Faut-il laisser les enfants croire au Père Noël ?


Faire croire ou ne pas faire croire au Père Noël, telle est la question des parents qui hésitent entre magie de Noël et souci d'honnêteté...

Faut-il laisser les enfants croire au Père Noël ?

Vous vous souvenez quand vous avez découvert que le Père Noël n’existait pas, est-ce que vous êtes sentie trahies ? À moins que vous ne fassiez partie de ces personnes à qui l’on n’a jamais fait croire enfant qu’un homme barbu descendait par la cheminée ?

Je me souviens très bien du jour où l’une de mes petites voisines, un peu plus âgée que moi, m’a balancé que le Père Noël n’existait pas et que c’était les bébés qui y croyaient.

Pleine de confiance envers mes parents, j’étais persuadée d’avoir raison et qu’elle était dans son tort et je suis allée les chercher pour obtenir confirmation.

Quand ils m’ont raconté la vérité, je crois que j’étais un peu vexée au fond d’avoir été menée en bateau pendant plusieurs années. Bon, depuis j’ai digéré le truc et je n’ai pas arrêté de faire confiance à mes parents pour autant.

Je garde par ailleurs des souvenirs émerveillés des matins de Noël où l’on se réveillait aux aurores pour découvrir tous les cadeaux au pied du sapin et les ouvrir en pyjama.

Alors, maintenant que je suis devenue mère à mon tour, j’hésite… Faut-il parler du Père Noël à ma fille ?

Pour trancher cette question (j’ai un peu de temps devant moi, elle n’a que huit mois), je suis allée interroger deux professionnelles de la petite enfance.

Mentir c’est mal… sauf pour le Père Noël ?

À la base, je ne suis pas hyper emballée par l’idée de mentir aux enfants. L’honnêteté est une valeur importante pour moi et je ne vois pas trop pourquoi je ferais une exception pour Noël.

Sauf que ce n’est pas la même chose de mentir à propos du chat décédé, d’entretenir un secret de famille ou de perpétuer le mythe collectif du Père Noël, comme me l’a expliqué la psychologue, autrice et conférencière canadienne Nathalie Parent.

« Faire croire au Père Noël, c’est beaucoup plus qu’un « doux mensonge ». C’est permettre à notre enfant de participer à un rituel social, un mythe collectif qui va stimuler son imaginaire.

Je crois que le sentiment de trahison que pourrait ressentir un enfant dépend beaucoup de la relation qu’on a à la base avec lui. Est-ce qu’on lui cache des choses régulièrement ? Est-ce qu’il y a des tabous ? Si c’est comme ça dans la famille, c’est certain qu’il peut y avoir un sentiment de trahison… »

La pédopsychiatre Marie Touati-Pellegrin m’a elle expliqué que cela dépendait aussi de la façon dont l’enfant découvrait la vérité sur le Père Noël.

« Si les enfants l’apprennent brutalement, c’est plus difficile à gérer pour eux que s’ils la comprennent par eux-mêmes au fil du temps.

En général, vers 7-8 ans les enfants n’y croient plus, mais auparavant, il y a toute une phase où des doutes émergent. Parfois, ce sont des camarades d’écoles qui disent « ça n’existe pas », on peut alors dire à l’enfant qui s’interroge : qu’est-ce que tu en penses toi ? Elle, elle pense ça, mais toi tu as le droit de penser autre chose… »

Le mythe collectif du Père Noël et son utilité

Les deux professionnelles sont en tout cas toutes les deux d’accord pour dire que le mythe du Père Noël joue un rôle utile dans la construction de l’enfant. Il stimule son imaginaire, permet de transmettre des valeurs comme la générosité et met un peu de magie dans nos vies, comme l’explique Marie Touati-Pellegrin.

« Avec l’entrée dans l’hiver et la baisse de la luminosité, le merveilleux qui entoure l’histoire du Père Noël fait écho à des besoins physiologiques. Si on la raconte aux enfants depuis plusieurs centaines d’années, c’est bien parce que ce côté merveilleux leur plaît… et nous plaît aussi.

C’est une manière de revivre avec eux nos propres souvenirs d’enfance, un peu comme un conte merveilleux qu’on partagerait de façon collective. Je crois que les enfants entendent bien qu’il y a un petit décalage avec la réalité. »

En y réfléchissant, c’est vrai que je ne suis pas contre l’idée de voir les yeux de ma fille pétiller en regardant par la fenêtre le soir du 24 décembre, ou en accrochant avec elle des chaussettes près d’une cheminée (bon, pour l’instant, les chaussettes, elle aime surtout les mâchonner…).

Je n’avais pas non plus pensé au fait que le mythe du Père Noël permettait aux enfants d’apprendre plein de choses… Comme me l’a expliqué la pédopsychiatre.

« Les enfants font une liste de cadeaux exhaustive et ça leur apprend à la fois à exprimer leurs désirs et à attendre. C’est quelque chose d’assez intéressant pour un enfant en matière d’éducation, même s’il vaut mieux le prévenir que le Père Noël ne pourra pas tout apporter. »

« Attention, sinon le Père Noël ne t’apportera pas de cadeau »

Nathalie Parent m’a par contre déconseillé d’utiliser la carte Père Noël pour espérer convaincre son enfant d’être plus sage à l’approche des fêtes.

« Ce n’est pas une bonne idée de dire aux enfants : sois sage sinon tu n’auras pas de cadeau. Ça fait partie de l’enfance de faire des bêtises, de s’opposer, et si on leur dit ça, on ajoute une pression que certains enfants ont du mal à supporter ».

Je lui ai ensuite demandé si dire la vérité à la maison sur le Père Noël pouvait marginaliser ma fille pendant ses premières années de vie.

« Oui, je pense que c’est un risque… Les enfants tout-petits peuvent même se demander : est-ce que moi j’ai été méchant pour que le Père Noël n’existe pas pour moi ? Les enfants peuvent faire ce genre de comparaison avec leurs camarades et se poser des questions. »

Ne pas jouer le jeu du mythe collectif du Père Noël expose aussi à pas mal de tracas en société… Déjà parce qu’il faudra défendre ses choix éducatifs auprès des grands-parents et ensuite parce que les enfants en fréquentent d’autres…

Je me vois déjà être convoquée par la maîtresse parce que ma fille de 3 ans raconte à toute sa classe qu’il n’y a pas de cadeaux amenés par un mec en rouge.

« Tu as le droit de croire au Père Noël si tu veux »

« Si vous êtes convaincus que c’est mauvais de grandir en croyant dans quelque chose qui n’existe pas et que vous ne voulez pas mentir à votre enfant, alors vous pouvez peut-être raconter l’histoire du Père Noël comme un conte et lui dire : certains y croient, moi je n’y crois pas, mais toi tu as le droit d’y croire si tu veux. »

Cet entre-deux proposé par Marie Touati-Pellegrin me plaît bien je crois. Surtout qu’il permettra à chacun des membres de notre famille de participer ou non à la construction de cette légende.

Quelle que soit la solution que vous avez retenu chez vous, les deux professionnelles conseillent en tout cas de ne pas en faire des caisses pour renforcer le mensonge. Il faut suivre le rythme de l’enfant et le laisser exprimer ses doutes sans les balayer.

« Quand l’enfant commence à poser des questions, du genre « comment fait le Père Noël pour déposer les cadeaux alors qu’on n’a pas de cheminée ? », on peut lui demander : « et toi, qu’est-ce que tu en penses ? ». Vous aurez alors droit à de belles réponses imaginées par l’enfant.

Et quand on sent que le jeu n’est plus drôle, que l’enfant dit « mais non ça ne marche pas, c’est impossible”, il faut lui dire la vérité : le Père Noël est un personnage auquel on aime bien croire parce que c’est une belle histoire. »

C’est alors le moment de proposer à l’enfant de nous aider à perpétuer la magie pour les plus jeunes et un bon moyen de lui signifier qu’il a rejoint le groupe de « ceux qui n’y croient plus » mais continuent à participer tout de même à ce mythe collectif.

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Clémence Boyer

Clémence Boyer


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