Et si on remplaçait la fête des mères et des pères par la fête des gens qu’on aime ?


Tous les enfants n'ont pas un papa ET une maman. Alors, il est peut-être temps d'arrêter de leur demander de fabriquer systématiquement un cadeau pour la fête des Mères et la fête des Pères à la crèche ou l'école.

Et si on remplaçait la fête des mères et des pères par la fête des gens qu’on aime ?August de Richelieu / Pexels

Vous vous souvenez des colliers de nouilles, des cendriers en pâte à sel et de tous les bricolages un peu pourraves que vous avez fabriqués à l’école pour la fête des Mères et celle des Pères ? C’était mignon hein ? Vous étiez fière de les offrir à vos parents ?

Oui mais, pour les enfants qui n’ont pas un exemplaire de chaque ? Ceux qui sont élevés par leurs grands-parents ? N’ont plus que leur père ou bien vivent avec leurs deux mamans ?

La fête des mères et des pères ? Une tradition qui ne correspond pas à la réalité des familles

Dans de nombreuses crèches et écoles, les équipes éducatives fêtent encore la fête des Mères et la fête des Pères en demandant aux enfants de fabriquer un petit cadeau. Une « tradition » qui n’est pas dans les programmes scolaires, comme nous l’explique Sophie, enseignante dans une école primaire de la région parisienne :

« Faire un cadeau pour les parents, ce n’est pas dans les programmes. Moi, je le fais parce que je trouve que c’est une jolie tradition. Avec les parents, on est dans un binôme de coéducation. En tant qu’enseignante on reçoit souvent des cadeaux à Noël ou en fin d’année, c’est un peu un moyen de leur rendre la pareille. »

Sauf que Sophie a bien conscience que tous les enfants n’ont pas forcément un père ET une mère, alors elle s’est mise d’accord avec son autre collègue de CM2 pour préparer plutôt « la fête des gens qu’on aime », afin de s’adapter à la réalité des familles monoparentales, homoparentales ou recomposées :

« Pour qu’il n’y ait pas d’élève qui se retrouve dans une situation où tout le monde fait un cadeau pour son papa ou sa maman sauf lui, on propose aux CM2 de fabriquer deux cadeaux pour deux personnes de leur choix. Cette année, je leur ai fait faire des pots de confiture décorés avec des petits mots à l’intérieur. »

Fabriquer un cadeau de fête des Mères… quand on a deux papas

Dans la classe de petite section où se trouve la fille cadette de Pierre qui possède le compte Instagram Maviedepapagay, ce n’est malheureusement pas ce qu’il s’est passé.

« On a un peu été mis devant le fait accompli : c’est notre fille de 3 ans qui nous a dit qu’elle avait fabriqué un cadeau à l’école pour la fête des Mères. Elle a beaucoup répété « c’est la fête des Mères », on a presque l’impression qu’elle a un peu été conditionnée. »

La maîtresse de sa fille avait déjà fait fabriquer il y a quelques années des cadeaux de fête des Mères aux aînées de la famille (des jumelles).

« À l’époque, on en avait parlé avec elle, mais elle ne voulait pas changer de programme. À part ça, en tant que pères gays on n’a jamais eu aucun souci à l’école ni aucune remarque homophobe de la part de la maîtresse. Je pense juste qu’il y a des enseignants qui sont très traditionnels et qui n’ont pas envie de changer leur petite routine. Peut-être qu’ils ont aussi peur des réactions des autres parents ? »

De son côté, Sophie, la prof des écoles, n’a eu aucune remarque, ni négative ni positive de la part des parents. Mais elle reconnaît qu’elle n’a pas communiqué auprès d’eux pour expliquer qu’elle remplaçait la fête des Mères et des Pères par la fête des gens qu’on aime. Elle s’est contentée d’en parler en classe avec les enfants.

La fête des gens qu’on aime : une solution simple et plus inclusive

Dans la microcrèche où va la fille d’Eden, par contre, l’équipe a envoyé un message à tous les parents pour les prévenir que cette année il n’y aurait plus de fête des Mères et fête des Pères, mais une fête des parents !

Ce message l’a beaucoup touché, puisque sa fille a deux papas.

« Je n’ai rien demandé et c’est eux qui y ont pensé. Lors de l’inscription, je leur ai expliqué que notre fille avait deux papas et l’on ne m’a posé aucune question, ce qui en tant qu’homme trans est extrêmement rare. Ce mail c’est un peu la confirmation qu’ils essayent d’être inclusifs. »

Eden explique que son tweet a plutôt entraîné des réactions positives, puisque « même les homophobes pensent aux enfants qui ont perdu un de leurs parents ». Pour lui, remplacer les fêtes des Mères et des Pères par la fête des parents ou des gens qu’on aime au sein des crèches ou écoles n’est pas très compliqué.

« On n’enlève rien à personne. Les enfants font les mêmes cadeaux et les activités sont les mêmes. Ça paraît simple et plus inclusif comme choix. »

Rien n’empêche non plus les parents d’organiser quelque chose pour fêter la fête des Mères et/ou la fête des Pères à la maison si c’est important pour eux.

Marie-Clémence Bordet-Nicaise, autrice du livre On ne choisit pas qui on aime, m’explique ainsi que la crèche de sa fille n’a rien fait de spécial pour la fête des Mères (et donc a priori pour la fête des Pères non plus). Elles ont donc chacune de leur côté avec sa compagne préparé quelque chose pour célébrer la fête des Mères.

« J’ai emmené ma fille dans une boutique pour choisir ensemble une carte, sur laquelle elle a fait un dessin qu’elle a offert à sa mamoune. Et ma femme a fait la même chose avec un bouquet de fleurs. Je trouve que c’est important d’avoir des journées comme ça : pour permettre à l’enfant de préparer quelque chose pour quelqu’un d’autre, pour le remercier.

Quand elle rentrera à l’école l’année prochaine, si tous ses copains font un cadeau pour la fête des Pères, je pense lui proposer d’en faire pour son parrain ou son grand-père. »

Sensibiliser les enseignants et enseignantes en attendant des consignes officielles

Marie-Clémence Bordet-Nicaise fait partie du collectif Famille.s qui a pour but de connecter, soutenir et faire rayonner les parentalités LGBTI+.

« Avec le collectif, un de nos buts c’est de sensibiliser les enseignants en allant dans les écoles. Il y a certains profs qui ont envie de bien faire, mais ne savent pas comment. Ils ont besoin d’outils pour pouvoir accueillir ces enfants. Je suis persuadée que l’homophobie ordinaire nait souvent d’un manque d’informations et d’éducation.

Avec la loi de bioéthique et la PMA pour toutes, il va y avoir de plus en plus d’enfants qui ont deux mères, il faut aussi que le discours officiel venant de l’Éducation nationale soit ajusté à la réalité des familles. »

Sophie, l’enseignante de CM2, pense aussi que des formations sur le sujet seraient une bonne chose, pour « s’adapter à la société ».

Tant qu’à faire, ces formations pourraient aussi être l’occasion d’une sensibilisation aux stéréotypes de genre. On éviterait ainsi de se coltiner des cadeaux de fête des Mères ou des Pères à base de poème sexiste du style : « maman t’es douce / papa t’es le plus fort ». Et ça, tous les parents y gagneraient, quelle que soit leur situation familiale.

Pour Eden, en tout cas, en finir avec les traditionnels bricolages « pour maman » et « pour papa » ne devrait pas faire débat :

« En théorie, tout le monde devrait être d’accord pour dire que tous les enfants devraient se sentir bien à l’école. Alors, faire la « fête des gens qu’on aime », ça englobe toutes les situations pour le bien-être des enfants et pas pour faire plaisir aux parents, et c’est ça qui est important ».

À lire aussi : Rangez les colliers de nouilles : voilà ce qu’on veut vraiment pour la fête des Daronnes

Clémence Boyer

Clémence Boyer


Tous ses articles

Commentaires

Margot_

C'est ce qui c'est fait cette année dans l'école de mon fils, on a récupéré 2 cadeaux vendredi dernier pour la "fête des parents" :puppyeyes: (C'était un peu connoté puisqu'il y a des graines à faire pousser pour des fleurs et un jeu de morpion, mais bon l'enfant offre celui qu'il veut à qui il veut ! :taquin: )

Mais en fait, je pense que ce sont les parents aussi qui ne sont pas tous prêts... Ou peut-être que l'école n'a pas suffisamment communiquer pour expliquer. :dunno:
En tout cas, il y a eu une petite discussion entre parents au parc après l'école et une maman était super déçue de pas avoir son cadeau de fête des mères (je peux comprendre que ce soit dur quand on s'est projeté là-dessus), et un papa a dit à mots couverts que c'était un peu excessif (rapport à la société qui évolue toussa toussa).
Peut-être qu'il faudrait donner les cadeaux en amont de la fête des mères, pour qu'il puisse être offert à cette occasion si l'enfant le souhaite ? :hesite:
 

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!