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Arts & Expos

Face à la culture dominante, l’exposition « D’une révolution à l’autre » au Palais de Tokyo

02 déc 2008 3

Chaque année, le Palais de Tokyo donne carte blanche à un artiste pour une exposition dont il devient le curateur… Après Ugo Rondinone (The Third Mind en 2007), c’est Jeremy Deller, lauréat du Turner Prize en 2004, qui prend les rênes d’une exposition hors du commun, qui dépasse les limites de l’art et invite archives, objets et créations populaires au sein d’un centre d’Art Contemporain…

L’entrée est surprenante. Un éléphant mécanique au loin, des banderoles colorées, des vidéos : ça rit, ça chante, ça court… Bienvenue dans l’univers de Jeremy Deller qui propose ici une exposition qui mêle art, sociologie et anthropologie.

L’exposition débute avec les Folk Archives de Jeremy Deller et Alan Kane. Collectés entre 1999 et 2005, ces documents témoignent de l’art populaire et des folklores contemporains. Entre anthropologie, art et sociologie, cette première partie donne le ton de l’exposition : une expo qui cherche, entre autres, à étendre les domaines de l’art, à le confronter au réel et à lui donner un contexte.

Au lieu de nous présenter une culture dominante, on nous propose ici de découvrir les « subcultures ». Enseignes de magasins, fêtes traditionnelles, objets de farce et attrape, créations, mais aussi manifestations, banderoles… En somme, c’est la vie d’un peuple qui nous est ici présentée, ses revendications, ses traditions, une sorte d’histoire non officielle. Il n’est pas question ici d’une sélection d’artistes de haut vol, mais de la création populaire, celle qui rythme la vie d’un peuple et se retrouve dans la vie quotidienne.

Les banderoles d’Ed Hall accompagnent cette partie de l’exposition. Toutes créées pour des associations engagées de manière sociale ou politique, elles mettent en scène les revendications, les révoltes et l’engagement de ce peuple, des droits des « Sex Workers » à la « Palestine Libre ».

On se retrouve face à un écran géant où l’on aperçoit en noir et blanc les jeunes idoles d’autre fois, chantant, dansant et s’amusant. C’est le Golf Drout. Bienvenue dans la France des années 60, l’époque du rock, d’Âge tendre et tête de bois…

Marc Touché (sociologue au CNRS) et Henry Leproux (barman du Golf Drouot) nous font (re)découvrir ce lieu mythique qui fut un tremplin à de nombreux groupes pop. Des panneaux nous présentent photos, dédicaces, petits mots et grands articles de l’époque. Ici encore, il ne s’agit pas de représenter schématiquement et « cliniquement » l’histoire d’un lieu, mais bel et bien d’accumuler les petits et grands moments à travers des collages et des associations d’images, de textes… Tant pis si le panneau est jauni et le collage imparfait, on ne peut que mieux ressentir le travail et la passion en amont. A travers les panneaux d’Henry Leproux, on sent l’attachement et la volonté de l’homme qui, malgré la fermeture du Golf, veut continuer à faire vivre cette aventure.

Une ambiance festive se dégage de l’ensemble. Les panneaux retracent à la fois l’histoire du Golf Drouot et celle de la France de 68. L’insouciance, la révolte et l’avenir se rencontrent pour créer deux histoires qui se chevauchent, laissant l’impression que tout reste à construire.

Russie, années 20 : révolution sociale, révolution politique, avant-garde artistique… La création est aussi en pleine révolution et explore de nouveaux domaines. C’est ainsi qu’une révolution musicale a lieu, accompagnée de nombreuses expérimentations sur les nouvelles technologies.

Tout ceci aura fait naître différents courants artistiques qui ne cessent de nous inspirer, mais musicalement parlant, c’est aussi grâce à ces études que le Theremin, premier instrument de musique électronique, vit le jour.

Rapidement enterrées par le pouvoir, ces documents (dont certains inédits en France) nous présente une époque à peine explorée, que l’on ne cesse de découvrir.

Epoques différentes, domaines différents… Ici, on tente de trouver des liens entre le déclin de l’industrie et la révolution rock, entre changements technologiques et sociaux.

Les documents sont variés, ils traversent les époques et nous invitent à faire de même : on passe d’une époque à l’autre avec la rapidité des révolutions, puis l’on s’arrête plus longuement pour réfléchir à ses conséquences… Une époque de contestation qui voit émerger de nouvelles musiques, de nouvelles tendances, un nouveau mode de vie.

En guise de témoignage, on retrouve la photo d’Adrian Street qui pose auprès de son père. Le premier est devenu catcheur et icône Glam’, le second est mineur. Le père pose auprès du fils, symbole de la première génération à s’être échappée du monde de l’industrie.

On découvre aussi l’arbre généalogique du chanteur d’Happy Mondays, réalisé par Scott King, qui témoigne d’un contexte familial, économique et social et retrace les changements de la société à travers celui d’une famille. La rébellion est au cœur de cette salle.

On termine par l’univers de William Scott qui nous plonge au cœur de « Praise Frisco », la nouvelle San Franciso, dessinée, sculptée et créée par Scott lui même. Atteint d’une déficience mentale, il travaille au Creative Growth Art, un centre d’ateliers artistiques dédiés aux artistes atteints d’handicaps physiques et mentaux.

Son projet ? Détruire son quartier actuel, qui souffre de marginalisation, et le reconstruire selon ses propres plans et sa propre utopie, expliquée par des sculptures, des maquettes, des textes et des manifestes.

A travers le désir de changer son quartier, William Scott dresse également le portrait et la critique du San Franciso réel où la marginalisation sociale est de mise. Ses sculptures et ses dessins lui permettent de dresser son autoportrait : afro-américain, baptiste et handicapé. Il représente également ses proches, ses voisins, des personnalités… Une façon bien à lui de représenter le monde qui l’entoure et travailler autour de la question d’identité.

On parle souvent d’un Art Contemporain trop élitiste, trop fermé, trop cynique… Pour faire oublier cette idée, il suffit de faire un tour au Palais de Tokyo, pour une exposition pleine de curiosités, de joie, d’humanité et surtout de générosité, qui témoigne d’une véritable passion pour ces sub-cultures.

Et, bonne nouvelle : l’exposition est prolongée jusqu’au 18 janvier 2009.

Un dernier conseil ? Une lecture du très bon dossier pédagogique est une bonne entrée en matière avant de voir cette exposition. Parfois, l’on peut trouver que trop de renseignements gâchent la découverte de l’expo, mais cette fois c’est sûr, les pistes données par le dossier pédagogique aide à apprécier l’exposition à sa juste valeur.
N’hésite pas non plus à consulter un médiateur !

Palais de Tokyo, ouvert du mardi au dimanche, de midi à minuit.
13 avenue du Président Wilson, Paris 16ème, M° Iéna.
Entrée : entre 3€ et 6€ (étudiants en Art : 1€)

Les Commentaires
3

Avatar de Moossye
3 décembre 2008 à 11h58
Moossye
La prochaine expo on vient de tout valider, c'est sur l'électromagnétisme, avec Laurent Grasso (Prix Marcel Duchamp 2008 !), Ceal Floyer, Roman Signer et Micol Assaël... ça risque de faire couler de l'encre vu les expériences proposées ! Je compte écrire une petite actu dans la semaine une fois les visuels validés

Un petit conseil : se renseigner sur la HAARP avant de venir voir l'expo !


Je reviens un peu sur l'expo Jeremy Deller : Il ne faut pas y aller dans l'optique de voir en chaque objet une ?uvre d'art ou un concept.
Si on doit / on veut trouver ici de l'art ou du concept, c'est dans l'exposition en elle même, dans la programmation qu'il faut la chercher : c'est le fait de mêler l'art à la sociologie, à l'anthropologie, le fait de le faire dans un site de création contemporaine, le choix de Deller de travailler quasi uniquement avec des gens qui ne sont pas des artistes, le choix de Marc Olivier Wahler de laisser carte blanche à un artiste... etc...
Pour les "travaux" présentés il faut plutôt avoir une approche de curiosité et de découverte, plus que de "qu'est ce que cela veut dire ? quel est le sens caché ?"
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