Des étudiantes racontent comment elles vivent le report de leurs concours

La crise du coronavirus n'est pas la période la plus normale pour étudier, et encore moins quand on passe des concours !

Des étudiantes racontent comment elles vivent le report de leurs concours


Sur madmoiZelle, je t’ai déjà pas mal parlé des tracas des étudiantes pendant le confinement, de comment se motiver pour télétravailler, des débats sur les partiels en ligne… 

Aujourd’hui, je reviens pour laisser la parole aux étudiantes qui passent, ou devaient passer, des concours cette année.

Des concours reportés à cause de l’épidémie de coronavirus

Le 17 avril, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a dévoilé le calendrier des concours d’entrée dans les grandes écoles à l’issue de classes préparatoires. 

Pour celles-ci, les concours se tiendront à priori entre le 20 juin et le 7 août, si la situation sanitaire le permet.

D’autres concours sont annulés, comme ceux pour rentrer dans les IEP (Instituts d’Etudes Politiques, ou Sciences Po), et d’autres reportés à plus loin encore, comme celui de l’ENM, l’Ecole nationale de la magistrature.

Reste avec moi pour lire les témoignages des étudiantes qui vivent cette situation délicate, leur choc, leur stress mais aussi leurs tips pour garder la motivation et relativiser.

La déstabilisation des étudiantes à cause du report des concours

Les étudiantes qui passent des concours en 2020 se sentent tout d’abord déstabilisées face à la modification des dates des épreuves.

C’est ce que me raconte Léa, qui passe cette année des concours de la fonction publique dont l’Ecole nationale de la magistrature, qui se tiendra en septembre à la place de mai :

« Quand tu passes un concours tu es hyper cadrée temporellement. Tu as des échéances qui rythment toute ta vie.

Là, tout est chamboulé et les seules certitudes que tu avais, c’est à dire les dates de passage des épreuves, sont remises en cause.

Ça vient bousculer nos repères qui sont déjà fortement perturbés avec le confinement. »

La difficulté numéro un des étudiantes : tenir sur la longueur

Chloé est en deuxième année de classe préparatoire littéraire et doit passer le concours de l’Ecole Normale Supérieure (ENS), repoussé de plusieurs mois. Difficile de tenir jusqu’au bout sans épuisement.

« C’est comme si un marathonien se préparait à une course pendant deux ans avec un régime spécifique et des entraînements calculés pour que sa performance soit au top le jour de l’épreuve, et que quelques semaines avant la course on la repoussait de quatre mois. 

Quatre mois pendant lesquels il faut maintenir le niveau. »

Lenaïc est en PACES (première année de médecine) et passe pour la deuxième fois le concours d’entrée en médecine, qui a été repoussé à fin juin

Elle me confie ses craintes de ne pas tenir jusqu’à la fin de la course. Pour elle, les risques de craquage pour les étudiants en PACES sont élevés.

« Là où certains, probablement extérieurs à la PACES, y verront un avantage car plus de temps pour apprendre, je pense que pas mal de gens de ma promo, dont moi, ne sont pas particulièrement ravis.

J’ai eu beaucoup de mal à tenir mentalement pendant ces deux années et j’ai peur de ce qui m’attend pour ces derniers mois. Si je n’ai pas réussi l’année dernière, c’est parce que j’ai craqué au second semestre. »

Quelques tips pour rester motivée même si ses concours ont été reportés !

Les madmoiZelles sont nombreuses à avoir été chamboulées par la situation, et leurs habitudes de travail ainsi que leur motivation aussi !

Elles m’ont raconté les techniques qu’elles mettaient en place pour tenir le coup. Jeanne passe cette année les concours d’entrée en école d’ingénieurs. Voici ses tips :

« Au début je n’arrivais tout simplement pas à me mettre au travail. Pour remédier à ça j’ai adopté la méthode pomodoro : 25 minutes de travail, 5 minutes de pause et une pause de 15 minutes après 4 répétitions. 

C’est censé aider à la concentration, et ça m’a permis de commencer réellement mes révisions.

Je suis du matin, alors je me lève tôt tous les jours pour avoir la matinée devant moi et être bien efficace ! »

Camille, en PACES, a développé des techniques pour garder un mental fort et un bon moral :

« J’ai un petit carnet où je note mes pensées, des mots d’encouragement et de motivation quand j’en ai marre. J’ai aussi toute une liste des choses que je veux faire cet été et l’année prochaine pour me dire que c’est bientôt fini.

Avec mes amis on travaille aussi en même temps mais chacun de notre côté en visio en coupant le son. C’est un peu bizarre dit comme ça mais ça motive vraiment de se voir travailler chacun chez soi ! »

Le choc de certaines étudiantes face à l’annulation de leurs concours

Pour d’autres, le principal souci n’est pas de réussir à trouver de la motivation, mais de faire face à l’amertume de voir des concours pour lesquels elles s’entraînaient depuis des mois annulés.

C’est le cas d’Anissa, qui devait passer les concours d’entrée aux IEP (Sciences Po) :

« Le concours d’entrée en deuxième année de l’IEP de Lyon, qui devait se dérouler le 14 mars, soit avant la fermeture des écoles et la mise en place du confinement, a été annulé moins de 24h avant la première épreuve. 

Ça a été un choc, et extrêmement dur à digérer, car on ne s’y attendait vraiment pas.

Si près du but, alors que nous restions motivés depuis des semaines en se disant que la date approchait et qu’on pourrait un peu relâcher la pression, on nous a coupé l’herbe sous le pied. »

Ont suivi l’annulation de tous les autres concours d’entrée dans les IEP, ce qui attriste Anissa : 

« Certains préparaient le concours depuis l’année de première, ce qui met « à la poubelle » trois ans de formation. »

Chamboulement des concours pendant l’épidémie de coronavirus = inégalités ?

L’annulation des concours d’entrée à Sciences Po a été remplacée par l’examination du dossier des candidats et candidates. Ce qui, pour Anissa, est très inégalitaire : 

« L’examen des dossiers de première et de terminale ne montre en aucun cas tout le travail fourni pour intégrer un IEP. 

Il va permettre à des élèves n’ayant jamais préparé le concours mais ayant eu de très bonnes moyennes au lycée d’intégrer l’une des écoles, alors que des étudiants qui se sont dédiés à cette préparation pendant peut-être des années seront mis de côté.

Les matières prises en compte nous ont tous laissé sans voix : prendre en compte les notes de maths pour les ES et S, et en plus les notes de physique-chimie pour les S, ne correspond pas du tout à ce que SciencesPo proposait dans ses concours. 

Alors que l’accent a toujours été mis sur la rédaction, avec des candidats plus littéraires que matheux, le nouveau penchant pour les matières scientifiques met en danger beaucoup de candidats qui n’ont jamais brillé dans ce genre de matières. »

D’autres inégalités entre les étudiantes qui passent des concours voient le jour à cause de circonstances liées au confinement.

Lénaïc, en PACES, m’explique le préjudice que constitue la fermeture des BU (bibliothèques universitaires) :

« Les BU sont fermées. C’est un énorme désavantage quand on l’habitude de bosser là-bas, voir des gens bosser est une vraie source de motivation et je savais que quand je rentrais à mon appart le soir, c’était plus détente. »

Désavantage pour celles et ceux qui ont l’habitude de travailler dans ce lieu, et réelle inégalité pour celles et ceux qui ne disposent pas d’un environnement propice aux études chez eux, notamment à cause d’inégalités numériques.

Selon cet article de Diplomeo, 10 à 15% des étudiants n’ont en effet pas accès à Internet et n’ont pas d’ordinateur.

Le report de ses concours, l’occasion de repenser son orientation ?

Même si la plupart des étudiantes qui m’ont parlé de leur expérience ne souhaitent pas changer leurs plans d’avenir, d’autres repensent leurs choix d’orientation, et leur regard sur le futur.

Anissa, dont les concours d’entrée à Sciences Po ont été annulés, m’explique qu’elle suivra certainement son « plan B » :

« J’ai la chance d’avoir un « plan B », contrairement à certains de mes camarades de prépa. Je partirai très certainement étudier aux Pays-Bas, à Maastricht, l’année prochaine. 

Mais c’est un privilège que beaucoup n’ont pas. »

Delphine aussi devait passer Sciences Po, et prend les choses avec philosophie. Ses notes insuffisantes aux concours blancs de sa prépa et l’annulation des épreuves lui ont fait prendre conscience que ce n’était peut-être pas sa voie, et elle relativise :

« En prenant du recul sur la situation je me suis rendu compte que les méthodes et les connaissances acquises m’ont fait réussir mon Bac blanc d’Histoire (16/20) et de Philo (14/20), ce qui as rattrapé mon 7/20 en physique. 

Mais au-delà de ça, ces connaissances me permettent d’avoir un regard plus affûté sur le monde. Et puis si cela ne me sert pas aujourd’hui, ça me servira demain.

Si je ne rentre pas à Science Po, je fais un virage en licence de psycho.

Enfin, je tiens à dire aux mad qui sont dans le même cas que moi de ne pas être frustrées mais plutôt impatientes de pouvoir placer dans une conversation ou dans une dissertation tout ce qu’elles ont pu apprendre en dehors de leur lieu d’étude principal ! »

Léa m’explique enfin qu’au delà des changement des dates de ses concours, ce sont toutes les implications de la crise sanitaire qui lui font repenser sa manière d’appréhender le futur :

« Au vu de la situation toutes les cartes sont rebattues, rien n’est joué, tout peut changer et pas seulement du point de vue des concours… 

Du coup ça fait relativiser vis-à-vis des concours, je me rends compte qu’il y a d’autres choses plus importantes qui se jouent et qui nous dépassent.

Et il y a plein de gens qui sont dans ce cas, on se sent pas seules. Et je me dis que même s’il faut réviser pendant cet été, personne ne passera un été « normal » avec la crise du coronavirus donc je suis moins dégoutée. »

Et toi, la crise sanitaire te fait-elle repenser tes plans d’avenir ? Viens m’en parler dans les commentaires !

À lire aussi : Si tu hésites sur ton choix d’orientation… lis cet article !

Faustine M

Faustine M


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Commentaires

Mélomette

Étant moi aussi en paces pour une 2eme année consécutive, je suis complètement d'accord avec le témoignage de la jeune fzmme en Paces : non, on n'est pas content davoir du "temps en plus pour réviser " . Et c'est fatiguant d'entendre les amis, la famille dire ça. Même si ça part d'un bon sentiment. Mais il faut se mettre a notre place : la paces c'est 2 semestre qui font moins de 3 mois chacun , avec un concours sur a peine quelques jours a la fin de chacun d'eux. C'est une période relativement courte pour apprendre une quantité astronomique de notions... alors dès la rentrée, on se met en mode paces, on bosse de 8h a 23h tous les jours, week end et vacances comprises (qu'on n'a pas d'ailleurs). On ne voit plus ou presque plus ses potes, ses parents, on ne va plus au ciné, au resto. A frôler la depression, les crises de pleurs, le sentiment de solitide et l'inutilité... tout ça pour être prêts le jour du concours. Surtout en tant que doublante, j'avais appris de mes erreurs de l'année d'avant pour être maxi prête le 20 avril. Donc apprendre quelques semaines avant qu'il est repoussé a une date ultérieure, pas encore très précise, aux alentours de fin juin, c'est comme voir sa ligne d'arrivée reculer de 10 km après des heures de marathons épuisants. A notre échelle d'étudiants focus sur un but précis, c'est tous nos plans qui s'effondrent... Surtout quand c'était nos projets post concours qui nous maintenaient la tête hors de l'eau, les envies de vacances, de boulots chouettes, de potes, de festivals, de tiut ce qui s'éloignait de la paces...
Tout ça pour dire que ce n'est de la faute de personne si ce n'est des pangolins (ou plutôt de ceux qui les bouffent) , et qu'il se passe actuellement des choses mille fois plus graves que des concours reportés de 2 mois.
Mais je pense qu'en tant d'étudiants; on ressent tous ce sentiment d'injustice totale envers nous, et c'est vraiment bien de votre part madmoizelle , d'en parler !
Histoire de pouvoir extérioriser...
 
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