Town & Country cite l’ouvrage Rowing Blazer, qui précise qu’avoir des vestes colorées de façons différentes selon le bateau était un moyen d’être facilement identifié, comme c’est le cas aujourd’hui avec les compagnies aériennes par exemple.

À la base, les blazers sont d’ailleurs dotés de petits boutons provisoires qui peuvent être remplacés par des boutons officiels de la flotte à laquelle il vont être vendus.

Comment le blazer est entré dans la mode du quotidien

Le Monde rapporte que dès la fin du XIXe siècle, le blazer se popularise dans les grandes universités, au sein desquelles une élite pratique des activités sportives telles que le cricket, l’aviron, le tennis, le golf… Les étudiants s’affrontent lors de compétitions entre universités rivales, et utilisent des blazers aux couleurs de leurs écoles respectives.

Town & Country affirme qu’au début XXe siècle, le blazer est partout dans les universités prestigieuses comme Princeton, Cornell, Yale, Harvard…

Il devient alors un emblème du style sport chic, dit aussi le preppy. À la base, c’est un style arboré par la jeunesse blanche, riche et conservatrice, sur les campus anglo-saxon, donc.

Mais c’est dans les années 1950 et 1960 que le blazer s’est vraiment démocratisé, et qu’il n’a plus seulement fait l’objet d’un vêtement de travail ni d’une pièce réservée à une élite.

Le blazer va être réapproprié par le mouvement des « mobs », une sous culture anglaise née dans les années 1950.

Ces derniers ce sont mis à customiser leurs vestes d’uniformes scolaires et à se réapproprier le blazer jusqu’alors élitiste.

D’après One Land, cette partie de la jeunesse britannique était en quête d’une identité différente de celle de leurs parents. Le modern Jazz était leur choix musical de prédilection, d’où le terme qui leur a été associé, « mod ».

Officiellement, il s’agit d’ailleurs de la première sous-culture à s’être habillée en fonction de ses goûts musicaux !

Comment le blazer est devenu un indispensable du vestiaire féminin

Le blazer vient donc du vestiaire masculin et du monde du travail, sauf que les femmes vont aussi se mettre à travailler de plus en plus à partir de la moitié du XXe siècle.

Les femmes commencent à porter le costume dès la fin du XIXe siècle. D’après Michael Andrews, dans les années 1910, les suffragettes ont commencé à adopter le costume masculin car elles avaient besoin d’être à l’aise pour les manifestations et les évènements.

Évidemment pour ces dernières, au delà de la praticité, porter le costume était aussi une prise de position féministe.

Puis Coco Chanel est arrivée avec son tailleur en tweed en 1914, et le port de la veste a commencé à se démocratiser chez les femmes.

Malheureusement, rappelle Michael Andrews, la veste de costume pour femme a connu une brève accalmie de popularité après la Seconde Guerre mondiale, car ce traumatisme a poussé les gens à chercher le confort en reprenant leurs rôles domestiques traditionnels de l’avant-guerre.

Dior va participer à ce retour à la féminité avec sa « femme fleur » et ses silhouettes toutes en courbes et délicates. Ce style d’une extrême élégance a marqué la mode à jamais, mais derrière celui-ci se cache aussi un rabaissement des femmes qui sont de nouveau principalement là pour être belles et servir leur mari.

Mais dans les années 1960, le costume revient en force, puisque les femmes sont de nouveau retournées au travail, et ce en grand nombre.

Cette décennie marque un tournant dans les droits civiques avec la loi sur l’égalité de salaire de 1963 aux États-Unis.

Les femmes qui ne veulent plus rester à la maison et servir à autre chose qu’être belles commencent enfin à avoir gain de cause.

Dans les années 1960 toujours, Courrèges propose beaucoup de blazers et d’ensembles pour femmes, bien qu’il ne propose surtout des jupes.

Il est suivit de près par Yves Saint Laurent dans les années 1970, qui créer toutes sortes de vestes de costume et de blazers pour femme, et les assortie avec des pantalons.

Michael Andrews rappelle que Yves Saint Laurent scelle son statut d’icône avec la sortie de son fameux smoking pour femme, dit « Le Smoking ».

Ce smoking féminin était tellement en avance sur son temps que de nombreux hôtels et restaurants ne permettaient pas aux femmes de le porter !

Saint Laurent pioche dans le vestiaire masculin et détourne nombre de ses pièces chez les femmes. C’est à ce moment-là que des pièces dites autrefois masculines, comme le pantalon et les vestes, deviennent de plus en plus communes dans le vestiaire féminin, et le tabou s’efface peu à peu.

Le blazer, emblème de la working girl des 80s

Le costume pour femme s’est grandement popularisé dans les années 1980, connues pour être les années de la working girl (il y a d’ailleurs eu un film du même nom en 1988).

Alors que les femmes commencent à avoir des postes tout aussi importants que les hommes dans leur travail, elles adoptent naturellement elle aussi le costume.

Michael Andrews précise que dans les années 1980, le pourcentage de femmes dans le monde du travail augmente de plus de 50%, et la décennie est connue pour l’emblématique power suit, qui est un terme utilisé pour désigner le costume lorsque porté par une femme.

(Il a finalement fallu qu’une femme s’habille « comme un homme » pour qu’on lui associe le terme de « pouvoir »… )

Georgio Armani en a beaucoup conçu, avec notamment des épaulettes, qui mettent en avant une femme forte, imposante, forte de décision.

Le costume fait le tour du monde et de Wall Street. Dans les grandes capitales d’Occident, les femmes s’affichent en veste, en pantalon et même avec des cravates.

Cette tendance du costume féminin s’est répandue à une telle vitesse qu’elle a rapidement été adoptée en dehors du travail également.

Tout cela a donc amené les femmes à porter de plus en plus de vestes à la base « pour homme ».

Au fur et à mesure, explique Nordstrom, le blazer et la veste de costume se sont affranchies de leurs rôles respectifs. On porte désormais un blazer avec un pantalon accordé, ou une veste de costume sans son gilet ni son pantalon assorti…

Le blazer de nos jours, encore et toujours

Pour un peu d’inspiration et quelques moments iconiques lointains comme récents, voici quelques photos de femmes portant des blazers, courts ou longs, oversize ou pas, accordés ou non…

Vanessa Paradis, photoshoot pour son album M&J, 1988

Blake Lively dans Gossip Girl, 2007

Zendaya pour la promo de Spider Man : Far From Home, 2019

Cher Horowitz dans Clueless, 1996

Emily Ratajkowski promenant son chien, 2019

Rihanna à Berlin, 2018

Kristen Stewart au Venice film Festival, 2019

Chloé Moretz à New York, juillet 2018

Le blazer est plus que jamais à la mode cette saison

Cette saison, le blazer n’est pas en reste. En effet, il fait son retour à chaque mi-saison, tel l’indémodable qu’il est.

Les blazers à la mode sont surtout les crop-blazers, c’est à dire très courts ! Comme des crop-tops donc, sauf que ce sont des blazers.

Les modèles aux manches bouffantes sont aussi très présents, et se déclinent certes unis, mais surtout dans toutes sortes d’imprimés à carreaux.

Si le printemps propose beaucoup de modèles de blazers unis, l’automne ne manque jamais de faire réapparaître les carreaux, l’imprimé iconique de cette période de l’année.

Cette année, la mode est au preppy. Alors forcément, le blazer ne va nulle part. Il est, comme on l’a vu plus haut, un emblème de la mode sport chic !

Nous reparlerons de cette mode preppy dans un article dédié, car elle est sans aucun doute la tendance qui régit cet automne-hiver 2020 2021.

Caroline Arénas

Caroline Arénas

Carotte est rédactrice Mode. Elle aime tout ce qui est les chiots, les graines et l'automne. C'est aussi elle qui écrit cette description à la troisième personne.

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Commentaires

ewo

j'ai beaucoup aimé cet article, on en redemande!! :clap:
 

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