Être quadra sans enfants et gérer la vie sociale, les potes, le regard des autres


À 43 ans, cette Rockie s'épanouit chaque jour un peu plus dans sa vie sans enfant. Elle parle de la pression sociale qu'elle a pu ressentir, du quotidien avec ses proches et du regard qu'ils portent sur son mode de vie.

Être quadra sans enfants et gérer la vie sociale, les potes, le regard des autres
Vis ma vie de childfree

Bienvenue dans le deuxième épisode de notre série Vis ma vie de childfree !

Nous avons demandé à des femmes de 40 ans et plus sans enfant par choix de raconter leur vie, le regard de leur entourage sur leur choix de ne pas procréer, l’impact de cette décision sur leur vie de femme et/ou de couple…

Pourquoi ? Parce que chez Rockie, nous estimons qu’il est essentiel que chaque femme ait des modèles qui lui ressemble, partagent ses convictions et puisse lui servir d’exemple empouvoirant pour lui donner la force d’affirmer ses positions parfois contraires aux schémas enfermants de la société.

D’ailleurs, si toi qui lis cet article tu rentres dans ce profil, tu peux toujours nous envoyer ton témoignage par mail à l’adresse salut[at]rockiemag.com, avec en objet « Je suis childfree », et consulter notre appel à témoins si tu veux plus d’informations !

Pour lire les autres épisodes de la série, c’est par ici :

J’ai 43 ans et n’ai pas d’enfant et, suite à votre appel à témoignage, j’ai décidé de vous écrire. Nous ne sommes pas très nombreuses autour de moi dans cette situation à mon âge.

Probablement parce que la pression était plus grande dans les années 2000 qu’elle ne l’est en ce moment et parce que le regard social était tellement intégré qu’il était difficile de faire autrement.

Ma vision de la maternité et la pression sociale à enfanter

La maternité ne s’est jamais imposée à moi. J’ai été en couple pendant longtemps au cours des années où la question est légitime et à chaque fois je me disais que ce n’était pas le moment.

Je n’étais pas encore là où je voulais être à titre personnel et professionnel et je ressentais très nettement que ces hommes avec lesquels j’étais, et malgré tout l’amour que je leur portais, allaient faire reposer sur moi la charge du quotidien et je ne m’en sentais pas capable.

J’avais aussi à cette période-là une idée très exigeante de ce que voulait dire la maternité que je considérais comme un vrai engagement que je n’avais pas vraiment envie de prendre. Je concluais donc à chaque fois que ce n’était pas la bonne personne.

Je trouvais que la maternité était probablement une expérience incroyable mais tellement coûteuse pour faire les choses bien.

Souvent les femmes autour de moi faisaient payer leur engagement à leurs enfants qu’elles n’élevaient pas trop pour qu’ils soient libres mais pour les garder auprès d’elles toute leur vie.

J’ai traversé ces années où tout le monde décrit la pression de l’entourage et de la société sans rien en voir.

Il faut vous dire que mon père, qui était pourtant né dans les années 30 mais qui était un vrai féministe m’a toujours dit que j’étais libre de me marier ou pas, d’avoir des enfants ou pas et que la seule chose qui était importante était que je sois indépendante.

Je pense que cette liberté familiale a fait pour beaucoup dans mon aveuglement total à la pression sociale.

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Mon questionnement à l’approche de la quarantaine

À titre individuel et parce que j’avais conscience du temps, j’ai eu un vrai questionnement à l’approche de la quarantaine.

En réalité c’était un questionnement personnel sur la perte d’une chance tout autant qu’un enjeu dans le couple dans lequel j’étais : à l’approche de la date de péremption je voulais que l’on mette au clair la question de l’enfant avec l’homme pour éviter qu’il ne se réveille des années plus tard en en voulant alors que pour moi ce serait trop tard.

Cette question était lourde pour nous deux et comme ni lui ni moi n’étions au clair, nous n’avons pas eu d’enfant et avons fini par nous séparer.

Cette relation est importante parce qu’elle a permis d’éclaircir mon ambiguïté sur ce sujet : au fond j’avais tout fait pour ne pas en avoir, j’étais enfin libérée de cette question et j’allais enfin pouvoir être libre.

Même si je n’avais aucune pression familiale, il y avait un modèle social très présent et, à l’époque, les magazines féminins, les psys et l’ambiance générale martelaient que pour être une vraie femme il fallait être une mère.

Ma position quant à la maternité était donc perçue comme un problème, une déviance, un trouble psychique probablement dû à la relation à ma propre mère ou que sais-je.

Si je ne sentais pas de pression à faire ce qu’on attendait de ma qualité de femme j’étais plus perméable au discours psychologisant sur une potentielle déviance.

Ma situation professionnelle épanouissante sans enfant

J’ai travaillé pendant longtemps dans de grosses entreprises à Bruxelles et à Berlin.

Aujourd’hui je travaille pour moi-même et c’est probablement plus facile d’assumer une vie qui ne rentre pas dans des cases que si j’étais encore dans l’univers socialement normé de la grosse entreprise.

J’ai toujours été consciente que la liberté surtout féminine se payait chère. J’ai donc su très tôt que pour mener la vie que je voulais il fallait que je construise mon indépendance financière. C’est ce qui m’a permis de quitter l’univers professionnel normé.

Aujourd’hui, j’ai construit une vie personnelle et professionnelle qui me satisfont pleinement. Je vis à moitié à Paris et à Lille, me suis construit un métier qui n’existait pas avant, après avoir travaillé dans le marketing.

Au fond, je pense que la question de la maternité est une façon de réduire la question de la transmission à celle de la reproduction. Je suis persuadée qu’il est important de transmettre son univers mais que cela ne passe pas forcément par la reproduction.

J’ai fait mienne la phrase de Pierre Bergé qui disait à peu près que les gens font des enfants lorsqu’ils ne peuvent pas faire autre chose.

Ma vie amoureuse et ma relation avec mes amis

Aujourd’hui, je ne sais pas vraiment si mon mode de vie est accepté. C’est très facile avec les hommes qui sont mes amis.

Avec des partenaires c’est plus compliqué, surtout lorsqu’ils ont des enfants eux-même dont ils s’occupent une semaine sur deux mais cela fait le tri assez rapidement sur ce qu’ils attendent d’une relation.

Mes meilleures amies sont des mères heureuses avec lesquelles j’ai une grande complicité tout en ayant conscience que nous sommes sur des planètes différentes. C’est plus compliqué avec les mères assez frustrées de leur situation.

La question de la comparaison ne se pose pour moi jamais. Je sais que j’ai renoncé à une expérience, à la surprise, à une forme d’amour que je ne connaitrai pas.

Mais je n’ai pas renoncé à la découverte de moi-même pour autant et je pense que la maternité n’en est qu’une forme mais qu’il y en a beaucoup d’autres.

Au contraire, j’aime beaucoup parler avec mes amies mères parce qu’elles m’apportent un éclairage que je n’ai pas, et je pense que c’est réciproque.

Le regard des autres sur ma vie de childfree au quotidien

Je ne sais pas quoi vous répondre à la question de savoir ce qu’est une femme de 40 ans sans enfant dans les yeux des autres.

Ils me renvoient une originalité, une liberté, viennent se nourrir auprès de moi d’une certaine forme de sagesse (le rapprochement de la femme sans enfant et de la sorcière est un sujet intéressant qui pourrait être développé).

Probablement parce que j’ai plus de temps et d’appétit qu’elles et eux pour lire, réfléchir, creuser les sujets, rencontrer des gens de tous univers et remettre en cause mes certitudes.

Il y a juste un point qui est très pénible et qui revient tout le temps, on me dit régulièrement :

« Toi qui n’as pas de contrainte… »

Pour justifier qu’on me fait déplacer, qu’on ne sait jamais où je suis, qu’on s’attend à ce que je sois toujours disponible. Cette phrase, qui est un grand tic de langage du moment est absolument horrible pour tout le monde.

Je ne suis également jamais invitée à des diners ou en week-end avec des couples mariés avec enfants.

Au départ je pensais que c’était un sujet de concurrence, que j’étais une menace sexuelle pour les autres femmes, mais un ami m’a donné une explication qui est peut être plus juste : contrairement à une femme divorcée avec enfants, mon mode de vie leur est tellement étranger qu’il est dangereux pour les femmes parce qu’il les confronte à leurs choix.

Cela me semble assez pertinent et ne me vexe pas.

Mon objectif de vie

Je ne pense vraiment pas que je regretterai de ne pas avoir eu d’enfants plus tard si je mène une vie riche avec laquelle je suis en accord, que j’ai l’impression de transmettre à d’autres, enfants ou adultes.

En revanche, plus intéressante est la question de savoir combien de femmes qui ont eu des enfants le regrettent. C’est impossible à savoir parce que cela ne s’avoue pas.

Au moment où juste avant 40 ans j’ai réfléchi à la question de la maternité je me suis demandée ce que je voulais de ma vie, la seule image qui m’est apparue est celle d’une vieille dame qui sourit.

Il y en a peu, surtout dans Paris. Je me suis dit que ce serait le fil conducteur et que la question de l’enfant était un des nombreux outils pour y arriver mais que me concernant ce n’était pas le meilleur.

C’est sur cette réflexion que la question a été résolue.

Une madmoiZelle

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